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Full text of "Lettres originales de Mirabeau, écrites du donjon de Vincennes, pendant les années 1777, 78, 79 et 80..."

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If-. ^ii /-iH 



LETTRES ORIGINALES 



D E • 



MIRABEAU. 




f. 



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In nos iota ruens Venus 
Cyprum deseruit. 



LETTRES ORIGINALES 



MIR AB EAU, 



ECRITES DIT BOKJOK DE TIKCEENES* 

pendant les années 1777 , 78 , 79 et 80 ; 

CoDlen^nt lous les détails sur sa vie privée » ses malheurs, et ses 
amours avec SoPHi£ ROTVEI , marquise DZ MoMl4l£R. 

]L£Ca£IX»LIXS 

Par p. Manuel, Citoyen français. 



Quelque ionr , }C catnciai i^cc vont tor J'bistoîre de ma vie entière. 
Vous ne compveaâifs pas et ne pourrez croire ce dont vous serez pourtant 
convaincQ. ( iMtre de Mih^m, à M. Béranger» ) 



TOME SECOND. 



iliUOTHË 




Us Fo» 

A PARIS,' ^S: \ 
Chez G ARN£& Y , Libraire , rue Serpente , n^ 




A STKASBOUHG , chez TR£UTT£L , Libraire. 

A LONDRES, chez deBofïe, Gérard -Strcel, 11^.7 S«Lo. 

179.2 Aîî:.4*«^ D^lvJ-A XtBKKTÉ* 



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t . 



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LETTRES ORIGINALES 

DE ' 

MIRABEAU. 



A M. L E N O I R. = " " 

I jaavîcr 1778. 

Si vous avez eu la bon lé. Monsieur y d'in- 
terroger M» de Rougemont sur rexposé de 
la lettre que j'ai eu rhoimeur de vous adres- 
ser le dix -sept septembre , vous savez que* 
IVtat de mes effets , que j'ai pris la liberté* 
d*y joindre 9 est exact. Pen appelle à votre* 
justice et à votre bonté, et j'ose vous de-- 
mander si ma situation est, je ne dis pas dé- 
cente, je dis supportable. Permettez-moi de 
vous représenlei aussi que je suU hors dV^atde 
supporter des délais , que depuis huit niois 
je forme les mêmes plaintes, et que , par le 
laps du temps , le sujet en est aggravé.- Si 
des raisons que j'ignore, et qu'il m'est im- 
possible de deviner, nVmpécheot pas qile* 
l^n me donne mes malles, il me semble ^U*il' 
sërait plus court de me les livrer cfue dat-^î 
tendre les secours de mon père. Quand 1^^ 
ridiculement modique pension qu'il n^'ac- 
Tome IL ' A 



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a LETTRES pRICIVALES 

corde , suffirait pour me donner ce dont j'ai 

besoin , est-il juste que ce qui est de stiné à 
reniretien supplée i|ux avances ? ( £h ! que 
mon père regarde a son tableau économique, 
qu'il appelle avec autant de gravité que de 
modestie 9 le Code de V humanité , et oîi il a 
si disertement distingué les avances -primi^ 
iiçes et les avances annuelles* ) £st-il juste 
que j'emploie le seul argent que l'on accorde 
à mes besoins 9 à acheter des eûets, tandis 
que j'en ai qui pourrissent dans mes malles? 
Qui peut donc rendre si redoutables ces 
n^alles échappées à mon naufrage? Il n'y a 
pas un papier : il y a des livres , tous livres 
d'étude et de travail j pas un contre la reli- 
gion , pas un contre les mœurs ^ pas quatre 
qu^GUi ne vende publiquement à Paris. Veuillez 
ordonner que Ton fasse un catalogue de ces 
livres, qu'on le mette sous les yeux de vos 
préposés y et daignez statuer quelque chose 
pour me tirer de l'état de dénuement oii je 
suis. J'aimerois mieux^ je vous le jure d'IiQp- 
. neur , Monsieur , manger du pain bis pour 
tout aliment , et Être aux fers, mais avoir Jts 
livres , que de jouir de toute la liberté que 
l'on peut accorder ici , d'être nourri de la 
bouclée du roi , et privé de toutelecture.Cest 
à quoi je suis réduit. U n'y a pas jusqu'aux 
livre» çk dévotion que j'ai épuises, et ce n'est 
qu'après deux mois de disette absolue que 
jîni.pris la liberté d€t vpuô en parler pour la 



D E M I ïl A B E A TJ. 3 

i^Msièrie fois. Qu^il me 9o\t permU de finit 
par une réQexlon doat la Vérité doit frapper 
un cœur tel cpie le vôtre. 

Plusieurs scélérats connus de la France par 
des crimes horribici, et pour qui une prison 
perpétuelle est une grâce que ttiu^efa* bonté 
du souverain pour leurs iaïuilles a eu peine 
à leur accorder ; plusieurs scélélrats de cetté 
espèce, dis-je , sont dans des forts où ils 
jouissent de toute leur fortune, oh ils ont 
une société très-agréable y et toutes les res« 
sources possibles contre le mal-étre cl Tcnnui 
inséparables d'une vie renfermée» Je nom^ 
merai un liotnme dont toute l'Europe sait 
rhî^toire. Un lâche assà^in qui a traitreu-^ 
nient immolé son parent , son bienfaiteur , 
M. de Bailli , joàît à Pierre-Encise de soa 
bien, d'une demi-liberté , voit tout Lyon , et 
mène en un mot une vîe délicieuse pour un 
homme à qui l'on a fait une si grande grâce 

de ne pas le laîsâèr périr sur la roue 

Faut-il citer un de tnes parens ? pourquoi 
non ? la honte n'est-elle pas personnelle ? Le 
marquis de Sades , condamné deu% fois au 
supplice, et la seconde fois à être rompu vifj 
le marquis de Sades , exécuté en effigie ; le 
marquis de Sades , dont les complices subal* 
ternes sont ^làorts «ur la roue, dont les for- 
farts étonnent les scélérats même les pluscon- ' 
sommés; le marquis de Sadcvest colonel, vit' 
dans le monde ^ a recouvré sa liberté | et ea^ 

Aij 



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f 

4 LETTRDrSrOmiG'INALES 

jouit j k moins que quelque nbuirëlle afroch^ 

ne la lui ait ravie. ^ • . • • . . 

Vous me blâmeriez ^ Monsieur , $i. je m'a^^ 
vîlissois jusqu'à mettre en parallèle M, de 
Raiili , M. de Sades et moi ; mais je ferai cette 
question simple. . . De quoi suis-je coupable? 
De beaucoup de fautes sans doute j mais qui 

osera attaquer mon honneur ? Mor^, 

père , parce qu'il est le seul que je ne puisse 
pas repousser et couvrir dUnfamie. Qu'il ar- - 
ticule des faits , et que ces faits me soient 
communiqués. Je l'ai demandé cent ibis j mais 
il a trop beau jeu ^ tant qu'il parle seul , pour 
changer de partie Cependant quelle- 

différence de là situation des monstres que 
j'ai cités , à la mienne ? Je suis dans, la prison 
du royaume la plus triste et la plus cruelle , 
à la considérer sous tous les aspects ( je parle 
de celles destinées aux gens de ma sorte ; ) j'y 
suis dans la plus extrême pénurie , dans l'iso- 
lement le plus absolu , je dirais le plus af- 
freux, si vous n'étiez yen^ à mon aide. .... 
, Ce mot vous rappelle vois bienfaits. Mon*- 
sieur, et réchauIFe toute ma reconnaissance. 
Souffrez que j'ajoute une. seule prière. Ma- 
dame de Monnier m'a écrit le cinquième jour 
de ses couches. N'en puia^ je espérer quelques- 
lignes quand elle en sera relevée ? Ah 1 Mon-i 
sieur, cette grâce me sera bien précieuse, etl 
vous ne m'avez pas défendu m'en flafter.^ 
Jj,e nuage s'cloigne , mais il n'est pa,s cnjijè-, 

* 



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' D B- M i 11 A B E A U.- 9 

ifmeut dissipé. RaàieAez tout-à-fait le calme 
dans mon esprit , et <qtié Pétre h plus bîten- 
faisant partage toutes les affections de mon 
cœur avec l'être le plu» aiâiable: 

J'ai l'jbonHeur d'être* avec un dévouement 
respectueux ^ Monsieur , votre très-humblé et 
tics-obéissant serviteur, 

MlBAfi£AU fils. 

» • -, • ♦ 

f • 

' . ' >'J"' I ". ■ =5 

A . M. L E N O I R. 

3 jauvier 1778. 

J'avais résolu , Monsieur, d'Imposer silence 
à ma reconnaissance , dans Tincertitude oîi 
j'étais, si vous vouliez ou ne Vouliez pas que 
je susse ce que vous aviez daigné faire potir' 
HLOÎ. Cette incertitude subsiste encore j mais 
comment oserai8-;e vous- adresser une de- 
mande sans vous remercier de ce que j'ai reçu?* 
Yoùs ne pouvez vous oflSenserdç ma gratitude, 
son expression fût-elle indiscrète. Je ne suia* 
pas assez novice pour crcnre que certaine*: 
grâces puissent jamais.m'étre accordées indé^ 
pendammeiit de vous j et vous n*avez sûre-* 
ment point imaginé que je m'y sois trompé. 
Recevez donc, à cet égard, mes remercimena 
les plus vifs et les plus^ sincères» Vous ne 
connaissez pas mon cœur j mais si vou^ aviez 

quelque idée de sa^se4sibi[litéj^ vous nedou-» 

• * A • • • 

Auj 



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terieas pas que ma Tle ne^iàt plus à vous. qu'il 

moi ) si je pouvais ^u di&poae^ après un tet 
bienfait. 

MaiS) Monsieur^ qu^il me soit permis de 
yfom tout dire. Sam doute ^ vous n'ayez pa» 

'voulu n/accordejr une^grace incoxnplette; cat 
elle serait bien cruelle.. La lettre de mon 
«mie m'a appris que Je lo ou le 2q,( car je 
li*ai pu lire la date ) elle n'était pas accou- 
ehée. Mais je suis sur^ bien sâr qu'elle Test 
à présent ^ et j'iguore absolument son sort. 
Ah l Monsieur, je ne vis pas j tous les mou-^ 
Teiueus de mou cœur sont conyulsifs. Si je 
n'eusse rien su ayant cette crise redoutable ,^ 
jl 'aurais à me plaindre de la rigueu]? de mour 
$prt qui suffirait pour me mettre aa déscs:^ 
poil! ; eepend^nt j'espérerai* encore d^s la. 
^^omesse qu^ yaus-méme avez, bien youlu» 
me faire y que je serais infoimé d'un évé- 
nement auquel assurénaent ma vie est atta^^ 
cliée. Mais la scène est tout^nfait cta^ée.. 
4e ne puis n^e persuader que vws me ]pefusiez 
à cette époque s, ce que yoos m'avez accordé 
imparuvatut; ^ ne fouarais donc que croire^ 
si l'on s'obstinait ^.u sHeiice , qw l'on mfe' 
^ehe une perte après laquelle )e n'ai plus, 
ïien a espérer ni à craind^e^ Souffrez donc que 
je voua demande à genosm^ baigné d^ larmes % 
et dams ù^e véritaiiie agonie de douleur , une 

nouvelle lettre. 
f çrmctte» que Je tou» représente a^ssî 



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BEMIRABEAlff* 7* 

qve si la mienne n'a dû parvenir k madame 
de Moooier que par une voie détournée y il 
est possible et même piubable qu'elle ne l'a 
pas ; car un homme , et un étranger ^ pâr quel* 
que moyeu qu'il se soit introduit oîi elle est^ 
k moins qu'il ne soit son accou^Ilemr9 ne p^ 
nètre sûrement pas jusqu'à son lit , où elle 
est enchaînée en ce moment. Ahl Monsieur^ 
ayez pitié d'elle: elle est et par sou se&e^ et 
par son pmonnel , bien plus intéressante que 
moi , et les circonstances la mettent bien 
plus en danger. Si elle a des torts , ils ne sont 
que les miens ; et par combien de vertus né> 
les rachète-t-elle pas ! si j'ai obtenu votre 
compassion , que de titres n'a-t-elle point 
pour la mériter! Je ne puis supporter l'idée 
d'avoir reçu une consolation qu'elle n'ait pas 
partagée. Ce n'est siurement pas votre intea^ 
-tîon : daignez dont y pourvoir. Hélas ! malgré 
toutes vos bontés, nous dotxtoSs de l'exis* 
tence l'un de l'atitre ^ et ce doute est un sup-^ 
plice auquel rien n'est comparable» 

£n vain me dirait-on qu'il subsiste tant 
qucr l'on est séparé. Quelle différence dé 
toute autre occasion à celle-ci 1 Selon le cour^ 
naturel des choses^ il y a toujours à parier 
qu'une femme de vingt-deux ans ^d'une bonne 
santé, d'une excellente constitution^ vit et 
se porte bien. Mais admettez les circonstance» 
où nous nous trouvons. Supposez cette fenune- 
exposée à une révolution telle qu'une pre- 

Ai? 



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1 



fS X.XTTAJCS ORIGINALES 

joaière couche, dans une prison ( aussi adoucie, 
que puisse être* sa demeure , c'est toujours 
june prison )) en proie depuis sept mois. à 
toute sorte de chagrins , à la plus sombre in- 
quiétude ^ ayant reçu dans sa grossesse les 
secoussies les plus terribles , écrivant enfin 
quelques jours 9 peut-être quelques lieures 
ayant sa délivrance, suis^ au désespoir^ 
et l'adresse de sa lettre prouvant bien mieux 
que sa lettre même combien il était vrai q^e 

son cœur était brisé et sa tête perdue 

croyez -vous que, d'après toutes ces doa* 
nées , il soit certain pour moi, croyez-vous, 
hélas ! qu'il soit probable qu'elle se soit tirée 
heureusement de la plus pénible des révolu- 
tions du corps humain ? ^ 

D'un autre côté, pette femme connaissant 
toute la tendresse de son amant • toute l'ac« 
tivité de son imagination sulfureuse, toute 
l'impétuosit4 naturelle de son caractère, im- 
pétuosité d'autant plus destructive qu'il fait 
plus d'cffoiis pour la doniter, l'ayant quitté 
au milieu d'un crachement de sang et djans 
' un état déplorable^ le sachant depuis sept 
mois voué au genre de vie le plus propre à 
empoisonner la santé la plus florissante, enfin 
se figurant toutes les horreurs de son in- 
quiétude , tous les excès de sa douleur j cette 
femme peut-elle être bien rassurée ^ur le sort 
de cet infortuné ? 

Daignez joindre à ces considérations toutes 



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J 



s 



celles qui motivent p^ottp dévpMement réci- 
proque, et le rendent juste , j'ose inéine dire 
intéressant pour tous les hommes honnêtes : 
vous aurez quelque idée de notre état, et. 
TOUS ne vous étonnerez pas de l'ardeur de 
mes instances. Monsieur , couronnez vos bien* 
faits j arrachez de mon sein le trait qui Me: 
• déchire ; rendez la vie k une ^emme digne 
de l'intérêt de tous les cœurs sensibles j et 

puissent tous lea bonheurs jr^unis récompenser 
notre bienfaiteur ! . , ' 
J'ai l'honneur d'être avee aut^n^ derecon^ 
naissance que de respepl;^, Alopsieur, votre 
très*humble et très-obéissant serviteur^ 

.M I A A B £ A u fils* 

k 



' ■ I ■ ■ I ■ j r 

A M. I..E N Q I R.. ' ,/ 

' " , 7 janvier 1778. . 

£ toutes les grâces» que vous pouvez m'aç-* 
corder, Monsieur, celle que je reçois de vous 
est 9 sans doute , une des plus sensibles. J'aime 
ma mère ; je Faime tendrement } je. l'ai tou- 
' )ouss. chérie, et. son malheur; âugmènte ^sori' 
attachement i^our moi, conpune le mien exalte 
ma sensibilité* Recev^ donc nOies ylfs renser* 
cimeos pour la lettrie qui vient de me. parvenir» 
Elle m'apprend que je la dois à vous seul;, 
«tje rirais deviné 9 q^iand ma na^re ne me 

A v 



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icr EST TmBff ORf Gin ALSS ▼ 

Fanraitptts di4^ Un de mes-plns grands crîmeflt 
daus l'esprit de mon père fut toujours d'aimer 
ma mère ; paice cp3e la haine ou le inépriv 
de sa rivale ^ semblait attaché à cette afiec-^ 
tionsi doace, si juste,, si sacrée. Daignez lui 
faire passer la kttre que / -ai l'honneur de vous, 
adresser poiir elle: les innoccns témoignages 
de mB» amour filial ne contribueront pas peu 
à calmer son cœur et sa tête. 
- Plus je reçois' de vous , plus j*en espère^ 
Monsieur. Les mots ne vous abusent pas : votre 
^meet totre esprit sVclaIrent niuluclîcment. 
Yous savez i|ue,si les senti nrtens qai nous at-> 
tachjent aux- auteurs de nos jours soiU nos pre-- 
9uers.devDirs, puivsqu^ls^ont , pour ainsi dire ^ 
fxécédé notre existence^ et que nous ne Fa- 
Vo»i8:rêçue en quelque sorte qu'aux conditions 
de les remplir , ils jiesont pas les seules alFec* 
lions de Vàmcy justes et'sacréi^s. te premiec 
lien de la nature , et l'une de ses plus douces^ 
inclinations ^ se forme au sein des familles ^ 
msL}»- qu'est-ce qui- serre ce nœud? La con-^ 
foipmité d'éducation que l'on reçoit, et la res-*. 
seBïblance des sentimens qu'elle produil; ordi«> 
Q.wementjla communicationdes intérêts , des. 
secrets^ des aipsttres^ les bienfaits, la reconnais-^ 
sao^e^ et r habitude y, -contribueièt plus q^ue la^ 
BAtuK^ j car les liens du sang sont soavent. 
Ù»ce]Ptains,et toujours involontairement ti^susi;: 
i.ç^ grand a<JE?ttd de rhumanît4,, c'est dpnc 



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DE MI R A BEAIT.. » 

l*Amoue, à prendre ce mot dans son aecep- 

tion la plus étendue. . . • Vous m'entendez^ 
Monsieur : vous devinez Ce que je veux con- 
clure. Daignez vous souvenir du sentiment 
qui crie dans mon cœur , de inquiétude qui 
le déchire* Je suis ami y je suis père. J'ignore 
si mon amie existe y si mon enfant respire. . • 
Ah ! Monsieur , soyez , daignez être mon père«> 
Celui que m'av ait donné la nature m'opprime 
et m'étouffe : sauvez-moi du moins à derài de « 
sa barbarie J'ai déjà reçu de vous plus de bien 
réel , qu'il ne m'en a fait pendant toute sa 
vie; je suis pénétré de gratitude j mais le 
cœur qui la nourrît , manque lui- même d'alî- 
mens* Une autre lettre y Monsieur ^ une autre 
lettre , et je baignerai vos mains des larmes 
les plus douées que la reconnaissance ait 
jamais versées. Depuis sept mois il n'en coule, 
de mes yeux que de très^amèreè ; ét éi vous 
n'avez pitié de moi ^ le désespoir en aura 
bientôt tari la source. 

J^ai l'Honneur d'être avec une reconuais» 

sance respectueuse ^ Monsieur , votre très-^ 
humble et très^obéissant serviteur ^ 

MlRAB£AU fils» 



A ri 



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12 LETTRES ORIGINALES 



A M A M È R E. 

7 janvier «778. 

M A boDRe 9 ma chère Maman , *î'ai reçu , 

j'ai baUé votre lettre chérie, rempile des ex- 
pressions les plus douces de votre tendresse* 
Je remercie M. le Noir, je le remercie du 
plus profond de mon cœur de ce bienfait ^ 
et je le supplie de nous continuer sa bien* 
faisante et précieuse condescendance. Hélas 1 
Je ne suis qu'un infortuné jeune homme ca« 
lomnié et méconnu ,.si j'ose le dire ; mais 
auquel pn peut faire des reproches. Mais 
vous j vous, ma Mère adorée, vous, malheu- 
reuse 4ans l'âge du repos et des jouissance» 
tranquilles ^ vous , séparée de vos enfans ^ 
1>annie de votre famille, privée de votre li- 
berté ! vous êtes bien faite pour intéresser un 
îiiagistrat juste, sensible et impartial. . 

Votre lettre m'a fait un plaisir d'autant 
plus grand, que je tremblais que quelque mé- 
contentement n'occasionnât votre silence. Je 
savais bien que vous n'étiez pas capable de 
me bouder long-temps; je savais aussi que je 
n'avais pas à me reprocher à votre égard la 
plus légère pensée qui pût vous offenser, ( ju- 
gez des aptions) : maison accuse si aisément 
les absens , que je craignais les imputatiouâ 



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BEMIRABEAU. l3 

• 

de quelque officieux calomniateur. Je suis 
rassuré : votre lettre est si tendre ! 

Je laisse au temps le soin de vous, ins* 
truire du lieu que j'habite» Ma plume doit 
s'imposer les mêmes lois que la jirôtre ; mais 
votre cœur vous dit sans doute que je sci als 
ii vos pieds si j'étais libre. 

Votre lettre est pleine de piété, ma chère 
Maman. Puisse«t*elle adoucir vos malheurs 
et dompter votre douleur ! mais qu'elle ne 
soit jamais ni intolérante^ ni fanatique. Per- 
mettez que je vous le dise , chère Ma^nan ; 
les cœurs très-sensibles sont ceux pour qui 
la dévotion , comme l'amour ^ a le plus de 
dangers. Votre esprit sera, j'en suis sûr, votre 
sauve-garde. Pour moi , ma bonne Maman ^ 
quand je connaîtrai un citoyen dé^ot, bon 
mari et père équitable , remplissant tous ses 
devoirs avec zèle et sans aigreur , tournant 
sa piété au profit de sa famille , fe consul-* ^ 
ferai ardemment son confesseur. Jusques là^ 
j'ai bien des ralsous de me méfier dts dévots 
et des prêtres* JVi tant entendu parler 
^luimanité et de religion aux moins humains, 
et aux moins religieux des hommes ! 

jMa sauté n'est pas mauvaise en ce moment y 
vous êtes trop bonne d'y penser. Le coramun 
des hommes trouve qu'il y a du courage à 
ne pas craindre la mort. Ne diraît-on pas 
qu'ils sont bien heureux ? Non ; mais la plu*- 
part n'aiment qu'eux ^ quoiqu'ils soient tou- 



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14 LETTRES OHIGtNALES 

)ouT8 hors d'eux. La réflexion et la raison: 
suffisent assurément pour rabaisser le prix 
de la vie ; mais les maux du cœur ne lui en 
laissent aucun. Eh \ qui Youdrait la posséder 
poui* n'en plus jouir ? 

Pour vous , Maman ^ c'est toute autre 
chose. Votre vie est très-précieuse j vous vôus^ 
devez à beaucoup de gens. Daignez vous, 
souvenir, au milieu de vos chagrins les , plus- 
sombres, que celui que vous Voulez bien ap-- 
peler votre chéri j n'a de ressource qu'ea 
vous ; peut-être soufFrirez-vous avec moins 

d'amei'tume et plus de courage Hélas 1 

ma chère Maman, les momens les plus, cruels 
de la vie ne se comptent pas moins pour la 
durée de Pexistence ^ que les plus doux. Ces 
heures si tristes où le chagrin nous dévore ^ 
contribuent à remplir le nombre de celles 
qui nous sont accordées par la Nature, et 
elles paraissent iuiiniment plus longues que 
les autres : c*est une grande misère, mais- 
une inévitable misère. Modérez donc vos^ 
douleurs, et conservez la meilleure des mères. 
9a plus tendre et au plus respectueux des^ 
fils* ^' 

Mirabeau. 

Daignez , ma chère Maman , me marquer 
ti vous recevez cette letti^e : ce me sera une 
|)reuve bien chère que Ton permet nôtre- 
correspondance j et je m\*mpi:esi>eiaLde vousi 

renouveler les- assurajices. de ma tendresse*. 



Maïs 9 ma bonne Maman^ beaucoup Je cir«^ 

conspection ^ si vous voulez ^ue votre fils 
puisse jouir de ce bonheur.. 



A SOPHIE. 

Yendrcdl) 9 jaûvien 

M A CH£A£^mon unique Amie l j'ai baigné: 
ton billet de mes larmes ^ je l*ai couvert de 

"baisers Q mon amie!- ma Sophie Lquel 

"poids il m'ôte de dessus la poitrine ! mais 
combien il y en laisse encore !: Hélas J t>t ne 
me dis rien de toi, de ta sanlé. Ta lettre a 
été écrite dans les douleurs , je le vois ; tu 
n'as ajouté qu'un mot^ qu'vn seul mot après, 
l^événement. Qu'il est tremblant ce mot l \ 
que ses débiles caractères ont déchiré moi^ 
cœur ! Divine , divine attention, c'est toi y 
toujours toi 1 toujours ton ame 1 Mais hélas t 
comment es-tu ? dis , dis-le moi ^.ma Soi)hie« 
^ Comment veux-tu que je me contienne ? 
Hélas ! mon cœur est triste , et il sort d'ua 
état phis convulsif encore. Ne t'inquiète point * 
du désordre de cette lettre, et de l'altéra-« 
tîon de mon écriture ; ce n'est que le trouble 
de la nouyelle^ rémotton trop juste et trop 
forte qu'elle m'a causée. Je ne me donne 
point le temps d« me remettre , paice que- 
|e ne veux paa xetardei? jgar ma» £aute 



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36 LETTRES OftXaiKALES» 

plaisir que te causera la vue de cette lettre* • 
Chère , chère Sophie ! te voilà donc mère , 
bêlas i et ton enfant ne te sera pas ôté ! 
Puisse-t-il adoucir tes raaux et tes douleurs ! 
Je dis ton enfant , ah ! je sais bien qu'il 
est le mien. Jamais un titre si doux ne sera 

abjurë par ton ami Cruelle Sophie ^ tu 

te reproches mes malheurs. Grand Dieu l 
n'est-ce pas moi qui ai fait les tiens ? et 
crois-tu qu'autre chose puisse m'occuper ? 
Maur calme<-toi 9 je t'en conjure ^ ô monbon^ 
beur 1 songe que tu es la moitié. de moi- 
même ; que c'est sur ma vie qiie ta atten^ 

terais j en ne soignant pas la tienne. 

T Li as^ besoin de tranquillité d'esprit , ma 
Sophie ; je te conjure d'avoir soin de toi, de 
te conserver pou^j^ des temps plus heureux • • • • 
Ce me serait une grande consolation d'avoir 
la certitude que tu recevras cette lettre ; s'il 
t'est permis de m'en assurer, apprends-moi 
ton état ) dis-moi comment. tu te trouves} et 
sur-tout ne me trompes pas : ah î ne me 
trompes pas. • . ; mais n'écris que quand tu 
le pourras sans danger , sans incommodité 
même. Mon cœur souffre ; mâis j'ai des forces 
encore , et tu n'en as plus : ne te hâte donc 
pas, dussé-*je souffrir plus long-temps. • • • 
Ma fille a mes traits , dis-tu ? Tu lui as fait 
un triste présent 5 niais qu'elle ait toù ame, 
ah ! qu'elle sera riche alors 1 que la nature 
Taura bien dédommagée des désavantage^ 



])« MIRABEAt;* 17 

. de sa naissance! Hélas ! peut-être sera-t-elle 

trop sensible; mais quelques maux que fasse 
la sensibilité , elle fait encore plus de bien* 
Oui, j'en Jure par toi-même. . . . Je ne veux 
pas t'écrire long-temps ; je ne le veux pas, 
je ne le puis pas. Je crains mon cœur , je 
crains ma iùlc > je crains ton ctaL Mon amie^ 
ma Sophie , je te demande à genoux , j'exige 
de toi, je te conjure au nom de ta fille, de 
son père , de tous tes sermens , de toute ts^ 
tendresse que tu m'exprimes si bien en n'osant 
l'exprimer , d'avoir soin de toi, de ne rien né- 
gliger pour le rétablissement prompt de tes 
fbl'ces et de ta santé, d'appliquer enfin à 
toi-même une partie de cette noble et ad*^ 
mirable fermeté qui constitue ton caractère. 
Adieu : adieu ^ mon bonheur et ma vie» 

G A B & I £ L. 



( L'Éditeur joint ici cet Extrait. ) 

Extrait du Registre des Baptêmes, Mariages 
et Sépultures de Eglise rojale et parois^ 

siale de Saini-'Pierre de MoiUmarlre. 

" Le jeudi, 8 janvier 1778, a été baptisée 
ep ce lieu et paroisse , au lieu de celui de 
Notre-Dame-de-Lorette , annexe de cette 
paroisse, où je devais descendre pour des 
motifs qui ont cessé, Sophie-Gabriel le, née 
d'hier à onze heures et demie du soir ^ rue 
de Belle-Foad de cette paroisse fille de 



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l8 I.ETT&ES OUIGINUILS^ 

dame Marie -Thérèse -Sophie Richard de 
Ruflfey 9 épouse de M"^*. Claude-François de 
Monuier ^ chevalier^ ancien premier prési- 
dent de la Chambre des Comptes de Dole 
en Franche-Comté* Le parrein , Pierre- 
René Gromet ; la marretne ^ Barbe-EIisabetli 
Grimpréy femme du parrein^ tous deux de . 
ee lieu et paroisse, qui ont sîgué avec nous y 
excepté Ja marreiue qui a déclaré ne savoir 
signer 9 de ce enquise* Gromet j Pichon > 
curé 9 avec paraphe. 

Collationné à l'original^ certifié véritable^ 
et délivré par nous soussigné prétre-curé de 
cette paroisse ^ les mêmes jour, mois et ao 
. ^ue dessus. 

: PiCHQ N curé» * 

m ga 

V 

A M. L £ N Q I R. 

« 

5^jaii?icr 1778» 

. PAEnONNEZ, Monsieur^ si ma lettre de 
• tiÉl^merciment n'est pas partie aussitôt que mon 
,i>illet p9ur mon amie. Mes sens, mon esprit 
, * et mon ame, étaient également bouleversés^ 
\ Ce désordre touchant , consolant même pour 
> celle qui en est l'objet , approchait du délire i 
SVn'eût point été déeent de vous écrire dans 
une telle disposition. Je suis loin d'être ea- 
core à moi-même ; mais la reconnaissance*. 



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pr«.e mon $amr : permetti» qu'elle .'épaa- 

On m^a beaucoup parlé àe yotre bonttf^ 
Monsieur^ et j'en avais une liaute idée. Jt 
pourra» tous donner des preuves authenti^ 
ques que j'ai reproehé puàliqucmeiu k la ca^ 
baie y qui vous baissait ^ parce que vous n'en ' 
élies pas, d'avoir été à la Natim un bomme 
tel que vous 9 si nécessaire dans une place 
tmpoi^ante où Pou peut faire tant de bien et 
tant de mal, où l'on a à sa disposition la li-^ 
berté civile d'un ai grand nombre de citoyenSi. 
Jfe ne dépendais point de vous alors^ et je n'ea 
attendais rien : c'éjtait un bonnaage rendu à li^ 
vérité 9 et une }uste critique des Economistesm. 
Je ne vous aurais j^amals dit cela^ tant que 
l^auniU été sous voa or Are^ ^ car un bonné^ 
bomme évite avec soin tout ce qui peut avoir 
i'air de l'adulation*. Mais ce que je reçois de 
vous, mVlève au-dessus de ce scrupule j ^puis-^ 
^ue, fut'^e le dernier de vos bienfaits , vovtB. 
aériez encore l'boaime à qui je dois le plu& 
de reconnaissance et d'attachements Je le dis 
donc sans timidité : ce que je vois de voua, 
surpasse infiniment ce que j'en savais. Les 
grandes places sèchent trop souvent le cœurt 
le votre est la, bienfaisance même. Que d'à un 
très vantent vos talens ; pot^ir moi , qui pré^ . 
fere un sentiment aux plus sublimes etforta i < 
dèn génie, je révère, je cbéris, j'adore votre : 
itou.lé ; puisse cette pcofessiQU d^oiiresxeï | 



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tO i: E T T E £ s O R I G I N iLL E s ^ . 

comme un monument durable' pour me con^^ 

vrir d'infamie, si je démens jamais l'assurance 
que je TOUS fais ici de ma gratitude et 'de 
moa éternel dévouement ! Oui^Mpusieur^ si 
jamais je recouvre les droks éPhonème^, 
sors de ce tombeau où mon père m'a plongé , 
je ne me croirai vraiment heureux qu'alors 
que j'aurai employé pour vous la vie que vous 
me conserver. i . . » 

. Je vous suis caution que le cœur de mon 
amie oe pi^oduît pas une reconnaissance moins 
ardente que la mienne. Ah ! Monsieur^ lie lè 
voyez-vous pas comme elle sait aimer? quel 
torrent de sensibilité coule du «ein de cette 
excellente femme, qui, en pi^e aux dou- 
leurs physiques les plus violentes , était toute 
ocQupée de moi, préparait isè écrit pour ma 
consolation, et s'accusait de mon malheur , 
tandis que je ne souffre que dans elle, tandis / 
'•que c'est moi qui ai troublé son repos et sa \f\ 
vie ! • . • Ce n*est pas tout , d'une main débile 
elle a tracé après s^ délivrance, dans cet ins- 
tant où Ton sait à peine si Ton est revenu à 
la vie, elle. a trapé trois mots pour achever 
de m'apprendre ce qui pouvait me toucher I 
Quel courage et qqel amour ! quelle femme 
ils ont ôtée à la société ses insensés persécu- 
teurs ! Hélas ! c'est moi qui Pai poussée dans 
le précipice , où du moins je l'ai suivie j mais 
c'est eux qui l'ont creusé^ • • » « Ah! Monsieur^ 
teudez-^ui une main secoorable^ sauvez-la 9 



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?^ MIRABEAU. ai 

e& çi^yez qu^âti''coikquërant no%^œurs, vous 

VPU5 êt^s/attaché deux étires bien sensibles. 
' Votre générosité m|arr$lte et m*învite k la 
£oia.D'un côté, je ne ^voudrais jpas vous pa- 
raître indiscret ; de l'autre, jè me reproche-' 
r^is de me méfier de votre indulgence. Voutf 
^entez. Monsieur, qu'une femme, quoique 
délivrée, Qst bien loin d'être quitte de tout 
danger. Sa lettre écrite a.ntérieurement à son 
QCCoticb^ment', ne m'en apprend pas les sui^ 
les..... Ces trois mots tremblans, qa'elJe a 
suremént écrits après, sont gravés pour ja- 
ijaais dans mon cœurj mais ils laissent à thon 
ima'gination desinquiétudes déchirantes. Dat« 
gnez permettre iju'elk réponde à ma lettre 
d*auîourd*liwi : que j'apprenne que ses cou- 
qhes et leurs suites ne mç laissent plus rien 
l\ craindre. Sa lettre me fait entendre qu'elle 
n'a pas reçu celle que je lui écrivis le 28 dé- 
cembre; sans doute elle contenait quelques 
idées contrastantes avec les arrangemenspris. 
Si vous daigniez me faire dire dans quelles 
bornes je dois me contenir, je m'y renferme- 
rais religieusement, et du moins elle ne se- 
rait psts privée d'une consolation si nécessaire 
à son bonheur et à sa vie. 

Et cet enfant, cet enfant que je vous con- 
jure de protéger , et que vous protégerez sans 
doute, (car enfin c'est un citoyen) ne per- 
met trez-vous pas que je sache quel est son sort, 
sous quel nom il est baptisé , oîi il est nourri, 



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qui subvient à cette dépense ? C W ma fiUe^ 

Monsieur ; et quoique j'eusse regardé comme 
un bonheur pour ce fruit de la plus tendre 
passion ^ quUl fût d'un sexe nioins dépendant 
des préjugés, et mieux pourvu de ressources^ 
mon attachement pour elle semble doublé ^ 
par cela même que Je lui suis plus nécessaire^ 
et aussi parce que j'espère qu'elle tiendra de 
son excellente mère. 

Monsieur^ mettez le comble à vos bienfaits* 
Une lettre de mon amie qui m'apprenne son 
état lorsqu'il ne sera plus douteux, des in- 
formations sur ma fille , et je n'aurai point 
assez de ma vie pour vous remercier. C'est * 
de mon lit que je vous écris : je ne suis pas 
bien , et la révolution tant désirée de ce ma- 
tin^ ne m'en a que plus agité ; mais quelques 
éclaircissemens de plus, et vous me rendrez 
la santé j comme vous fn'avez rendu la vie. 

J'ai l'honneur d'être avec les sentîinens res- 
pectueux d'une reconnaissance inviolable ^ 
Monsieur, votre très-humble et très-obéis* 
sant serviteur ) 

MijaABfiAU ills» 



A M. Ll!;i4[OIR. 

i8 janvier 1778» 

Q U E VOUS dîraî-je, Monsieur, pour vous 
exprimei' ma reconnaissance ? je ne suis point 
assez heureux pour élre a portée de vpus la 
ptouver, pas même de la témoigner. Si jWait 
l'hoaneur de vous voir, mes yeux parleraient 
mieux que mes lèvres. Malheureusement il ne 
reste àl^homme le plus touché, que ces mêmet 
expressions que prostituent les hypocrites et 
les perfides. La franchise , cette qualité noble 
et généreuse qui est la marque la plus cer- 
taine d'une ame véritablement élevée^ et qui 
presque toujours est accompagnée d'un cou- 
rage indomptable^ la. franchise ne se trouve 
plus, pas même dans nos romans: elle est 
aussi loin de nos mœurs que les vertugadins^ 
Tout contribue, dans- l'état actuel des socié^ 
tés , à éteindre cette vertu^horsde mode. Vous 
ne me connaissez pas ; vous ne savez point que 
quelque dangereuse qu'elle m'ait été, elle est 

€t sera toufoura mon idole. Oui, Monsieur^ 

jfaîété sincère dans le monde j* c'était me pré- 
senter au combat avec des armes inégales , et 
lutter le sein découvert contre des hommes 
plastronnés qui me tendaient des poignards. 
Les vains complimens, les pjerfides protesta^ 
tions qui surchargent aos discours, nous ac- 



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4 LETTa£SORIGlM^AL£S 

Coulumeut à tout altérer, à tout exagérer: 
et je né puis penser sans indignation à quel 
bas prix il faut réduire , dans le cours de cette 
fausse monnaie, les expressions les plus éner- 
giques d'ainitié) de bienveillance , de recon* 
naissance , de soumission. L'on se dit le ser- 
viteur de tout le monde , parce qu'on n'est 
l'ami de personne, Ton ofFre tout, parce que 
l'on ne veut rien donner. Ah 1 Monsieur, 
n'évaluez pas sur ce pied mes protestations* 
Pas un mot , pas un seul mot dans les assu-^ 
Ipances de mon attachement , de ma gratitude 
et de tous mes sentlmens pour vous , n'est 
jeté au hasard , et je suis bien prêt kles sceller 
tous de mon sang.^ 

' J'espère que vous trouverez dans ma lettre 

à mon amie la circonspection que vous m'avez 
fait recommander. Je l'ai écrite bien rapide* 
ipaent et sans avoir le tems de la réflexion ; 
maïs je n'ai pas touché un seul mot d'affaires, 
et je ne le ferai jamais. Quant à la formule 
^e style dont je me suis servi ^ je n'ai pas sup- 
posé qu'elle pût paraître sujette à objection , 
lorsque j'écris à une femme à qui l'on a per- 
mis de m'apprendre qu'elle venait de me ren- 
dre père. Cette ridicule méthode de traiter 
une seule personne comme on en traiterait 
plusieurs ensemble, est si évidemment une 
adulation recherchée, et par conséquent une 
fausseté manifeste , introduite dans les lan- 
gages modernes avec toutes les autres céré- 

«monies 



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monies dont oq sVst masqué, qu*îl me ré- 
pugae singulièrement de ne pas recourir à 
la .simplicué de la nature quand je parle à 
mon amie. Au fond, ces faussetés de eon-^ 
vention n'influeraieot poiuft sur nos senti-^ 
mens. Cependant maclarae de Monulcr serait 
S&Kt i^iqulèle-si je changeabdeton avec elle^ 
sans lui dire pourquoi. Car elle sait que je 
suis "plus capable de me taire que de me dé<« 
guiserj et ces mots vous, voire ^ au lieu de 
tu, Mn^ lui paraîtraient peut-ètré involon- 
tairement ^u sy a\ptume de froideur. • • • 14 'im<^ 
porte, Monsieur: c'est bien ïe moins que je 
TOUS moatre^^après tant de bienfaits, une 
docilité sans bornes. Si vous trouvez donp 
nécessaire que je ne la tutoie plus ^ ^ue cettie 
j^ison., je vous en supplie, ne la prive pbiiit 
die nMt' hture. Ayez, la bonté ^de «me iairt^ dîré 
que jje çhân^ge de protocole, et permetleM 
sieufensftnt qut je l^ansirtisse 'tfa^ «ë^feeprë^i 

,crit. ' ' V. . » * .f .i^' . ' " ' 

J'ose me flalter , ei même entrevoir que 
itous ne bornerez pas vos grâces aux deux dé<* 
litieux billets que j'ai -reçiis ; et j!at(endg 
wee me douée espérance, na vif désir, mai* 
une parfaite résignation , là continuation dè 
ws bontés. Je l*épête , MoAsîenr , j^al 

peu ou point d'ambition j et tout conspire^ 
roit .à la décourager , quand il *mVn roste- 
ralt encolle. Mais toutes les puissances de ià 
terre , , £a«sé^e( aîpifde -de' leur? bien fàtts , nù 
Tome IL B 



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a6 LEtTRES ORIGINALES 

sauratent me donner plus que )'aî reçu de 
vous , une seule chose exceptée ^ que je n'at« 
tends aussi que de vous. C'est à celui qui ui'a 

sauvé la vie, à me rendre la liberté, pour 

que je la lui consacre. 

J^ai rhonneur d'être avec un profond et 
respectueux attachement. Monsieur, votre 
très-humble et très-obéissant serviteur, 

MlRilBEAV fils. 

N 

» 

A M. L E N O I R. 

S4 janvier 1778. 

* 

J*A1 l'honneur de vous écrire, Monsieur , le ' 
pied sous la lancette; et quoîqu*il soit vrai 
de àiie que, depuis sept mois et demi, je 
l^'ifti pas eu huit jours de santé, la clrcons* 
tance i|ctue)le de son dérangement me rend 
nécessaires plusieurs choses dont j'ai supporté 
jusquici avec patience la privation , soit parce 
que j'ai xru que cela ne pouvait durer, soit 
parce que j*avais honte de vous entretenir 
4e tek ,4létail;5,î et de vous montrer quelle 
^ç^rte de vengeance mon père, non content 
de m'avoir comçtie -(^seyeli , exerce encore 

jiur mou > - • ' 

J *ai des hémorragie^ continueîles , je verse 
des jattes de sang, et je suis absolument^sans 
Jinge, Dépouillé eaUoiiandej» i^sque jy fM 



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1 



B £ M l it A B £ A U« t'f 

Arrêté, de la plupart de mes efieés, je n*ai 
pas même mes malles oii doivent être les àé^ 
bris qu'on en asauvés.Voicidonc, dans la plus 
exacte vérité, ceux dont je jouis» Vingt-deuac 
chemises f dont douze seulement portables j 
quatre mouchoirs j pas une servietté ; et pour, 
toute chaussure , trois paires dê bas achetés 
ici, les autres étant en locjues. Mop père n'a 
pas voulu assigner un sou de plus que %it 
cents livres pour mon entretien et les besoins 
journaUers que je puis avoir , indépendant^ 
ment de la nourriture réglée par le Roi. •L'iihe 
pension d'entrefien supposede preitnières a\ an- 
ces j car on n'entretient que ce qui existe ^ 
cependant, comme j'étais nu^ je me suis fait 
faire y sur le paiement des six premiers mois^ 
de grossiers vêtemens d'hiver qui l'ont ab- 
sorbé. Que ferai-je maintetiaot ? J\>se vous 
demander , Monsieur^ s'il est juste que je sois 
plus mal babillé cfue les gens qui portent ma 
livrée I que je n'aie pas une paire de bas à 
changer; et que je nesache, baigné de sang, 
oii trouver du linge, à moins d'être à charge 
à M.' de Rôugemont ^ à qui je ne veux ni ne 
dois en faire demander. U n'y a pas iti tiu 
mot d'exagération : M. de Roiigeriioijt aura 
la bonté'de vous le certifier: La pension que 
l'on m'a assignée ne suffît pas pour nie four- 
sir la moitié de ce qui m'est nécessaire ; et s i 
je l'emploie à cela, que me restera-t-il pour 
èt9 besoins imprévus ^ què mon état ^3eu t f^iirç 

Bij 

♦ 



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%8 LETTRES ORIGINALE^ 

BM'tre II tQntmooieiit? Daignez donc faire or* 
donner, MoBsieur^ que roo-cue iaiu:r>i8«e le 
linge et les effets , je ne dis pas çonveii^ble$ 
il un homme de ma^orte, je drs.iiécesaair^g 
à jaia situation j je dis, seiw fiables à cev^x 4^ ^ 
flm obscur de mes compagnOna <i«'io£(>rtuiie» . 
§ij3}oa père fait de$ difiicvlié^ (et il nV^ pat 
dofitf^ quil en fera) , veaîliez^dîre mu Mi^ 
niâtre que je suis prêt à sigoer J'airêt de ' 
prison perpétuelle, «i le» feîts suîvans peuvent 
être argués 4e. £aux : ils f décideront Xa quM^ 
t^on. ' 

. I ^. Qei)uis Tairnée 1776 j'ai q«at4v9e\tBtlle 

€mq cents livres de renie. ♦ , ^ . 

s^* En 1774, et non en 1773, Qoume ï'« 
4il et im-primé mon père, j*ai été interdit ^ . 
noff d'après une assemblée des parens de V^n^ 
etl'autre famille, comme il a osé hid^fç ei 
Vi.vpnnur ; niais sur Tavis de c?nq perso^^aes 
dévouées 'à lui,^ont l'une^n'éUitapjEtôndeJar 
famille. Depjils celteépoque, je n'ai pa^ /Ait 
de deUes, si ce n'est en Hollande pi^yetij^ 
aurais bien payées tout seul à la sueui; de «ion 
front, si l'on m'en eût donné le temps r.perii 
sonne n'était inquiet^ personne ne ^é^imît 
mon père. • - *»v ■ c\\ j-ï 

3"". Depuis le^'ii^ois dei no^embr^ .2.774.^ 
-époque de ma délentior», mon père niîâ réduit 
à cent livres p« mois , qui ont été pâjréesc jus^ 
qu'en août 1775. 
. 4^. Depuis le mois d'août 1775 je^n'ai'pftft 



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louchéuti SOU de mon père ; desorte ^uequaad 
î^ttie suis évadé du fort de Dijon en 1776, 
( de4'aYeu et- par le cotiseil deq&iavt)ît droîl 
de nie te? donner) , mon père me devoit huit 
mola^éé c^te pei^on^ariniie]}^ d^dooseceiiU 
livt^a; Vous- renil^rquerez^ s*il yousî plaît ^ 
^au^ inî^yiearâ^iirebé q>u^avaU4iu irrrmiget 
it commsLnd&n^da £brt deDijoo avec'lecan^ 
tinter , j'étais à ^ne pension ^Hmentaîre dû 
7Ô lirv're$ i>ar luois*^ ei-qir'il iallait m'entreteliir 
et &i?bveriir aux ftiut fVais avec vtnjçt-einq li-* 
Vw^»Età€^re^mt disait^oo, plaidez idéfeuét^^ 
; sans doute cela se fait sai^sargent. Som"* 
me tout , depuis )e mois d'août 1776 ^ jusqu'à 
Ce que^je sois entré à Vinceanes , je n'ai poâ 
teçjà une obole de mon père^ veut dire de-mei 
. dt'oiers perçus par mon père, qui ^ en 1774 
^âÎ¥*é*é ïion*ti*'l*iôn tuteur. Apparemiûeû^ 
qu'il uf me portera pas en compte la scftîdfl^ 
des Inspecteurs de police. Les eût-il pajé^j' 
magnifiquement ^ 41s n'ont pas m^4:]fbé pouir 
mes menus plaisirs, et je n'ai pùint du lout> 
provoqué leur mission^ Je pourrais dire 4peuP 
près de^iMéme de V incennesy oud^on peut croire 
que Je tt^ai patf'Vèlôntalremetft éhi^^omieile« 
J Je" demande la plus graude alte^Uiout^pouit 
les Âiiiel€«'suivan«l« ' . f 

5*^. Mon père n'a pas rougi àHmprinier qu© 
- j'iavaîs ofvoué , d^m l'interrogatoire prélimi- 
lUiire de mon interdiction , ceni soixante di(x>^ 
hiiû mille lù res dedMe^^ OuluiounipiuQu& 



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3ç LET.TRES OmOlNALES 

mentons ; maïs fe veux passer pour le pliii^ 
iniame des imposteurs 9 si je n'ai pastoufoura 
lelusé formellement de fournir un état de 
, m$$ dettes et d*en dire le montant, l'usqu-à 
(e. qu'on me donnât U certitude qji'elleg^ 
■feraient payées. Le juge a donc eu de moll 
^u refus de répondre à cet égard ^ au lieu de 
Faveu quernoopère allègue. L'interrogatoire 
tii^iste} que l'on juge entre nous. 

6". J'observerai que dans le même imprimé 
que je cite , mon père convient que mea créan*-' 
cii^rs sontpour la plupart des Juifs: donc leur» 
créances pouvaient et peuveot être £actlemeat 

7^ Mes dettes , dit mon père dans ce même 

.écrit ^ montent à deux cent vingt mille livres# 
Je remarquerai combien il a toujours cherché 
il surprendre Tautoritét Sehm aon premier dire, 
à M* de Malesberbes, alors ministre^ je de* 
vais quatre cent mille livres. Dans ses mé- 
moires y cette somme est transformée en celle 
. de deux cent vingt mille: il n'est plus éloigné 
de la vérité que d'environ les deux tiers, 
îtlais supposons un instant qu'il l'ait dite : de- 
puis 1774? époque de ma détention, jusqu'en 
1775 , j'avais neuf mille livres de rente , dont 
trois mille seulement éts^ent laissées à .ma^ 
dame de Mirabeau et à moi. Voilà d'une part 
six mille livres pour l'acquit de mes dettes* 
Depuis 1775 jusqu'en 1778^ jVi eu 14500 
livres derente^tur lesquelles je a^aî jamais re^ur 



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J) £ M I B A B £ A ir» 3t 
^àns toutce teras que hults cents livres. Sup*' 
posez qu'on ait laissé àmadame de Mirabeau 
deux mille cinq cents livres de pension , 
quoiqu'on ne lut en dût ^ aux termes de* 
son contrat de mariage , que quinze cents;- 
voilà, d'une autre part ^In g t*qisatr6 millé 
livres pour Paequit de ities dettes. Total ^ 
trente mille livres pour cette liquidation. 
Tout le monde sait qu'il n'est point de créan- 
cier juif à qui l'on ne rabatte plus de la 
' moitié ^ tant leurs usures sont excessives ^ et 
leurs prêts illusoires. Plus du quart de mes 
dettes doit donc être payé , et il est facile -de 
prendre des arrangemenspourle reste. Voilà 
la supposition la plus défavorable pour moi ^ 
c'est-à-dire , celle de mon père. 

Maintenant voici la vérité. En lyyS ^ 
vingt mille ecus auraient payé mes dettes^ et 
même fort au^-delà. Elles sont fort peu accrues 
depuis. Je demandai alors d'être autorisé à 
laireun emprunt qui^ réunîssan^€es dettes 
en un bloc , et me donnant la facilité de ré-*- 
duire et d'éteindre avec de l'argent comptant 
d'énormes usures , me libérât surle champ, et 
me laissât un revenu moindre à la vérité, mais 
neu Mon beau-père ^ qui me devait cette ' 
somme à la mort de sa mère , me proposait 
4e • l'avancer , pourvu que mon père , qui, 
suivant les termes de mon contrat de ma-' 
riage , pouvait/euL recevoir les deniers de la i 
dot de madame de Mirabeau , lui en donnât : 

Bit 



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3jr t^TTtftBiS OWl-OlVMhlLS 

qmtVsinte. Montemirepèrerefasa; A%i lieu de 

cet arrangement si naturel et si simple 9 oît 
il ne lui ea coûtait que sa signature et <fui' 
m'oi^lt le. droit àl'indulgenee en cas de re^ 
qhuta^ il provoqua mon interdiclîon^ se fit^ 
dt^ç^aj^er'SMH^ tutei^^et ne paya de laes dettes 
^ue ce à quoi il fut contraint par autorité de 

justiceJ 

. 9". Enfin 9 supposez que l'accumulation des 
iatér^ts fasse t(uë quatte^yingt mille livrer, 
soient nécessaires aujourd'hui pour me liqui- 
der («mon père 1 ui*méme est conrenu qu'il n^en 
faut paa davantage,) toujours sera-t-il qu'il 
faut montrer l'emploi des trente mille livres 
p/erçuesi^sur mon revenu depiiis mon interdic* 
tioii j et quand on ne voudrait pas les compter^ 
cç qui serait bisûtrre, et ne 'me surprendrait 
cependant point, l'intérêt de quatie-vingt 
nulle livres , on quatre mille livres , défalqué 
de qualorie mille cinq cents livres à quoi 
monte moir* revenu , me laisserait encore de 
q^ioi acheter des bas , des serviettes et des 
chemises, sans que mon père eut le droit d'en 
murmurer. 

; Yo'Jà, ISi'onsieur, le résumé de mes affaires 
ptfi uniaîres que j*ai voulu vous expliquer en 
une i'oh , pour n'être plus obligé de revenir à 
des détails qui doivent vous être bien fasti- 
dieux , puisqu'ils le sont à moi-mt-me. Depuis 
tœis' mots j'ai «té occupé d'intérêts si supé- 
rieurs^ que toute autre pensée m'ctait bien 



, k MXR ABEA V«* 35^ 

étrangère. Maintenant qiic ,*gràces à véslion- 

tés ^ moh imagination est calme et mon ame 
fiiocilagée , j'ai le tems de m\>ecuper de ihôrf 
corps qui se rappelle fort énergiquement à ma 
itiémoire. Au fond , il y aurait plus que de la' 
bonté à moi de le sacrifier aux passicrns de mes 
haineux et cupides enneuils. ♦ 

J'ai prié M, de Rougemont de periiiettre 
quelechirUrgièri^toajor vous rendit un compte 
détailtéde mem ét^f, et Vous âit si je stiis un' 
malade imaginaire. C'est à lui de vous appren- 
dre si naa samié hè «l'âflPaiblit'pas à un poinf 
inconcevablepdurmon âge, et ce qui lui serait 
nécessaire. Pour moi je me contenterai d^ 
répéter eneoïe que l^on pourrait mecléienir , 
sans me détruirè : qu*une prison-înoins âustèréf 
t^mpKrait lés ^ue^ de vxon pète,^ les seidea 
du moins qu*il piiisse avouer; car il ne con- 
*^iendra ni qu'il voudrait ^tre dé/aït de moi 
( il' ne dit cela qu à ses intimes , ) ni qu'il crain- 
draît liiés réclëtnktlQns',*'sî* etteaf ;|^(mVaient 
par\renir; Que veiit-il' donc ? i]ue je soU &oue^ 
tatnuiA' dur Rôi^' i^y sérail tout de înéme , 
qnand j*aiirais* dé l'exercice ^quand je verraiif 
de» humains j et le sang ne m'éioufferait 
jtoînt ^ et- lûa pbîtriné ne s'âchetierâit p-asl 
- Teut-il encore que je n'aie la manutention 
de cpioï que. ce 80if*ku monde , què je né 
puisse regarder à mes affaires ? qu^il nde fassé 
donner des ordres supérieurs , je les exécu- 
terdfi j et si j'y contréviens , je n'aurai pas pUis 



V 



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Il I 



34' L£XT&£$0&XGINikL£S 

le pouvoir que je n'ai rintenlion de me sous- 
traire à l'aatorité qui saura bien se restaish*! 
de 'ifioi. QuUl fasse mieux. Assurément dan^ 
quelque coin du monde on tire des coups de 
fusil \ qu'il m'y envoie j il sait bien que je ne. 
m^y épargne pas : il se fera honneur de sa 
générosité j et pçut-étre «era-t-elle utile k , 
ses vues les plus secrètes. 
^ Yoye2 avec quelle confiance je voua expose 
mes idées comme mes plaintes* Certainemei\t ^ 
Monsieur, tous ne pouvez le trouver mauvais $ 
Tos bontés m'y ont trop fortement encouragé» 
Je finis par vous demander une permission. 
f^Jti me serait d'un grand .soulagement ici. . t 
Il y a plus de trois mois que j'ai épuisé la 
petite collection des inepties privilégi^^^qui, 
sont à l'usage des prisonnier^, .Vous çroirçz, 
aisément qu un homme , qui a toujours eu 4 
sa dif.position degrandesbibliothèques, et qui 
a Fait toute sa vie ses délices de l'étude 9 est 
çruellement isolé lorsqu'il se trouve sans 
livres. Cette privation m*eût été terrible au 
sein de la société 3 jugez au ^onjon de Yin-i 
cennes où l'on ne voit que ses murs , et où le 
tems est centuple de sa durée ordinaire* Je 
n*ai ^as même, le secours du petit nombre; 
* d^)uvragesqui sont dans mes malles, dont jd 
n'entends point parler. Daignez permettre 
^l'on m'abo'une à un oabinet littéraire à Paris. 
QnA inçonvéniput peut-il y avoir ? on n'y Ut 
que des c^ri|8 autorisés j et d'ailleurs vous 



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]>£Miai.B£AV:« 3S 

jugez bien qu'il me reste peu dechosesà voir 
en fait de livres non tolérés* Ceux que Ton 
m'enverra passeront par les mains de M. de 
Rougemon^ : ye ne saurai pas même d'oii on leir 
tirera , et je ne ferai que noter sur un catalogue 
ce que jedésireraislire* Vousnesauriez croire , 
Monsieur, ce que meserait une t^lle rei^Qurce. 
Vous m'avez permis l'usage du papier et des 
livres ^ qui sont nécessaires ici pour ne pas 
devenir l'ouj et cette grâce de vlpnt, malgré 
TOUS 9 illusoire , puisque je n'ai absolument 
point de livres. Si vous m'accordez la faveur 
que je prends la liberté de vous demander « 
elle n'ajoutera rien à ma reconnaissance qui 
ne peut plus croître ; mais eUe diminuera 
beaucoup mon mal-être.. ^ 
J'ai l'honneur d'être avec un respectueux 
dévouement 9 Monsieur , votre très*bumJD]j& 
et très-obéissant serviteur ^ 



A M. L E N O I 

8 féf rîer i^8» 

L> iHUTiLitÉ des lettres que j'ai l'bon*. 
neur de vous adresser , Monsieur ^ me prouve 
^Évidemment une de ces deux^clxo^es , 9^ 
qu'elles ne vous parviennent jgoiiijt , ou qu'on 
voi^ass^ure que l'exposé o'en est pas vrai. Je 

B vj 



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36 L£TTK£S OKIGINALES 

« 

me puis croire la secunde : ce serait un men- 
songe trop impndent et trop malin ^ et je n'ai 
ni le droit, ni Penvie dVn soupçonner per-- 
sonnew Reste donc la première» Tant que je ne 
vou« ai parlé que de ma détention , je pouvais 
croire ou ^ue mes- d^fienses tous paraîssaient* 
faibli^s etf incomplètes , ou que vous n'étiez 
pas le iiiaitre de la terminer. Tant que je 
VOUS Âi demandé des grâce», je pouvais tout 
sfu plus lés espérer ; et votre bonté m'a ac* 
cbirdé au-èelà' de mon attente. Mais quandf 
. je parle de mes besoins, de mes urgens be-^ 
soins , j'ai le droit de compter sur ce que je 
solHcite. Le Roi ne veut pas que les prison- 
niers souffrent d'autre chose qure de l'a pri- 
vation de leur liberté, et des peines qui etf 
sont inséparables. Vous, si bon et si jusfe, 
^usne le vouler pas non plus. Donc , ou vous 
ne me croyez pas, ou vous ue m'enteflde2i 
pas'f "tela- est évident* 

Mais si mes lettres ne parviennent plus 
fûsqu'à vous , c'est sûrement parce que M. dé 
Rougemont a] cru ordre jde les retenir ; et 
cet ordre , s'il est donné , à quoi suis-je réduit ? 
comment^ l'ai-^^ mérité ? moi , si scrupuleuse- 
ment soumis à ce qui m'est prescrit ! moi-^ 
si paisible, si tranquille, que je suis bien sur 
qu'aucun hofame au monde dans tua pface 
ne l'èst dàvàiièa'ge ! 3'ai un juge : c'est le mî-< 
nistrfe. J'ai un i<ii^pbrtéur , et , si j'en augure 
par vos bie&^aitrf i j'oserar dire ,utt interces- 



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B£.MIRAB£A9* - 37 

sew:} et est vqub^ Mousieur. ]!*ie suis-je pas 
/ perdu, si je ne puis invoquer ni votre justice 
i^i votre clémoace ? . . . Lesr réflexioas naissent 
en foule j mais je les réprime. Je vous.sûp-, 
plie de permettre qu'oo me déclare que mes 
leUi es ne peuvent plus passer, si tel est mou 
jiort. .Je xie me consumerai pluç én dç vaine« 
plaintes. 

Quoi qu'il en soit. Monsieur, j'ail'honneur' 
de vous répéter que j'eus celui- de vous écrire 
le quatorze , le vingt-quatre janvier et le trois 
i!évrier que j'étais sans linge , et que la nature 
de mes Incommodités me rendait encore cettç 
priv&tîoa plus triste; qub j'waiB pouji tou(- 
bien^viugt'deux chemises dont douj^e seule-' 
'ment portabks , pas ufi^ secviette^ quatre 
moucJioirs et tjcois paires dje bas, les autres, 
étaot én loques ; que j'amis- toujours diSérét 
dé vous le dire, ne voulant pa&, vous iuipor- 
tnneD de tels* détails , et comptant k tout rno-*. 
ment sur Tarrivée d^ mas màUfi» ; que ces*' 
œalleSs m'élant refusées par des raisons in-> 
oodumes et non d«vinablesi^ je iiie imyais ré-v 
duit à vous prier d'ordonner ou qu'on me iesr 
* donnât , ou : qu'on me fournit les efi'ets qui 
m'étaient nécessaires, ma modique pfnsion^,^ 
qui d'idlleurs n'était qued'entretien , n'y pôu^i 
vant subvenir *f qu'il y avait plus detrQis*moij^ 
que j'arais épuisé la* coUectioo des livres qui 
est ici } qu'au moyen de ;cela la permission^ 
que vousrm'avicz accordée d'en avoir était* 



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38 LETTHESORÎftlWALÏS 

vraiment illusoire ; que si je ne pouvais recou- 
vrer les miens , je vous suppliais de permettre 
qu'on m'abonnât à un cabinet littéraire à - 

Paris 9 etc* 

J'ajoute maintenant que mon besoin est 
plus pressant que jamais ; qu'au moment où 
je vous parle...» (mais comment dire des- 
chosesaussi dégoûtantes à penser que diificiieg 
à exprimer? il faut bien s'expliquer cepen- 
dant ) ; au jnomentoù je vous parle , je suis 
peut-être menacé d'une fistule , faute deliiige, 
le satïg ayant pris un autre cours que les hé- 
morragies ordinaires; que je suis au comble 
de Tétonnement d'entendre un chirurgien- 
major convenir avec moi que la propreté m'est 
absolument nécessaire pour éviter toutacci» 
dent, et Bie répondre, quand je le presse 
de demander pommoi du linge , que cen^est 
pas sou afiFaire : comme si tout ce qui a trait 
à la santé était pas son affaire. Quant aux 
livres , la dernière fois que j*ai vu M. Bru- 
gnière , c'était le i5 novembre , je le priai de 
vous dire que j'en manquais. M. deRougcmont 
me dit que je n^en mani/uerais pas , et qu'il 
aurait lu honié de rr^en trouver. 11 s'est écoulé 
depuis cette époque près de trois mois ; M* 
de Rougement ne m'en a pas procuré un seul : 
d'où je conclus qu'il n'en a pas trouvé. Jugez , 
Monsieur , dans quel isolement je suis. Le 
chirurgien-major me dit fréquemment que 
jeme tue de tant écrire. Je p'y trouve qu'un 



biyuizûu by GoOgle 



Bfi BlIRABSAir. 39 

inconvéaient , c^est que je ne me tue pas as- 
sez Vite. 

' Somme tout 9 je n'ai ni linge, ni livres 5 ni 
santé. Je n'ai pas mérité que vps grâces me 
fussent retirées ; car jamais conduite ne fut 
plus uniforme que la mienne. Jamais il ne 
m^échappa un murmure , jamais une impa* 
tience» J'ai toujours été ce que je dois étre^ 
et ce que je veux être. Ces faits réunis for- 
ment mon. état de situation. Je défie haute- 
ment tout être vivant de le démentir avec 
vérité ; et si, ce qui ne peut être, cela ar-* 
rivait, comme entre deux témoignages con- 
tradictoires il faut qu'un tiers établisse le vrai^ 
je demande d'être admis à la preuve. ^ 
: J^i beau chercher. Monsieur'^ jen^entends 
pas ce qu'on redoute en me donnant mes mal- 
lês ; un mot de tous me les ferait livrer , qui 
que ce soit qui les ait, et j'y trouverais du 
moins une partie de mes besoins* Pardonnes 
si je reviens si souvent sur le oiéme objet. 
Vous sentez bien que je ne puis prendre à cet 
égard ]e silence, quelque loAg qu'il soit ^ 
pour un refus j car ce refus étant souveraine- 
ment injuste lie peut venir deyous, et de tout 
iautre je ne suis pas fait ^our en recevoir de 
cejttie espèce. 

J'ai, l'honneur d'être avec, un jespectueux 
dévouement , Monsieur , votre très-humble et 

4rès-obéissAnt serviteur^ 

Mm ABJE A u. fils» 



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40 L£TT&£S ORIGIHALES 

Je me crois obligé^ Mousieui, d'ajouter que- 
}e suis très-loin de me plaindre du c^hirurgieit'^ 
major, parceque je m'aper^oiaf, m i^elisaiit 
ma lettre , que vous, pourriez l'inftnpr d^une- 
phrase où. je ue ie cit£ que pour vous- mettre 
à même de vérifier le fait. 



A M. L E N O I R. 

tSfcvrîér 1778. ' 

J E VOUS dois toute sorte de remercliutns ^ 
Monsieur 9 pour ie& éclaircissemem qve vont 
avez bien voulu mé faii c* donner. Je conviens 
téns. répugnance que l'on conçoit trop faci** 
/ement des inquiétudes 4aiis le triste lieu oii 
il a plu au. Roi de me domiw éomiétle. li 
est impassible de se figurer quel- chemin y 
fait Pinn^p^i Dation, et ee ti^vi pas Iist moindrê 
des sQuii:raD€es ' que 1^9». y endui^* i?lus ie 
cœur est sensible, plus Tameest élèvée^plus 
lessens^ont^ d'éo^rgie ^ et pUis-les touroiem y 

sont aigus t-l multiplies. Ces précieux dons 
delà naf «r^tillArn(^iyià4a ruttiedti Aialbeureux 
qui est privé de sa lib^i^téi I/amitié et Famour^ 
ces bienfaiteurs du monde j devienireilt in^è 
bourreaux*'* ;*«Âii 1 Monsieur, c'est un cruel 
l^at, et vous avoue' que je nie tàie to«is*l«« 
matins pour savoir &i c'est bieA moi.: je m'iu*^ 
teKrogepouriJu'assurer cjuc je ne suii> pas fou: 



B K M r R A B C A 0. ^ 4! 

fp'relts avec curiosité d'immenses paperasses 
pour y rechercher les vest iges de ma raison. 

Je ne dis pas cela seulement pour éraou- 
TOir votre coaipasiiion y Monsieur : je le dis 
pour e\cUer votre indulgence. Veuillez re- 
garder d^us" mes lettres le fond , sans vous 
. arrêter à la foruie. Vous devez être bien sûr 
de tout mon respectueux attachement ^ si vous 
Be me regardez pas comme un monstre d'in* 
gratitude* Les expressions ne font rien à la 
chose. Je n'ai en vérité plus la force d'avoir 
de Pes'^îrit , et je n'en ai jamais guère eu quand 
fâi beaucoup senti, 

• J'ai l'honneur de vous adresser un état du 
linge qui m'est nécessaire. Vous pourrez ju^ 
ger vous-même , d*après ce que je vous al Jlt 
,ée celui que je possédais, si je^uis trop exî-* 
géant. Si j'étais à la charge ci u Roi ^ je deman- 
éeralsavec moins d'assurante» Si j'attendaîsK 
mes besoins de la^c/itrosilé d.e mon père, je 
serais peu pressant ; ear, outre que je n'aime 
pas la peine inutile , je ue v oudrais pas com- 
. mencer si tard à lui avoir des obligations ; et 
en vériîé ce serait la première que je lui au-* 
r<ais: car la vie que je tiens de lui , et dont il 
&it un si cruel emploi, est une charge plu^ 
tôt qu'un bienfait. Mais comme c'est de mes 
deniers qu'il paiera ce que vous voudrez bienr 
me faire fournir , comjiie je suis en avance 
8veo lui de ciaq Gent«ni4Ue livres qu^il a envar 
hles sur les substitutions dem^maisou, qui 



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42 LSTTItSSO&I^iVAtl» 

portent toutes sur ma tête ; comme il dispose ' 

aibltiahement de mon revenu-, je crois qu'il 
ne me fait pas une grande grâce de me donner 
ce qui m^est nécessaire. 

Kon y Monsieur , quelque cliose qû'il ar- 
rive ^ je n'en attends que de vous ou de votre 
intercession; et fe recouvrerais ma liberté ^ ce 
que je nVspère point du vivant de Vjimi des 
hommes , que Je n'attribuerais qu'à vous cette 
faveur,, qui , je crois, ne serait pas contraire 
à la Justice. 11 est pour moi une grâce bien 
plus précieuse que cette espérance éloignée. 
( Je l'ai déjà reçue de vous ; et par une déli* 
catesse dont vous ne me saurez pas mauvjiî» 
,gré, je me sens moins de courage à vuus 
presser de nouveau sur ce sujet , depuis que 
vous m'avez accordé ma demande avec tant 
débouté. Cependant^ Monsieur, j'oserai vous 
dire qu'une lettre, un billet, un mot écrit le 
quarantième jour après des couches ^ serait 
bien plus rassurant que celle datée du cin<» 
quième, et qu'on peut regarder comme un 
eflPort de courage et de tendresse , qui n'em- 
pêche pas la possibilité des accidens posté- 
neurs* Je hasarde cette nquvellesupplicatioai 
Monsieur , et j'ai autant de confiance dans^ 
votre bonté que de résignation à votre vo- 
lonté. 

♦ 

J'ai rhonneur d'être avec un dévouement 
respectueux. Monsieur, votre très-humble 
^t très'-obéissaat serviteur , 

MlHABEAV fils. 



• 



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B s M I B £ ▲ V. 4^ 



A SOPHIE. 

J s reçois ta lettre du douze , ma chère 

bien chère amie, ce dimanche dix neuf. Jjp 
n'espérai» pas que tu pusses^crire sitôt , Atdlû 
,hien aimée ! cinq jourssont un biea petit in* 
tervalle poiir t'a^v-oir rendu la force d'écrire ^ 
et je te gronderais si jepouvais : mais comment 
veux-tu que j^en aie la force ? J'espère en eflPet 
que la lièvre de lait est passée j et les pre^ 
niiers accidens, qui sont les seuls redoutable*. 
Mais souviens^oi, ^ou cher tout-, que la 
santé des femmes dépend de leurs couches ^ 
e'est«À-'dire de leurssuites \ et ces suites dépens 
dent absolument de la Conduite plus ou moins 
prudente» Quandon ne nourrit pas , on« a be- 
soin d'une bien plus grande circonspection y 
pour faire supporter à la nature une contra- 
riété si formelle à ses lois. Mon amour tant 
bonne, j'étais bien sûr que ma lettre ne pour- 
rait pas te faire de mal : et moi aussi j^en ai 
versé des torrensde pleurs , et je sais combien 
cette salutaire abondance soulage. Ah ! dans 
^combien de momens un Tin voque vainement! 
Je me sens presque absolument soulagé de 
l'inquiétude vraiment dévorante qui me con- 
fumait. Ton* écriture est ferme , et ta téte pa.'^ 
sait lib^e. MesplusgFandescciÛBtes portaient 
sur> la situation de cc^uret d'esprit oii ta Xt 



uiyitizûu by 



44^ L£T.T&ES omroïKÂLEs 

trouverais lors d'une crise telle qu'une pre^ 
mière couche. T'en voilà, sauvée. Sûrement, ô 
mon amie ! c/ast un événement d'iieuieux slh-* 

guie. Pourquoi la fort une ne nous cùt-cUepas 

terrasfiâi f cHit 4'tmcoiip ? elle De peut pasnoua 

faire plus de ma] quMle itous en a fait i noui 
achever ^ p'ét«it oom guéiin Kspérom qnm 
8es remèdes seront plus doui^; * ! 

Tu dira» tàut ce cpa^ lu voudras de larfi-* 
gure de cette enfunt j mais je suis bien ^ùd 
gue ce sont tes traits qnfelle aurii^ JJansimt 
peiot reis^nblaBi* Alx! itii.ne me croirais pais 
Ijien nialheitreiix , si tu savais quel charme et 
quel attendrissement ceidoisit nom.de'ma iiile 
jgorie jusqu'à luon tcjeur. Elle j}itijdradc ncua 
deu% y mon amie ; de son père,! sa tentlresso 
pour sa mère ; de mère, ses grâces et ses 
vertus. Laisse^ , laîsse-là iaire : elle aura^ses 
d'esprit pour se bien partager. . 
. Je ce puis te diie ce que^ton at^enfloa de 
m'écrire au sfin des douleurs , que j'ai xecon- 
nue aussitôt , m'a inspiré dé reconnaissance 9 
^çt de tendresse i non , je ne piriste le dire.* • 
Je n'ai qu^'un moipent : ma plume court ^ nionr 

cuepr. ne peut sVpaneher ; mais saclie seuL&«' 
ment que jamais-, nou. jamais je ne t'ai ai*- 
mée . , « C Vst djepuis Je 9 j aurvier que ^ sais ee 
qu'est l'a mo.ur» . • Tu n'as souffert que vingt-» 
quatre heures ? et combien vôulais-tu ilono 
souffrir? Alii je couuaÂs ton courage^ et tui 
connais inoa cœur ^ « «.Mais uiou imagiiiatrmit 



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jpst unpeu calm(?e j ta seconde îeUi e la rassure 
Jbeaucoup ;-je suispeisuadé que tune me trom* 
pes pas : ta main , la bouche ^ furent toujo.irf 
pour mol les organes de ton eoeun Qu'appel* 
les-tu? égi,iL . . Il mVsi ég^I d'^ivoir un gari^ 
içon ou unefille ! • « . £ii ! non, non , Madame^ 
toi seule désirais un gardon : pour moi je n'ai 
jamais formé des vœux que pour «ne fille , 
parce que mon cœur me dîsait qu'elle serait 
Pimagede sa inère. Un garçou aurait eu mes 
défauts : il est bien plus dan gereuiLde gâter 
notre sexe , parce qu'il est plus violent ; et je 
fens'bien que je ne pourrai jaimais groiider toq 
enfant* • • « 8ans entier dans des détails d'a& 
Êiires que je ne saurais toucher , et dont je 
parlerais comme up aveugle-né des couleurs^ 
puisque je rte sais rien , je puis* te jurer que 
je^n'ai-jamais^criu iletoi , et n'en croirai jamais 
ijue ce qui en est cligne ; toi ^eule, toi seule 

^en^ te calomnier dansioion esprit» La raison 

. ^t 1]^ t,endresse confirment également tes prin* 
cipes; piïis*je jamaisredout'er qu'Us se démefH 
^at? J'aicomuuSophie^puisque jeraime^ le 
cœur qui a parlé au sien nVn est pasr toiif^ 
à-iaU indigqe} il sait <lanc l'apprécier. Oui^ 
oui , ce que nous voyons de celui .auquel 
sious gommes subordotinés , doit noits doaoer 
bien; de lespérance. Tu vois que les grandes 
.places ne sèchent pas tous les cœuis. J'impose 
silence à ma gratitude; elle ne serait point 
«Mezxirooit|peçte*;Maîft^ mon «am ic ^ix?hàre # 



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46 LETTRES ORIGINALES 

je suis bleu caution que tu la devines, qii^ 
tu ]a partages : une ame aussi aimante que 
la tienne sait reconnaître les bienfaits. £h 
quel bienfait 1 Ah ! nous auraèt-on autant 
donné ^ en nous donnant la vie que nous ne 
prisons que Pun pour l'autre ? • • ; J'ai eu dei 
nouvelles de la santé de ma mère. £lle est bon- 
ne , dit-on. Ëlle m'aime toujours : tu sais si fe 
l'ai mérité. • • . Je ne suis pas moins pressé 
pour celte lettre, que toi pour la tienne ; mais 
j'ai lieu d'espérer que ce ne sera pas la der*- 
iiière que je lirai , pourvu que tu sois circons- 
pecte^ et que tu adresses à notre bienfaiteur 
une demande que son cœur ne saurait réprou- 
ver. Que je sache de temps en temps que tu 
existes, c'est savoir la plus grande partie de 
ce qui mMntéresse ; car c*est savoir la situation 
de ton ame. Les attaires ne sont que des acces«^ 
«oires , et nous devons nous imposer silence 
sur cela. Ta première lettre a été brûlée de*- 
vant mes yeux } cette seconde sera soustraite- 
-de mes mains. Point de copie non plus $ mais 
ce qui est gravé dans le cœur n'échappe pas 
à la mémoire. 

. n est certain , mon cher toui, que j'ai reçu 
des secousses' violentes. Les plus terribles 
sont passées. Je n'ai pas 28 ans : la nature 
m'a.donné une excellente constitution 5 j'âinie 
la vie quand je suis heurçux ^ et je le suis 
beaucoup quand je Us tes lettres. Le souvenir 
s'en prolonge loog*-^mpsj et j 'espère quV»il« 



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I 



]> E M I R A B £ ▲ 0 * 47 

permettra de le rafraîchir. Sois donc tran<* 
quille surma santé } ses chicanes ne soat pas 
redoutables ; tu né dou pas t'étonner qu'elle 
ne soit pas aussi bonne que quand je jouis de 
mon être* Tu me grondes de ne t'en avoir pas 
\ parlé. • . Mais songe donc à la circonstance; 
crois-*tu que j'étais où j'écrivais ? crois-tu que 
j'étais en moi ? mon anie a'était*élle pas toute 
^ entière sur le papier? Mon amie, je ne sait 
point te dire que je t'aime, quand je ne puis 
pas le dire à mon àîse ; ainsi cette lettre ne 
£nira pas tendrement; mais tu devines tout 
ce que je sens j ah î oui , tu le devines : car 
ton cœur et le mien sont des substances tout-» 
à**fatt homogènes. Interroge-toi donc ,ô mon 
en&ntl Je ne t^aipas toujours permis un si 
grand triomphe , que celui dç regarder tes 
sentimens jcomme égaux aux miens. Si tu re-> 
tois ton enfant , donne-lui tous les baisers que 
|e voudrais lui donner. Pourquoi m'as-tu dît 
qu'elle était jolie ? Crois-tu donc que ce puisse 
être un éloge pour elle? Elle a bien d'autres 
mérites, vraiment 1 Amie , c'est ta £lle , c'est 
la mienne. Ah ! quand pourrai-je m'occuper 
de soa bonheur ? Ce sera, tu le crois bien , le 
second et l'un dès plus précieux objets de tous 
mes soins, de tous mes effi>rts. Aujourd'hui^ 
je ne puis que lui offrir des vœux ; mais qu'elle 
partage avec toi tous ceux de mon ame. . * . 
Tu sais cependant comment le partage doit 
#tre fait* Qu'elle ne prétende pas rivalis^ 



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48 LETTKES OILI^CII If AXES 

avec sa mère ; en vérité , elle s'y troai{ierait 

beaucoup. Adieu, nia bien chère, n^ou uni- 
que amie. Souv>ens-tol de la promesse que tu 
me fais de soigner ta sanit' ; lâche de m'en donr 
lier des nouvelles, jet qu'il y ait toujours 114 
mot de la pet Ile. Àh! tu ne Toublierais pas; 
Sophie est doublée ; mon enfant , tu me ré- 
ponds de deux Sophie ; mais siir-^tout ^ et à ja- 
mais, de Sophie-Gabriel • • • Hélas ! mon amie , 
je suis tout consterné de laisser du papier 
blanc; mais je ne suis pas le maitre, et je 
suis trop reconnaissant pour être indiscret* 
Adieu; lesplustendiesuJ/É^war^ san^jaombie.^ 
sans compter, 

G A £ A J £ L. \ 



A .M. L E 0 .1 IL 

2 maLS 1778. . 

Je vous fais, Monsieur, des remerçîmen$, 
très-empressés et très-sincères pour la lettre 
que je viens de recevoir. Elle me rassure «ur 
la santé de mon amie; mais elle me donne uAi 
chagrin très-vif, je l'avoue, en m'apporta» tt 
la preuve que madame de Monnier n'a reçu, 
qu'une seule réponse de moi* Voici quatre, 
lettres dVllequi mepai viennent , grâces à vos 
bontés. C'est à-peu-près autant de fois que 
vous m avez donné J a yie.ijjéla^l elle n'apojiît 
' * * partagé 



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B 8 is X m A 1 X IL tf« 4^ 

iMif tagé VM bienfaits et mon bonheur ; elle n'|i 

»cuque dix lignes de moi. Quelle ne doit pas 
être son incpiétude? Monsieur, fe tous <^onr 
' jure de permettre que celle que je vous adresse 
tombe^dans ses mains ; ousî, malgré nàes ef- 
forts et contre mon attente , il s'y trouve quel** 
que indiscrétion , daignez faire raturer tout ce 
vons déplaira y et mêla renvoyer 9 pour que . 
je la réécrive. J'ose vous représenter que toute# 
]es lettres de mon adorable amie contiennent 
des choses mille fois plus tendres que les mien*^ 
ces ; que toutes renferment des souvenirs ou 
des proj ets dans lesquelsjem'abs tiens d'entrer^ 
«t par respect pour vos ordres , et par crainte 
de moi-même. Pourquoi donc ma correspon- 
dance paraîtrait-elle plus dangereuse que la 
«ienne ? Moniteur ^ je ne veux écrire que ce 
cjue vous-même ci donnerez; , et je suis prêt à 
tout écrire sous votre dictée ^ si «ce n'ejt ces 
deux blasphèmes que vous n'êtes pas capable 
de me demander ; à savoir : QueJenePmme 
plus , et qiileUe ne doit plus nUaùner. Que 
disent mes lettres ? Que je Vaimc / . • . Eh i 
;si je ne Taimais pas^ ne serais^je point ua 
monstre ? Si cet amour n^était pas juste^ dai- 
gueriez^vous compatir à ses inquiétudes? Si 
vous ne sentie:?: point au fond de votre cœur ^ 
^ue oet amour ayant été jusqu'où il a été , il 
«le doit pas finir ^ me feriez-vous passer des^ 
écrits qui ^ fen jure par l'honneur, sont aussi 
nécessaires à ma-Yieque le souffle ? Monsteur, 
Tome lu C 



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'5e LETT&ES O&IGIIfALES 

je- VOUS le demande au nom de tout ce qui 

^ vous es( cher , que mon amie ne soit pas pri- 
vée du bonheur que je vous dois. Il est bieà 
eiupoiôouné, si elhe ne le partage point* Sou 
«me n'est ni moins sensible , ni moins ardente 
qué la mienne. Ah 1 ne croyez point que le 
silence en puisse amortir ^les feux. Sophie 
Y>eut périr ; mats je ne crois pas qu^elle puisse 
changer. 

J'ai l' honneur de vous adresser un volumi* 

neux paquet pour mon père j c'est une exposi-* 
tion exacte de ma conduite et de la sienne à 
mon égard. C'est un aveu naïf de mes fautes ^ 
et une réfutation complelte de ses calomnies , 
au moins de cellea que je connais. Si j'avais 
aflPâire à tout autre homme , ^u si l'ame de 
' celui->là m^élait moins dévoilée .^îe me Croirais 
sûr qu'un tel écrit remuerait sa conscience: 
je n'ai point cet espoir ; mais voici: mes vues. 
. Je ne me flatte pas qu'un homme aussi oc- 
cupé que vous, et dont le temps est si pré- 
cieux y puisse lire, un mémoire ibrt h^ng ^ et 
peut-etie très-ennuyeuif ; mais j^ose vous de- 
itiander de vous en iiûre rendre un compte 
exact. Tout n'y est pas, parce que jele destine 
à mon père ; ainsi je l'ai ménagé : mais mon 
çœur y est développé ^ et l'on y peut deviner 
le sien. 11 doit vous paraître probable , ce me 
semble ,que desfaiu dont je lui adresse le ré- 
cit, et de la vérité desquels je le somme do 
convenir , ne sont pas çoutrouv^. L'^Vonte-i 



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* 

DSMIRABEA¥« 5x 

rie serait trop forte , et la t^piérité extrême ^ 
caj: il m'aurait bientôt confondu. Or , ces fait$ ^ 
sont tels , que j'pJ^e, soutenir qu'un père qui 
aurait de& e^ntrailles ou £yeu]lemea|. de Téquité^ 
ne me laisserait pas quinze jours au Donjon 
de Vincennes , après avoir lu mes défenses. 
Quoi qu'il en soit, il résoudra , ou il ne ré^ 

poadra point* SUl répond 9 jje m'en fie k moi * 
pour répliquer. J'ai un grand avantage sur 
lui , la force de la vérité. S'il ne répond point, 
je vous supplie d'observer gue se taire n'est 
pas réfuter ; et qu'encore une fpis y îl n'a point 
]^e drjoit d'éluder le combat , puisqu'il est l'a- 
gresscur, et que sou agiession l'a rendu ma 
p^tie« Dans toutes'lessu^ppisitîons, daignée 
|<^fre \aluii ou wes raisons^ pu son sileuce aur 
pr^s duministre^Jenecrois piis pouiroir faire 
xjne démarche plus n^ettç q^e, ^e dire à mon 
pèr^: yous êtes injuste ^ en voilà la preuve :. 
^Qus en ai^ez iuipo^ié^ en ^oilà la preuve j^ré-* 
tractez- vous et réparez voire injustice ou 
réfutez jne^ raisons mes preuves. Voilà e^ 
trois mots mon niémoire j et mon,'bujt unique 
est de mettre cet homme ^ si éloquent quand' 
il parleUout seul , dans la aécessité ou des'ex- 
pliquer, ou de convenir tacitement, qu'il 
a tort. 

Maïs pour qu'il soit réduit à cette alterna- 
tive , j'ose vous supplier d'apostiller mon mé- 
moire , c'est-à-dire , de demander àmonpère, 
. en votre propre nom , le lire ; sans q[uoi ^ 

G ij 



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8i LETTRES Ô klGlKALEfi * 

il le lira bien, mais il dira tie l'avoir pas lu^ 
parce qu^il ne reçoit rien dé ina paii. Ëtratrge 
prétention cependant ! conduite bien tyrah- 
mtfoit , que de juger et eôndatnner quelqu^air 
ians l'avoir entendu ! Depuis six ans il ne m'a 
pa^ Vu \ depuis trois il n'a pas reçu un mot de 
moi \ ce n'est donc que sur les clameurs de 
mes ennemis , sur des actions non expliquées ^ 
souvent travesties et empoisonnées ^ qu'il m'a 
condamné à une mort civile. Il est temps, ce 
me semble , d^en appeler^ et de demander! 
être entendu dans nia cause. 

Si , par un hasard très-possible, mon père 
^vait obtenu du ministre que rien de ma part 
îieiui parvint , vous voudrez bien regarder la 
Vedette comrme non-avenue ; et alors malettré 
lîevient un mémoire. Encore une fois, je n'en 
fespère rïen , sî vous ne daignez' pas'Pappuyer, 
tes ministres ne peuvent parcourir, que quel- 
Iques lignes , et quelques lignes iae sauraient 
Tendre*compte de beaucoup de faits , ni des 
'dîîtails qui les caractérisent, et bien moins des 
'causes et desint entions qui éclairent souvent 
plus q^ue le fait même. Ce quHl y a de certain , 
c'est que cet écrit, tracé >ahs art, mais^qui ^ ^ 
ti'est pas dépourvu de l'éloquence du moment^ 
de la chose , et de la vérité, est ou mon^tefr- 
f ament de mort , ou lé titre qui me vaudra 
*Padouc)ssement de mon sort, et que je<n'rm- 
«portuneraiplns pet'$t>nnre par ces longs détaUs 
^dojji je suiôxuui- uiêAue^i hdi i abîié. Je suis très- 



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B K M I RAB£.AIU 59 

résigné^ Monsieur mais ausaije suis fort ré-* 
salu j. pourvu que je n'aie pas à me repçocbeJî 
d'avoir rien négligé : le mt ordonnera du[ 
xest6« 

J^al rhonneur d'être j a,vec un reapeçtueuï 
dévouement, Monsieur , vatM tres^iimblie«t 
taès-ttbéissant serviteur y 

Ml R ABE Air fils* 

» ■ 

* 

mars 17^* 

J E re^is ta lettre du dix-neuf février , ma 
dbère et bieA obère amie, le ne sais plo!» tê 
Aire ee gue j'éprouve en^^yant ton écri* 
lure: mes semtimras sont trop Sum^iMeM ^ 
Êê ma téte et mes se&s trop faibles* Mon cœnx 
kioedé de tristesse et d'amour déborderait 
mw doute j si je lui donnais le moindrè cours. 
Je sens, beaucoup phis que je ne puis le diré^ 
eombien il est nécessaire de ne contenir 
pour que la satisfaction qu'elle me procure 
ne te soit pas refusée» II est jnresque xaussl 
cruel pour moi de recevoir un plaisir quA 
tu ne parttiges pas , qu'il me le serait de 
eauser volontèirement tes peines* Tu sais-ifiie 
je ne suis pas fort exposé à ce genre, de 
ehagriks ; mab ne te déroberais-^je point isd# 

douce consolation^ ai je prenais dansoette 

•• • 



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^4 LETTRES ORIGINALES 

lettre une liberté qui l'arrêtât ? Je me con-^ 
tiens donc : hélas ! je me contiens ; et ce 
nVst pas le moindre des sacrificiEft ci ne j'aurai 
faits à toi , aux circonstances à la re^on-^ 
Haissânce même que^.je 4^i^ pour la pré- 
cieuse/ condescendaoci^ qui pofte k mes yebx 
ton écriture 9 que de tracex ces lignes si 
froides ^.si glacées, pour un cœur de feu tel 
que celui-de ton Gabriel. 
' Si ta santé est yrain\ent bonne ^ j'ai une 
grande inquiétu4e de moins. Mon imagina- 
tion m'avait beaticoup grossi les dangers de 
ta nituation. Jamais on ne subit une révolu* 
tion plus terrible^ dans une dispositions de 
^ur et dVsprit telle cfue celle où tu as ac-» 
Qouché. Je t'en .çrois^ je veu^ t!ea .c^î^e* 
Soigne ta santé , soigne-la ^ ma chère amie ; 
gue la moitié, la plus chère moitié de moi 
ne soit pas souffrante. Tu veux que je te. 
parle de l'autre ; il le faut , puisque tu le 
veqx. Je ne %uis pas fort bien , mais je ne 
suis pas ce qu'on peut dire mal non plus* JuSi 
yie sédentaire mVpuise, et le travail con<* 
tinuel n'y contribue pas peu.^Le feu que 
j'exhalais au dehors , et qui ne produisait , 
au moyen de celteVessource , que la multic 
de son effet au dedans , me ronge, cela. esfe 
inévitable i mais je suis jeune , et il y a de 
Fétotfe pour souffrir. Ma poitrine est mieux 
.que par le passé f^Fusage du lait et des ra- 
ficaîchissans jcae délivre à cet égard des dott-* 



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• X>£MIBABEAlr« 55 

è • 

leurs vives. Le sang l'oppresse ^ maïs des hé- 

XBorragles me soulagent. Mes reins souflTrent 
davantage. 3Cu sais que les coliques néphré» 

. tiques m'ont toujours menacé ^ souvent at« 
teint : elles me déchirent plus fréquemment^ 
et c'est encore une inévitable suite de la vie 
sédentaire. Voilà le détail que tu me de- 
mandes : )e ne sais- pas te déguiser la vérité ^ 
celle-là est assez désagréable et peu utile. . • 
Oui,, mon amie y conserve-toi pour notre fille, 
La pauvre enfant 1 puisse Tétoile de son père, 
de ce père qui , P^^ inconcevable fata*» 
lité ^ s'est sacrilié toute sa vie pour des ingrats 
et des perfides, et n'a sacrifié que ce qu'il 

, adorait ; puisse cette étoile*, unique en sin« 
gularités et en infortunes, ne pas la pour- 
suivre 1 puiss'e-t-elle ramener sur le sein de 
sa mère le bonheur que j'en ai chassé 1 J'e$<* 
♦ pèr« ^ j'ose espérer qu'on permettra que tu 
me dises quelquefois que tu respires 9 et cette 
même voie me donnera la double consolation 

. d^étre, assuré de *ton existence et de la 

sienne Au reste , mua aiiiie, je te le 

répète pour Ja cent millième tbis , point de 
projets, poim d'illusions , point de calculs j 
les mécomptes sont affreux. Ton imagination 
est trop active: quand un foyer tel que celui' 
là est associé à une ante aussi sensible que 
la tienne^ il s'y forme des exhalaisons sul- 
fureuses ; un rien les'enflamme , et la foudre 
sort de x:e tourbillon destructeur* Sophie 1 

C iv 



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46 LETTEBS' 0JII0I9 A&ES 

Sophie ! ne preiida pas coufiancç dans I» 
fortune j ne sais-tu Jonc pas combien j^es 
«armes sont peifdes ? x^igae-tol «i tu peux ^ 
at ne te forge pas de nouveaux f ounaaens par 
des chknères qui n'ont de véalHé que dana 
la téte et ton oœur^ agités. 

Je ne #e suîirrai point dans tes déchîransi 
fOUTenirs \ je ne le dais point , et je crois que 
je ne le pourrais pas . . . *,Un seul mot sur 
la jalwme. Sur quoi porterait la tienne ? sur 
des verrous. Certes^ à moins que tu ne croies 
aux sylphides^ aux beautés aériennes ^ tu 
ne peux qu'être fort tranquille. Quant à la 

iDÎenne , t'en ai«je parlé ? Oh I oui ^ 

snon cœur te reste \ si tu le prises , tu peux 
te dire : Je ne perdrai jamais ce bien-là^ tant 
fti^un souffie animera mon Gabriel» • « • • » 
faible coosolatiou .sans doute ; mais cepe^-» 
^a^t idée qui n'est pas sans, douceur ; ^ai^ 
l'amour 9 i^amour déBin^téressé, est le seul 
hommage qui satisfasse en même tems Va^ 
xoour propre et Tame* • • • • J'ai découvert 
une larme sur ton papier j j'en ai bâîsé Ja 
trace ^ ô ma Sophie l Mais pourquoi verser 
des larmes isférîles ? Hélas 1 elles dégonflent 
le cœur» £h bien 1 pleure , mon enfant ; je 
t'envie cette félicité. • . . n Ce n'est pas de 
répondre aux choses charmantes que tu 
in'écris qui m'embarrasse , c'est de n'y pas 
Tépondre* Tu as bien de l'esprit ^ ma Sophie^ 
C^alt^iell trojp même mais il ^st si naturel^ 



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BX ICIEABSAir. tf 

^pse je me flatte qfue ce n'en est pas. Se suU 

81 béte avep toi! pourquoi serais»-! a si ingé-- 
niense aree moi ? . . . • Tu as trouyé une 
amie 1 je t'en félicite : c'est un rare et délU 
deux bienfait du cîeL Qui plus que toi est 
«Hgne d-en trouver ? qui en a trouvé moina 
que toi ? Sophie , le malheur n'a pas séché 
tmi' coeur ) cette intarissable wuree de sei^ 
sibilité ; mais il faut être à la fois sensible et 
biroonspecte : sonde le terrain où tu marches $ 
souvent des roses cachent des épines^ acé-^ 
rées et des précipices sans fond • • . • Le ciel 
me {nréserve^e te donner d'injustes soupçons* 
Tu sais si ton ami est trop méfiant; tu sai». 
même s'il Pestasse^:. tu sais s'il est porté, à 
^érir ce que tu aimes ; mais helas ! ei^ por^ 
tant les ye>mt en arrière , je me rappelle 1er 
fautes MUS nombre que le beau défaut de* 
. la confiance, delà généreuse confiance, nous 
a &rt commettre. Jè suis^ fort aise cependant 
dete savoir une sociétés Les distractions sont 
•ans prix dans Ifes grandes douleurs , quoiqûe 
rarement on les ainae • Je ne parlerai nî 
de tes désirs à morf égard , ni des permissions* 
que lu me 4onnes , dans des suppositions qui 
n'auront pa.s lieu. Eh non! non, je t'assure^, 
on ne me proposérà rien qpi pitîsse te donner 
de nouvelles inquiétjudes. Boston était un 
asyle sûr pour toi • • » lidnorable pour moi r 
Mais pourquoi parler dU' passé ? je ne sau'- 
yais iii m'aecufer^ ni me repei^tir. ie sfysi» 



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58 LETTRES O&IGIirALSS 

du présent. Oui y j'en gémis ; je voudrais au 

prix (le t^ut mon sang te donuer et la liberté 
et ce que tu' desires : ce sacrifice serait une 
douce jouissance. Il est aisé de le croire ; 
et, si tu yeuic y réfléchir un Moment , tu 
Venras que tu m'écris à cet égard des choses 
déplacées • /• • 3e te supplie , ma bien aimée y 
de te soigner , et d'obtenir ^ ai cette lettre te 
paivit^nt , qtiVlJe ne soit pas la dçmière que 
tu reçoives. Cela serait ^ ce me semble , fort 
nécessaire à tous deux, et dans tous les sens» 
Mais quoi qu'il arrive , scos sfire , sois bien 
sûre , Sophie 9 que/ ton nom sera^ le dernier 
que proférera ma bouche j que les sentimens 
que je |e dois \ qjae tu m'as coiinûs, qub séot. 
devenus l'epiploi et la fin de mou eue , seront 
les derniers que produira mon cœur^ et l'é. 
chaufferont jusqu'au terme que le destin a 
marqué à sa dulrée. Adieu,* ma Sophie-Ga- 
briel j adieu ^ xnon tout et ma vie* Je sais 
que tu devineras tout ce que je ne dis pas ^ 
et j'en ai besoin* MUle et mille baisers à 
ton enfant, si tu la vois. : . 

A B E l E ' 



s \ ' Dimâtic^e 17 mars 1778, 

ANS des tempp orageux où tout le monde 
«e partiàlise , les ^cavains |eaplus.sattriques ^ 

\ 



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rùE MIAAB£AV. Si) 

les plus irrités contre l'autorité , ont fait de 
vmis y Monsieur ^ un éloge bien flatteur. Le 
voici tel quUl se trouve , si je m'en souviens 
bien , dans le fameux ouvrage intitulé la 
Correspondance. « M. Lenoir a donné à ses 
confrères les porteurs d'ordres , des levons 
pour leur apprendre à concilier l'obéissance 
que l'on doit au Roi ^ avec les égards qu^il 
.convient d'avoir pour ïes citoyens et les 
hommes. >» J'ai su peut-être apprécier mieux 
qu'un autre la vérité de cet éloge , parce 
que fai vécu dans le pays où^ en portant 
4^3 ordres sinistres, vous avez* montré tant 
,de générosité . et - d'humanité ^ et que j'ai 
appris les détails de votre conduite par les 
magistrats mêmes qui avaient été frappés 
de ces ordres. Cela me parut bi^n respecta- 
ble , alors que je ne pouvais savoir ni deviner ^ 
que j'éprouverais moi*même si essentielle^ 
.ment la bonté de votre cœur. Lorsque je me 
trouvai sous votre dépendance ^ ce souvenir 
aai'inspira de la confiance, et enfin les dé- 
marches que j'ai hasardées et qui m'ont réussi^ 
Aujourd'hui que mon estime s'est changée 
€n vénération , ( car la reconnaissance a dû, 
exalter jusqu'à ce point Qc sentiment , puis- 
que le premier de tous les titres d'un homme 
envers un autre honucne est celui de biei|- 
JFaiteur) j'ai plus de sécurité et de hardiesse ^ 
et jje vous adresse des vérités, que je ne.dirais 
assurément à aucun autre honia^e en place* 




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4 



S& ££TTEXS ÔEIGINAXES 

£t ce n'est pas , je vous jure, par respect 
que je m^eii abstiendrais: c'est seulement^ 
parce que je n'aime pas à parler aux sourds;, 
il faut crier trop haut et trop inutilement^ 
Vous qui a¥ez un cœus pour sentir , des yeux 
pour voir y vous qu'un sentiment naturel et 
lionnéte a droit d'intéresser ^ vous que la 

^érité n'ieffarouche point , parce que vous 
«^avez rien à en redouter , daignes m'écouter*^ 
£>a liberté , cette idolie des âmes Sortes , 
qui les rend féroces dans Tétat sauvage , et ■ 
£ères dans If état eivilisé ; la liberté ^ ce doi» 
iarévoeable du ciel , ce germe de tout boui- 
lleur et de toute vertu , la libtrt<é règne eé 
«ègnera toujours dans mon esprit et dans: 
mon cœur. Cé cœur sensible et honnête^ 
mais trop' inflammable, a constamment été 
aigri par la pîus eiciréme sévérité ^ et mon* 
caractère s'en est cruellement ressentir. Sans, 
an grand fonds de gaieté naturelle , et sur- 
tout , sans l'amour qui a conservé , mis e& 
eeuvïe et perfirctiouné toute la partie douée* 
ile ma sensibilité y si je puis parler ainsi , je 
serais devenu insupportable y sombre^ fareu-^ 
cbè : mais je n^avais jamais passé par l'épreu^ 
que je subis. Pour me punir de m^étre montré^ 
konnéte et généreux , de m'étre dévoué à 
Famitié et à une soeur que mfftk 'pèrè bai»- 
sait ^ parce qu'elle aimait sa femme et mé- 

' priait sa maîtresse ,^ on m'^avait |jeté dansk 
wx ËQiact ^ XLSii repaire de scélérats ^uL sQ- 



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DE MIRABEAU» 6l 

coirampeat réciproquement, et où tout jeune 
homme qui s'y trouvera sans principes et 
sans caractère , c'est-à-dire , avec les deux 
apanages de la jeunesse ^ qui sont l'igno»- 
lance et ka. facilité^ deyiendra un sujet dé- 
testable. Mes réflexions et Pétude étalent un 
nntidote assez sûr contre un tel poi«on. Mais, 
je n'en connaissais point un plus funeste 
encore, sli est possible, dont ^'étais destiné 
k être abrjBuvé. J'aixété jeté dans une prison 
d^état , ( ces deux mots font un horrible con-^ 
tra&te J j et là, j'ai éprouvé et j'éprouve des 
maux tout-i-fait nouveaux pour moi» Si j'étais- 
Eé> pour ramper , sans doute je souffrirais 
moins dans la situation où je suis. Mais la 
iNtture m'a donné du ressort , et ce ressort 
tourne à mon tourment et à ma ruine. Je 
jn'étonne moi-même du tumulte intérieur 
çui m^agite , et qui briserait mon être moral 
et physique > si je ne me sauvais^ pat des dis*^ 
tractions. Or ces distractions m'échappent ^ 
ou du moins je tombe dans l'impuissance de'^ 
m'jr livrer. Plus jte suis esclave plus je m'in.- 
digne 4le l'esclavage : en valu je m'aperçois 
que je ronge inutilement mon frein ; je ne- 
puis cesser de le rongèr et de lé couvrir 
li^écume. 

Les sept premiers mois que j^ai passés icu 
en proie aux angoisses de la solitude, auit 
iiCMfTeurs de Pineertitude , aux atteintes poi-^ 
gnantes de la plus vive iaquiétude pour ce- 



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LETTRES 'ORIGINALES 

que f aimais ^ et ce que je devais aimer le 

p]u$ tendrement^ en un mot, à tout ce qui 
sert de cortège au désespoir ; ces sept mois 
terribles ont épuisé ies forces de mon ame. 
Si je n^eusse continuellement lutté contre 
moi-même avec toute l'énergie que m'a don- 
née laT nature, je serais devenu insensé 9 ou 
je me serais déchiré le sein. Vous m'avez se- 
couru , .Monsieur. Votre main bienfaisante 
a versé un b^^me salutaire sur les plaies de 
mon cœur : vous Jui avez donné du ressort } 
vous lui avez très-exactement rendu la vie. . . 
Mais, hélas 1 je vais retomber dans cet état 
horrible que je viens de vous peindre, si 
vous n'avez pitié de moi , si vous me retirez 
vos bontés que je n'ai pas mérité de perdre ; 
et la rechute sera d'autant plus cruelle, que 
je l'ai moins redoutée. J'ose le dire , Monsieur, 
parce qu'il faut oser dire tout ce qui est vrai : 
la vertu la plus courageuse , et même la plus 
pure, peut s'aigrir et s'indigner jusqu'à l'atro- 
cité«^ Grâce ^ ciel, je ne me reproche pas 
jun crime. Si mon esprit est plein de repen* 
^rs , mou cceiy est exempt de remords ; mais 
en vérité, je ne puis répondre de lui} je ne 
sens pas, sans frémir, la fermentation qui 
bouillonne en moi. Tout , tout dans la na- 
ture m'abandonne excepté vous et mon amie : 
que deviendrai-^je , si vous aussi me repoussez? 
TVIon père est mon bourreau. Il a coui- 

mencé par vouloir m'asservir \ et ne pou- 

V 



t 



B£MIRAB£AU« * 63 

Tant y réussir , il a mieux aimé me briser que « 
de me laisser croître auprès de lui ^ de peur 
que je n^élevasse ma tête ^ tandis que les 
4imiées baissent la sienne. Ën vain lui ai-je 
dit souvent , Mum j mon père ^ iCeussiez-vous 
que de amour propre , mes succès seraient 
encore les vôtres loin de rentrer en lui- 
•luéme 9 il ne m'en a que plus bai , *quand il 
sW vu deviné. Seul' peut-être entre tous 
les pères, il a été humilié des dispositions, 
des talens naissans qu'il a cru voir dans son 
fîls, et c'est sur ce fond d'orgueil vil et atroce 
que se sont élevés tous les resientimens ac» 
cessoires. Il tâche de persuader aux autres , 
et peut-^tre à lui-même, qu'il est dirigé, 
entraîné, contraint par de tous autres motifs } 
tandis que c'est une basse jalousie et Pab«* 
jecte avarice qui raiguillonnent , et qu'il 
complète les vengeances qu'il veut tirer: de 
ma pauvre mère en les exerçant sur ma téte« 

Jl a eu la barbarie de m'écrire que mon 
portrait était dans cette épigranEMade faite 
pour Tibère , et qu]il a altérée au gré de sa 
passion : ♦ i 

^sper et imn^is j brêviur vis omnia dicAm? : 
Dispertam » si te patcr amalrt potesr* 

Non , mon père^ lui ai-je répondu , yotre 

haine tralût votre mémoire j \l y^. a muter 
dans ces deux viers terribles , et non paiera " 
c'est la mère de Tibère cjin ul^ pouvait Intimer, 
et non son père Dieu juste 1 c'est moi 



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€4 LETTRSSOlIGINALES 

que le marquis de Mirabeau appelle dur ei 

cruel ! c'est celui qui a fait une de ses filles 
religieuse malgré elle à quinze ans \ qui a 
frappé sa soeur d'une lettre de cachet ; qui 
a fait interdire et dépouillé sa belle*-mère 
mourante ^ qui a poursuivi un de ses frères 
yusques dans le pays étranger , pour se pas 
Jui payer sa légitime } qui a obtenu dis let^ 
très de cachet contre sa femme ; qui en a 
laneé huit contre son fils ainé ^ qu'il étoufiSs 
dans un cachot ; qui refuse le nécessaire à. 
son fils cadet , et lut eût fait (aire une marche 
dans toute la longueur du royaume ^ à la 
«suite d'un régiment , à pied et à la gamelle, 
si. le frère de ce pauirre jeune homme n'eut 
été averti à temps pour payer ses dettes ; 
e'est eet homme qui ne parla jamais à ses 
cnfans que de les charger de fers y ou de 
les envc^er au--delà des mers ; c'est cet 
homme qui a plaidé contre sa signature , et 
sauvé sa bourse aux dépens de son honneur, 
en se mettant à l'abri des formes*} c'est cet 
homme qui m'appelle 6?«r et cruel! • . . Qup 
dis-je ? il m'appelait ainsi , lorsque je n'anâjs. 
montré encore que des talens et des germes 
de vertus. Voilà mon père , mon tuteur y 
ma p^tie , mon jtémoin , mou juge et mon: 
hounreau ! je n'ai mille sauve-garde* contrb^ 
lui« 

La mère de mon fils m'a horriblement 

Auahi et calonmiéj et l'insolent^ cruauté de- 



B £ ft A B B A V. 65 

«m silence , .dans un moment oii je doute 

' de la vie de cet enfant , ne m^apprend que 
trop qu'elle eit biefi sûre dWÂr réussi à 
me perdre sans retour. 
. Ihi oncle Tertueui, mais débilité par Vâgé 
et des accidens sans nombre ^ m'abandonne 
après m'a voir aimé et vanté jusqu*à Pen-* 
thousiasme. Si «je le voyais un instant , il 
toe couvrirait de larmes et me tendrait une 
nain s^ôurable ; mais il ne sait pas disr*» 
puter avec mon père y dont la politique cons* 
tante a été de nous séparer. 

Mon beau-père est un homme honnête i ' 
mais il aime uniquement sa fille qui est son 
' aeol enfant* £lle parle ^ et fai touiours dé« 
daigné de parler ; il la croit ^ et je ne l'ai 
famais détrompé. Il est £ûble , elle est pré* 
l^nte «I et jp sui^ absent j il m'a pris en haine« 

Mon Arère •••• il est si jeune , et entOaré 
de tant de séducteurs 1 Je ne me méfie pas de 
son cœur , mais bien de sa raison. D'ailleùirs^-^ 
que peut-il ? tout au plus n'être pas complice 
de ma ruine. 

Une sœur , e? des amis pour qui j^ai eX"- 
posé plus d'une fois ma vie , et perdu peut- 
£tr^ pour jamais ma liberté t ont lâchement 
déserté ma cause • t • • Heureux encore s'ils 
n'avaient £ait que cela ! 

L'autre , trompée et conduite par le plus 
vil des hommes ( car elle n'a par elle-même 
l^eai^rît de n'être ni méchante ^ ni bonne ^] 



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66 LETTEES OEIt^INALEâ 

ourdit ma ruine pour saisir ce qu'elle pouirft 
de l'héritage de mon père. * 

Lf reste de ma famille paternelle et les pa-» 
rens de ma mère ne me connaissent que par 
un éclat propre à les prévenir contre moi- 
Ceux de mes amis qui auraient le courage 
et la volonté de me servir, le marquis de 
Tourettes , le marquis de la^Queuille^ mais 
sur-tout madame la marquise de Veuce et 
Dupont, ignorent ou je suis. Eh ! de qui puis* 
je me réclamer ? à qui puis-je adresser mes 
prières et mes plaintes ? « . • * 
,Voilà ma situation j Monsieur : en cou^ 
. Vlaissez-vous une plus affreuse ? Je ne tiens 
au monde que par mon anàê i fUe seule 
sauve de la haine de la vie , et mê retient 
aux bords de Tabîme du désespoir* Mais e^e 
est aussi esclave , aussi malheureuse que 
moi. Nous ne pouvons nous entendre que par 
.Vous. Vous seul avez soutenu jusqu'ici notre 
Il espoir. Ah ! Monsieur, denientirez-vous vos 
'bienfaits ? ?avons-nous mérité , nous , si pé* 
nétrés de vos bontés , nous , qui vous avous 
voué rattachement le plus tendre, conucne 
le dévpuement le plus entier ? Monsieur ^ 
ne nous abandonnez pas : continuez-nous vos 
secours, si vous voulez que nous ayons la 
force d'attendre des mpmens plus prospères» 
Hélas I jej^m'éteins dans les entrave^ de la 
servitude ; il ne reste point à mon esprit assez 
d'énergie pour exprimer les vœux de qiou 



* 



i^ur^ mais^ j'espère tout du vôtre: je youm 
demandé de^ nouve^^les de mon amie ; jtr 
TOUS eu demande dans une occurrence bien 
délicate , oii mon inquiétude porte plu$ en- 
core sur la date de son silence , que sur ce 
silence même : accordei-moi cette cojiaola** 

. tlon si inQoceoîe. Je ne parle point à uu 
de ces homMies ^onit le cœur, aride et l'et^ 
prit étroit regardent tout sentiment. ardent 
comme une folie dangereuse , et toute pas- 
sion commç un seutier de crimes 9 de mal- 
heurs et de peines* 11 est trop vrai qu'en 
dénaturant 9 qu'en, profanant les a£Fections 
humaines , on en est venu à les rendre dan- 
gereuses» Il est trop vrai que toute ame forte 
est déplacée dans un pays où l'arbitraire 
pressure ^ dévore , anéantit tout. Mais qu'a- 
t-on à CAftindre des ames tendres ? que peut- 
il rester de redoutable en moi ? J'aime , j'aime 

* uniquement. Je suis voué tout entier à ce 
premier^ à ce plus doux sentiment de la na- 
ture : elle m'en a fait un besoin ^ et l'hon* 
neui m'en fait un devoir. Vous l'avez senti ^ 
vous l'avez avoué «même ^ si j'ose le dire ^ 

, puisque ^ vous avez daigné condescendre à 

' mes ardentes prières ; je les répète , je les 
répète baigné de larmes. La source en se,ra 
bientôt tarie si elles ne vous touchent pas. 
Je n'espérius qu'en v.ous ^ si mon attente est 
trompée. • . . Mais non, vos bienfaits passés 

me répondent de votre indulgence t y^u» 



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68 LXTT&XS OKIGIIf ALES 

imnetez les tyraàs hisâisiblet , froids^ durr^ 
impérieux j traiter les sentimeos , les vœux 
d'un edeur homiéte de délire j peat-étre même 
li^allentat* Vous compatirez à mon ioquûé* 
tude , à mon amour y et mes désirs seront 
exaueés* Mais , )e vous en conjure , que ce 
mois y que ce redoutable mois ne se passe 
pas j sans que )« re^mye cette ii&jportaïUf 
faveut. 

J'ai PhoAneur d'être aveo le dévoaenwiLt 
ié plus respectueux , Monsieur | vôtre trc^^ 
•béissant serviteur ^ 

MlKABEAU fils. 



A SOPHIE. 

O HOR AMIE l j'ai reçu ta lettre^ ta déli» 
çieuse leUre ^ j'y ai imprimé liiille et mille 
Ibis mes lèvres brùlantei| ^ où mou ame errait. 
Chère Sophie ! comme tout ce que tu écris est 
Baiurel et touchant I . * « comme tusaisleche^ 
min du cœur de ton tendre ami !••••• Moii 
amour unique ! elle est triste cependant celte 
lettre qui fait mon bonheur. Tu entends bien 
ce que je veux dire par là. Je ne saîsquetrop 
que tu ne peux pas ne point être triste y mais 
tu me parais inquiète > sinon de me&sentimens, 

4u moins de mes penséest • • • Toi ^nK»i tout i 



uiyitizûu by 



SSMIRABEAir. 69 

toi ^ mon bien i ne «ais^tu donc pas que je m 

saurais mettre en doute ni ton amour, ni ta 
4k>nstance) ni délicatesse, ni la bonté de 
tes attentions ? Ne sais-tu pas que je te révère 
atitant que je t'adore ? Ah ! si je doutais de ma 
Sophie y pourrais-je vivre ? Chère amie , si 
quelques expressions de ma dernière lettre 
t'ont paru ambiguës , c'est que j'avaia dee 
raisons de craindre que le moindre défaut de 
^rconspection t'en privât ; et que 1^ bonheur 
de recevoir de tes nouvelles était tout-ii-iait 
empoisonné pour moi par Pidée que tu aeraia 
peut-être moins fortunée. O mon amie 1 je 
puis 'sans doute, sans.eom*it ce danger^ te té^ 
péter ce que j'écrivais à tonsujet à celui de tous 
les hommes qu'il était Je moins naturel d'en 
entretenir. Ce fragment .t'offrira en-peu de 
mots la profession de foi de mon amour } et 
crois qiTe les sentimens qu'elleexprime vivront 
autant que ton Gabriel. « Je ne puiii croire^ 
"Mditais-je, qu'^I me failAe^m'exeuear d'av<^ir 
W'aimé ce qui était aimable. Quel hoinwe 
•«'Oserait se mdntrer sévère pour une passion 
^ qui 9 plus ou moins ^ergique , est cetié de 
« tous les humains ? J'étais très-malheureux^^ 
«< et le malheur double la sensibilité. On me 
««' témoignait de l'intérêt j on me développait 
«tfou8 les charmés qui peuvent me séduive 
fortement et long'-^tems ^ ceux d'une ame 
génA-eiise et d'bn esprit agréable. Je cheiv- 
« chais un consolateur! eh l quel cQosoLateur 



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70 {.ETT&£S ORIGINALES 

M plus délicieux que l'Amour ? Jusque là^ je 
« n'avais connu que ce commerce de galanterie 
M qui n'est point l'amour , qui n'est que le 
««mensonge de l'amour. Âh ! la tiède passion 

auprès celle qui commençait à m'embrâ-* 
» ser ! J'ai les qualités et les défauts de mon 

tempérament. S'il me rend excessivement 
«« vif, il forme le cœur de feu qui alimeatei 
«•mon inexprimable tendresse. Ce n'était plus 
«* cette forte invitation de la nature>. fondée 

sur les délices attachés aux plaisirs des sens, 
« qui m'entraînait ; ce n'était pas même le 
M désir de plaire à un juge d'un goût exquis : je 
^ sentais trop pour avoir de l'amour^propre. 
n La convenauce , la conformité des goûts , le 
« besoin d'une société intime , d'une eonfi-* 
'« dente que l'on maîtrise toujours plus que 
«l'on nVn est maîtrisé, n'entraient presque 
« point dans mes vues. De plus puissans atr 
. -« traits avaient remué mon auic. Je trouvais 
«« une femme qui , bien différente de ptoi ^ a 
«toutes les vertus de son tempéramrat, et 
«t aucun dé ses défauts. ËUeest douce , et n'est 
<t ni pusillanime ni nonchalante y comme sont 
u tous les naturels doux ; elle est sensible, et 
« n'est point facile ; elle est bienfaisante^ et 
«csa bienfaisance n'exclut ni le discernement^ 
« ni la fermeté* Hélai! toute) ses vertus sont 
M à elle : toutes ses fautes soi|t à moi. Je la 
«I trouvai cette femme adorable et^tpute at^ 
M mante ^ et elle réunit tou^ les rayons éx)a2:s 



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DEMIRABEAF. 71 

•ide ma brûlante sensibilité. Je la trouvai, 
« et mon cœur impérieusement entraîné , fut 
«fixé, fixé pour jamais. Je l'observai dans 
t> toutes les circonstances ; je Tétudiai profon* 
« dément : je m'arrêtai trop à cette contem* 
K plation délicieuse. Je sus ce qu'était* son 
«• ame, cette ame formée des maias de la aa» 
M ture dans un moment de magnificence. Si 
•c c'est un crime de n'avoir pas su résister & 
tt^ une séduction si puissante, ce n'est pas Je 
« crittie de ma volonté, etc. . • • » Je n'ache* 
verai point , chère Fanfan ; reconnais le 
'crayon de ton ami , quand c'es( l'amour qui le 
guide y mais sur-tout reconnais sessentime^ns, 
et ajoute à ceux-ci , tout ce que tant d*événe- 
mcfis postérieurs, qui auraient cncbainé ma 
plus profondegratitude et toutes les affections 
de mon ame , si tu ne les eusses déjà entière- 
ment absorbées , ont dû produire. O ,Amie ! 
si jamais tu trouvais dans mes lettres, hâtées 
et contraintes , une teinte un peu sombre , 
attribue^la à ma situation, & ma géoe, et 
nullement à des inquiétudes relatives à tes 
sentimens. . . • Eh ! ne me déshonor^rais-je 
. pas moi«méme si je te soupçonnais ?^ 

Ma Sophie, il y along-tems que je*sais que 
tu es une Encyclopédie vivante de recàiies de 
bonnesjhnimes ; mais, n'en déplaise à les po-- 
Peaux 9 ils n'ont pas le sens commun. J'ai ou 
je n'ai point la pierre* Dans la première sup- 
j^ositiotti patience jusqu'à la certitude , et puis 



uiyiiizeu by GoOglc 



■ 



7» tETTKES OitlGINALSS 

ropératioo Dans la seconde y des coliques 

néphrétiques ne sont que douloureuses , et on 
vit très-*biei; un siècle arec* J'use de régime et 
de ref raîchissans : d'ailleurs, le|>eu d'exercice 
que je prends, depuis que le tems le pernxet, 
Xne fait du bien. Ne te mets donc pas en dér* 
pense d/éruflition , je t'en prie : tu ne vaux 
rlenderien comme médecin conmltanf .Qu^nà 
tu étais médûfim agissmii , ab 1 c'était toute 
^utre chose. M^is hélas ! je te permets d'en^ 
graisser ; mais non pas de grossir à ton âge» 
JMénage uppeu ton estomac , et conserve pré- 
cieusement ta santé , le seul bien qu'on n'a pu 
t oter. Prends peu Ou point de café , et beau« 
çoup de rafraichissans ^ si tu veux dormir» 
Four ta téte 9 elle est si mauvaise, que je ne 
sais quelle recette lui donner j mais sérieîise** 
ment 9 mon Amie , soigne-toi , comme si 
c'était moi-même. Modère tes inquiétudes sur 
mon compte. Au fond , je me porte comme je 
dois me porter, vu les circonstances ; il y a, 
du ressort encore y, et de tout moi , il n'y a. 
gue ks yeux de très-vieillis. 

Oui, encore une fois, oui : tes dissertations 
de guerre m'ennuient ; i^. parce que toutes 
tesbelles phrases à cet égard ne m'avancent 
pas d*un pouce, et que cela mange la placede 
choses beaucoup .plus jolies ; parce que \%> 
p^en peux pas parler à mon aise , et que les 
afl^res politiques sont aussi loin de moi que 
4es morts. SurJ^e^tput^ je te répète <iue Aforj 



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B E M 1 R A B E A V. 7? 

respecteraùl'AiHoWj et qu'on meurt beaucoup 
moins aux coups de fusil qu'en prison. Ne t'ai- 
)e pas dit mille et mille fois il fallait être 
prédestiné poiir Rencontrer un boulet ou une 
balle brut aie sur son chemin ? Une ctose très- 
paradoxale , maïs très-vraie j qui t'impatien- 
tait autrefois , mais que je voudr^iis te persua- 
der, c'est qu'il se tue moins de braves gens que 
d'autres : c'est en flottant qu'on trouve la 
mort. . . Mais encore une fois , poIiti<jue toute 
seule^ et sois bien persuadée que l'on ne pense 
pas plus à me faire guerroyer , qu'au fond tu 
n'as envie de me voir sur la garette. 

O ma généreuse amie ! je sais que tu n'im- 
putes aucun de tes malheurs à ton Gabriel. Il 
mérite ce sentiment par la pureté de ses inten- 
tions, par retendue de son dévouement, par 
sa droiture 9 par sa tendresse inconcevable 
peut-être pour toi-méiiie j mais comment 
yeux-tu qu'il voie d'un œil sec les maux dè)nt 
tu es la proie ? Mon Bonheur ! je sens tout ce 
que tu me dis de noble et de tendre k ce 
sujet; et c'est pour trop le sentir que je n'ose 
t'en parler. Sois sûre seulement que toi seule 
peux ^accuser ajaprès de moi j que j'ai la plus 
entière coufiauce , je ne dis pas dans ton hon- 
neur , je lie dis pas dans^on amour, je ne dis 
pas dans ta fidélité , en un mot dans tout ce 
qui a Irait au respect de toi-même, car cela 
n'a pas besoin d'être dit ) mais dans tes dé-^ 
marches : sols sûre que j'approuve d'avance 
Tom9 II. . D 



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74 LETTRES ORIGINALES 

■ 

tout ce que tu feras , quand il le sera permis 
deiaire^etqueje suspecterais Puniversentier 
et mol-uiêine , avant de former le moindre 
doute sur ma Sophie-Gabriel. Je connais son 
ame ^ et ses principes , et ses résolutions ^ ou 
pour tout due ta un mot, je connais ses de- 
voirs ; c^est assez pour être sûr qu'exile ne s'en 
écartera point...» Au reste vante mon amour ^ 
mais ne vante pas ce que j'ai fait pour toi. 
Yeux-tu me louer de ce que je ne suis pas un 
.monstre? 

Non, non , Vertueuse Sophie , 5rn'étaitpa8 
une question ; mais crois-tu donc que je Vécx'uà • 
avec une rigueur académique ? j'ai une demi- 
heure pour te tracer quelques lignes. Mon 
cœur bat si fort, qu'on dirait qu'il veut s'é- 
lancer hors de moi 5 mon imagination bouil- 
lonne 7 et tu veux que je pèse mes mots ? £h ! 
mais vraiment, si j^avais du tcms , je remploie- 
rais bien plutôt à t'écrire plus longuement 
qu^à arranger ce que je t'écris^ je cause avec 
toi, mon enfant j mon ame s'épanche ou vou- 
drait s'épancher. • . • Hélas 1 hélas , qu'un mot ^ 
qu'un regard en dirait bien plus que mille vo- 
lumes ! c'est alors qu'il n'y aurait ni doute , ni 
crainte^ ni incertitude , et que le bonheurseul 
serait en tiers avec. nous. 

Mais , mon Amie , n'injurie donc pas ton 
esprit ; sais-tu bien que c'est le meilleur outil 
d'un bon cœur ^ ou plutôt qu'il n'y a rien do^ 
si rare qu'un bon cœur sans esprit ? Quoiijue 



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B E M I R A B E A U. - 

mon imagination soit séchée ^ quoîcjue je n'aie 
plus ni facilité , ni coloris quand mon cœur 
ne parle point, je sens plus que jamais le prix 
dePéléganceet delà simplicité; mais sur-tout 
cle la simplicité. Hien n'est si aimable j c'est 
lecQstume duseutiment et de la vérité: c'est 
cè qui fait le charme de tes lettres ; c'est ce 
qui les rend si touchantes. Cette simplicité 
n'exclut point la force } au contraire , elle la- 
donne si elle n'est pas vide de choses. Il nfy a 
qu'elle qui soit propre à rendre les^^rais mou- 
vemens des passions. Elle proscrit les faux 
brilians , ces antithè^es^ces idéesrecherchées^ 
ces jeux de mots pointus , ces tours d'expres- 
sion forcés , toutes ces affectations enfin que 
chérisscat si fort les beaux-esprits ^ et qut 
vont si peu au cœur. Voilà ce que j'abhorre de 
l'esprit 9 et c'est assurément ce que tu ne coû« 
nais pas. Ces vains oi*nemens, ces choocs qui 
ne sont mises que pour briller, et qui décè- 
. lent la sécheressse de l'ame et la corruptioa 
du goût, sont à mille lieues de toi. Tu ad 
sur-tout ce qui est du ressort du sentiment ^ 
un taet bien exquis comme tout le reste de 
ta sensibilité. La vive nature", la délicieuse 
ingénuité, la douce Ce adresse respirent dans 
tes lettres ; et je ne me méfie de toi, mauvaise 
petite flatteuse , que quand tvt me loues. . . • 
Va, ne change ta manière pour aucune autre> 
ma Sophie j tu ne pourrais qu'y perdre. Tu es 
étonnée sans doute que Je te parle ainsi j car , 

Dij 



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7^ L£T T^R£$ OAIGINALES 

outre que ta sotte et charmante modestie , 
(sotte parce qu'elle est excessive) n'alUlbue 
qu'à ma prévention tout ce que je dis de ton 
style magique, tu ne crois pas qu'il y ait le 
plus petit mérite à bien écrire une lettre ; à 
exprimer tout naturellement ce que l'on 
peuse., ce que Pon seul. Mais , mon Amie, tu 
te trompes* La véritable éloquence consiste 
il dire les choses convenables à une situation 
donnée , à donner à chaque sentiment , à cha- 
que pensée un coloris analogue ; en un mot , à 
dire chaque chose comme elle doit être dite. 
Voilà tout le secret de Tart oratoire , ma 
Sophie ; c'est d'être passionné : ainsi tu es. 
bien plus savante que tu ne croyais. . • • Tu es 
toute surprise de me voir disserter dans cette 
lettre ; mais ne compreads^tu pas qu^au 
moyen de cela je t'écris plus long-ieiîis^ 
et que je ne risque point de mettre ici des 
choses qui déplaisent à notre bienfaiteur ? T. • . 
Ali ! mon amie , que nous devons le chérir ! Il 
nous rend la vie , que ceux qui nous l'avaient 
dçnnée nous avaient ôtée. 

Que tu es aimable de me donner de bonnes 
"nouvelles de ma petite Gabriel-Sophie ! Ah l 
jiion amie , c'est bien l'tiifant de mon cœur y 
comme celui démon sang. Si tu savais com- 
bien de fois un songe favorable me l'offre en^ 
lacée dans nos bras ! nos lèvres la touchent 
ensemble ; nous l'enveloppons de la vapeur de 
nos haleines.) comme elle naquit de celle de 



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notre amour : elle sourit à nos cateAes. • . • O 
mon amie l comme ma tendresse est centuplée 
depuis que tu as-domié Têtre à un autre toi-- 
même 9 qui est aussi ud autre moi-même ! . • • 
Sotte que tu es 1 d'avoir été me dire qu'elle 
me ressemble . • . . fen al une peur 1 Mais non ^ 
je n'en ai pas peur j je suis sûr qu'elle, ressem- 
ble à loi 5 tout-à-fait toi, Fussé-jebeau comme 
Adonis , je voudrais qu'elle te ressemblât uni^ 
quement.. . . Sais-tucequ'elle fera, la petite? 
( car elle aura tout plein d'esprit ) elle pren^- 
dra chez nous deux : chez toi, le teint, les 
-traits, le genre d'esprit, le caractère , les 
grâce», les vertus : cbez moi , la voix que fa- 
vais, quelques talens acquis, et le tendre , 
l'inexprimable, l'Immortel amour qui brûle 
pour toi dans mon sein : chez tous deux , le 
courage , la candeur , la générosité , la sensi- 
bilité : en un mot, la petite Gabriel-^Sophië 
prendra de sa mère tout ce qui est aimable et 
boa , ses qualités et ses charmes J et , laissant 
respectueusement les défauts de monsieur son 
père, elle lyii empruntera seulement ce qui a 
plu à sa maman j enfui sa devise sera le vers * 
qui semble avoir été fait pour ma Sophie: 
Chirede in bel corpo anima bella. . . 1 Oui , ma 
Fanfan, jé me conserverai pour elle et pour 
toi, tant que jé serai sûr de ton existence , et 
qu'il me restera quelque espoir de consacrer 
ma vie à tout ce que j'aime, ... Ah ! tu n'es 

D iij 



i^iy u^ud by GoOglc 



78 LETTRES ORIGINALES 

point inquiète de la fortune de ta fille ^ si je ne 
spis pas mort civilement l • . • . 

Sans examiner tes espérances et tes calculs ^ 
ô mon Amour bien cher ! jeté prie seulement 
de croire que je ^uisbien loin de vouloir t'as- 
sombrirles objets. 

Moi ^ que Je f ereproclie tes larmes ! moi qui 
les fais couler ! . • . • Âh ! Sophie ! tu as bien 
mal interprète ma dernière lettre; peut-étre 
aussi était-elle trop triste. Je souffrais , jVtais 
pressé 9 et je doutais que tu eusses reçu les 
mêmes consoîalions que mol, ce qui me na- 
vrait le cœur. Tu vois qu'il s'est bien élargi 
aujourd'hui. O mon Àdoratiun bonne 1 puisse 
le tien s'cpanouiren lisant ce petit nômbredft 
lignes dictées f^ar l'amour , mais par l'amour 
enchaîné par la prudence ! 

Mon Amie , j'écrivais il n'y a pas long-tems 
à propos de mon amour : » Orgueilleux philo*» 
«sophes ! infortunés ambitieux! passionnés 
«< amateurs de sérieuses bagatelles ! hommes ^ 
M quique vous soyez ! osez melancer anathême; 

si vous avez une ame, nommez-moi un bien ^ 
^ un objet plus digne de ma poursuite , plus 
«propre à me conduire au bonheur, qu'un 
« être qui pense et qui «ent comme moi ; qui 
«• partage les mêmes idées y la même exis« 
f tence , les mêmes transports j qui m'enlace 
w de ses bras ^ et réchauffe mon coeur contre 
«son cœur idgnUes voluptueuses caresses ont 
t» clé oulvi w4 tic l'existence d'un autre être sem • 



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D £ M 1 & A B K A U. 79 

« blable àTuo de nous , qui devait croître soiis 
i« nos yeux , sur notre sein , que nous aîmerOM 
tide l'amourmême le plus tendre aprës celui 
« qui nous unit, dans lequel nous nous verrons 
« revivre , et dont la naissance a doublé nos 
•« sentimens et nos liens. Montrez*-moi une 
« passion plus noble, plus douce, plus juste, 
<t et même plus sainte , tu les circonstances , 
" et je vous proinels de lui obéir; mais trouvez 
« auparavant des raisons pour combattre à-Ia- 
« foislanature, rhonneucet l'amour. . • • • 

Voilà , madame Sophie-Gabriel , coniuicnt 
)€ r(5pond$ à la laconique déclaration qui finit 
ta lettre , ou il y a deux grandes pages de 
papier blanc Tu vois que je mets lui 
terme à mon amour ; ne t'en fâche pas , je 
t'en prie. ' ^ * 

G A,B RIHU 



A M. L E N O I R. 

N 

^9 mars t778. 

J E reçois de vous une nouvelle grâce , Mon* 
sieur j (car n'en est-ce point imeque de m'ob- 
tenir justice de ceux qui ont tant de peine à 
me la faire?) et je vous en remercie biensîn* 
cèrement. Il ne s'est point trouve de linge 
dans mes* malles , sans doute parce que c^ut 
qui les ont faites en avaient plus besoin que 
de livresj mais pour moi qui ne! mets point; 

D iv 



. ,j .....d by 



* £o LETTKËS ORIGINALES 

« 

de comparaison entre ces deux sortes d'effets^ 
je. me liouvcrals ^beaucoup plus riche tout 
aau.au milieu d'une bibliothèque, que cou- 
vert d'or et maître de tous les magasins de 
la compagnie des Indts sans ILvres. Us seront 
l'unique agrément quitempérera l'amertume 
de mon sort. Je n'ai plus ai projets littéraires, 
ni coloris , ni esprit. Ce présent de la nature ^ 
dont on se^ fait une si fausse idée , qui excite 
l'envie et n'en dédon^mage point, et semblable 
à la fleur brillante produite par le printemps , 
J9eurit avec éclat , se lane et périt dans la 
même journée j ce présent de la nalurc, dis-je, 
m'a été plus funeste qu'utile ^ et les secousses 
de toute espèce , dont je §uis presque ren- 
versé, me l'ont tout-à-fait ôté : mais du moins 
i} me reste la faculté et le besoin de xu'oc- 
cuper, et jamais faculté ne fut plus pré- 
cieuse ni besoin plus impérieux que ceux-là , 
dans la situation où je suis« 

Il se trourait avec mes malles une petite 
caisse qui contenait deux moules de plâtre^ 
l'un desquels représente ma iriste figure. Toute 
agreste que soit cetle effigie, elle ferait un 
grand plaisir à celle qui porte dans son cœur 
cette image, et aime de sou ami jusqu'à sa 
laideur, parce que c'est une partie de lui. 
Daignez permettre que je lui fasse passer 
cette froide représeptation du plus ardent 
des hommes. Ne trôuverex-vous pas bon que 
j'y. joigne quatre lignes d'envoi ? Hélas l Tia»» 



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9 



DE MIRABEAU^ Si 

• rejition des lettres ^ due sans doute à un in-« 
fortuné , est Punique soulagement d'un aiul 
captif. Jugez quand son amie n'est pas libre , 
et que c'est là son unique consolation l Cette 
inappréciable faveur a nourri notre espoir^ et- 
.non point.assouvinos désirs* Souffrez que nous 
trompions quelquefois l'absence; que nos sou^ 
pirs franchissent la distance des lieux et l'é- 
paisseur de «nos murs* ' ' 

M. Boucher m'a dit que votre intention 
^tait de me faire rendre mes papiers aussi 
bien que mes livres; mais j'avais pris la pré. 
caution de n'en pas laisser un seul dans mes 
malles; Ils sont tous chez M* Brugnière ; et 
je voudrais recouvrer du moins ceux qui ne 
contiennent que des travaux Uitéraires ou 
des ouvrages commencés. Que les autres res** 
lent en dépôt chez les personnes qu'il vous 
plaira dénommer ; j'y souscris avec joie ^ bien 
sûr que vous ne consentirez pas qu'ils tombent 
dans des mains capables d'en abuser, 

J'alPhonneur cî'élre avec une l e.spectuense 
Vcconnaissance ^ Monsieur , votre très-bumble 
et très-obéissant serviteur, 

Mirabeau fils* 



D V 



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9l L£TTE£S ORlQlHi ALES 

I - _ . m. - - - ■■ ' 1 mut- ■■_ ■ - 



A S O F H I K 

O M ON amie si tendre, quel bonheur iuaU 
lendu ! quel torrent de volupté coule de mon , 
sein ! jereçoîsta lettre : jela reçois au monu ivt 
oîf je fermais celle où je la demandais. Elljs 
est douce, elle est tendre^ elle .est aimable 
comme toi ; elle me rassure sur la santé de 
tout ce qui m'est cher, ou du moins de tout . 
ce qui m'est plus cher que le reste du monde: 
elle allume mon sang; mais c'est une chaleur 
viviQante qu'elle y pQrte. Oui, chaque fois 
que Gabriel reconnaît ton caractère , chaque 
fois qu'il lit les assurances de ton amour j 
chaque fois que le toucher de ton haleine^/ 
de teç niains, de tes yeux, peut-être aussi 
celui de tes lèvres, empreint sur un papier 
quejenegarde point, Il clas ! assez long-temps^ 
maisque je jonche de baisers aussi long^tem» 
qijiUl est en mon pouvoir ; chaque fois que tous 
ces trésors frappent mes regards, il me semble 
que je puise àla source de la vie, que j'arrête 
la faulx du temps, que je repoussé au moins 
pour quelque temps ces poisons dont Pinfor- 
tune voudrait m'abreuver. 

Oh non , ma Sophie ! non , tu n'as rien Fait 
qui me déplût* J'étais triste lorsque j'écrivis 
la lettre qui t'a serré le cqpur, parce que je 
çroyais m'apercevoir que tu n'ayai? pas. reçu 



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B£MIRAB£AU« 83 

]es miennes^parce que je tremblais de n'en pl us 
recevoir des tiennes, parce que je sentais la 
vie se retirer de mon cœur avec l'espoir. Tu 
sais que mon esprit prend toujours la teiute 
du sentiment qui m'agite ; juge si mon style 
devait être assombri : mais^ mon amour si cher^ 
aucun mécontentement personnel a (oi n'in- 
'fluait sur la noire disposition démon être. Ma 
confiance n'a pas été altérée un instant j je 
te le jure, . . . O ma Sophie-Gabriel ! c'est un 
délicieux bonheur que d'avoir une amie ehar<-^ 
mante, et de jouir d'autant de sécurité que si 
c'était une laide qui ne fût désirée de per- 
sonne; et tu m'as fait connaître ce bonheur, 
Helasl il en est un plus doux encore j c'e^t 
d*étre avec elle; et la privation de celui - là 
* flétrit beaucoup les autres. Au reste , quand 
je dis sécurité j fanfan , je n'exclus point là 
jalousie , mais la méfiance. La méfiance , se* ' 
Ion moi, déshonore les deux amans. Pour 
cette inquiète passion que j'appelle jalousie ^ 
qui n'est que la crainte d'être aimé moins ^ 
je soutiens qu'il n'y a qu'un faible amoiirqui 

en soit exempt. JSfe crois donc pas que j'en 
guéiisse, ni que je m'en défende; mais ne 
crains point que je conçoive jamais ces odieux 
soupçons qui changent l'amour en fiel , l'em* 
polsunnent et fléu Issent ses roses. 

T u me parais fort enthousiasmée de ton ca- 
taplasme ; à la bonne heure, mon amie ! je 
Bi'échauderai même pour tè plaire , quand 

Ovj 



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84 LJETTRCS OAl^XKALES 

rgccasiou s'en présentera « mais le plus tard 
que je pQuirdi; car tu ne veux pas cj^ue je^soîs, 
malade pour te donner l'honneur de ma gué- 
tison j et dans ce moment ^ je me porte bien* 
Les saignemens de nez que m'apportent les 
approches du printemps 9 ne sont cpie l'excès 
d'une sanlé superflue.. 

Mon amie si bonne ,tu te sers d'un mot fort 
impropre : tes joues ne sont point grosses ; 
elles sont potelées, et je les défends, sll te 
plaît, voire même quandilneteplairàitpas,, 
envers et contre tous. Engraisse, engraisse ; 
peut-être un jour y meltra-t-on ordre j mais 
à présent, ma tendre* amie , prends autant 
d'exercice que tu pourras , je te le demande 
en grâce, et soigne ta santé : sur-tout, dis- 
moi la vérité à cet égard comme à tous les 
autres. 

O mon amie ! qui sens si bien et qui t'expri-^ 
mes si tendrement , il y a long-^temps que j^e 
saisque tu n'as pas bosoln des distractions or- 
dinaires de ton sexe. Une femme incapable de 
réflexion peut trouver du soulagement dans> 
la petilesse de ses vues , dansl'étourdissemeut 
qui lui fait oublier ses peines et user le tempsu 
Absolument concentrée dans le tourbillon qui 
l'environne , si elle sent quelque trouble in- 
térieur, pour y remédier elle augmente au- 
tant qu'elle peut l'agitation du tourbillon^ 
Elle ne voit rien au-delà du présent, étouffe 
sa mémoire , et détourne les yeux de l'avenir*. 



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''be m.xaabcau* 85 

Mais Sophie^ qui pense, qui médite, quisent^ 
He connaît pas et redoute peu Tennui. Peut-* 
6(re, hélas! n'as-tu dans ton cœur que trop 
de moyens de t'en guérif. Au fond, je ne 
pourrais ni te conseiller ni te souhaiter des 
distractions j car ou veut être constamment^ 
regretté de ce qu'on aime , quand on ne peut 
plus faire son bonheur : ce sentiment très déli«' 
çat , quoi qu'on en puisse dire , est dans la 
nature une grande passion. S'il est un être 
humain que son cœur inspire autrement^ qu'il 
ne se croie pas plus désintéressé que nous ; 
il n'est que moins amoureux. Hélas 1 le goût 
du plaisir est bien chassé de notre ame; et il 
n'y peut renf riEïT qu'en j alllissant du sein de 
l!autre partie de nous-mêmes. Au reste, je ne 
ne puis croire que cel amour exclusif nous ap-- 
pauyrisse. Ceux qui font leur unique œcupa» 
tion de ces plaisirs vains que tu persillés, 
n'en trourent aucun qui les satisfasse : il suffit 
de voir revenir tous ces prétendus voluptueux 
de leurs parties, pour deviner que le plaisir 
n'est pas pour ceux qui le cherchent hors du 
Sj^ntiment ^ et que rien ne le remplace. O ma 
Sophie! te rappelles-lu ces jours de rigueur 
où tu refusais de couronner mon amour , de 
peur de le perdre ? L'amour, me disais^tu, l'a*^ 
mour , soumis comme tout le reste à l'empire 
de la nouveauté, émousséparl'habitude, s'en- 
dort sans volupté et périt de langueur au 
«ein de la jouissance. J'osai t'assurer que cette 



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a 



S6 LETTRES OEieiîfALES 

opinion tant répétée n'était qu'une erreur ; 
c/ue Thabltude augmentait cette délicieuse' 
bienveillance appelée amour ; que tous les 
faits contraires à ce principe ne prouTaient 
rien , si ce n'est qu^on prenait les émotions des 
Sens pour de !a tendresse ; que l'habitude ne 
tuait l'imagination'que dans les affections pu- 
retxieut physiques ; que les qualités de Tame 
et de l'esjorit, entretenaient toujours un feu 
nouveau dans de beaux yeux « • • T'ai-je trom« 
pée , ô mon amie ? Sans ces atli^aits durables ^ 
on est inutilement belle : jeune sans amant , 
.vieille sans ami , envaia on poursuit le plaisir 
avec fureur j il échappe, ou se flétrit plans 
la main avide qui le mutile. Mais toutes ces 
femmes citées dont on fait des exemples, sont . 
précisément celles dont Phistoire ne prouve 
rîen. La toilette , les intrigues , les cartes , les 
spectacles, voilà le cercle de leur vie. Que 
peuvent produire de telles occupations? sa- 
vent-elles aimer? savent -elles choisir? De 
qui vols-tuoes beautés galanles éprises? 
de quel ques fats qui ne s*en occupent que pour 
les tromper, ou de quelques novices qu'elles 
n'attrappent pas long temps. Faut-il s'éton- 
ner qu^elles vivent dans le ridicule et meurent 
dans le mépris ? Qui nombre.rait leurs folies^ 
ne trouverait pas qu'elles méritent une autre 
récompense. Mais celle qui , laissant aux 
femmes vaines renvlc qu'elles ont d'éblouir, 
méprise les fats et dédaigne les sots , con- 



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I>£MIKAB£AU« 87 

naît un autre art que les manèges de la ca- 
quelterie, sait toucher le cœur, diarmer 
rèsprit^ s'élever arec douceur ^ briller avec 
modestie , embellir sa raison par son imagi- 
. nation , modérer son imagination par des prin- 
cipes; cette lemme adorable , que je peins si 
ressemblante parce qu'elle est là sous mes 
^ . yeu^^aura un ami sûr, un amant constant, 
et le temps la vengera des injustices du sort 
et de la calomnie. 

Mon amie! je t'assurequecçtte auguste mai* 
son-ci est précist^ment un de ces lieux dont on 
vante Pair, faute d'en pouvoir vanter autre 
chose. E^tssure-toi donc j Tairy est excelleijt ; 
et déplus^ on y prend des précautions très- 
recherchées contre les maladies épidémique»: 
aucune contcigion malfaisante ne m'enlèvera, 
je t^assure» 

Quoi 1 4u croyais la iieigé exclusivement à 
Pontarlier ? Il me semble que tu dois n'en 
avoir jamais tant vu qu'à Amsterdam; mais ^ 
hélas 1 il est bien vrai,, il est (lop vrai qu« 
la situation de Famé change bien les ob- 
jets , 

Qh !pour mes beaux jeux , je^ne saurais le 
les passer , quoique j'en aie ri comme iin fou. 
Cela m'a rappelé Je signalement qu'une belle 
dame de ta connaissance donnait de moi à 
quelqu'un chargé de me retrouver} au che* 
luin qu'ç]ie prenait, elle aurait bien pu man- 
quer son but. Je jiie disais à moi-toême : i> 

% 



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88 L2TT&XS 0&IG1NAL£S 

faut que cette dame n'ait jamais lu la fablé 
qui nous raconte que l'aigle croqua un jour 
de petits hiboux, ne pouvant se figurer que 
des monstres si laids fussent les enfans dont 
«on cher ami lui avait vanté la beauté. On 
ne signale pas bien dans ta famille. Madame 
de R. me peignait assez mal , comme tu sais ; 
etqnand elle m'eut vu, elle ajouta aux traits de 
son tableau raird'un pajsan, dont jen^ai pas 
ouï dire que beaucoup d'autres qu'elle se fus- 
sent aperçus. Cet te autre faiseuse de portraits 
voulait faire de moi un Adonis } et ne pouvant 
Tpas trop déguiser la ciselure dont dame na- 
ture m'a orné, elle citait de si beaux yeux ^ 
qu'à les ehercher sur mon visage tels qu'elle 
les décrivait, j'aurais fort bien pu ne pas me 
reconnaître moi-même, si je n'eusse aidé à la 
lettre : maîsPamour-propre, qui est un ingé- 
nieux interprète, m'aidait et n'aidait pas ceux 
quimecherchaieut. . .Quoiqu'ilensoitdemes 
beaux yeux , je te prie de ne pas te moquer 
demoienparlantàmoi,ou^si tues de bonne 
foi, de te taire pour ton honneur. Au reste,, 
j'aimerais bien mieux qu'il fussent bons que 
beaux ; et ils deviennent si mauvais, que je 
crains de les perdre. Le droit, toujours noyé 
d'eau , pour peu qu'il s'applique, ne voit plus 
qu'à travers un million de points noirs. Le 
gauche est affaibli ; et je compte (ïeroander un 
oculiste pour le consulter sérieusement sur 
ces: inquiétans symptcmes, Fussé-je aveugle ^ 



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B £ M I R A B£ Air. 89 

je n'en aimerais* ni plus ni moins; mais avec 
fout cela , }e ne ressemblerais pas à ramour* 

Il faut donc conserver ses yeux. 

Mon bon amour 9 demandé du papier; )e 
^uis sûr que Ton t'en accordera. Dans ie^ mai* 
sonslesplussévèies,ou en donneen le comp- 
tant j et assurément Ton ne nous traite pas 
avec sévérité. ïu aimes le travail et IVtude : 
il faut faire des notes et des extraits, quand 
on. veut lire avec fruit. Je ne voudrais pas 
que tu négligeasses ton italien, cecbaim^rit 
idiome si propre à exprimer Pamour. 

Kassure-toi sur ton griffonnage. D'abord, au 
tumulte que la vue de ta letUe excite en moi, 
tu écrirais comme Coulon ou Rossignol, que 
je ne pourrais rien lire : je parcours , je baise, je 
savoure, et ne lis pâs ; quand je suis un peut 
calmé, je devine yje déchiffre ensuite, et je lis 
enfin. 11 n'y a que tes larges lignes qui me 
déplaisent. Une de mes pages en tient beau« 
coup plus que n'en tiendraient quatre des 
tiennes. D'ailleurs, mon écriture est k peuprèlB 
aussi illisible quela tienne, vu larapidité avec 
laquelle je cours, et l'application avec la- 
quelle je serre. 

U mon amie ! je le sais, combien il t'a peu 
coûté le sacrifice de ces biens de convention sî 
însufBsanspourle bonheur. Je sais combien peu 
tu la prisais , cette fortune , première cause de 
ton malheur , puisque , sans l'appât d'un riche 

douaire . • • • Mais ne parlons point de çela : je 



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L£TTE£S0&IÔINAL£S 

ilirai seulement que tu m'«ls fait de bien plus 
grands sacrifices , puisqu'il est trop g^érale- 
ment vrai que ton sexe place ji'amour- propre 
dans PhypOcilsie. Quand c'est là Thommage 

qu'on rend à rhènnêteté, il n'y a plus de res- 
source : la corruption a gagné le cœur j Fima- 
gt nation et les sens sont le foyer d'où s'élèvent 
continuellement les vapeurs fétides qui l'eu- 
tretiennent ; et l'on finit par le plus honteux 
cynisme et l'eiFronterie la plus cornplète. O 
ma Soplile ! voilà oii conduit la galanterie ; 
et c'est là cependant ce que l'on pardonne le 
plus aisément aux femmes j et 1 amour, l'a- 
jmoursi chaste el ni pur^rainourqui élève Tanie 
€t asservit l'imagj|}ation et les sens, l'amour 
qui.neconnaît de volupté que celle que le sen- 
tîraent appelle, est proscrit comme une pas- 

tîon tumultueuse et destructive du bonheiin 
Laisse, laisse prononcer ces blasphèmes aux 
dévotes ffuî ne le sont devenues que par le 
maléfice des années ; laisse - les calomnier 
l'amour. Les vaines apparences qu'elles appel* 
lent sont des complîmens qu'elles adres<^ 
sent à la veitu : dans leur jeunesse elles l'ont 
fait consister à bien cacher leurs intrigues j 
elles croient ensuite tout réparer par des mo- 
meries, et sur-tout par^une aigre sévérité; 
elles te damneront, parce que tu as un amant, 
tandis que le reste de ton sexe te traitera de 
romanesque ou de folle : car cela revient au 
même dai^s le langage commun» Ces êtres 



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BEMIEABE AU* 9X 

pétris de petitesses et de perfidies, en tout 
ce qu^engendre cet intérêt de rivalité qui 
est leur première et leur unique passion ^ te 
prendront en pitié j mais les ames sensibles et 
les esprits éclairés, qui saventquele sentiment \ 
n'est janoiais lascif^ que la pudeur a sa faus-^ 
setéet le baiser son innocence ^ tout en plai- 
gnant les premiers excès de ta passion ^ te ' 
Juueiottt, t'estimeront, te respecteront d'avoir 
honoré ton choix et justifié ta conduite par 
ta persévérance , verseront une larme sur 
notre sort , et feront des vœux pour nous. 

Pourquoi donc ^ mon amie 9 pourquoi dotic 
ta Gabriel-Sophie est -elle délicate? tu es si 
saine et si vigoureuse! Hélasl'ell^a crû au 
milieu des orages* Ne me cache jamais rieu 
sur son compte, je te le demande en grâce j 
car si je soupçonnais ta véracité à ce sujet ^ 
ou sur celui de ta santé ^ je n'aura.is pas ua . 
moment de repos. Elle est bientôt assez âgée 
pour qu'on la règle. Alors le lait sera plus 
élaboré et noieux substantiel, et elle en re- 
jettera moins. Au reste, cette avidité et cette 
évacuation est conunune à tous les enfans# 
J'aurais mille choses à te dire sur ^et impor- 
tant sujet car j'en avais fait une étude pro- 
fonde , lorsqu'il nje naquit un fils. Mais hélasl 
tu n'es pas à mêmed'y veiller, et je sais trop 
qu'on n'obtient rien des nourtices. Ce seul 
mot de démallLoter » qui me prouve qu'elle 
est emmaillotée » lu'apprend assez que l'on ue * 



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$i LETTSXS orioikales 

suit point avec elle la moindre partie <Pun 
système raisonnable. Qu'y faire? patienter et 
espérer, La nature sauve, malgré dos sottises , 
tant d'enfans , que nous pouvons croire qu'elle 
sera du nombre. • « • Ob! si tu savais tout ce 
qui me passe par la tête tout le long du four 
pour cet enfant , cet enfant chéri ! j en raf- 
folle } je ne pense jamais à toi sans penser à 
elle; ce qui^ dans d'autres ternies ^ veut dire 
qu'il n'est pas un moment où vous ne soyiez 
toutes deiix dans mes yeux et mon imagina*» 
tion^ comme vous êtes à jamais dans mon 
cœur. Tu rirais trop si tu savais sous combien 
de formes je me représente ce charmant en- 
fant ^ etj^el portrait je m'en fais ^ en vérité 
c'est ta rivale. . . ah 1 tu as pris le moyen d'en 
avoir une. £Ile est \k y devant mes yeux, dans 
ma tête y dans mon ame. Je m'entretiens avec 
moi-même , de son esprit , de sa figure^ de 
son inoculation. • • .que sais-je moi ? j'anti- 
cipe exi tous les sens sur Pavenu . Mon ima- 
gination délirante franchit tous lies espaces > 
tous les obstacles; je projette continuellement^ 
et bâtissant de supposulons eu suppositions y 
j'élève l'édifice d'un bonheur , hélas ! non 
moins imaginaire que séduisant, et dont il 
ne dépend pas même de nous de jeter les 
premiers fondemens. O amour i père des 
- UJusîons, bâte -toi d'en réaliser quelcjues- 

. unes! ■ 

Tu me fais une question bizarre : Coimntuê 



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B£MI]IAB£A¥. 93 

Je me iroui^t ici? Je commencerai par te dire 
fort sérieusement , qu'on a autant de honiCs 
pour moi qu'on peut en avoir , vu les cîr- 
constances et la règle de la maison. Quant 
au reste, je te répondrai par une pasquinade; 
car comment veux-tu que je te réponde au- 
trement ? Les prisonniers de Londres chantent 
pourse désennuyer! « Alexandre était prisoa* 
nier au milieu de l'univers j le roi d'Angle- 
terre l'est dans son lie , le sultan dans son 
sérail , le moine dans sa cellule , le savant 
dans son cabinet y le seigneur dans sa voiture^ 
le marchand dans sa boutique; tous les 
hommes enfin sont prisonniers ^ et la terre 
entière est une vaste prison. »» Tu vois qu'il y a 
manière d'égayer tous les sujets ; mais j'avoue 
que de tous les prisonniers^ nous sommes les 
plus prisonniers. Ma tendre et bonne amie , 
tranquillise-toi un peu sur mon sort ; il est et 
sera très-tol érable, tant que je recevrai de tes 
nouvelles. Tii te demandes trop souvent dans 
l'amertume de ton cœur : Hélas I qvHa donc- 
fait mon Gabriel four être si malheureux ? 
tu ne te comprends pas dans cette question ^ 
quoique tu sois bien plus innocente que moi* 
Mais non, Sophie , il faut tâcher de seper* 
suader , malgré les préjugés de l'orgueil et 
les pieuses rêveries dont on nous a bercés , 
fju'il importe fort peu à la nature que tel ou 
tel individu soit malheureux , souffrant ou 
détruit^ poui vu que les espèces se conservent. 



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94 LETTRES 01treilfAZ.ES 

Nous avons reçu d'elle là vie sans savoir tiî 
comment ^ ni pourquoi ; nous la perdrons de 
même , et nous ne saurons pas davantage 
pourquoi ^cet te carrière est si hérissée de rocs ^ 
quoique nous ne méritions pas un chemin 
aussi raboteux. Je sais bien que cela ne con- 
sole pas^ ô ma trop aimabje amie! mais cela 
doit arrêter nos inutiles . murmures, La fin 
de notre être, de nos passions , de nos ac- 
tions nous est à jamais inconnue ) mais je ré- 
ponds bien de Temploi du mien tant qu'un 
sou jffle l'animera; ce sera de t'adorer. 

Mon amie^ il est eer.lain que ta mère a eu 
des torts y et de très-grands torts avec nous ; 
mais ne te refuse point à son cœur s'il pa* 
raissait ser'ouvrin Elle a fait un faux calcul, 
et perdu la tête; elle peut la retrouver* Pour 
tout ce qui m'est personnel^ je te voudrais 
autant de philosophie que j'en ai mol même. 
Hélasl le ressentiment ne réparerien* Madame 
de R. • • trouve avec raison que je lui ai fait 
un grand tort : elle n*a pas le courage de 
s'avouera elle - même qu'eite m'y a forcé. 
Elle me hait : à la bonne heure 1 cela n'est 
pas fort singulier y et jeie lui pardonne du plus 
profond de mon cœur , pourvu qu'elle ne 
haïsse que moi. Je te prie qu'il soit le moins 
possible question de moi entre vous, et que 
dans tout ce que tu peux accorder, promettre 
et tenir, l'humeur et les tristes souvenirs ne 
te rendent point âpre et dii&oile« 



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BEMIRABEAU. 

Je croîs que tu te vantes, orgueilleuse So- 
pliîe, quand tu parles du bonheur de tes rê^ 
V€3. La nature ne t'a pas donné au même de-> 
gré toutes les sensibilités , quoîque cepen-* 
dant elle ne t'en ait refusé aucune : et biea 
que tes sens ne soient pas indignes de ton 
cœur, ils sônt bien loin de lui être propor-^ 
tionnéâ. SaU--tu à quoi j'attribue cette inéga-* 
lité qui m'a quelquefois presque attristé? 
L'bumeur, ce premier ressort des mouvemens 
de l'ame , est si égale ea toi, qu'il faut biea 
-que ton sang soît très - modéré. Cependant , 
pourquoi tç$ aâections sont^elles si énergi^ 
ques? N'est-çe donc pas aussi le cours du 
sang qui les produit? Ton cœur est pénétré 
de tendresse et dç passion, et tes sensations 
sont, sinon froides, ^u moins tièdes • • . La na« 
ture ne peut rien ff^ire de complet , chère 
Sophie! elle s'est épuisée à former ton ame, 
et n'avait plus le même feu quand elle a fait 
tes sens. • • • Au reste, c'est presque un bon-r 
heur j mais ne te fais pas valoir, et ne pré, 
tends , je te prie, qu'à partager noies, sentîmena 
et non mes sensation^. 

Ma bonne amie , je n'aime plus du tout 
la guerre , à moins qu'elle qe me fasse sortir 
d'ici. Ceux qui me çanuaissent ne croiront pas 
que l'amour m'ait rendu poltron. Oh! non , 
f pas pqltron, mais on ne saurait moins ambi- 
• tieux ; çt àraisonner de bonnç-foi et dç sang* 
froid , quoi de plus fou au monde que la fu^ 



96 LETTRES ORIGINALES 

reur guerroyai! te ? • • . . O ma fanTan ! que ne 
fait-on des hommes , et sur-tput des heureux, 
aulieud^en tuer? Tu es bien de mon avis, chère 
et pacifique amie^ et tu ne souhaites du mal 
qu'aux traîtres et aux persécuteurs. Mais ma 
Sophie n'est pas poltronne non. plus ^ quoi-» 
. que si douce ; et notre fille sera toute brave. 
3e veux qu'elle monte à cheval , qu'elle aille 
à la chasse, qu'elle manie nos armes, euhu 
qu'elle réunisse aux charmes de son sexe les 
avantages du nôtre } mais il ne faut pas que 
cela la rende homasse, car cette affectation ' 
dépare tout. Il faut qu'ainsi que toi , elle soit 
homme et paraisse femme. L'ame n'a point 
de sexe, mais le corps en a un ; et l'une ne 
doit pas empiéter sur les droits de l'autre. 
Ma Sophie-Gabriel, si charmante et si bonne^ 
si courageuse et si douce, j'ai bien sincère- 
ment admiré ta fermeté 9 j'adore ta résolu* 
tion, et ton mépris pour les préjugés de ton 
sexe et même du nôtre; mais aussi , combien 
ta charmante ingénuité, tes grâces naïves, 
et jusqu'à ces riens délicieux qui seraient ri- 
dicules dans nous autres hommes et qui em- 
bellissent les femmes, combien ils m'ont rendu 
heureux! .... Ah , Sophie! Sophie-Gabriel ! il 
n'appartenait qu'à toi de donnera la fois à ton 
4mant la maîtresse la plus aimable , l'amie 
la plus sûre, la compagne la plus utile. Toi 
sçule pouvais réunir la fermeté et le dévoue* 
ment d'un homme y aux délicates tendresses 

d'une 



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D R A B E 4 U. J-J 

d'unç femme ; les fruits les plu$ sayoureuic 
de l'àmitié ^ aux fleurs les plus suares de I'$t» 
mour. 

Je dis trop de bien de toi : apparemment 
* que j'en pensée trop aus$L ; dajr a$suréi»eiit yt 
ne disque ce queje|>eDse. Qaoi qu'Uea SQÎt^ 
)e ne sais si je dors on si ;e yeiUe-; mais c'eat 
UD beau songe : il ser^ long ^ et jetrembleraî» 
si je pouvais craindre le réveil j cax rieu 4^ 
peut remplacer une erreur si chère» 

BQmie, Boiane, je yQudxais que tu fisses ra^ 
serde trcs-boune liturc ta fille: Içs raisons, 
seraient trop longues à d«^4uire mai^ 
une€hos.e très-salvitaîre ^ jet tu^sai^ quejren^ 
suis pas savant en recc Ues de bo^ne''femmç i 
mais 9 ne fût-cp que pour lui faire avoir dct 
beaux cheveux , ce serait bien assez. Je saii 
bien que les- savans assurent qu'il faut être 
chauve pQur avoijr^f^aucQupd'^piÛt } ilsfitf* 
testent l'antîqwiléido^t la plupart de^ gran,da 
personnages étaient ainsi. Ils chencl^ept aussi 
daus l'histoU e jraodf rue , £oit:Qc e^eiippLe^ ^ 
t#te^ gelées et r<?rt illiislix;» j m^il^ peu m'ipi--' 
porte le géjiie de ma fille , pourvu.q^A^elije ^.t 
un cgeuLu: ; et jeTaiiAerais iiiieu^^ uii peu f^jtw 
jolie et un peu luoUs ^y^pte, iVu reMe^ il. if 
a des rai^pn^ de santé plus sérieuse^ que j'ior. . 
térêt de iax^Ueyelure, quijread^ivt cçtte pra^^ 
tique reçunfxnandable. 

Oh 1 oui , mon aœie<^ j^eiqprime^iya xmmr- - 

naissance de mou uûcu^ à ^/>i^e ,^i.enfaii^ t - 
Tome II. % 



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■I 



9? LETTRESORIGINALES 

et je cautionne bien la tienne. Hélas! que 
fu88ions*nou8 devenus , s'il n'eût pas été sen- 
sible ? Toi qui sais de quelle Qammemon cœur 
est fornaé, puisque lu lui donnas la vie, 
imagine dâns quel état était ton Gabriel, lors- 
qu'il ignorait ta vie ou ta mort, ta délivrance 
ou le^ souffrances. • . • Ah ! je rongeais mes 
fers y et j'invoquais la mort sans oser me la 
donner, de peur d'élever une barrière éter- 
nelle entre moi et le bonheur , dont le re- 
tour n'était pas encore impossible. . . . Mais 
murais-je pu soutenir cet état violent que l'a- 
mottr nourrissait , que le temps , l'esprit , l'i- 
magination, la vivacité ne faisaient qu'ag- 
graver?. •• Que dls-je? la raison même eu 
aiguisait la pointe , et c'était mon devoir de 
me désespérer. 

Tu veux savoir à quoi je travaille ? A beau- 
coup de choses : mais en vérité la facilité et 
le coloris m'ont presque absolument aban- 
donné. J'ai traduit pourtoi les Baisers de Jean 
Second , que le bel-esprit Dorât n'a pas très- 
bien imités. J'avilis commencé un très-grand 
travail pour mon fils, que je comptais laisser 
comme un monument de ce que j'eusse voulu 
faire pour son instruction si j'avais vécu avec 
lui ; mais les matériaux nécessaires me man- 
quent absolument, et j'ai été obligé de le lais- 
ser. J 'ai mis en dialogues une histoire qui fin- 
téresse ; et cette forme , qui m'a permis des 
discussions ^ les rcud un manifeste important 



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DEVIRABEAV. 99 

pour nous* C'est ce que j'ai fait ici de moins 
mauvais, parce que le sujet a sou(ei)u 
verve* Si la mort t'enlevait ton ami, cet essai 

^ prouverait du moins que son cœur fut hon-* 
nête, et ses ennemis très-méchans : J'ai cru 
devoir eettefustificationàtonamour.Âureste, 
il n'y est question de moi que relativement a 
toi» J'ai ébauché un essai sur la toit rance ci- 
TÎle , d'oîi il pourrait sortir un bon ouvrage ; 
il y a des vues et de Ténergie : ce morceau et 
uu discours sur un autre sujet ^ forment un 
supplément à mon Essai sur le Despotisme , 
fruit trop hâté de la jeunesse , où il y a des 
idées et des principes , mais rien de rangé ni 
de complet. Je me repens d'avoir mutilé uu 
si beau sujet j et si je meurs ici , si je n*ai ni le 
temsnilaforce d'écrireen grand , et comve je' 
la méditais 9 l'histoire du despotisme, le plus 
bel ouvrage qui reste à faire, ou trouvera du 

• moins dans mes papiers la preuve que ce 
n'est ni par ignorance, ni par pusillanimité^ 
ihaîs seulement par hâte et négligence , que 
je n'ai rien dit du despotisme sacerdotal. 
Quant à Tibulle , Catulle et Properce , que je 
comptais te traduire , je ne les ai point , et je 
tâcherai de me les procurer. La traduction 
que tu as lue des deux premiers est de M. de 
Pezai , qui a sûrement plus d'esprit et de ta'- 
lens que moi, mais qui est beaucoup r. oius 
amoureux ; et c'est l'amour qui doit traduire 
Tibulle. Quant moment présent^ j'ai eu* 



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lOO LETTRES OAIGIMALES 

trepris aussi pour toi un très^grand travail, 
peut-être au-dessus de mes foi ces; c'est la 
traducticm d'Homère, d'après Homm^e 9 mais 
plus eocore d'afuiè« ia niagaiâque traduction 
que Pope en a l'aile en veià anglais. C'est un 
€hef*d'œuvFe oii Homère est iott embelli, 
quoi qu'en disent les fanatiques adorateurs de 
l'antiquité. Si l'on n'y trouve point d'inconve- 
'ftieiis, je te ferai passer son iiiackr , livrç par 
livre- Demande aussi si tu peux lec^vglr les 
Baisers de Jean Second ; alors fe travaillerais 
àTibuUej mais n'oublie pasqalLneikut point 
être importun , et que la dlsciétiun fait partie 
de ia reconnaissance. Tu t'étonnes que je tra- 
vaille à tant de traductions ; mais que veuK-4tt 
que je fasse ici , où je n'ai point de naatéiiaux 
ni de secours Jitli^iKs? X>'ail)eurs^ cosune 
je les destine, l'intention m'en est cbère ; 
et cela me soutient* J'ai éfoaucbéaussiuQe tra- 
gédie, mais qui p^obabiement si^a fêtée au 
feu avant de pouvoir pai ailie au jour : elle 
sent un peu trop le viedi homme ; le sufet est 
trop tragique , et les pinceaux trop ^œbires. 
Si tu te rappelles que j'ai été presque toujours 
malade, et huit moisetttiersbrisé^ledouleurs^ 
t u trouveras que je n'ai pas perdu mon temps. 
Je te traduirai le divin Richard?.an , je puis 
me le procurer, et tout oeqve M« de ia Place a 
eu l ' isolenee de laautiier da^ie Tom-Jones 
de Fielding. Ce sont des morceaux charvUians 

dont U lui a [du de priter ««slçctettN» - 



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DE MIHAB£Arr« JOZ 

Je ne sais , madame Sophie , si tu trouverai 
qaema/terfée^i mal placée aujoard'hui; maié 
je sais bien que cette feuille contient plus 
d'écriture que jé n'en trouverai dan» din die 
tes lettres. J'espère , j'ose espérer » et c'est 
avec une reconnaissance aussi vive que mon 
désir, que j'en recevrai encdre , et qu'elles me 
donneront de temps à autre des nouvelles 
sûres de ma Sopbie-Gabi Ici et de mon pré-^ 
deux enfant* . . .Ah! si elle était dans tes bras^ 
tu l'embrasserais souvent pour son pèrej tu 
lui dirais de m'aimer, et elfe m'aimerait; 
car tu me peindrais bien atmdble à ses yeux ^ 
et si aimable 9 qu'en me voyant^ la petite créa- 
ture dirait sûrement: Quoi! ce nest que 
cela ? par ma foi maman est bien bonne K • # 
Je t'y attends : va , sois aimée seulement la 

inoitxié autant que j'àime ta mère, et nous 

verrons si cela ne bouchera pas à teâ yeux 
bien des trous de petite vérole, . • . O ma So- 
phie ! tu embellis Tame et l'esprit de ton Ga* 
briel , et quelquefois même aussi ses traits, 
au gré de ton imagination et de ton cœur. 
Mon amour ^ et sur-tout le tien, sont le voile 
qui cache mes déiaufssans nombre. Jé souris 
de ton enthousiasme ; je le prise infiniment , 
comme une preuve irrécusable de tatendresse; 
maïs je ne m'en juge pas moins comme je le 
dois* Ah ! je suis sûr du moins de ne t'a-- 
voir jamais induite en eneursur morf propre 
compte , de n'avoir déguisé aucun de mes 



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10% LETTRES OniOlNALES 

défauts 9 aucun de mes sentimens^ aucone 
de mes pensées. Tu ne n/accuseras jamais 
d'avoir voulu te paraître un auj re que je suis ; 
Biais j'espère bien, ô mon Amie bonne! que 
tu FiC l'apercevrxispasiilCiiiC de taprévention, 
parée que Pamour qui te l'a donnée l'entre-* 
tiendra toujours. La véritable base d'une pas- 
sion durable ne te manque pas : tu estimes 
fe que tu aimes* J'ose croire le mériter : mes 
défauts appartiennent à mon esprit ou à mon 
humeur ; mes bonnes qualités sont à moA 
cœur. C'est ce cœur qui te touche : c'est ma 
seni>îbili<é , ma droiture et mon dévouement 
qui ont fait ta conquête ; ce sont eux qui 
ont achevé mon bonheur. Et ces charmcs-là, 
les seuls dignes de toi, durent toujours c*t ne 
se flétrissent jamais. Adieu, mon Tout. Adieu, 
ma Vie. Adieu , ma Sophie-Gabriel. Hélas l 
adieu. 

Gabriel. 



A M. LENOIR- 

I avril 1778. 

u N £ des choses que je crains le plus , Mon^ 

sieur , c'est d'être importun , sur-tout à ceux 
dont j'ai reçu des grâces ; car la discrétion 
fait, ce me semble, partie de la reconnais* 
sance. Vous m'avez accorde des choses si pré- 
cieuses , qu'il me paraîtrait presque aussi in« 
décent, qull serait en elFçt mal-adroit, d'iu^ 



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BEMimABEAir* lo3 

sistersur (}es demandes moins intéressantes , 

quoiqu'elles le soient beaucoup. De ce nom- 
bre est la prière que j'ai osé vous adresser y 
pour qu^un masque de plâtre ^ qui n^'est arrivé 
avec mes malles, fui remis à madame de 
Monnier-, à qui il aurait fait un très-grand 
plaisir. Ou m'a dit que ce n'était pas votre 
intention , et je cesse d'eu parler j mais j'es- 
père que vous permettrez qu'on me laisse 
le buste de mon amie. Il est mutilé 9 et mal 
ébaucbé; «^importe : Pînlentîon seule m'en 
est chère, et je ne crois pas qu'il y ait aucun 
inconvénient à ce que j'en jouisse. ^Personne 
iru monde , dont on puisse craindre des indis- 
crétions 9 ne me voit. Mon porte-clef np saura 
point ce que e'est que celniste, et s'en inquié- 
tera fort peu t c'est là le seulhumain qui sachr 
ce qui meuble mon cachot. 
• Je prënds la ltberté de joindre ici une bro- 
chure que madame de Monnier m'avait fait 
demander par M, Brugnière , et que je n'avais 
point aléif^. C'est ime des bagatelles qui me 
délassaient à Amsterdam d'un travail plus 
sérieux.* "Mtin amie garde oureclierche pré- 
cieusement tout ce qui est échappé k ma plu* 
me, et ce désir innocent sera à peu près satis- 
fait , si vous voulez bien permettre que cette 
petite pièce lui parvienne: je crois qu'ellè a 
presque tout le reste de ces bagatelles 4 qui 
* n'ont d'àlitré prix que celui que leur donne s* 
tendresse.' ' 



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Je yoûs arôue , Mousieui , que j'ai des rai- 

pouf désirer que tous mes 
pa][>iers soient entre vos mains. M. Brugnierc 
ACfîtiq paquéts cachetés de mon chiffre. J es- 
l^rè que VOûs permettrez qu'on me livre ceum 
qoi n'ont de rapport qu'à mes études. 

MoA* plut grand regret danslaproscriptioa 
Ûe mon biisfe , c'est de perdre l'occasion d'u» 
billet dVnvoi j et uu seul niot^ si vous dai- 
gniez lê dire, pourrait m'en consoler ; car ou 
peut écrire sans rien envoyer, Je l'attends 51 
ye ne dirai pas sans impaliençe.j mais je dir«ti 
^ec une grande confiante dans votre houié 
naturelle, une profonde gratitude pour vas. 
Bienfitits, et une parfaite soumission à vos 
volontés que je croirai toujours ou équitable» 
€ft douces, ou forcées. 

l'homieur d'être avec un dévouement 
respectueux, Monsieur ^yptietrè^^-humhk e* 
t^ès-obCissant serviteur, 

MiRABEACr film 

A M. L £ N O I A. 

. 5 avril 177^1. 

J 'a I les bustes que je de&irais , Monsieur > 
et c'est un nouveau remercîmeot qiwa Je v^nff 
dois. Le ciseau, le burin, le pinc<^au:^ et la 
plume même que guide le génie, ont beau s'tf- 



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BXMJlIlBiÀtr; iàé 

Ibrcer ; les um nesaureut de Poublî qfue quel* 
ques traits ^ et l'autre ne conserve le souvenir 
•^ue d*un simple fiom. Le cœur est un dépôt 
plusraste *. il réchauffe ]a mémoire des vertus 
et la rend un sentiment : il renferme et nourrit ' 
le^ affectiobs Ira pluè tendres et la reeonnats* 
sance des bienlîiits. Tout cela durera-t-ilplus 
que lui ? Eu vérité je rignore, et beaucoup 
'd'autres Pignorent aussi ; ce que je sais bien , 
c'est qu'aussi long-teuaps q ue le mi m ani- 
mera mon être 9 vôtis^seressine^acablement 
gravé. 

Je finis , Monsieur, en vous suppliant de 
vous rappeler que ceux qui aiment vérita^ 
b]ement) sont d'autaot plus àvides qu'ils ob* 
llcnneiU davantage , ce qui ne doit certaine- 
ment pn^s donner envie deleur accorder moins; 
car c'est précisément la vérité et l'énergie de 
la passion qui iatéresseen sa faveur; etPa*- 
niour nu , uiais décent , plaît k la pudeur 
même. 

J'ai l'honneur d'être avec une reconnai»- 

sance respectueuse ^ Monsieur , votre très- 
humble et très-obéissant serviteur, 

MlKABEAU ûls, 

Je fermais cette lettre , Monsieur^ lorsque 
l'ai reçu celle de mon amie. Les larmes d'une 

f 9 

reconnaissance bien pure et bien vive se sont 
iuelées à celles de l'attendrissement et de la 
joie. Je laissé partir ma lettre telle qu'elle 
était-, pour vous montrer que je sens chacun 

Et 



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lo6 LETTRES ORIGINALES 

de VOS bienfaits. Mon cœur uage dans le plai- 
sir ^ mais ma lettre à mon amie a épuisé mes 
foices.^ Elle vous apprendra mieux que je ne 
pourrais rexpriroer, le bien que vous m'avea 
ialt ^ et la gratitude dont je suis pénétré* • • 
Je vous supplie qu'elle lui soit remise. Si , 
malgré toute mon attention, quelque exprésr 
slon indiscrète m'était échappée ^ qvi'un trait 
de plume la proscrive, sans priver mon amie 

du reste Mais n'éprouvé-je pas chaque 

jour que votre bonté devine et accorde ce 
que je demande en tremblant ? 

A M. L E N O I R. 

la avril 1778.. 

J'ai tout le temps ici. Monsieur, desonder 
le plus intérieur de mon arae ; et portant mes 
regards sur la langue carrière que j^ai four- 
nie , quoique assez jeune, je me fais justice à 
moi et aux autres r oui , j 'en ai le pouvoir et 
le courage. 

Une phrase de la dernière lettre de mon 
amie , qui* renferme une observation auss» 
'profonde que le sentiment qu'elle exprim,e 
est tendre, m'a donné beaucoup à penser. 
C^esi le père, me dit-elle, qu^on aime dans 
^cs ciifuns.» t • Oui , plus je m'examine, et 
plus }e m'en convaincs: on aiïne dans son 



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K.JflL I R A B E A V* IC7 

epfant l'être qul,ljLiL,donDa le jour , et Vaïïec^ 
tîon parliculièreà l'enfant est proportionnée» 
àcesentiment primitif : j'en pourrais donner 
mille raisons. Ce penchant inupérieuiL est natu- 
rel , et n'est point injuste ; mais au-delà d'un 
certain point, il le deviendrait. £n méditant 
sqr les limites qu'on doit lui donner ^ pour, 
qu'il n'en résulte pas des préférences dénatu-* 
ïées , je me suis sévèrement interrogé* J'ai 
deux cufans : l'un doit le jour à une mère que 
J'oublie pour ion propre intérêt, et qui n'a 
aucuns droits à réclamer sur moi. L'autre est 
née dans les flancs d'une femme que j'idolâtre, 
qui m'enchaîne par tous les liens de la ten- 
dresse^ de l'estime et delà recouaaissauce. Il 
est bien difficile, il est impossible même que 
je n'aime pas mafiUe plus que mon £Is. Cepen* 
danf ce fils n*a et ne peut avoir aucuns tort» 
envers moi : je le crois vraiment mien ; je dois 
le chérii', et je le chcris. Mais chaque jour , 
chaque instant offre ma fille à mon imagina^ 
tibn } et je suis forcé de m'avou^r à moi-même 
que le souveuh de mon flis m'obsède beaucoup 
moins. A près tout, puisqu'on ne daigne pas 
m'en donner des nouvelles , je suis heureux 
que mon'înquiétude àson sujet soit modérée» 
J'ai sacrifié jusqu'ici le désir de m'iuformer 
de lui il une répugnance trop juste. Ce n'est 
pas ce qà'il y a de moins cruel dans ma posi- 
tion , que d'être obligé de demander quelque 
chose à une femme que je méprise , que je 

Evi 



Digili^ua Ljy GoOgl 



fcB X ET TU ES OKïbifNAÎES 

haïrais 9 $i je savais haïr ; qûi ^ me devant 
fo-it j est un de mes ennemis ïeà plusachar- 
ifA, et dont k perfidie dupKeité (je nVxa- 
gère rien^ Monsieur,) m'a plus fait de mal que 
les manœuvres de tous mes autres persécu- 
tent*^ rëunis. é * N'importe i il rte faut pas sa- 
crifier Tamour paternel, ou du moins sasoi* 
lîcitude , à une répugnance, quelque foiidte 
^'elle puisse être. Cette femme n'est plus 
mon épouse ; mais sou fils est mon fils : ainsi 
je romps le silence , quoi qu'il m'en puisse 
«Coûter. 

Je crois la lettre que je lui adresse , sage 
et model ée , et je vous supplie de la lui faire 
{)asser. Je suis bien sûr de ne produire aucun 
effet sur une ame gangrenée et familiarisée 
av ec les remords. Ce serait le plus grand dé 
tous les efforts sur moi-même que de le dési- 
rer , et je ne me flatte pas dpi être capable j 
mais je ne serai point mis à une telle épreuve. 
Tout ce que je veux , ce sont des nouvelies de 
mon fils ) et j'imagine que madaine de iVlli a; 
beau n'osera point m'en refuser , quand elle 
réfléchira qu'elle n'est pas la seule dont ma 
lettre aura été vue. Au reste, mon parti es,t 
pris: si elle ne répond point, je m'adresserai 
au Roi f que je veux croire le père de toup les 
Franc^ils. Je lui demanderai si rhonnêteté de 
son cœur lui permet 4e sA^iff^îr àei telles rii- 
gueurs, que sa délicatesse i'empéche san? 
doute de jpiésumeiii Je lui montrerai quels 



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élres prostituent sa ^ignâtuté pour opprimer 
un malheureux jeunehomme qui n'a puuimé- 
rîtef, ni détnérîter deluî , et qu\ bfule de le ser- 
vir; je lui dévoilerai les odieux succès que les 
plus viles passîonsrecueillent àroiiîbiede scm 
aoïtï. Soustrairic-t-dn ce que j^osetai lui adtes* 
ser? Je ne soupçonne point une telle pré varica- 
tion^qiâ reiait un in eu formel qu'oncraint que 
la vérité ne perre ; car enfin je ne crots pas être 
en démence^ et tout sujet ^ puisque sujet est, a 
droit de s'adresser à son maître. Me taxera-t- 
on d'imposture? Cette calomnie serait d'au- 
tant plus atroce, que loi n de me réfuter, on ne 
ma pas même écouté» Q^oi qu'il en soit ^ m 
cette voie m'est fermée, .comme me le^nt 
toutes celles qui ne dépendent pasluamédiate- , 
ment de vous, sans doute je n'aurai plus rien 
à dire; car un hommeà qui l'on met un bâillon 
est aussi muet que celui qui n'aurait point de 
langue^ et je ne connais pas de remède con^ 
tre l'imposôibililé ; mais avant d'y croire , je 
dois et je veu« iFaire toutes les épreuves- 

Pourvous, Monsieujr, dont je recherche 
l'estime , parce que je révère votre bonté, 
pmrce que j'ai la plus haute opinion de la sen^ 
sibilité de yotre ame, daignez lire la lettre 
courte 9 mais substantielle , que j'écris à ma- 
djame de lyUrabea^.- Il vous sera aisé de devi:* 
41er une partie des choses que je ne lui dis pas ; 
et si vous voulez connaître à fond ma conduite 
à son égal d, et nos procédés réciproques, je 



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IIO LETTRES ORIGINALES 

duaneraia vous, niaisà vous seul, des éclaircîs- 
semeps qui vous apprendront dequel complut 
je suis la victime^ et par quelles machinal ions. 
. on a opéré ma ruine» 

J'ai l'honneur d'être avec un dévouement 
respectueux, Monsieur, votre très-humble 
et très-obéissant serviteur^ 

Mirabeau fils. 

Permettez que je vous rappelle mes papiers 
qui sont entre les mains de M. Brugnière. 



▲MADAME 

LA COMTESSE DE MIRABEAU, 

9 

^ ' ii Aix. 

x3 avril 1778» 

Je prends la plume pour vous adresser^ 
Madame^ un petit nombre d^observat ions que ^ 
je vais TOUS offrir avec autant de modération 
que de simplicité. ^ 

Je ne sais si vous avez réfléchi un peu prop 
fondément sur voire conduite .envers moi j 
je ne sais si vous en avez envisage les suites^ 
sinon certaines , sinon probables ^ du moins 
possibles^ sur-tout "si je suis tel qu'on s'est 
efforcé le persuader : je ne sais si , en rert^ 
Irant dans vous-même , en vous interrogeant 
de bonne foi dansle silence des ^^asûiuns et deîà. . 



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i)£ MIRABEAU. XII 

préventions 9 en écartant les illusions de l'es- 
prit, peut-être aussi celles de la conscience ; 
en mettant à part les opinions contractées par 
habitude , ou adoptées paj: commodité } je 
ne sais, dls-je , si vous vous croyez asse^ de 
vertus pour me trouver dés crimes. Mais quoi 
qu'il en puisse être , je vous ferai une seule 
question qui ^ dans toutes les suppositions , me 
parait n'être susceptible que d'une réponse. 

Si quelqu'une de vos amies avait des rela- 
tions de parenté avecunbomme soustrait au 
commerce des humains,. condamné à la pri- 
vation la plus entière de toute correspon- 
dance , et dont le fils'fùt auprès d'elle , saus 
qu'aucun autre en pût donner des nouvelles 
à ce malheureux p^re ; que conseilleriez-vôus 
à votre amie ? Ne lui diriez-vous pas qu'elle 
doit, je ne dis point à la parenté , je cils à 
la simple humanité d'adoucir au moins à cet 
égard le sort de l'infortuné captif, et démo- 
dérerl'une de ses plus vives inquiétudes? Mais 
si cet homme avait partagé pendant deux ans 
le lit de votre amie, si son fils était né dans 
ses flancs i si elle portait son nom , si le lien 
le plus sacré qui puisse unir deux cires peja« 
sans les avait attachés l'un à Pâutre, croyez 
vous qu'il eût moins d^ droits sur elle?. ... 
Cette femme est vous , Madaïue j cet homnxe 
est moi : et je vous laisse le soin de répondre 
à ma question , qui ne serait pas dlËicile à ré- 
soudre, pas même chez les Irot^uoio et les 

Carabes. 



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11% LETTRES ORIGINALES 

Vous m'avez écrit dans un bulletin ^ daté 
du yingt-neuf septembre mil sept ceat soit 
xanle et dix sept, que Af. le comte de Mi- 
rabeau serait emictement informé des prn^ 
grès que ferait sou JiU. Si vous u^avez pas 
entendu par ce iwol po^v^les (rois périodes 
delà vie bumaine ) l'enBince, l'adolescence 
et la virilité, il me semble , Madame, qu'a- 
près sept mois de silence, il serait presque 
temps de m'appreudre si mon enfant existe. 
Vous ne devez pas me trouver importun, «et 
je le serais moins encore > si je pouvais mV 
dresser à un autre y mais , Madame , cela mVot 
a-bsolument irjtcidit. SI vous avez beaucoup 
de répugnance a prendre la plume pour m'é- 
crire quelques lignes, ne poiu riez-vous pas 
dicter un bulletin pareil à celui dci 2.9 sep- 
tembre ? cela vous coûterait peu de peine et 
" peu de temps. Votre fils est mon fils, Ma- 
dame. Il est possible qu'il ne connaisse fa- 
mais son père \ mais n'en devez-vous pas à 
celui-ci quelque compte ? J'espère que vous 
n'alléguerez point, cet te fois, des ordres de 
M« de Marignane. Je counais la bonté de 
ion cœur et ses procédés , quand il nVcoute 
^ue lui. DViUeurs , i]^ a trop de lumières pour 
ne pas savoir que cette défense , aussi bien que 
toute autre relative à moi, excède sès droits. 
Madame, je ne veux de pitié de personne, 
et je serais fort content d'obtenir justiee de 

ceux-là même qui me doirent infiniment plus $ 



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' DE MIRABEAU* Il3 

maïs Je dls^ sans exagération et sans huméur^ 
qn'i) y d de l'fnhumanitéà me refuser des liou- 
Veiles de mon fils. 

J'ai rhonneiu d'être, Madame^ votre irès- 

humble et très-obéissant serviteur, 

Mirabeau fils* ' 

\ 

9 

A M. L E N 0 I.R. 

î msû 1778. 

J* A ï î'hotiftéut' de vôûé adressé*, Monsfeur, 
des lettres que je n'envôie point sans quelque 
craînté. Dépourvu de conseil , aiguillonné par 
l^kiûôiir éi naturel éf si pressant de la liberté 9 
que l'habitude de Pesdavage ne saurait affai- 
blir dans un cœur honnélc , pressé par des 
seAtlmens plus énergiques encore, s^îl est pos* 
slblej obsédé des idées sinistres que Ja cou* 
lifâis^ance parfaite des projets , des craintes et 
. des désirs de mes ennemis me présente ea 
foule, je hasarde peut-être trop} mais que 
péut-il m'arriver de pis que ma situation pré^ • 
sente? Si Ton vtut m'opprimer tout-à-fait ^ 
puis-j'e éviter mon soi t? et n'es(-ilpasdéjacon- 
somtné? Malgré de nombreuses expériences ^ 
je ne saurais encore imaginer qu'on puisse 
faite le toal sans iôiérét , et en voyant qu'on 
fàU ma). Je n'ai jamais offensé M. de 
Màurepas, Je n'ai pas plus le pouvoir que la 



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9 

TI4 LETTRES ORIGINALES 

Tolonfé de lui nuire. Il ne peut donc avoir 
aucune animosité .personnelle contre moi. 
Pourquoi me refuserait-il toute justice? J'ai 
de quoi dessiller \e% yeux les plus prévenus ^ 
pourvu que leur prévention soit de bouue foi. 
Jusqu'ici je n'ai touché qu'indirectement la 
partie la plus esseniieiie de ma défense. £a 
vain je sentais la nécessité de dévoiler lesin- 
trigues et les vues de ceux qui Vacliarnent 
contre moi , et sur- tout de montrer les res- 
sorts qui les font mouvoir; je reculais* tou-* 
jours j j'aurais voulu éviter^ sll eût étépos* 
slble, de .rendre impraticable une recpnci- 
liation au moins apparente ; mais je suis en^. 
£n convaincu de ce que jVi toujours fortement 
soupçonné. On ne veut met tre d'autre terme à 
ma prison que celui de^a vie ; efr^cela^ de, 
peur de mes vengeances, autant çfue parla; 
haine* envenimée que l'on me porte. Les pré- 
cautions odieuses et ridicules que mon père a 
prises pour soustraire mes papiers, ou du 
moins pour empêcher que ceux qu'il n'a pu 
enlever tombassent .entre mes mains, prou- 
veraient assez à quiconque voudrait réfléchir 
sérieusement sur sa conduite , qu'il m'attaque 
par des impostures dont j'ai la démonstration, 
* ou qu'il craint pour lui et ses protégées, des 
récriminations capables de changer la face 
de mes affalies. Ces deux choses sont é^a^ 
lement vraies; mais je. connaissais trop bien 
les intentions de mon père , et ce dont lut 



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DE M I R A B E A ¥• 1x5 

et ses conseillers étaient capables , pour por- 
ter avec moi des papiers importans dans le 
leinpsqiic je mcsàvals suivi d'un inspecteur 
de police, et exposé à être enlevé chaque jour. 
Il est temps de lever le masque, et, puisque 
l'on m'attaque à outrance, de me défendre 
de même* La défense de soi - même est de 
premier devoir, et j'avoue que l'orgueil de 
mes ennemis m'irrite autant que leur impla** 
cable dureté m'indigne. J'use doue, Mon- 
sieur , de la seule ressource qui me resCe 3 
et je contrains M. deMaurepasàm'entendre, 
ou a convenir lacilenient que j'ai, raison , 
mais qu^ii ne veut pas que j'aie raison ; .car 
cet aveu , ou le refus de recevoir les expll- 
cations que f offre ^ sont absolument syno- 
nymes* 

Voici, Monsieur, quel est mon vrai dessein ; 
car j'ai peu d'espérance qu'on laisse tomber 
ma lettre dans les mains du monarque. La 

^vérité est trop agreste pour parvenir jusqu'au 
pied du trône. 11 faut tout au moins lui don**» 

• ner le costume de cour, c'est-à-dire, l'habil- 
ler en masque , pour ne pas dire plus. Si cepen* 
dant, contre mon attente, cette lettre oii il 
y a beaucoup plus de courage et de piubilé 
que d'esprit , étoit lue du Roi; si elle donnait 
l'éveil àsa justice et àsa pitié j s'il m'accordait 

'Ce que je demande, ce que je désire du phi$ 
profond de mon cœur , à savoir , que vous 
soj^ ez aulgri$éàrapporter et juger définitive- 



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Il6 LETTRES ORIGINALES 

ment mon afiaire ^ daî gnêz tie pàs tous re- 
fuser à mes vœux :que j'aie, du moins une 

fois en ma vie^ un juge tout à la fois intègre 
et sensible* Je dois ajouter ici ^ Monsieur ^ que 
si, par des raisons personnelles a vous que j e ne 

saurais deviner, mais auxcjuelles je déférerais 

aveuglément, vous désapprouviez les lettres 
que j'ai l'honneur de vous envoyer , vous en 
êtes le maître absolu. Ce serait un bien petit 
sacrifice fait à la reconnaissance que je voni 
dois , que celui de ndon opinion. 
' Je ne saurais pentfer à cette reconnaissance, 
Monsieur, sans l'espoir et le désir de vous en 
clevoii: bientôt davantage. Pardonnez si j'osê 
demander. La connaissance de votre bontë 
m'y encaurage; et il y a bien long-tems 
que je n^ai eu de nouvelles de ce que j'ai de 
plus cher àu monde. 

j'ai Phoniieur d*être avec un dévouement 

respectueux , Monsieur , votre très - humble 
et très- obéissant serviteur, 

Mirabeau fila. > 



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9SMI&ABI^A9* .117 



A M. A M_E LOT, 

UIKIST&E ET SEC&ÉT AIRE O'ÉTAT. 

X mai 1778. 




Je crois vous devoir communication delji 
lettre que je prends la liberté d'adresser au 
B.02 ^ en la faisant passer par les mains d^ 
monsieur le comte deMauiepas, et de celle 
que j'écris à ce ministre. Forcé de le regar< 
der comme le protecteur de mes ennemis^ 
je le respecte trop du moins pour craindre 
qu'il étouffe ipes réclamations dans la vue 
d'obliger sou ami^ et j'ai cru que dans la triste 
nécessité de me plaindre de lui, je devais 
déppser exitreses mains mes représentations^ 
afin qu'il pût mé&ire/ustice de son propre 
mouvewriiti s'il le jugeait à propos. 

C est à votre département que je devrais res- 
sort ir uniquement , Monsieur; mais , par des 
circomtanceddoubleoieot malheureuses pour 
moi, il est trop vrai que ju Ucciiioa de mon 
sort ne dépend pas autaiit de vous que je le 
dâsirerais^persu»déjCQmmi.'jelesuis de votre 
éq^âté^quinevouspejmettiail sûrement ppint 
de me jugejr sans m^enteindre. Ma défense est 
longue et compliquée ^ par la multipUci^ des 



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1x8 LETTRES ORIGINALES 

îiicidens et des prétextes dont on a eiubar-- 
rassé mcnaflTaire , et je ne puis en entreprendre 
la discu^;)Ion dans une lettre. Mais si vous 
daignez lire celles dont j'ai l'honneur de vous 
envoyer les eopies , vous sentirez aisément 
que je suis ou un imposteur bien elFronté, ou . 
un infortuné très-cruellement opprimé. C'est 
la décision équitable et régulii re de ce point 
si iui|)ortant pour moi , que je désire unique- 
ment; je l'ai demandée mille fois, mais en vain: 
laon-seuieuienton n'a point voulum'admettie 
à répondre aux accusations dont on me charge^ 
mais elles ne m'ont pas même été communi«> 
quées. J'ai répété sans cesse qu'on me calom- 
niait dans des vues intéressées et perfides : 
j'ai oÛert et j'offre de Je prouver. J'ajoute que, 
jfe ne suis certainement point irréprochable: 
eh ! quel mortel peut se vanter de l'être ? mais 
que mes fautes sont exagérées; que la plupart 
des imputations de mes ennemis sont con- 
traires à la vérité ; que leur animosité est 
fondée sur des craintes qu'ils n'oseraient 
avouer; que toutes les raisons qu'ils allè- 
guent y au défaut des véritables , pour mo-^ 
tiver leur acharnement, sont des prétextes 
Tains ; et qu'enfin la peine que je subis est 
infiniment disproportionnée à mes torts. Tou- • 
tes ces représentations ont été vaines. Je re- 
cours à la justice de mon maître ; c'est mon 
unique ressource : puisse-t elle ne m'étre pas 
dérobée ! 

■ 

V 



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B E M I R A B E A U. 119 

Si VOUS croyez. Monsieur , comme je n^en 
doute point, qu'il soit contre toute justice 
qu'un ciiOyen , quelque criminel qu'on le sup- 
pose, soit condamné sur cette supposidoD sans 
' être entendu, daignez intercéder pour moi j 
obtenez que je sois confronté k mes accusa- 
teurs, et instruit de toutes leurs imputations. 
C'est Punique grâce que je sollicite j et je 
suis bien malheureux d'être obligé d'appeler 
grâce ^ ce qui n'est que le droit de tous les 
hommes. 

Je suis avec un profond respect , 

Monsieur, 

Votre très-humble et très-obéissant serviteur ^ 

Mirabeau fils. 



AU ROI. 

Si RE, 

Je suis Français , jeune et malheureux : 

' ce sont autant de titres jjour iatcicsser Votre 
Majesté. Je porte un nom connu. Vos ancê^ 
très accueillirent , il y a près de cinq siècles, 
ma famille, que la fureur des faction gavait 
chassée d'Italie. Depuis ces temps reculés ^ 
mes pères ont obtenu des grâces que leurs 
services seuls ont sollicitées* Leur sang coule 
dan^ mes veines ^ et je suis pénétré des sen- 
timens qui les animèrent. Mais , par un en- 



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Za9 LETTKfiS O&IGIlîALES 

çhaîn^mea}: d'injustices ^ je me ti ouve en* 
£ermé dans une étroite prison , où je con-r 
ftume inuillemeot le prîntemjis de vî« t 
ft où j^U finirai s^ios doute, si je ne par- 
tWos à me faire entendre de Votre Mafesté» 
Sire 9 ce n'est pa^ seuleÂneiit U bonté dt 
yutre cœur paUiuel que je prétends iatc^ 
vessier ; je défère k votre équité un d^éni de 
jiistice que Votre MajeMA^ ignore » et que s» 
délicatesse ne lui permet pas de présumer. 
Mon père poussé par des conseillers vîo» 
lens 9 tro^npé par deux peri^jutte^ <?gaieuat^nt 
intéressées et perfides est l'aveugle instru- 
ment d'une cabiile domestique acharnée fi 
ma perte. Ami particulier du ministre qui 
a la plus grande part dans votre confiance j 
il a fait intervenir le nom sacré de mon 
Roi dans une aflPaire qui n'a aucun rapport 
personnel à Votre Ma^est^, m même à Pordre 
public. IVl. le comte de Maurcpas^ qui ne me 
connaît point , a cru mon père incapable de 
Xtompex 9 et s^os doute sums de se tromper. 
J'ai jété frappé 5ucceasivtwe.n4; depuis cia^ 
.Ma de sept lettres de cachet , presque toiip 
jow:^ aciciqmpiigaées d'iia ordre qui m'Ânit^r-i- 
dit toute corr^poudaiice. Exifiu 9 m'a 
plongé dans la prison d'JBUat la plus secrète 
et la plus sévère > et j'jr laogois depuis quz§ 
jcnois. J'ai voulu prendre mon ]>ère pour 
juge dans s^ pjopre cau^ç ; il n'a pas daigné 
m!eat^ndi e^ ou dujaioiasme réjjoudre. J'ai 

^ fidt 



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i. i 

fait demander au ministre d'être confronté 
à mon accusateur y et ma demande a été 
inutile* J'ai prié qu'on mît sous mes yeux 
tous les griefs dont je sitis chargé: vaines 
supj^llcations! il faut que je m'accuse moi-^ 
^léme^et que je devine tout ce qu'on m'im-^ 
pute. Tout m aiuioiîce une proscription ab^ 
soluc : ma mort civile est prononcée , san$. 
qu*oû daigne m'admettre k me fustifier. Il 
me reste qu'un seul espoir , Sire ^ c'eat 
de mettre aux pieds de Votre Majesté mes 
tjrèç-humbles réclamations, ' 
. . O^i .ffi^ïCseutexa aaos doute ^ Votre Ma^ 
jest<^, <ïiie je suis un sjijet indigne de. ses 
grâces } j(uais je ne le suis pas du moins de 
sa justice: car c'est la dette des bons rois, 
tels que vous , Sire ; et Ton ne peut sans 
uye énorpie iaj ustice. condamner un hooun* 
Sï^ns l'entendre. Jusqu'ici l'on n'a écouté que 
«oi^. ennemis :, est-ce, un moyen bien sûr/ 
pour savQir ce que je mérite ou ne mérite 

P^»? '.. . 

. On dira pçut-être à Votre Majesté que j'ai 
écrit , dès ma prcmièfie j^unesçe., 4w «hosp» 
Wdiessur le gauvernement qui a méeéçléi 
ipjf règne. j,,ijiais on n'^jout^ra pai , .Sire , 
que je .n'ai; p^rlp. de i votre a4ipit,iMiatiott 
qu'avec le respect qui lui est dû ; qué je 
aie,,me çuis. élevé qye contre é$8 ttiaanmeA 
dont yotije,fiqn4uite.es<i.la. criliqu* pi*» 
sévère. On ne you« âira pas sur tout quK 
Tome II, j'. . 



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122 LETTRES ORIGINALES 

les sujets les plus courageux sont toujours 
les plus essentiellement soumis. 

On apprendra à Votre Majesté ^ vague* 
ment H sans détails , que j'ai enlevé une 
femme qualiiiée^ et que j'ai fui avec elle dans 
Je pays étranger. L'accusation d'enlèvement 
est une calomnie , Sire. Cette dame est venue 
me trouver: je n'étais pas même en France^ 
lorsqu'elle en ést sortie ; je n'ai pu ni dû lui 
' refuser mes secours dans les malheurs que je 
îuî avais attirés par une passion trop ardente. 
D'ailleurs 9 ce n'est point là la cause de ma 

m 

défentix)n*' J'étais constitué prisonnier pl'us^ 
de deux ans avant cet événement j et Paf- 
faire , qui m'avait conduit dans un fort, 
était telle , que tout homme d honneur à ma 
place s'y serait exposé comme moi. On la 
fraresf ira peut-être aux yeux de Vof re'Ma- 
jesté j mais j^ai toute une province pour té- 
. jïiour de ce que j'avance y et les jv^^'cns dé 
mii partie seront les premiers à më défendre* 
Quant à ma sortie du royaume, je n'ai fait 
que suivre le conseil du ministre au dépar- 
tement duquel je ressortissais alors. Ce fut 
un piège que. mes ennemis tendirent à sa 
l^onté. JWîiis trop d'avantages sur eux eâ 
te momei;lt ^ et ils voulurent m'jéloigner* - 
On alU guera des dettes que j'ai laites très*» 
. inconsidérément il y a plusieurs années } 
isaaii^^Aiii n'c;?^|)liquera ppiut à Yptre Majesté 



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quelles circonstances m'y entiaîuticiit , et' 
comment j'ai expié cette erreur» 

Que n'ajoutera-t-oa point encore | $i vous 
ne daignez pas ordonner , Sire , qu'il itie 
sait libre de répondre , d'éelaircir les fawts ^ 
de réduire les exagérations , de détruire les 
impostures ? Ou peut tout oser contre un mal- 
heureux contraint au silence. Il est sans douté 

m 

des traits répréhensibles dans ma jeunesse ; 
mais on se garde bien de dire ceux qui me 
soat honorables } on ne fait aucune mention 
des circonstances qui diminuent mes fautes ^ 
en excusant les unes et justifiant les autres* 
On punit des erreurs comme des crimes ^ 
parce que mon crime est d'exister , parce 
qu'on veut ma perte. S'il fallait être irrépro- 
i^iable pour conserver sa liberté ^ il est trop 
vrai , Sire ^ que tous vos sujets seraient pri* 
sonniers. 

• Mais peut-être, sans entrer dans tous ces^ 
détails^ se contentera^-t^on' de dire à* Votre 
Majesté que ma famille craiqt le déshonneur 
que mon inconduite peut faire rejaillir jusque 
sur elle j et que ses larmes vous demandent ^ 
Sire , de me soustraire à la sévérité de vos 
tribunaux. Celui qui vous parlera ainsi , vous 
dira ce qu'il croit : car il ne connaît pas. l&s 
vues de ceux qui prostituent votre signature 
pour opprimer un malheureux jeune homme 
qui n'a pu ni nsériter ni démériter de Votj e 
Majesté , et qui brûle de la servir. Il ne sait 



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Ï24 LET.TRKS OEICIN ALES 

pas quels odieux succès les plus viles pas- 
sions recueillent à l'ombre de son crédit. Mai» 
pourquoi ne le sait-il point ? o!stfy .}^ Xe ré- 
pète , parce qu'il, neveut jrt|-»'entendre, 
Cejeudant , s'il est vi alm^Oonvaitacu de 
Mies torts, pourquoi ne m'^ute-±-il pas ? 
H i^MjuiUexait les dévoies dç' la justice, sans 
• crainte d'étie forcé de désobliger son ami. 
J'ose suppUer Voîkre Majesté de foire une 
Kéflexionbien simple, et dont les conséquen- 
ces sont tr^s-étendues. Quiconque ne craint 
pas la lu|»ière , se mooitre au grand jour v 
ipon pèie ne s'opposerait pas à ce que j'em- 
ployasse tous les moyens d'une légitime dé- 
fense, il n enlèverait pas mes papiers, et ne 
me ferait point refuser ceux qu'il n'a pu en- 
lever , il ne déroberait point la;Connai8sance 
de mon sort à toutes les personnes intéres- 
sées par le sang ou par l'amitié à me sauver 
de ses vengeances , s'il n'était emUarrassé de 
prouver ce qu'il avance , s'il ne craignait ce 
que je puis lui répondre , si la vérité ne lui 
était redoutable. Le .motif de toutes les pré- 
cautions qu'il prend , ne saurait être de me 
sauver de la sévéïité des magistïats. L'ordre 
de Votre Majesté, qui me constitue prison- 
mer, suffirait à ce but, sans y ajouter tant 
d'injustices et de rigueur, pour ne pas dire 

davantage. 

Mon père emploie sop crédit çour me 
soustraire à la société, mai». non pas pour 

« 



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]>£ MIRABEAU» 125 

me sauver un atrêt. Il ne redoute donc point 
cet arrêt qufil a laissé proriancer ? J'ai été 
eondamné pa¥ contumace , au même moment 
où l'on m'a arrêté en Hollande sur la ré- 
clamation de Votre Majei^té ; ainsi l'on m'a 
frappé de tous les coups à la fois , en me 
garottant de manière yueje n*en pusse parer 
aucun. Je ne sais qu'est deirenu depuis ce 
foneste procès , puisque j'igiK)re tout ce qui 
sè'passeltors de l'enceinte de dix pieds quarrés 
gui est mou univars* JMais , quoi qu'il en 
puisse être, je supplie Votre Majesté décon- 
sidérer qu'il est entièrement injuste de me 
décider coupable d'aprè$ un jugement par 
contumace , et sur la simple a.sscvtlou de 
mon père ^ et de me punir plits sévèrement 
quelle pommaient jamais faire les magistrats 
dépositaires de votre autorité pour juger vos 
sujets , puisque leur arrêt le plus rigoureux 
ne m'ôterait qu'une fois la vie , au lieu que 
)e soufire une mort lente ^ qui durera ^ aussi 
long-temps que peut le désirer la haine de 
^ncs ennemis. 

• Ce n'est pas4out , Siret mort sort, ^éja si' 
cruel par la privation absolue de toute, li** 
berté et la nature de ma prison , est encore 
aggravé grâce au .ressentiment implacable 
de mon ptTe. J'ai perdu ma protectrice na- 
turelle , car ma mère gémit aussi sous, les 
liens d'une lettre de cachet : mais eniia 
clic vit , au moins je l'espère; mais je n'e^a 

F» • « 



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V 



1^6 LETTJIES ORIGINALES 

puis avoir la certitude. CVst un cvinie qucr 
de lui écrire ; c'est un crime que de l'aimer ; 
oui 9 Sire , et l'un de mes plus grands crimes* 
, J'ai un fils, et tout moyen de savoir Je 
ses nouvelles m'est interdit. £n vain je de* 
uiande, baigné de larmes amères, si cet cn-»^ 
fant existe ; on veut que les plus dévorantes 
inquiétudes achèvent mon supplice* . . 

Apres un clxagrln de cette nature , je ne 
parlerai point de ceux qui lui sont infini- 
nient inférieurs^ Telle est la pénurie absolue 
où l'on me laisse j tandis qu'on dispose arbi- 
trairement de mon bien ^ sans travailler à 
l'arrangement de mes dettes , afin d'avoir 
toujours ce prétexte à alléguer contre moi. 
On exagérera excessivement ces dettes ; on 
dira à Votre Majesté que tous mes revenus 
sont saisis y que ma subsistance est à la 
charge de mon père^ qu'il se dérange pour 
payer ma pension alimentaire. Sire, ce sont 
autant de faussetés que je puis facilement 
démontrer. Mon père jouit de cent mille 
livres de rente: jamais je ne me suis lessenli 
de son opulence ; mais je n'ai nul besoin de 
ses secours. Le paiement des intérêts <le mes 
dettes n'abaoïberait pas le tiers de mon uio- 
dîque revenu. 

Je ne prendrai pas la liberté de mettre 
sousles yeux de Votre Majesté tous ces détaUs 
longs et fastidieux. Je. ne tenterai point de 
>v£\V<^r dans celle lettre le tableau deavcivA' 



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D£ MIRABEAU* I27 

lions (le toute espèce que j'âi éprouvées ^ et 
des tramés ôurdié's contre mou Je me horM 
4 vous supplier ) Sire, de rendre la conuals-» 
sance de mon affaire à meâ j^^g^s naturels^ 
si le procès criminel intenté contre moi est 
la vraie cause de ma détention. S'il aVn est 
que le prétexte , daignez ordminer que motl 
père explique , sans ambiguité , pourquoi il 
s'acharne à ma perte , et que les lois pro^ 
noncent entre lui et moi qui jsommes tous 
deux citoyens. Les magistrats , dépositaires 
et organes de ces lois y ont le temps d'exa-» 
mjfier j c'çst leur ciiarge et leur devoir* Ils 
soiit iacoiisciencede Votre IVliijesté y si j'ose 
parler ainsi ^ et ne pearent para1?tre redou*^ 
tables qu'aux criminels et aux calomniateurs* 
Vos minîstrés, au contraire^ surchargés d*a^ 
foires importantes 9 i^egardent les discussions 
pa.rticulièïés comime aussi frivoles qu'elles 
sont ennuyeuses^ Quelles, que soinrt tevité 
iu^ntion^^ Us sont exposés à toute^ sorte de 
surprises', parce qu'ils ne peuvent entrer 
dans les détails qui seuls caractérisent loi 
faits et constituent la vérité. Lire les mé- 
moires d'un homme dont on n'esta point obiigé 
d'écouter les raisons , puisqu'on ne le . voit 
pas , tandis que des geçs accrédités et pré- 
sens l'accusent, balancer, les objeicitioiis è* 
les répliques, c'est une occupation à laquelle 
les malheureux qui gémissent dans des forts 
espéreraient en vain que desministres pussent 

FÎT 



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ia8 LETTRES OaiGXNALES 

te livrer* Hélas i Stre , j^ose deuiauder k mon 
loaiUe quel est le délit d'un citoyen qui^ 
ne pouvant recevoir sa condamnation par les 
lois ^ perd sa liberté par un ordre particu- 
lier. Et quel motif, déte rmine Votre Majesté , 
à me soustraire à mes juges natirreis? Aucun 
autre sans doute que la boqté dé son cœur^ 
qui ne voit dans la demande qu'on lui adresse^ 
que la grâce qu'il est toufour» porté à ac- 
corder» £t vçilà comme on siirprend jusqu^à 
la bienfaisance des' rois l Mais, Sire , votiâ 
sere^ bientôt dëtMmpé^ si vou& daignez pen- 
ftér que la prétendue crainte de mon père ^ 
soit vraie , sôit affectée j ne lui donne pâs 
le.dfoit d'ordonner ma mort civile j qu'il est 
cruel de me punir aussi sévèrement que je 
le itns ^ parce. qTîe jalon père imagine que 
les lois me puniraient ^ $î j'étais libre j et 
qu'enfin une suppositiottue samrAït légitime^ 
]a cdnditimidt^on d^iin cijbbyen. 
. Si Aepefudant voii» ne jugez point à propos , 
,Sire, que mon afikire soit portéfe devant le* 
^ibunaiibc réguliers ^ j'ose* vous supplier du 
moins d'ordonner que je sols entendu, con- 
fronté et jugé par ^'autves personnes que 
celles devenozes çn quelque sorte mes par(u \s 
par le dépi de justice doiit fe ftie plains. Je* 
4is confronté ; cal» taon père ne i^ut reiuser 
avec justice de me communiquer ses griefa 
et de détruire mes réponse^ , puisqu'il ip- 
toque contre moi votre autorités Je ne suis^ 



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SE U113L AEK A V. 1^9 

. pas son esclave : il n'y en a point dans votre 
royaume. Nous sommes tous deux vos sujets: 
SI mon père a des droits sur moi , j'en ai 
sur lui } et nos devoir^^ quoique difFérens ^ 
sont -réciproques. Enfin je suis honune, ci- 
toyen et père; C^ett à tous ces titres quç je 
xéclame la protection de mon Roi , et 1^ 
propriété de ma, personne dont il est le ga- 
rant et le défenseur ^ et que je ne dois perdre 
ijue par un jugement légal. 

Monsieur le lieutenant de police de votfe 
ville de Paris , est le commissaire départi 
par Votre Majesté pour l'inspection des 
prisons d'état. Sa vigilance et son équité sont 
assez connues. Loin de prétendre nie sousc 
traire à sa jurisdiction , je vous supplie , Sire^ 
de l'autoriser à entendre mon père et moij 
et je^souscris aveuglément au ..rapport qu'il 
fera ^ après avoir examiné nos raisons et nô8 
défenses respectives. Mais , Sire , tant que 
l'on nVcoutera qu'un de noi}î deux , per- 
sonne au monde ne peut nous juger 'sans 
injustice, . ' 

J'ose 'demander-encore à Votre Majesté^ 
d'ordonner que les moyens de m'intormer 
exactcuunt et rréqucnunent des nouvelles de 
ma mère et de mon fils me soient dCçordé%» 
Vous ne prétendez certainement pas.^ Sire)i| 
que les prisonniers d'état ^ ou plutôt les .ha- 
bitans des prisons d'état ( car je n'ai jamais 
eu le ottullxcur dç jçuéritçr la premicje de 

Fy 



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t3o lettres originales 

épichète» ) à qui votre justice ou votre t lé- 
mence laisse la vie, n'en aient que lesoufile^ 
que je sois traité aTee infimment plus de 
aîgueur que des scélérats aux familles des- 
quelles Voti e Majesté a daigné accorder leur 
grâce ,'en les mettant à Vabri du glaive de 
]a justice dans des forts ^ ou ils jouissent de 
toritvs les consolations , de toîis les agrément 
mêm^ que comporte la privation de la liberté. 
J'en pourrais cher un grand nombre 5 et ^ 
graees- an ciel ^ ou ne m^y comptera jamais» 
Mon honneur et ma probité sont exempta ' 
de toute tache. Je défie les plus effrontés 
calomniateurs de prouver que j^y aie donné 
la plus légère atteinte j ( pardonnez, Sire, 
cette expression peut-être trop vive d'un cœur 
froi^é par Tindignation et la douleur ; ) 
et si Ton me convainc de mensonge , je 
«ignerat volontiers l'arrêt de ma prison per** 
pétueile. 

Sire , j'implore votre clémence , parce que 
^e me reproche des fautes : je réclame votre 
justice y parce que je n'ai point commis de 
«crimes , et qu'il est affreux de punir des* er* 
reui-s de jeunesse comme des forfaits atroces; 
C'est rendre les hommes indifFérens au crime 
et 4 la vertu ^ et leur faire de«irer et cher- 
cher la moit comme l'unique remède a leurs 
maux ; car «qui voudrait suppcirter lee coi?ps 
cl les injures du sort , les torts de J*oppres^ 
«e^T , les déJaui:> de i'org.ueiiicux , les oa- 



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DE MlRABEAtJ^ • l3l 
(rages d'un ennemi, les angoisses des Inquié- 
tudes les plus cruelles , les délais et les dénis 
de justice , lorsqu'il peut en un moment s'afc 
franchir de tous ces intolérables fardeaux ? 
Daignez , Sire^ me sauver de mes persécuteurs 
qui m'ont fait trop de mal pour ne pas me 
haïr , et à qui ma perte serait trop iitile pour 
qu'ils cessent d'y travailler. Laissez tomber . 
un regard favorable sur un homme âgé de 
vingt-huit ans, plein de zèle et d'émulation v 
qui y ensevtîii tout vivant dans un tombeau ^ 
voit arriver à pas lents Ja stupidité , le dé-» 
sespoir , et peut-être la démence au milieu 
de ses plus belles années. On dit trop sou- 
vent que la perte d'un homme n'est rien * 
pour un puissant moinarque* Ah l Sire^ cette 
maxime funeste, également fausse et barbare^ 
n'est pas faite paur le .cœur honnête et gé^ 
néreux de Votre Majesté. Puissiez-voua ne 
consulter que lui pour prononcer sur mou 
sort ! 

» 

Je suis avec le plus profond resp^ct^ 
S I R £ f 
i>£ VOTRE Majesté^ 

le trè&-humble et très-obéissant 
serviteur et sujet, 

Mirabeau 



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a3a LETTRCS ORIGINALES 



A MONSIEUR XB COMTH 

DE M A U U P A s. 

^IûNSI£UR LE COMX£^ 

r 

Sï je n'étais pas très^persuadé de voti*Ô 
âroiture, je ne hasardx^rais assurémirat point 
la démarche que je fais aujourd'hui : cai' 
enfin 11 ne tient qu'à vous craclievcr de inop- 
prinier en dédaignant mes plaintes, ou en 
Arrêtant mes réclamations } mais je ne saurais 
craindre une telle prévarication de la part 
â'un homme généralement respecté (tarses 
qualités personnelles , plus encore que par sa 
qualité de ministre dd Âcii. J^ose dône me 
plaindre à vous de vous ; et je vous supplie 
de ne point vqus laisser aller, en Usant cette 
lettre, à un premier mouvement, ou, ce qui 
me serait plus funeste aux suggestions de 
Tamitié. ^ ' 

U ya plus de cinq ai%B , M* le Comte ^ 
que je suis frappé d'une lettre de cachet : il 
y en a quatre qu'elle est maintenue par 
TOire crédit , et qu'on m'^a traîné pour la 
première fuis dans un fort j enfin je suis en- 
seveli depuis onze moins dans une pdsoa 
d'état , oii toute espèce de liberté et de cor- 
xes^ondance m'est interdite» Le prétexte 



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9& MIKABE Atr? l33 

qu'on allègue aujourd'hui pour motiver uoe 

détention sriongue et si cruelle^ n'est pas 
même spécieux ^ puisque ^événement sur le* 
quel il est fondé est postérieur, de plus de 
deux ans à l'ordre qui m^a constitué prison^ 
:.^liîer ^ et que je n'ai jamais pu faire révoquer^ 
Mais ce n'est point de cette discussion dont 
il e'agit ici ; je n'entreprendrai dans cette 
lettre ni ma défense , ni mon apologie. Je 
vous représenterai seulement que depuis qua* 
tre ans entiers , j'ai demandé mille fois qu'on 
ddigbât m'entendre ^ que les accusations 
dont je suis chargé me fussent communi*^ 
quées, a hn que je pusse examiner et réfuter 
les preuves, dont elles sont appuyées. Ce ne 
*dot pas. des grâces que j'ai sollicitées 9 M» 
le Comte ; c'est une simple justice^ que 
l'hotonie le plus criminel a le droit d'attendre 
du juge le plus inexorable et le plus sévère# ; 
C'est ce qu'iiii superbe bacLa^un çadi ab- ! 
soin y ne refusent pal^aux malheurèi:^ sui^ 
le sort d^rsquels ils prononcent 1 eepenr 
dant je n'ai pii l'obtenir. ' 

M. le Comte , vous ne croyez certainement 
point à l'infaillibilité de qui que ce soit au 
monde ; et si vous supposez que mes accusa--» . 
teurs sont incapables de tromper , au moins 
devez-vous soupçonner qu'ainsi que tous les 
. antres hommes y ils peuvent se tromper. Pour^ ' 
quoi donc 7 j'ose vous le demander ^ pourquoi j 
lue coAdamnea^ vous ? pour(^uoi m'ôtez-vous^ 



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l34 I£TTAES OAIGIITALES 

toute liberLé ? pourquoi me punissez-vous du 
supplice le plus lent et le plus cruel , sans 
écouter ma îustification ou mes eicmes ? * 
Pourquoi traitez -vous un iaiortuné jeune 
homme ^ dont l'âge ^ la naimnce , lesmaW 
heurs 9 tout Y jusqu'à ses fautes ^ qui décèlent 
plutôt encore une anie forte et courageuse 
qu'une imagination bouillante et eathou*^ 
sia&te 9 devraient vous intéresser ? pourquoi 
le traitez-vous^ dls-je , corame vous ne tral* 
feriez point un de vos valets , que Tons nef 
feriez pas renvoyer ou punir , sans Tad- 
mettre h se défendre ? Vous direz peut-être 
qu'on vous a rendu compte de mes lettres ? 
Ah ! qui ne sait qu'an froid et insensible 
papier est jeté au rebut, ou du moins qu'il 
n'émeut ni ne persuade , au lieu qu'il faut 
bien entendre celui qui parle? Tout fixe l'at- 
tention j tout peint alors : la vérité a soit . 
-accent , et la physionomie son éloquence ; 
les objections aussirot communiquées sont 
aussitôt répondues ; on résume en une heure 
ce qu'il faudrait rechercher dans cent lettres 
éparses. 

D'ailleurs y M. le Comte , et ceci mérite 
^olre attention , mes lettres ne renferment 
que la plus petite partie de ce que }e pois 
cpposer à mes ennemis y soit parce que je ne 
réponds qu'à ce que je devine j puisqu'mBOn» 
corps de plainte ne m'a été commumqué } 
soit, j^arce c^u'un homme délicat et ^^u^ibi^ 



9 



D S M T S A B C A 9; t3I 

recule . aussi long-tems qu'il peut avant 
d'entrer dans certaines explications. Cepen- 
dant , comme la défense d« soi-même est de 
premier devoir, comme il s'agit de mon hou-- 
neur et de ma liberté , comme je ne pulj 
supporter plus long-tems le genre de vie 
que je mène , et que je suis très-décidé à 
en voir le terme de quelque manière que ce 
soit , je vous le déclare nettement , M* le 
Comte , que vous servez, sans le savoir , les 
plus Vf les passions et la plus odieuse cabale; 
que mes. accusateurs couvrent sous de grands 
mots d'horribles perfidies et des calomnies 
atroces. Aucune de ces épithètes n'est hasar<> 
dée, aucune exagérée : je n'articule rien que 
je ne puisse prouver , et que je n'offre de 
prouver, Puis-jeles défier plus formellement ^ 
ces ennemis c^ui m'attaquent dans les ténè- 
bres ^ et n^osent se montrer au four ^ parce 
qu'ils redoutent la lumière ? Oui , je les défie 
de lutter contre moi. C^iVst que par mon 
silence , ce n'est qu'en étouffant ma vovx qu'ih 
triomphent j avec quelque soin qu'ils aient 
soustrait tous ceux de mes x)Qpiers^ qu'ils ont 
'pu atteindre^ avee quelque ingénieuse ironie 
que, m'ayant dérobé tout ce qu'ils ont pu ^ 
ils me fassent refiiser ^ grâce encore à vQfre 
crédit, M* le Comte , tout ce qui a échappé 
à leurs recherchea > Is n'ont pas si complè*- 
tement réussi , qu'rl ne me soft resrté de» 
jauo^ens de dévoiler la calomaM et de déceXeir 
le cafomniateuip.. 



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136 L£TÏ&£S OKIGIKALES 

D'après cette décUralion claire etpr^cise> 
n*obtiendrai-je pas même, M. le Comte, la 
grâce d'être admis à ce triste combat où il 
me faudra lutter contre ua père? J'ai fait 
ce cfoe j'ai pu pour éviter cette extrémité 
cruelle. J'ai voulu prendre ce pèjre si sévère 
et si prévenu pour juge dans sa propre cause. 
Je me suis borné à lui demander d'adoucir 
mou sort) de me donner quelque société^ 
quelques ressources littéraires , quelques 
moyens -de faire de lexeicice. J'ai accordé 
plus encore à sa haine implacable j j'ai of- 
iert de me bannir volontairement , d'aller 
même dans un autre hémisphère poMr re- 
trouver ma liberté. ïl n'a daigné me répon- 
dre ) ni peut-être me lire ; c'est ma mort 
civile qu'il veut j c'est plus encore : mon 
crime ^ le plus grand de mes crîmès à* ses 
yeux , c'est d'exister j et il sait très-bien que 
mon tempérament peut moins que tout autre 
résister long-t.emfè à une vie absolumept 
^•enrermée. Il faut bien que j 'appel Je de sa 
sentence , puisqu'il nie veut pas la révoquw. 
Il est père ; mais je suis père aussi : ses 
droits sont les miens : mes devoirs ne sont 
pas {Jus sacrés que les siens : je suif ckoyent 
je suis homme : on uie doijt donc entendre» 
Les uilnistres ne sont pas faits seulement 
«pour trouver des cou|>ables ; il est encore 
jpluâ de leur devoir de secourir l'innocence ; 
et comment décauyriiront^ils la vérité % s'ik 



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IIE MlRABEAir. l37 

ne prêtent la même attention k Pacciisé et 
' à rac€U3ateur ? Il sera aisé de me convaincre 
de mensonge, si je mens. Ce père, ce père 
<t éloquent, qui aura sut moi l'avantage de 

q^uaiité de père, de son âge, de savéhé- 
jTience , qui se permettra tout , tandis que je 
ne me permettrai rien 4 doir-il redouter une , 
con&ôntation k laquelle il a dû s'attendre^ 
lorsqu'il a invoqué l'autorité contre moi, 
puisque , de ce moment même , il est devenu 
ma partie ? 

Mais enfin 9 M. le Comte , si , par des raî^ 
sons que je ne puis deviner , vous jugez à 
propos de mettre en oubli cette lettre comme 
toutes les autres que j'ai écrites, souffrez que 
je me réclame de mon maître gui estle vôtre* 
J'ai riionneur de vous adresser une lettre pour 
lui , que je vous supplie de lui remettre ; 
vous savez aussi bien que moi que tout sujet 
a droit de s'adresser à son souverain , et que 
tout ministre doit respecter cet appel. 

Ah ! M. le Comte, daignez me faire Jus- 
tice sans remettre cet écrit qui paraîtra sous 
de très-défavorables auspices, si vous vous 
déclarez contre moi. Il me serait bien doux 
de vous devoir des remercimens plutôt que 
des reproches j je révère vos vertus et vos 
lumières , et c'est à cause de cela même que 
j'ose vous dire que vous n'êtes point à l'abri 
de l'erreur, Nesavez-vous pas par votre pro-* 

pre expérience combien il est aisédesurpreu* 



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l38 LETTRES ORIGINALES 

dre les grands ? votre lotigne disgrâce en est 
une preuve Irrécusable et frappante. Sacrifie* 
rez-vous aux suggestion^ de Tauniié un ci* 
toyen auquel on ne refuse pas des connais* 
sanceS) ni même quelques talens , et qui a 
du moins toute l'émulation possiTile ? Sa jeu* 
nesse a été trop fougueuse ^ il l'avoue; mais 
le feu des pasvsions est souvent celui du gé- 
nie; et quand leurs plus grands écarts n'ont 
porté aucune atteinte à l'honneur^ ils ne sau- 
raiciit mériter une proscription semblable à 
celle que l'on a si légèrement prononcée 
contre n^oi. J^ose dire qu'il est aussi încon^ 
séquent que rigoureux de me garotter au mo- 
ment où ma vivacité ^ amortie par 1^ malheur 
et le tenaps aux mfiius amollissantes, ne me- 
nace plus d'auoun excès , et ne me laisse que 
le ressort peut-être nécessaire pour valoir 
quelque chose.. 

. M» le Comte ^ votre devoir ^ comme homme 

public ^ est sans doute de faire justice. Votre 
devoir , comme ami , ne serait-il point encore 
de vous défier des préventions de votre- ami ^ 
et de les dissiper si elles s^nt mal fondées ? 
Avant qu^un nouveau règne vous appelât à 
de plus hautes fonctions, vous vous occupiez 
à remettre. la paix dans les familles : pourquoi 
mutileriez-vous la nûenne ? Mettez-moi donc 
àjnême de vous fau'e connaître la vérité , ce 
mot si redoutable pour les méchans ^ et si 
consolant pour les malheureuxt C'estrlà 



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D£ MIRAB£AU^ iSq 

que^'e demande avec le courage de l'Inno* 

cence , avec la confiance que méritent VOS 
vertus* 

Je suis avec ub profond respect , etc« 

■ - ■ \ ■ r r T - Il I I M * rrf 

A M. L E N O I R. 

Il mai 1778- 

J E SUIS peut-être plus las, Monsieur, dé 
parier de mes afiaircs qvie vous de m'entendre : 
je sens combien ces détails que je trouve fas" 
tidieux jusqu'au dégoût ^ moi de la liberté 
duquel U s'agit ^ doivent importuner ua 
homme aussi occupé que vous , et qui , mal- 
gré sa bouté 9 trouve pénible sans doute d'être 
distrait par les réclamations mutiles et mono- 
tones d'un prisonnier qu'il ne peut relâcher 
de sa seule autorité. Je laisse donc ces inu<- * 
tiles complaintes que Je n'aurais pas tantmul^ 
tipliées si fe n'eusse suivi que mon opinion ^ 
bien persuadé que ceux qui m'oppriment ont 
pris toutes leurs sâretés, aussi bisn quêtons 
leurs avantages ; je crois vous l'avoir déjà 
dit ) je n'ai jamais vu qu'on persuadât lors- 
qu'on était obligé de prouver ce qui est évi-> 
dent. On ne veut pas que j'aie raison, je n'aurai 
pas raison: on peut m'étouffer sans risque, 
on m'étoufiera sans risque y et l'on se gardera 
bieu de me met li e à même dei^ixe partagée 



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140 LETTRES DE MIRAAEAV. 

le danger. Rien n^est si eoimnode que de 
pouvoir être injuste impunément > j'en cod- 
viens. Ce sont les grands défenseurs de la 
justice pat esçence s de lu loi naiurelh s * de 
VoTure , de la propricié ^ etc. et autres grands 
et petits mots qu'ils arrangent ensemble le 
plus gigantesquement qu'ils peuvent j ce sont 
les légibluteurs des rois , les amoureux fous 
de rhumanité , ou amis des hommes j qui sol- 
.liciteut et obtiennent ces injustices: j'en con- 
viens encore Quis tulerit Gracchos de 

àeditione querentes P Mais ce n'est pas 

de cela dont il est question ici. 

Je demande atec eonfianeece qui ne dépend 
que de vous 9 Monsieur , parce q ue j 'ai éprouvé 
que vous êtes juste, et seniûble , ce qui est 
bien meilleur que juste dans une place telle 
que la vôtre. Un sentiment naturel et hon*» 
nête a droit de vous intéresser. J'en ai la 
preuve ^ et j'en recevrai de nouvelles ; j'osé 
l'espérer. J'ai des raisons très-fortes de vous 
supplier que ce moîs-cine se passe point sans 
que j'aye une lettre de mon amie , et sans 
qu'elle en reçoive une dÉs miennes j je vous 
*n conjure par vos bienfaits pasisés , que vous 
ne voudrez pas démentir ou rendre inutiles. 
Si mes inquiétudes et mes afFectîons iie 
T0u#^eu$sent point paru justes et honnêtes , 
elles ne vous auraient pas touché. Elles 
liront point changé de nature, et n*en sau- 
raient changer : ce qui vous intéressa il y a 

4» 

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DE MIRABEAU* 14I 

six semaines ^ a droit de vous intéresser en- 
core. C'est donc au nom de vous-même que 
je vous adresse mes supplications nouvelles. 
Ëlles ne sont pas seulement le fruit du désir 
coutiuuel de Tauiour toujours avide ; elles * 
sont en ce moment l'effet d^une inquiétude 
trop bien fondée. Quelque part où soit mon 
amie, dont je n'ai pas entendu parle i depuis 
plus de deux mois, je vous demande un mot 
d'elle , daté et signé , et je bénis d'avance 
mon bienfaiteur* 

J'ai l'honneur d'être avec un dévouement 
respectueux ^ Monsieur ^ votre très-humble et 

très-obéissant serviteur, 

MlUABEAU fils. % 

'•rj ' ; I . . '"ni. I I ■ " ' I I ■■ -T 

A U M Ê. M E. 

r 

» 

^4 mai 1778* 

P.OUKQUOI n'avons-nous, Monsieur, qu'un 
idiome pour exprimer toutes les affections de 
notre cœur ? Qu'il serait heureux \mxr les 
honnêtes gens, qu'on distinguât, à dW'sigîies 
certains, la franchise de la duplicité , l'affec^ 
tation de la vraie sensibilité ! Je ne puis vous 
dire quel bien vous m'avez fait. U faudraijË 
être dans mon cœur pour voir quels traits de 
feu y ont gravé vous , vos bienfaits et 
reconnaissance. Yoas sauvez des maJheiireiif 



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142 LETTHES aEIGINALES 

du dé&espoîr ^ en leur donnant la force de 
porter leurs chaînes , et d'attendre un avemr 

^lus prospère, Puissicz-vousne perdre jamais 
le bonheur qUft vous daignez ramener sur nos 
pas ! puisse tout ce que vous aimez être pour 
yous une source intarissable des plaisirs les 
plus pursi Je vous supplie. Monsieur, de 
permettre que ma lettre parvienne à mon 

^ amie avant la fin du mois j ce sera le. gage 
Je plus précieux de notre sécurité mutuelle. 
La pauvre Sophie souffre, à ce que je vois: 
]aélas! elle est si délicate et si sensible, elle 
n'était pas faite pour sa situation ! c'est une 
rose que le vent de Padversité flétrit : elle 
exhale encore tous ses parfums , mais sou 
coloris se fane. J'espère que ma lettre , où 
je lui ai montré plus de sérénité qu'il n'y en 
a dans mou esprit et dans mon cœur , la tran- 
quillisera , et lui fera faire des réflexions 
utiles. Mais ce qui soutiendra , sur-tout , son 
courage et sa patience, c'est la continuation 
de vos bontés. Si la gratitude la plus sin- 
cère , la plus active, la plus ardente j si Tat- 
laclierâent le plus vrai, le plus à Tépreuve, 
sdftt dés titres pour les ^ériter , nous ne les 
"perdrons jamais. Nous vous dçyonstout j nous 

^ nous ferons gloire en tout temps de le dire : 

*^'étude de notre vie sera de le reconnaîtra, 
et notre bonheur ne sera jamais complet 
qu'alors que nous y aurons réussi. Ah ! Mon-- 
^iei^ 9 vous-même ne savez pas combien il 



V 

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BEMIRABEAU. 

nt vrai que nous vous devons (out , et quel 
droit vous avez sur nous. 

J*ai l'honneur d'être avec un dévouement 
respectueux, Monsieur , votre très-humble 

et tiès-obéisoaul serviteur, 

Mirabeau fils. 
A U MÈ M £. 

3 Juin 1778.^ 

J E conviens , Monsieur, <jue rien ne doi t être 
aussi humiliant pour un homme qui aurait , je 
ne dis pas quelque honneur, je dis quelque « 
araourpropre, que de voir ses principes avoués 
et publics, mis en opposition avec sa conduite ^ 
former le contraste le plus tranchant., sur- 
tout lorsque sa réputation n'est fondée que sur 
tout cet étalage de beaux sentimens. En consé- 
quence, les extraits que je prends la liberté 
de vous adresser pour mon père , sont lajplus 
cruelle des satyres , mais aussi la plus inno- 
cente : car, enfin , ce sont ses maximes èt ses 
propres expressions que je lui rappelle; et 
s'il a à se plaindre dé quelqu'un , c'est de lui. 
* Je n'ai mêiîie choisi que dans celui de ses ou^ 
vrages où il a été le plusietenu par le rçspeçt 
humain ; et sa véhémente Tliéorie de Vlmpot 
m'aurait fourni infiniment plus de passages 
ani^lQgues à mes vues. Peut-étr« penserez-vous 



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T44 X'ETT&fiS OEIGINALES 

que c'est l'irriter inutilement que de lui faire 
passer cet écrit. Je ne suis pas de cette opi- 
nion , et voici pourquoi : 

i^. Si mon père était seulement aveuglé par 
la passion , et qu'il restât quelque équité au 
fond de son cœur , il rougirait assurément | 
en voyant comment il a parlé de ces violences 
qu'il exerce aujourd'hui sur moi ; violences 
qu'il a déclarées, en cent endroits , abaminoF' 
blesdei^ant Dieuel les hommes : violences dont 
dix siècles offrent à peine, selon lui , ujie occor 
monpiste et nécessaire î et cette réflexion pour* 
raltle faire rentrer en lui-même» J'avoue que 
je ne compte guère sur cette ressource; ce*, 
pendant elle est dans l'ordre des possii^les j 
et quoique je connaisse bien Thomme à qui j^ai 
affaire ^ je ne saurais concevoir encore^ quand 
)e lis ses ouvrages ^comment il a eu le fr^^it de 
dépouiller le masque au point qu'il l'a fait, . 

a*** Deux ou trois phrases en jargon écono^ 
miste , et deux ou trois choses flatteuses pour 
son orgueil , au moins quant à son esprit, fe- 
ront passer les vérités dures que j'ai été obli- 
gé de consigner dans mes notes* Je vous^ 
assure que ces observations ^ bien plus Uardier 
que ma lettre du premier mars , seront vues 
d'un œil moins simstie, grâce à ce petit ingré- 
dient , que ne le seraient les clioses Icsplus no- 
bles , les plus respectueuses ^ les plus touchan- 
tes y écrites dans un style simple^ naturel et 
correct. S'il était susceptible d'être touché par 

ce 



Digiiizeo by 



ï> E Ml K A B E AV. ^ " i^S* 

cie genre d^élocution y peut-être suffirak-il de 
l'apostrophe qui termine mes notes y jgour re- 
iftuer'^es entraiiiesJ- • . 

II sait que tout ce que je lui écris passe^ 
sous vos ywix. J'ignore, Monsieur, sî Voug' 
aimez tendrement les économistes^ auquel cas'' 
vous êtes excessivement généreux ; j'ignore si 
TOUS estimez leiir coriphée ; maïs je rie crois pïkk ^ 
qu*il s'en flatte. Oir i vous êtes homme en 
place, fait , à tous égards, pour monter pliis^ 
liant , ^et d'ailleurs a mêihe , selrifa les cifedn^*^ ^ 
tances rfui peuvent n'être pas toujours au^s/^ 
fovôtaWW à iriô!l*'pei*e, 'liPexjioser là vérUè" 
que vous êtes digne d^entendte et capable dè ' 
connaître. Cette considération peut lui fairè' 
gardèr qttelquè mesure. ' * ' ; ^ 

4^<ÂËnËn , quand j'aurai tenté auprès (le 'lui 
toutes les démarches possibles ppur rappeler 
la justice et l'humanité dans son cœur , si mes, 
efforts sont vains , je n'aurai rien k ^net repro- 
cher. Lé reste de scrupule involontaire et non 
raisonné, qui niWréte encore en ^ert'ainsrmo* * 
mens , seradissipé j et je pr<^fiterai de Tgcca- . 
s^ion , q^i se prééelitera peut-être de vbus voir * 
pour vous confier ce que l'on paraît avoir tant ' 
de peur d entendre ; sauf à votre prudence ^ * 
à votre justice et à votre bonté, à .eh faii-e 
l'usage qui vous pàtSîfra équitable e^ conve-r 
nabrle; Cet eë épo^^iè' sera décisive ppur^ mon 
«oi*t; car voui ê(6s,e^ tout sens', m'onimiqtik 
ressource ; et j^avorue de bien boa cœur , que 

Tom0 II. G 



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14<S LETTRES ORIGINALES 

vouà êtes mén^e le seul àqui je desireavoîrobll- 
g;atiûA de ma liberté > ou ^ si cela est imposai-* 
blende radoucissement de ma détention. De 
fyus. autres 9 jcf n'attends que dureté, et ne 
, defuande que justice J et je leur verrais exau* 
""cer mes vœux , que ne.leur devrais encore 
rien. Mais cefasi qui seul m'a $ecouru , lorsque 
tout lemonde.m'oppnmait , qui , dédaignant 
les clameurs de mes calomniateurs , .ne n/a 
point aveuglément jugé sur leurs imputa- 
tions j et m'a donné des preuves si précieuses 
d'intérêt 9 ayant que jVusse pu les mériter, 
parce que mon titreauprès de lui fut mon in- 
fort une : celui-là est mon bienfaiteur, mon 
génie tutélaire/, l'objet de to^tema reconnais- 
sance et de mon attacliementt Je peux lui de- 
mander des grâces sans iii*liumilier ; et^ je le 
prie^ comme je prierais un père chéri et vé* 
uéré, • . . Voilà , Monsieur , l'exacte situation 
de mon eœur« Quant à ceux dont je dépends, 
; je ne suis ni fauX|, ni complimenteur j vous 
avez pu vous apercevoir que je ne prodigue 
pas le^ éloges , que j'entends xomme un autre 
Tart des phrases formulaires qui ne disent 
Tien , que je n'écris pas toujours , ni à tous , 
avec la même onction 9 et qu'enfin le malheur 
ne m'a ças avili. . . 

Je reviens au paquet que je vous envoie ; 
daignez fe faiofs passer à mon père* Ce petit 
recueil n'est intéressant que pour moi^ et je 
n'espère pas qi^. v^us jetiez les yeux amr des 



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DS MIEAB£AK« 147 

n(AeSj où mon unique objet est de mettre 
mon père ea contradiction avec lui-même. 
V0U8 savez bien i sans les lire ^ qu'il ne fa«t 
pas juger des hommes par leurs livres ^ que la: 
vérité est fille du fems, et non de Pautorité^ 
et que VAmi des hommes n'est pas celui de ses 
enfans. 

J'ai Phonneur d'être , avec un respectueux 
dévouement^ Monsieur , votre très-humble 
et très-obéissant serviteur ^ 

Mirabeau fils. 



Si ' 



« >i II ilriim lîiTlii/. ' I 

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PRINCIPES ET MAXIMES 



DE UAMI DES HOMMEâ> 



o u 

..I' ' '1 



TRAITÉ DEJaA frOi'JULA.TLON,- 

Eduion iQ-c3b| de 1759. 



tF E n'ai rien à ajouter à la lettre que j'ai eu 
l'honneur d'adresser à -BMA'f ère le premier 
mars ^ tant qu'on ne daignera pas m'indiquer 
d'autres motifs de ma détention ^ que les griefs 
sur lesquels je suis excusé ou justifié. Il faut 
me réfuter ou me convaincre de faux ^ ou 
avouer tacite ment y si ce n'est en termes ex- 
près , qu'on m'étouife ^ parce qu'on veut m'é« 
touffer: or, comme je suis assurément le plus 
faible , je dois subir la loi du pltDs fort : loi 
qui fait de la xéyaUc le droit de^ gen^ ^ ami 
des hom.,/o7n» 3, pag. 33. ) loi des vautours, 
des tigres et des tyrans , tous animaux du 
;méme genre ^ quoique ceux de cette dernière 
espèce soient assurément les plus odieux et 
ies plus destructeurs* 

Je ijuppliet mon père , que je jlois croire dans 



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. D X Mil R A BjEJUU* ' Ï49 

Perrpur , et- noa>cUias des prmcipêfii de tyran-» 

Hommes. 'Oed le «euljtfe ^ ouv^rAge^ ^que 
* f ne pu mé -prcfmnr m^f tiii rsws daa$ la 

disette de tout, Fcm ^aèvoéptelesaUiQena ^ 
.q«'Miit*Ie tBKHmidm dejnes^oMiftyiAra-rctte , 

•i^m T^ère dmt ^aApépXîtâtk». . Au . ç[ii€ 4e 

(wl TU^ V ^7^64 dans code d e poli- 
.tique tmiTerMUè la prédictiob çl«ûre et 
priécûe jde ce '^i ieur .atn?e ltiifj9iir4'lM2i 9 
«c'est celui de^es^ouviCOgea gui i ne ippur^ 
points i3« lidis ^Oftamiii* fèverai 9é9è90Mtnt 
*icjriàqué^<kj^iâ&js0s'ppeni^s» tiraloayk^f ivaîs 
crititfoeiîporfei liuîquieiiitqt sur ce ^qu']l 
avak étadbài'le iittmicipe-ifipindai^ Ifi 
population^ et.par €anft^qiiiQQit4ôJi'éQO}KMuite 
ptrliriqu^ y dans son inverse 9 et noii pas di^ 
:teetiriiu»tv Xiis 3MàtM aijirfts]^/e€t 
ide ] a pr^oriété ^ à la Jièf mt idroit urçl 
'«tâ Ja^pistiee;^ vc^tèsie floiiO; dam toute l^eur 
int^giiité ^ el ce aont celiearià >seuiw€UPNt q^^ 
j'ai ipcueillies. Loin qu'elles soient exagé- 
jrées , il serait jaifé de;iiSQiitrer qa'iélles ^oot 
fort loin d'être assez .étendues ^ dey^lop- 
p^es f qSe' les : usagés établis sont ménage -s ^ 
•dan&c et ouwage'oélèbrd^*Tjecla plus grandi? 
naodéfàtipn , et mÊmeîavec quel^jje.timidii^î 
'qtf odi ■ y «olèfre ^ qu^on y fcbnttillè naéme q^el- 

G.iij 



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iSo LETTRES OKIGINALES 

ques restrictions relatives à Pexcrcice partî- 
«ttlierdelft libwté, contre lesquellesile&éco* 

•BOiDîistes GOt fortement réclamé depuis. Us 
préfieiliAeirt que ieiÉr doelriiie n'est autre 
cbose gue le développement de la laide piro^ 

•priété; titre simple, décisif, irréfragable , 
déterininé par lajseule éûdence de l'intérêt 

> ^jiéjpal 9 conforme au dro\t naturel et ii Tor- 

•die social, .^^sn]QiXi à la justice par ess€W€* 

«Cet lé- 'loi fcoidamentale 'dç toiit^ société, 
Jh'eiit susceptible ni d'interprétations spé- 
cieuses , ni de circpnloeutioiw Tersatiles , ni 
deNrestrk^tions d'aucune espèce. Une. fojs^ 
d*accord de ce principe , nous ne saurions 
Variwsifr* 1m •eoQséqiienees), Im^ue jé bfs^ 

'prétebdB l'appliquer jq«}'au droi^ incoi^testa^ 
ble que î**ai sur la propriété de ma personne, 
origine de toutes^ mes^aEÛtves propriété. £1 
f'agit de décider, non si j'ai mérité de pein- 
dre ce droit , mais si je l'ai perdu. Je prie 
qi]^Dn «aisisse cette diitîaelion.très<4impleQt 

'très-4sécessaif e« Je puis étr^ coupable; j'af 
même avoué que je l'étais v en.me contentant 
de 'ptvwet quema punition n^était .pa^ pro- 
portionnée à mes falotes : mais tout con|)able 
qui est illégalement puni j est injustement 
puni J et oeluiJàmômequiprononce un arrêt 
juste, est un tyran , s'il n'a pas leMroit de 

•le prononcw. C'est cè qti*il s'agit d'établir 
d'après les pmncipes de mon père ^ et par ses 
propres maximes. Il a attenté à nw libertif 



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comme s^il en avait le droit ; et moi je lui 
clémoutre j en me servant de ses pensées et 
de ses expressions ^ qu^il ne l*a pas , et que 
personne au monde ne Ta , que les juges ordi-* 
iiaucs et légaux des citoyens. J'ai recueilli 
peu près LX fragmens de Vjimides Hommes,: 
j'en aurais pu amasser deuK ou trois cents 
pour appuyer ceux-là j mais ua seul suffît ^ 
et c'est le xxxv*^ parce qu'il traite très- 
complettement , quuiqu'en résumé , la ques- 
tion dont fe cLerche la solution ^ et la décida 
tiès-nettement. J'ai noté quelques phrases 
dc5(achées, qui pourraient, par induction , 
contrarier mes vues , pour faire acte de bonne 
fui. On verra qu'elles sont formellement dé- 
menties ou expliquées par les princ Ipes. C'est 
donc ici le code de mon père ; code qu'il à 
dicté et promulgué. Il ne se récusera donc 
pas lui-même. Il sait bien que j'aurais fait 
une récolte plus abondante dans la 2'héorie 
de VlîTvpot , qui est son chef-d'œuvre, etque 
je n'ai^ ni ne puis avoir. N'importe , je^m'ea 
tiens à VAmi des Hommes ; je den^nde à 
être fugé par lui-même, selon les lois qu'il 
afaite#Je transcrirai le texte, en ne suivant 
d^autre ordre que celui des pages^j et les-x>b^ 
servations , parsemées dé ses pensées , que 
J'ajouterai en marge, indiquetont l'appliw 
cation , très-directe et très^naturelle , que 
j'en prétends fairei . s 

Gir 



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l5a LKTTjaKS OEIGINALES 

T £ JC T OBSBRF^AT IONS, 

I 



, Onabeaii dire,Vhom' 
me est un insecte de 
telle ncUure , quon ne 
saurait tant le presser^ 
qu^it rie se retourne 
pour piquer le talon 
qui V écrase ; maïs il 
est pareillement sen^* 
sible aux bienfaits , et 
il n^est férocité ni ma- 
liçe^ humaine ^ que la 
yer/u et la, bieifai-^ 
sauce n'apprivoisent. 



Jamais je n'ai piqué 
le talon qtêi m* écrase > 
et je Taurais pu* Ja-* 
mais On n'a essayé 
avec moi le régime 
des bieiifuils, et je ne 
crois pas qu'on.me dé- 
£e de démontrercette 

allégation. Je ne sais 
si je suis un être féroce 
et malicieux , moi qui 
ai été conduit à ma 
perte par le. dévoue- 



ipent et la générosité 
de Pamour ; mais dans cette supposition ^ 
selon les principes du texte j les cachots se*» 
raient un mauvais nK>yen de uck^uppri^oiser. 



1 T s X T If^ 

- Lès geMs plume 
et cVécrùoire ^ q^a ont 
àforcedepro}els, éP'or^ 
donnancee et dé règle^ 
'mens ^ changé lançons* 
titution subalterne de 
VJùtat ^ et^ qui eux^ 



OBBMJUrATToNS. 

II. 

Mon père sait mieujc 
que moi^ que , dans 
cet ancien gouveme- 
.ment, dont il regrette 
souvent quelques ins- 
titutions ^ et même y 
à certains égards, la 



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mimes etwelappésda -obnstitiition ^ fout 

faibles déiris de leur Fxaoiçaîs jugé par 

lAif^Saê j, but aussi jsw pairs lie pouvait 

promptémfnjU. qiœ i» étxe cin^ÀsoKiQ^pofir 

JuuiteTjwbiesse , fait quelque sujet que ce 

/xZâKTA ^ftam l^s 'ptdi^ fut à tabins di%iR cri*- 

ro/zs que . ^a. faveur # jxt^ c«|ût«l et Aotoir^ 

Pintrigue > 7a rapimel {oxàpnnancc&ytofn. 

fimimti'Ufiéièuenii été pàgyj%,^ jBo) } qaW 

toutes jfort^^ i, ont éià^ igngiait i^hralAmeiit: 

^^)tiii yfréjugi/\TùMme ^ors ce que c^^tait 

-l'amieMnc^manêtiêu^ qiies d^^xe^fueet^rj^ 

•#ioa /a Mioadrchiei ordres 4j:hitrai$^4 et 

wf. . mette . opinion i ^e #iir-téu|: .que' t*é}* 

tnaUce ch€Z eno^f^^ «tkit que de ^e» soUiei* 

depertuet ; igrwmm^ ^er j que éi ùo citibyen 

<luifo^l^piê^p^r^i. «herdeçaaiii^d^Sîof- 

^ai4j auirefoU mille or dojÇLpapc es ^ 

^raw jd^m fti^^IQ^ pug, 17 ) : j 

timsiioji M di^puW du droi^.uWtMi:el ç^t • 

mr, ii^rç&Méémm public révoltait ht | 



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2^4 L £ T T R £ s €>K I & I L £9 

jf^ défibrais les Juris^ pas< qvie ^ êom la rér 

consultes les plus ha^ gence de la Reine-^ 

J^ileB en droit pubUù y Blanche y les. Grands 

de ^i^y démontrer les requii^entqu^ayant le 

maux de laiyrannie , jour du-sacre de Saint 

don^ les efffAs soiÉt Louis:, cm accordât 

toujours parïans. Qui J'élargbsement des 

de nous s^chargersaU eomtes Ferrand de 

-auj&urd^Jmi de fyire Flandres» et Jblenaud 

dire à un auteur an-- de Boulogne^ détc* 

glais ^ ce que dit^Ma^ «ûa ^ prisonniers de*? 

thieu Pâris en parlant fms^ douze ans^ au ni& 

de Smnt Louis : Le pris des libertés /ran^ 

Seigneur y roi - des jkiism; que Pon rendit 

Français y qui est le les terres violemment * 
roi des rois delaterre, oeoupées sur pli», 
tant en vertu de ^cM sieim d'entre eux:^ et 
onction céleât^e, que qu'il Mt pa^sé une loi 
par la it^p^idrtté éè &àe y poui^ qu'à l'ave^ 
sa Jttiliée. i^i^oA r^s^ 5nî)r nul ne *p^ 4tre 
peclé de la sorte le privé dé sès droits 
SàUperain d^un peuple quelconques y sans le 
liiiTé^ausc brigandagèe jugement « précédent 
de V anarchie P de ses pairs. Les ter- 

^ ^ . iaMs*deMatbiie0pâm 

*sont r^marquiÉtbles \ ««.Pars maxima^ Opti- 
matum petleruut consuetudine gallieà^ 
omnes incai^ceralfos^' à« oarcéribos Jib^^air^ 
qui, in subter^ionem libertaty^ regni , jaia. 



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î> E MIRABEAU. lS5 

perannos duodeciin myincuiUtenebanhtr.... 
Adjiciunt quod iiuUus de r^no Frcuicorum 
debiiit ab aliquo jure suo spoliari nisi pcrju" 
dicium âuodedm parium* » 

Saint Louis y qui iatrodulsit de si giaads 
cbatigemena dans notre jurisprudence \ et 
même dans no(;re législation } .Saint Loula 
qui fît sans doute de3 choses grandes et uti- 
les ^ mais dont le règne mémorable fut trop 
Souvent 9 il faut Ta vouer t celui des clercs et 

des moines j Saint Louis, dis-je^ qui , tout 
Sakit qu'il était ^ n'aimait: pas ^le* Goucy^ 
ayant fait arrêter Enguerrand IV 4^ npm.^ 
'et celui-ci réclamant la justice des pairs, 
Monarque se fit justice ^ répar^ sf|.faute ^ çt 
^ assigna j pur au sir de Coucy pour répondre 
. en parlement. . , ^ 

MoAi père sa)t que dans des le^s^j^çaucoup 
plus q[^odernes ^ ^uqs Souverai^s^^^e soat^ep- 
gagés pajr tine loi, formelle ^ accordée sur jia 
,réquisitiqn;46S.£t^ts , à ne po^t re.tenirua 
de leurs sujets prisonnier plus de vingt-quatre 
heures sans lui faire son procès y et que la 
^ fameuse déclaration , enregistrée çt publiée 
, le ^4 octobre 1648 , porte : que Vot^ne -powrm 

plus ^enîr^i^cun j même par ticiàlier^du^Xox^'^ 

me j en prison plus df trois jours sans^^l'ùuer^ 

rogâK Cette loi n'a jamais été abrogée,.. et 
ne pourra jamais l'être sans démence ; car 
on ne ditpasà des peuples qui veulent bien 
se croire librci ^ qu'on prétend les gouvernei: 
par des principes orientaux. 



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tS6 tETT^ÏS OftI«lRALES 

^ Mon ^re- nlgridre pas que l'asage et la 
dénomination même des lettres de cachet est 
très-moderne, pqi^^e ce mot a été employé 
pour la première ioii dans l'ordonnance d'Or« 
léansde i56o. Mon pète sait que depoîs nos 
éodéft de lôis bai^batM ineltisivemmt , jn^ 
qu'aux ordonnances du règne passé, on trouve 
*une tradition constante et des textes précis, 
qai défendent à tous juges d'avoir ëgard aux 
ordres particuliers délivrés sur le fait de la 
justice ; or , il rie faut pas réfléchir beaucoup 

• 2>dut voîr que les lettres closes ne cfaiàigeiit 
point de n^iture pour être adressées aux par- 
ticuliers ^ plutAt'quWx juges ; qu^elles sctnt 

^également contrà'nres à l'équité dans l'un et 

* Pautre cas, et même plus funestes danslepre^ 
mier , par mille et mille raisons trop longues 

' h déditite ici \ et qu'on aurait assurément ré-» 
'Ôuit eh lôi cette jurisprudence si commode 
imx puissaiîs^ si elle n^était paà^ ^vtdemineât 
' attentatoire au droit naturel et à notre droit 
public. Mon père sait, enfin ^ que depuis le 
^ commencement de la monarcble , jùsqii'à l'o- 
' dieuse et infâme administration des Italiens ^ 
^ si l'on excepte le règne de Louis XI, que mcm 
père appelle quelque patt uh i^onarque ha-- 
^ hite , Thaïs qui nen fut pas moins le Tibère 
dè la France ^ aussi mécfiànt et moins éclairé 
qjuele Tibère de Rome , et le plus ingénieux 
geôlier dont les fastes de la tjrannie fassent 
mention ,rusage des détentions, illégales fut 



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•î râre qp^on jtimt le 4ire nuL. C'est sous le 
ministère du sanguinaire RicJbelieu , que mon 
père a si bien femt ^ quoiqu^en beau y dans 

. $es heitr€9 sur la dépramtion.de P ordre légal, 
et suMout sous celui du donx et pacifique 
-cardinai de Jfieiiiriiyqui fut le plus despotique 
des ni'nmtixs despotes qu'on a commencé à 
se servir des lettres de ea^ het , avee Peicès 
dont nous voyons aujourd'iiui ie dernier pé« 
riode, dont je suis la victime, moi, ctquel^ 
ques milliers de citoyens* 

Maintenant, s'il est vrai ^ commele montre 
tout le corps de l'histoire ancienne et moder» 
ne j qu^micuw Société n^a péri que par Pinfrmc^ 
tiondes lois qui C aidaient çonsolidée ;ifu' iljaut 
pn tout chercher le principe, et dire. Cette ehoé0 
est- elle dane le droit cjompiun P pour s'éviter 
toute sorte d'injustice y de sollicitude et de 
^rpriseef que si la Ghose- proposée esÈ con^ 
trairç au droit , elle est une tyrannie-; que si , 
elle y est conforme, il faut aussitôt en authm^ 
tiquer la contexture, les ressorte, la marcJ^e et 
les règles; qu& c est en. vertu de cela que les 

' trilmruiuaB réguliers furjent de tout tems tes pim 
fermer apput^ dahon osdre ; que ^habitude de» 
fauteurs de C injustice , ennemis de ÇaulJien^ 
ticiêé > est de les représe^dier conmze àpjfosés à 
I^auiorité, et d^ entraîner tout le gouvernement 
national vers un régime de com ulsions subites 
idont le pnndpé est caché, s dont les consé^ 
quenççs sont dégtffisées^^ dont. Les ejfais sont 



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ê 
è 



l58 LETTRES ORIGIKALKS 

palliés i que d&4à suivent Us abus , jusqu^à ce 

que Vexccs des abus opère V épuisement entier , 

et quelquefois U démembrement de la Société i 
( Ânil des hommes ^ tome pag. 
23. ) si toos ces principes . sont vi^s, je de- 
mande comment' un philosophe ami des 
hommes, défenseur du droit naturel , sen- 
sible patriote , qui regrette nos anciennes li-^ 
bertés et respecte l^s lois, peut se croire 
permis d'autoriser , de légitimer autant qu'il 
est en lui , par ses demandes, des coups d'au'- 
torité si contraires, je ne dis pas à notre droit 
public qui est anéanti , et ne nous appartient 
-guèipe plus qu'aux Chinois j je dis à la justice 
naturelle , à laloi des nations, de l'humanité, 
cette loi immuable , imprescriptible , qui 
fonde nos droits inaliénables; je dis à toute 
espèce de liberté polidque et civile, publique 
et particulière : coups d'autorité , qui néces- 
si teut plus tôt ou plus tard , selon le caractère 
des gouvernans et des gouvernés, leur modé- 
ration respective et les àutres circonstances 
accessoires, mais infailliblement, la dissolu- 
tion de l'organisation sociale , et Pétablisse* 
ment pur et simple du plus complet, du plus 
désastreux despotisme. Assurément mon père 
convient assez de tout eela dans le passage 
cité , et nous verrons bientôt combien , plus 
formellement , il en profère l'aveu ; mais je 
consens de plus à mettre ma téte sur un billot ^ 
si j e ne démontre cette allégation à la rigueur. 



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et )e prends pour jugea tous autres que les 
ministres et autres gens intéressés au maintien 
decette jurisprudence asiatique^ les frippons, 
les fous et les buses* Mais ce n'est pas à mon 
maître que j'ai besoin de prouver des choses 
guUl m'a appris à prouver. Je me doute bien 
que s'il daigne lire cette note , il rcl^pétera ce 
qu'il a dit à propos de l'Essai sur le Despo- 
tisme : quUI/aui étrejnsensé pour écrire de ces 
choses'-là ^ quand on est sous les liens d'une 
lettre de cachet ; et je réponds , comme je ré- 
ppndis : Quesi tant est qu!il y ait à cela delà 
4>]ie) jamais il n'^ en eut une plu^ nobl-e et 
plus magnanime ; qu'elle est même respec- 
tueuse pour, le gouvernement ^ que je taxe, 
d'erreur et non de tyrannie, sans quoi je ne 
hasarderais pas des vérités si hardies qui ne 
pourraient qu'appeler sur ma téte la hache du 
jbourreatit Cwtes y si j'étais^ homme public 
( ce dont le Ciel me préserve à jamais ! et il y 
a mis bon ordre) je voudrais trouver beaucoup 
d'hqn^mes capables de, parlçr ainsi dans les 
jÇers^ car je sais.(et je l'fti dit aux puissances 
delà terre ) que les sujets les plus courageux 
sont toujours les plus utiles et les plus essej^* 
tiellc^ent soumis. 



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t 



i6o 



LETTA£«4lttt6l«À]:.ES 



î ; 



I ri* ^ * 



T JB X T Mn 



III.(tom.L 139.) 



III. 



Ce qu^on voudrait Q mon père ! vous 
appeler bon ordre et a\*ez écrit ,cela , et 
policé^ • . 5tf/o» moï, vous tene2 votre Jils 
ressemble assez àcelle auxfei^pac lettre de 
çwe /'o/z yÇii^ observer cachet ! Oui m'a fait 
dans le serrait. connaître àu Sultan? 

qui, aux B^cha& ? Il 
ne me manque plus que (Je voir arriver les 
muets; envôy e2 « moi, le cordpn , ce sera le 
terme de mes maux. Ali ! je ne* l'aurais pas 
attendu \ si l'esprit dé cett^ po//r^ orientale 
n'était tempéré par la bienfaisance de celui 
€iui en a la directioa. 



ly, 



Il est contre mes Pourquoi la sollî- 
principés de cbnseiltèt eit ez*vou$ ? Eh' în'est- 
la violence j en quoi ce pas la plus tyran* 
que ce puisse êiré. * nique des violences 

que j'endure? Quoi ! 
c'est donc pour votre famille seulement que 
vous approuvez , que-vuus invoquez cesju^e» 
mens sans loi et sans appel , ces condamna^ 
lions sommaires et par corps , atlribution 
qui, faillie donnée à (t équité mime j si cellë^ 



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D s M 1 R A Bj; A U. I$X 

ci ne reculait (Tliorreur de ["accepter die la 
venait dégénérer en tyrannie dans ea main f 
( VoL pag. 7a.) Quel tableau, ^rdud 

Dieu ! et cjuelle préfci eace ! 

■ • 

» 

Y. ( ibid. X70. ) V. 

Honorez les -pçLit$. Et inûî, monpère^jc 
ÎLe« larmes m& vicn^ suis ^o/i'e sang, tous 
nefUaua^j^eucc^ quand m'av-ez donné letre^ 
Je songe à cette inté^ etvous me condamnez 
ressante portion de à mourir lejatement 
V kumaniié , on quand dans un cachot, vous 
de ma fenêtre , conme qui n'avez pas , dans 
d'un trône je con^i^ nosLoU^plosde jurif* 
dère toutes les obliga-- diction sur ^oi^main- 
tians que nous lemr tenant que jejiiisnu- 

. Oisons i quand je les xïé^ que je n'en ai sur 
vois suer sous le faix , vous, et qui n'en eûtes 
el qués me tâtaut en^ jamais dans tout ceqvi 
suite , je me soutiens est affaire criminelle ! 
quejesuisdeUimémfi Vous m'avez donné 
pâte qu'eue:. l'être^ et par cela 

même vous aye?; con- 
tracté le devoir sacré de travailler ^ mqn hon^ 
heur } devoir qui est le seul titre qui fonde v^s 
droits : car qui dit droite place ai' Cint un def^oir^ • 
c'est UA des i^emiers a^ipnies sw Jesqueb voiis 
avez ibndé i^s,cience économique^, J uge;&-vous 

.vous<-méme> comment pe tr^ite^^in^w ? Je 



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l6a L£TTK£$ OEIGINALSS 

SUIS le jouet infortuné de vos pa$sious et dé vos 

vengeances : vous me livrez à toutes les hor* 
reurs du désespoir; vous m'avez cherché la 
prison la plus sévère, ]e supplice le plus cruel , 
puisqu^il estleplujs Icut. Vous me refusez tout 
ce que vous n'êtes pas forcé de me douner ; 
vous m'ôtez tout ce que vous pouvez atteindre : 
loin de me défendre , vous m'interdisez tout 
moyen de défense ; vous me baillônez ; vous 
me privez de toute consolation , de tout se- 
cours } vous ne voulez pas même que je sache 
•t mon fils est mort ou vivant ; mon fils , dont 
je suis le père, comme vous êtes le mien , doj^t 
Vous n'êtes le père que par moi ; mon fils, sur 
lequel une loi folle et barbare vous donne un 
droit exclusif, mais que vous ne tenez que de 
moi j mon fils , a qui Ton apprend, au sortir du 
" berceau , ;à haïr celui qui lui donna le jour ! • • • 
Mon père ! mon père ! voudriez-vous être 
traité ainsi ? — Mais je suis coupable^ et vous 
êtes innocent. ^ — Êtes^^vous mon juge? non, 
vous ne l'êtes point y vous êtes ma partie. Mais 
quand vous seriez mon juge , m'avez-vous 
' entendu ? non ; et fussé-je coupable ^ votre 
' arrêt fût-il équitable , vous auriez encore fait 
une très-grande et 11 ès-odieuse injustice en 
le prononçant sans m'écouter. Ce n'estpas vous 
sans doute qui vous défendrez par cet adage 
insensé, quoique tant répété , Que peu importe 
MmmùfU le bien se Jmee ^ pourm quFil se 
fusse : principe faux dans tous les cas , sans em 



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excepter un seul , absurde daps la théorie ^ 
tyrannique dans la pratique ^ attentatoire 
aux, droits des hommes et des nations. • # • 
Les larmes vous ^iennenl aux yeux quand 
TOUS Toyez un homme coufbé sous le faix 
que TOijis ne lui avez point imposé \ Que vos 
cheveux dressent sur votre téte en pensant 
à celui dont vous m^aves chargé , et sous le* 
fjuel je succombe 1 



T X T 

Persuadé que les 

"plaies en écrit demeu^ 
rent ^ je tâche décrire 
comme je 'voudrais 

Vai^oir fait le jour qu^il_ 

me faudra rendre 
compte à Dieu* 



VI. 

Est-ce parce qu'elles 

demeurent ^ que mon 
père m'a frappé de 
ces terribles plaies? 
et que , ne disant pas 
dans son mémoire un 
mot injurieux des per* 



sonnes qui l'avaient 
attaqué , 11 s'est efforcé de déshonorer son 
fils qui se taisait y et avait mieux aimé fuir 

oue se défendre ? . . 



T S X T »• 

• VIT. a78. ) 

. * Que la justice sojf,^ 
d^fis tous hs cas j reuf^ 
du^es s^tr Les lieux ^ san^^ 

qu^la juiisdiçtionde^ 



VII. 

Voilà les principes 
d'adotinistiAtioa qu« 
Toi^ayez^ pesés > moipi 
pè^e, €11 idciiant d^4^ 



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Compagnies à ce des^ crirecomme vous v<m* 
tinées êoil jamais en^ dricz Vai^air fait le 
fiteinêê; que la police jonr quPH vtms fiiudra 
y soit tellement oIh rendre compte à Oieir. 
sei vée^ que la faiseur Je vous supplie de 
y soit même inutile ^ vous demander , dans 
et que la plainte de votre eonscîence ^ si 
t opprimé troupe un vous y avez conformé 
vengeur et un juge sur votre conduite, si 
leskeux. TOUS êtes d'accord 

avec vous-même lors- 
que vous me sous(rayez aux tribunaux y vous 
qui savez si bien , que les abus ne sauraient 
inoir un plus prompt et plus sûr trioyen de 
s^introduire , que sous la forme spécieuse de 
r ordre' allié avec la contrainte , et indépen^ 
damment des cours juridiques. ( YqI. VI ^ pag« 
jSç. ) Que si , par des motifs que je ne veux 
ni apprécier 9 ni même deviner^ vous avez 
laissé pgroooacer mon arrêt , tandis que vous 
m'ôtiez tout moyen de me défendre , en me 
plongeant dans la caverne ou je suis^ mort au 
nioiide ; y a-t-il , je ne dis pas de la justice, 
je dis de l'humanité dans ce procédé ? Vous, 
mi qui que ce soit an monde ^ ârt4l le droit 
d'être plus sévère que la loi P d'apprécieirppar 
moi le prix de la liberté et de la vie , ou le 
poids de la servitude et de la torture conti- 
nuelle que vous me faites subir ? Demandez* 
vous enfin , si votre fils cfui , coupable oa non, 
«ttsi crueilemejit opprimé^^peut tit^uver dans 

% 



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QS MIR:A'BEAU, i65 
les lieux où vous Tavez fait confiner , je ne dis 
pas un vengeur^ je n^en veux point ( et de 
qui me vengerais-je ? d'un père? ) je dis un 
juge , auprès duifuel la Jlweur soit inutile P Je 
demande ce juge^ je demande un juge quel« 
conque j et ne puis Tobtcuii , grâce à votre 
crédit. 

è 

TE X T E. OBSERP^ AXIONS. 

VIII. ( f a8o. ) VIII. 

X^tainesévocatwna * - Mais la méthodé 
purUsifuelle^onijorna , ^ que voui employas-. 
jmdis' le f^ma^oir éhe*, estreUe plus juste et 

OampOgkiics \, 4epieit^ plus, salutaire ? Yo¥Si 

dkaituiUsi communes , portez votre procès^ 

ifwe tifUtB affmtm liti'^j osfr.le mien devftfit ua\ 

gêèuM re^iemkuit ^om- j ii|^qai> tt^ea a ai lesv 

poTila forme ^ aa pur droits ^jai la mission^. 

lefifnâ'^ à imOàpémle^, m - J€S kiMtères ; qui \ 

aà ,^ parnmum mOlion. piâiide* sor dix^huit. 

dtanws^t (Rx-rmlUons': millions d'iiommes et ^ 

à'Mffdàwm^hhmedroÊÊfs dea) iwllMiHs^\d'a4Ett^t 

€knéuessaii'fimeaAJête»\ rM\ : itiMt- bîea aàr> 

de ta\pmm à troupefTy qiJih yous eui croira 

Péiifjf/mHà^^ran^ sut yotre parole^ et 

' \ ^ » \> a'caâiequevous vou% 

lA r r ' • • ;A lèrf**:. ; Mais 1.4 vic-'- 

I ' .1-;^ , Mi <^ ; - m)âiiS\ elia béiej^.^siiAi 



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x66 



I.x;TT&S8 OKI6IKAI.SS 



T S X T S, 

lX.(r«a.a8o-3o6.) ' 

Peu^à-peu , à forcê 
éPaiUrer Us affaires à 
soijf legoui'ernementj 
au lieu de la sîtpi'éma^ 
tîe qui seule lui con^ 
çient ^ attrait V intérim 
dance et le district des 
déiaiis qui l^absorbe^ 
raietii y et réduiraient 
' ses chefs à être de 
simples comntis aux 
signatures i tandis que 
les intrigans dans* 
leur air natal j siùôs 
qu'ils nagent en eau 
trouble , assiégeant 
les > ^commis et leurs 
sou^rdres ^faciliie" 
raient le cours des 
choses wfs Hankrclm 
M'ie remerssmenU • # 

jhifdstre rendis dans 
son redoutable càbi^ 

jietjsenut tout étonné 

dfopoir faU > mUie'* 
grâces , et de n^aimt 



IX. 

■ 

Et tous ces hoiméies 
gens-là sont-ils sanc* 
tifiés lorsqu'ils vous 
sont'utiles? Devien* 
neot-ils impassibles ^ 
infaillibles^ incorrup* 
tibles at juges , légl- 
tioïes des citoyens ^ 
pour votre famille 
seule? Quels magls* 
trats 9 juste Giel 1 que 
ces courtisans dont 
vous a^ez petntrà soo^ 
vent l'iniquité: et la 
bassesse , avec une 
plume de fer î A quel 
tribunal irons tradiii-tj 
sez votre fils , vous 
qui savez si bien que 
M sensit un» aiiitude 
forcée U impossible à 
la justice même , que 
d^oêfoir la btslanee et 
leglaiçedans la même 
main ! ( Tom. VI ^ 
pag. 87. ) Hé ! qui )a 
tient % cette balanee 



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167 



pas une créature, pas dans laquelle vous 

unamidesapersonne j xnettez votre fils ? • . . . 

mais seulement de sa Jenemelivrerai point 

place , parce (juil ne à ma verve j je ne lais- 

voudrait pas se per^ serai pas déborder 

suaderquHl serait mis mon indignation si 

à Venclwre par ses juste et si profonde J 

. eniours , et qu^on yen^ mais rappelez - vous 

drail ses audiences , quelques anecdotes 

son repas j son som^ qui disent ce que je 

meU,sesdisiractionss veux bien faire* • • • • 

etc. En min il ferait Le surintendant d'O 

alors maison neme ^ avançait dans une au^ 

et noupeau cabinet à guste assemblée , que 

tous égards ; les moU' le peuple ( et tout ce 

ches qui succède^ que ces gens-là n'ai- 

raient , plus apides ment ni ne craignent 

que les premières , est peuple pour eux ) 

C assiégeraient plus estune bête de somme ^ 

étroitement encore , qui ne va bien . qfue 

pût^'il réussir à faire quand elle est bien 

venir du Congo des chargée. Le sùrinten^ 

commis et sous^^om-^ djmtd'Ëmeii disait ea" 

mis, muets et sourds plein conseil : que la 

eftdurcis enfin à toute foi riétait ' qu^ pour 

comiagion de Par. « • • les marchands y etiqum 
V intrigue et la cor- . les maîtres des requê* 

rupLion descendront tes qm alléguaient' 



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9 



l68 LETTRES ORIGINALES 
. T B X T OBSERTAT ion S. 

* 

alors (TuJi cran ; les pour raison dans les 
vç^lçts vetidroiit les affaires dié Roi, méri* 
sous-ordres les pre^ faienld'éirepunis.Stt- 
miers j et ceux-ci le vien , dans le même 
chefi tous sans le conseil ^ fut d'avis 
• sat^oin' d^ôterlecoutrepoison 

que la duchesse de 
Leftdiguieres avait mis dans detix petîteaboites 
dcsti nées au cardinal de Kt^ti ^ alors prisonnier 
danslabienlieui euae maison ou je suis , et d'y 
mettre du poison a la place. ... Je m'abstiens 
de mille et mille traite plus récens., la plupart 
desquels je tiens de vous. Les digues juges que. 
oeuK qui parlaient ^ et devant qui on parlait 
impunément ainsi ! Que les lettres de cachet, 

c'est-à-dire , des jugemens sans Loi sans 
appel» ébss cofudumnatioits somnmires et par 
corps, aUribulimi^ui seruit donnée â l^énfiâiâé 
même, que j si elle ne reculait d^Jwrr^ur de 
Uisecepter, eUe lawerftût dégénéra éstiiy'rannie 
dans sa main ; ( f^axez ci^d^ssus ) cj^ue les 
lettres de cachet sont sagement confiées à de 
tels bommes l^ Mais ces teœs ne sont plus. 

Je l'ignore et je veui- le croire; mais ils 
peuvent n'être pas aujourd'hui, et êtie de-. 
vuMU £b !-qm- empêchera ces hoùnêtes ccm--** 
MfiUeKs démettre leurs abominaables maximes* 
en pratique avec rcjLpcditive et commode 

juiia|)iudeiîcc 



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I 



jurisprudence des lettres dosées ? De tels mons- 
tres n^approclrassent-ils jamais, des Rcis , 
toujours sera-t-il que quiconque s'adresse à 
des ministres pour faire justice des cUcyeDs^ 
et aux citoyens, ne veut qu'injustice. S'il 
avait une intention droite , les voies légale* 
hii suffiraient ; il respecterait les lois et les 
formes de sa patrie. Eh ! mon père , c'est 
vous qui l'avez dit : En quelque partie qùé 
ce puisse être « Vinspeciion des détails nè 
saurait sentir au gouverneme nt ijiià être plus 
facilement et plus irrémédiablement trompé. 
(Tome III ^ page i53. ) Pourquoi suis -je 
obligé de vous compter au nombre des trom- 
peurs que vous avez si bien signalés ? Mazarin 
n'était qu'astutieux , cupide et fripon^ ét 
9ullement sanguinaire, ni même dur à un 
certain point, quoiqu'il n'aimât que l'argent. 
Lorsque Saint-Ëvremont alla le remercier de 
l'avoir tiré de la bastille , il l'assura bénigne- 
ment , quil était persuadé de son innocence s 
mais que dans le poste quHl occupait , on se 
trouvait obligé d^ écouter tant de choses ^ qiCoit 
distinguait bien difficilement le vrai du faux. 

Voilà le propre aveu d'un minisf re« Cette ex- 
cuse n'est-elle pas fort consol^ntë ? et le régime 
qui la nécessite fort saiu ? Un honaête homme 
peut-il demander justice d'un autre homme ^ 
à un tel juge ? peut-il reconnaître la légitimité 

d'un tel tribunal ? Mais, mon père, je 

prêche àPamlral Coligny la religion reformée* 
Tome IL ' , U 



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17^ 



LETTEE S' ORIGINALES 



TEXTE. 

,,X. {Ibid. Si 5-) 

Mon principe poli^ 

%ique serait de 

respecfer tellement le 
droit public > çae tout 
titre de ^ propriété j 
viême la phis mal ac^ 
guise quant au passée 
en fui un de pjossessioii 
assurée et paisible ; 
que tous engagemens, 
même lesplUs onéreux 
et forcé a > fussent 
sacrés dans la société; 
et ce rCest que par des 
jiioycns justes et 
doux j etCn 



OBSERrATIONS. 

X. 

Lu propriété de ma 

personne n'est pas ' 
moins sacrée que 
toutes ces autres pro* 
priétés. Ah ! j'aban-* 
donnerais loutes les, 
miennes j sauf les 
droits de mon fils j 
pour recouvrer crfle- 
là* Mais comment l'ai^ 
je perdue ? où est mon 
délit ? qui Ta cons- 
taté ? qui m^a en- 
tendu ^ confronté et 
jugé ? en vertu de - 
quelle autorité légale 



suis-je proscrit? quels 
çont les moyens justes et doue qui m'ont 
^meqé dans un caphot ? Les bienfaits sont le 
bras droit de P autorité, dites vous. ( Vol. II , 
pag, 53. ) Les lettres de cachet se distribuent 
$ans doute du bras gauche. Je ne sais de quelle 
main elles se signent , et je suis très-persuad^ 
qu OD en épargne^ autant qu'on peut ^ la peine 
au lloi.IVlais vous, mon père , comment avec 
detels principes , comment les sollicitez-vous? 
Vous failes agir^votre maître contre ses in« 



I 

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1 



BEMIRABEAtr. I?! 

térêts, dan» votre propre opinion ; puisque , 
selon Vous, il vlest aucun attentat à la pro^ 
prié té qui ne soit un germe de destruction > eé 
qui ne porte son fruit de ruine. (Tom. VI, pag* 
83. ) Vous le faites contrevenir au serment de 
son sacre , où il a juré de se conformer aux 
Ibis j sauf ce qui regarde V usage convenable 
de la miséricorde , ( salvo condigno œiseri- 
cordiae respectu. ) Une peut donc s'éleicer au 
dessus des lois que pour verser les trésors de 
sa clémence. Croyez-vous qu il Texerce en- 
vers moi? eh l qui a attiré ses foucUe^ sur 
na téte r 

XL ( tom, %. 56. ) ' XL. 

Ils ( les éiraiigèrs ) Quel sont ces scan^ 
nous disent arbitrai-^ Assurément on 

riment gouvernés en ne, serait embarrasé 
tout sens ; et il faut- qu'aies déduire tous ^' 

avouerque. cer^ sansenoubliéraucun; 

tains scandales de maïs vous n'avez pu 
détail, nous donnent ni voulu désigner par 
assez Pair de quelque cette expression ^ 
chose d^apprwJuint* scaHdahs de détail ^ 

' que . les emprisonne- 
mens illégaux. Un bon citoyen tel que vous ^ 
mon père 9 veut-il donc contribuer à étendre 
cette 4ache de notr^ administration ? Un 
¥P;>pectable Suisse niait que nous fussions , 



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JJ% L E T T a ES OmiOINALES 

TOUS et moi , père et fils , parce que j'étais, 
prisonnier au château de Jeux à la réquisition 
de mon père. Lorsqu'il* eut la preuve cjue 
y Ami des Hommes était ce même marquis de 
Mirabeau dont le prisonnier de Joux était 
jCIs y il me dit ces propres' mots : Je conçois 
qu^un père peut être tenté de tuer son enfant^, 
si celui - ci est un monstre de scélératesse / 
mais Je ne comprendrai jamais comment Use 
résout à attenter sur sa liberté. • • • Je n'écrirai 
pas ce qu'il ajouta ; mais j'avoue que je pense 
et sens comme ce SViisse , qui ^ au reste , est 
connu de toute l'Europe par ses talens et 
yertus. 

T B X T s» OBS^ERrATXONS^ 

XIL i^lbid.%0.) ' XIL 



Qjerai-je demander 

à iiion père lesqui^ls 
des miens il ^ res* 
pectés ? 

xiii. 

. En conséquençe , 

prouver que l'exercice 
de. la .justice est in-' 

compatible avec • les 
emprisôimeméns ilié^ 
;auxr^ c'e^t prouver 

ue les lettres de ca-^ 

cliet sont destructives de toute, justice^^ dc^ 



Lajustiçe n^est au^ 
ire chose (jiie la cou-- 
sensation des^ droits 
respectifs de chaque 
indi^idu^ 

Xlll. {lùiil.) 

En couséijuencc^ qui 
dit justice j dit tout > 
et toutes autr^ parties 
du régime pQluicjUc ne 
sont que des^ subdi-- 
tfisiofis de celLe'là% 



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l9É M I R A B E A f^. 178 

foiife liberté , de tout gouvernement régu- 
lier. Or je demande à vous , mon père , si la 
preuve es^t idîfficile ^ si la chose est problé-- 
matique , si elle n'est pas évidente de soi, 
-pour tout homme qui a les premières no- 
tions des droits de rhumauité, des lois na-^ 
tuielles et positives , de l'objet et de Tor- 
gankation des sociétés j enfin , de l'histoire 
des hommes et de Thomme ? UAmi des 
hommes a déjà répondu , il répondra plus 

tietttment enctoei 

« 

T^E X T . OBS ERVATIO^ S. 

• » I ' . 

.XhY.{Ikid.^&.) XIV. 

La distribution de la Je ne discuterai 

justice serait ( dans point la valeur de 

^otrè plan ) càmmè 'eette exception , quî^ 

chez ri0us im droit de . si vaguement énon*- 

la soui-eràinetë ; mais Xîée , renverse elle 

à P^^dminiettation du^ seuie le principe que 

quel' le prinoe wraii vous posez. Ce - n'e^t 

obligé de préposer des pas à vous qu'il est 

tCommitfanSjKré^eV" nécessviîre d'observer 

vant nbiquemetit'Ves- que la distribution db 

<?a!s lînajeur^ ef'pjrivi- Ja justice n'est le droit 

légics , et dowtajît du souverain , que 

ttaiUeurs à ses pré^^ jiarce que îe *'corps 

posés > vjie autorité social lui a délégué 

sans bornes pour tous tout son pouvoir pour 

ï« autres cas. * l'exécution des lois } 

• qu'ainsi ce droit n'est 

H.iij 



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il74 IIX.TJIXS ORIGINALES 

;€t ne peut être que celui d'ériger des cowt 
de justice pour l'admimslrer dans tous les 
cas possibles en son nom j qui n'est autre que 
la nation prise collectivement ^ selon les lois 
admises dans cette société j car il se^^alt im- 
possible et absurde que le souverain exerçât 

. .personnellement le pouvoir judiciaire «dans 
les affaires civiles^ et injuste, et même ty- 
rannique qu^il jugeât dans les affaires crimi** 
nell^ , puisqu'il est partie publique dans tous 
les délits 9 comniQ préposé poijr les ^ourspivip 
par le corps social : 

Que s'il pouvait être des cas majeuts ei 
-privilégiés qui intervertissent le .cours des 
îois, ces exceptions funestes scralcnl néces- 
sairement arbitraires , et p^r consé^queiit pro- 
jpres à. couvrir toute soite^de Urîgandages^^ 
.puisque ces mots magiques, ^ Le secret de 
V administration , arrêteraient jtoutje sorte df 
jf^clanoiations , et, liyreraient .im* i^essQurce 
un citoyen à la merci de se§ eiiuemis accré- 
dité : 

Qu'on ne peut dejoiander à qui que çe soit, 
sous prétexte du bien public, le sacrifice de 
sa liberté naturelle^ puisque la société est 
engagée* à la maintenir ; 

Que le monarque qui peut faire arrêter et 
conduire un liomnie à Vincennes, peut égale- 
ment le livrer aux tribunauic intéressés à dé- 
fendi e l'autorité dont ils sont dépositaires ^et 
jque si l'accusé est vraiment criminel d'état 9 



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c^e«t une raisoti de plus pour que leêhef 
IVtat ne s'arroge pas la coanaissauce exclu*»* 
«ive de son délit j ce que je pourrais iippuyer 
demilleet mille preuves tirées des plussimples 
uotioasde Téquité 

«« Que les mystères d'état n'en Imposent plus 
« à Phumanité , qui s'est fait des révolutious 
u passées un tableau de proportion pour^uger 
« du vrai mobile des grands c v t'iu inens présens 
« et futurs» Nous Voyons que des misères d'in^ 
.« térêts ou de passions particulières ont de 
«(oui tems décidé les plus grandes choses > 
« et Je masque de la politique est désormais 
•« percé à jour. » ( tom» 3. p. ay* ) 

w Que si l'homme était asservi au code des 
«t maxiimes d'état ^ composé d'axiomes bar^ 
H bares qui partent tous d'un principe fau*,, 
M il s'ensuivrait que depuis que les monar- 

• ciliés existent 9 "ce n'est au fond que la loi 
«« du plus fort civilisée ; que les peuples ne 

songent qu'à éluder ou à restreindre cetf« 
Cl loi , et que les Rois ne doivent penser qu'à 
« rétendre. » ( tom. 4. p. lo. ) 

* Que quant à ces circonstances subites , et 
lieureosement si rares ^ oîi il faut absolument 
s'élever au-dessus des formes , et mettre k 
l'écart , en faveur de laliberté , les maximes 
qui n'ont étéétablres que pour la conserver 9 
l'évidence en est le caractère propre et uni- 
que , de sorte que personne ne k s 1 év oque en 
^oute, et que le citoyra le plus obscur est 

Hiv 



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276 LETTILES OaieiNALES 

ausfti bien au*d«ssus des lois dans ces crises 

funestes que le priace lui-même, 

« Qu'ainsi la nécessité f Véviâcntô née et" 
«I sité , sans tfUioi on pourrait toujours la pré'» 
M texterj et lè danger peuê^ent seuls autoriser 
M la violence cojilre Li liberté naturcLle des 
^ hommes ; et que sans ces motijs pressans 
M la ^mination > qui violente la propriété 
i* personnelle , dégénère en tyrannie'; ( toai, 
i« 6. p. et qu^à peine dix siècles fournis'^ 
-H sent un ejcemple de ces occasions extrêmes. 
H ( lom. 4, p. i56») 

^ Mais qu'en général il importe infiniment 
à la société que le droit de chaque individu 
soit piotégé, non parnne force particulière^ 

^ dont l'action illégale blesse les droits de la 
communauté ^ mais par les forces réunies de 
cette société, c'est-à-dire, en vertu du pou- 

^jroir_sôuvèrain réglé par les lois ; et qu'ainsi 
jamais et en aucun cas ( car la nécessité 
li'en est point un qu'on puisse prévoir ) au- 
cuii jugement ne peut éir-c légitimement 
rendu contre un citoyen , et par conséquent 
aucune peine infligée, si ceji'est par les juges 
ordinaires , légalement préposés pour être les 
organes et les interprètes des lois* 

Cette discussion étendue et développée se- 
rait la matière d'un ouvrage très-importaut, 
Ëh I qui le ferait mieux que vous ? mais la 
restriction que contient le passage cité , n'in* 
fine en rieu sur la conséquence que j'en \ eux 



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BE MIRABEAFt ; I77 

tirer. Mon affaire est-elle un de ces cas ma^ 

jeurs et -privilégiés dont vous réservez la con-* 
naissance exclusive au monarque ? suis-je un 
criminel d'état?* • [ 



TEXTE. 



OBSERVATIONS. 



X V. ( Lbid. 93. ) 



làB'priiice n& doit que 
ce qiCd peut ; il doit 
Û tous ses sicjeis la 
justice laphis prompte 
et la plus commode. 
Les abus de, détails 
appartiennent à la na- 
ture corrompue : il ne 
^iient pas ait souverain 
*qu^j4dam rCaitpéclié ;^ 
mais tous les maux 
ide corruptiorè, dè]fèè^ 
^çeut j d! ignorance, de 
hâte , cC impuissance ^ 
qui naissent Su' dé^ 
placement ; tous ces 
maux j dis-je j soAt 
des vices du gouverné^ 
wôhV .* il tte Saurait 
donc trop réserver sa 
'vigilance pour les oh* 
jel$ principaux , H 



* XV- 

Mais tous ceui: ^uî 
le surchargent de non* 
velles demandes , et 
détournent son atten^ 
tion sur des objets 
qui ne ^ont pas de 
sa compétence , se 
croient aussi bien fon- 
dés , aussi dignes d'ê- 
tre écoutés que vous. 
Il faut donc des règles 
*géfiérales sans excep^ 
'tioft ^ des principes 

généraux sans a^ccep-^ 
tion y pont éviter Par- 
bitraire et les dépla^ 

cenicns; et quiconque 

sollicite ces excep- 
tions manque an de«- 
voir de bon sujet et de 
digne citoyen, puis- 
qu'elles sont funestes 
H 



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I7St l ETIRE s OaiGIÎ^ALES 

T E X T £^ OBSEUrATIOIi 30 

renvoyer les déiaiU à a l'état. Mau qui doit 
leur aouTce. . pratiquer, ces maxj.;- 

mes, si ce n'est celui 
qui s^est fait tant d'Jhonneur en les publiant ? 
Pourquoi contribuez-vous à ce déplacement 
dont vous feitcs si bien entrevoir lesconsé- 
quences ? Pourquoi vous rende^--vous com- 
plice des vices du goui emement après les av^oir 
•indiquas Daignez me dire s'il est d'un bon 
citoyen de contribuer au renversement de 
-l'ordre ? On sait que les exemples Joui tout , 
et les préceptes rien. ( a*, vol. p. 227. )^ 

T JE X T JS. OBS EUrAT T O M s* 

^ .XY.Î.iZbid. ()().) X V I.^ / ^ 

* Ces gens"^ là les II y a une manière 

intendant ) seraient de gouverner trente 

tvui dans Pétat, s'ilf et une fois plus cour- 

élaient ce que porr ie j c'est ^u'u» seul se 

^Êaien^ leurs iii tes ef^ charge jde celte beso- 

leurs prt tentions ; et il gne , embarrassante 

^ne faudràit que (renr ou- non , et que ses 

te-deux hommes pôur amis obiieaneut^out 

gouH-rner le royaume j ce qu'ils peuvent dé* 

mais, fût-ce le royau^ .sirei; dç ce magistrat 

^es taupes , ils y se-- uniquç, Quaiid i| ra 

raient bien embarras-^ trop , emUqxias^é ^ il 

sés^ jemp'liia Ja .Bsstijle^ 

Yiûceanes et auttea 



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MIRABEAU* 17<> 

lieux de plaisance ; or, là, je vous répond» 
qii^une fois les portes fermées^ un enfant gar- 
derait dix mille personnes* — Mais les autres 
se fàclieront. — Oh ! que non ; nous sommes 
patîens;au pis-^aller, vous mettrez tout le 
royaume en prison d'état : cela sera un peu 
cherj mais le bien des détenus y pourvoira 
de reste : on ne vous contrariera plus : vous 
serez maître , maître absolu par la grâce de 
Dieu et desverroux, et le deopo{.Iouie pro- 
menant ses regards sur de vastes déserts s'ap-* 
plaudira d'avoir tout opprimé. 



T E TE. 

XVII. {Ibid. io6.) 

* 

La justice et la po* 

lice sont des ressorts 
trop précieux et trop 
sacrés, pour devoir cri, 
'confier jamais la di^ 
recUoii en chef à des 
mains profanées par 
la rouille des met aux w 

X V 1 1 L {Ibid. io6.} 

Quel contre-poids ! 
guel remède aux vices 
naturelsd^uti gomer- 
nement militaire en sa 
constitution , que fin^ 



O BS JuR VA TX ON S, 

XV IL 

Ne peut-on pas ajou^ 

ter , à des cœurs cor- 
rompusjpar Vinirigue ^ 
lafup^uretlacour? ' 



X V II L 

Sans n ier ou débat-' 
tre le principe , sans 
relever cette singu-» 
lière expression de 
bien voulu , je démit»- 



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L£TTE£S OAIGINALES 



T E X T M. 

troductioh des trihu^ 
natéx toujours fixes et 
agissmis, scrupideua: * 
consenateiir^ dcà/or^ 
mes auxquelles le pou^ 
%'Qir éclairé a bien 
O^oulu s^aslreimlre , 
prévoyant le rogne dié 
-pouvoir aveugle! 

XIX. {ibia.x\i.) 



OBSI^R VATIO N S. 

deral seulement de 

m 

quel droit vous m'ar- 
rache:& cette sauve- 
gardedes tribunauxsî 
précieux ^ selon vous ^ 
si nécessaires pour re- 
médier aux vices du 
pouvoir aveugle ? 



X I X. 



Qaç Vuutgrité se 
rappelle les siècles de 
fit, oà Von établit et 
muUiplia les jugemens 
par Commissaires» 



Hélas! on est jugé 
du moins lorsqu'on 
Test par commis- 
saires, et quelque ef'> 
frayant que soit ce 
dernier outrage que le 
despotisme puisse faire à la justice^ qui est 
d'emprunter son costume pour déguiser sa 
tyrannie, du moins il délivre les victimes 
dévouées ayx vengeances ministérielles du 
poidû de rincertltude, le plus horrible, le 
plus intolérable des tourmens* Convenez.., 
convenez , mon père , que ceux qui , dans les 
prisons d'état, peuvent être jugés , sont beau- 
coup plus malheureux que ceux qui sont mal 
jugés. Je demande pour toute grâce un arrét# 



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9£ UlRAEM AV0 



l8f 



T E X T B. 

XX» [Ibid. 1 14-115.) 

Les juges ordinaires 
et les trif^unaua: natu^ 
rels eussent-ils toutes 
lespréientions ensem^ 
ble, des vues d^ ambi- 
tion de toute espèce , 
un esprit de despotisme 
habituel, une fierté de 
mœurs incompatible 
açec la véritable équi^ 
té, le tranchant^ et le 
dur d*un prévôt enté 
sur la morgue du tri^ 
nal, une balance énfin 
à tout poids et à toute 
mesui'e, etc.; Je ne sais 
sur quoi ton poun^ait 
espérer de trouver 
mieux dans ]es juges 
d'attribution et de 
cour. LVtat de riiom- 
me en général est une 
maladie habituelle 
mais les plus mal- 
sains de tous ^ sont 
ceux qui respirent Pair 
le jplus corrompu. 



OBSERFATIO N s* 

x» 

Pourquoi donc me 
soumettez - vous à 
ceux - ci ? Je ne suis 
que votre fils, il est 
vrai ; mais enfin je 
dois bien peser dans 
votre cœur , autant 
qu'un individu dupau'^ 
i re peuple. 



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^8a LETTRES ORIGINALES 



T E J[ r JS. OBSERVAT 10 2^ 

» 

XXI. (c, 4. i^%.Ibid.) XXL 

La contrainte est le O mon père ! pour^ 
plus défeciueux des quoi j'emp] oyez-vous 
nssoTis de Vautorité^ si souvent ? pourquoi 

a-t-elle été dans tous 
les tenas la cheville ouvrière de votre admi- 
nistration domestique? £n quatre ans de 
f ems vous m'avez frappé de huit lettres de 
cachet. Ce n'est point à moi à vous rappeler 
que vous en avez obtenu trente en votre vie ; 
vous qui avez -avancé^ coinme nous le ver- 
rons bieiilot, iju a peine en dix siècles se 
présente-t-il une occasion juste d'en décer- 
ner une. Vous avez mené tous vos enfans ^ 
excepté un seul , parla terreur, comme si 
c'était du sang d'esclave qui circulât dans 
leurs veines. Ah ! mon père ! je vous e|} con* 
jure, abandonnez, ces ressorts défectueux ; 
ces moyens durs H violens, qui, selon vous j 
ne peuvent en aucun genre produire rien de 
Ion; (2^vol. p. 377.) ces voies forcées que 
vous abhorrez comme détestables défiant Dieu 
et les hommes. (401* Ibid. ) 

TEXTE* OBSERVATIONS^ 

XXIL {Ibid. 149.) XXII. 

Par-lout sans en ex- Que vous proposez^ 
cepierricujlesmojcns vous par les moyens 




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SX MIRABEAU. M 

TEXTE. OBS MRrATZQNSm 

coéi'cilifs sont les plus que vous employ ez 
-propres de tous à faire envers moi? ma mort? 
sur homme un ejjf tt Donnez-la moi moins 
coniraire à leur objet, cruelle et moins len- 
^ te : Pacte de m'égor» 

ger ou de m'empoisonner ne sera pas plus 
criminel que l'intention de me faire mourir 
de désespoir, et sera moins barbare que ce* 
lui de m'y contraindre. Désirez*vous ma ré* 
si^^Uc exice? pur-iout ^ sans excepter rien , les 
moyens coërciiifs sont tes plus propres à /aire 
sur l'homme un ejjf et contraire à leur objet. 
Décidez - vous : accordez - vous avec vou^- 
méme, osez dire ce qtie vous voulez. Môh 
père^ avant ijue entreprendre de faire res^ 
pecter le droit naturel dans L\nm^ers , il faut 
commencer par le faire régner chez soi* (Ami 
des hommes^ vol. 3, p. 2j3.) 

T lù X T E. OBSEMFJTIONSm 

XXIIL ( Jbid. 238. ) XXIII." 

Le droit des gens en Grand dieu 1 c'e»t 

gi'andet en petite c'est ♦celui qui a écrit aiiir 

là le point de pue qui si , qiii^ iih mépris du 

abrégera vos travaux .drçit n^tvo^^l.et de« 

et Tfos spéculations ; .sentimens les pl^s 

quifivera vos irréso-^ doux de Ja patwe , 

butions, qui élaguent livre so« fiJsà^€# O7 



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184 LETTRES ORIGINALES 



T JS X T 



OBBEHrATlOir S. 



les sophlsmes du pour 
et ducontre, malheu* 
reuK efforts de Tes*^ 

prit humain ^ destiné» 
.à cacher les trahisons 
de riotérét , qui oba- 
^curcisscut des vérités 
plus claires que le 
jour, et font quelque- 
fois subsister chez des 

peupksjjollcesdcsty- 

jraDnies de détail^ dont 
la barbarie aurait rou- 

gi. Aj ez uniqueiuen t 
en tout ét par^ioul le 
droit des g&ns en vue. 
La loi naturelle j em* 
preinte dans tous les 
vœurs , se présente 
sans cesse aux j eux 
même qui le Jiiieni > 
et le fait briller sans 
-nuage dev ant ceux qUt, 

le cherchent dans la 
pureté de cœur et ^in^ 

ieniion. Il vous dé-- 

Cidera ■ dans les plus 

petits détails* - 



munies de détail dont 
la barbarie aurai trou- 
gi« Quis iulerit Grac^ 
chosde sedifLoue que^^ 
rentes ? Mon père 
relisez ce beau frag- 
xnent^ et tâtez votre 
cœurt 



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B£ MIRABETAV* l85 

T X T E. OBSER FATI03HS. 

0 

XXIV. XXIV- 
(C. 5. p. 3 12-1 3. IW.) ^ 

Parmi tous ces mo^ Traitez moi en 

dcrnes , je suis peut^ père ^ ce qiii est plus 

être le premier qm ail d ire qu^en frère ;qbt les 

prétendis enseignerai devoirs de la f ratera 

physique que tous Les iiité ae sont que re* 

hommes ëtaient frè^ latîfs : ceux de la pa- 

tes; que nul ne pou^ teroité sont directs* 

Tfuit faire son propre Vous m'avez donné le 

avantage exclusive^ jour.C'est à vousiiTOav 

ment à celui ^autrui; , efforcer de me rendre 

^e Les principes de la heureux , et à plus 

justice s'accordaient forte raison de n'être 

en tout et par^tout à pas l'artisan de moa 

ceu<x: du véritable in^ infortune. ^ - 

térét; que le$ bienfaits Suivez envers moi 

étaient les seules chai^ Jes principes de la 

nés propres à rhoni" justice naturelle ou 

me; que Vlianuonie posirive,àvotrechoiy« * 
politique a des règles ^ L'une et l'autre vous 

simples ^ fixes et pré^ diront que vous ne 

cises j aiù - delà des-- pouvez être mon jug4>^ 

quelles la puissance car un. homme n'a et 

ne peut rien contre ne peut avoir aucuns 

elle-même^ droits de juilscliv lloa' 

sur un autre homme i 
le pouvoir d'administrer la justice apparte-* 

* * 



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l86 L£XT&£SOBIGIKAL£S 

nant évidemment à ]a. société réunie pour 
luaînfenir les droits naturels de chaque indi^ 
vidu y qui né durait les comerter sans Pas* 
sistance de ses semblables» Un seul hoji«me 
est le dépositaire de ce pouvoir dans les mo- 
narchies ; mais il faut qu'il le délègue ^ s'il 
ne veut être un oppresseur. Les lois positives 
Tous diront que depuis la fondation de ceroy au- 
mejusqu'axe jour^ un jugeu'afamaispu juger 
seul : ce que vous pouvez voir , dans les lois 
Mliques, dans les capitulaires/dans les pre^ 
aniers écvivains de pratique de la troisième 
race ^ et enfin dans toutes les ordonnances 
.«le nos rois 9 depuis qu'ils se sont arrogés le 
flruit d'en faire. Ben dez*dônc justice à vous** 
onême et à moi 3 respecte^ les lois de la na-^ 
fure, et celles de votre patrie; otez^moi 
,c€s chaînes, dont vous m^avez tyrannique*» 
ment chargé , et auprès desquelles la mort 
serait un bienfait. 



T ^ X T s, 

XXV. 

Il 

( C* 7r p. 41 4- 1 5« Ibid. ) 

Qu^on ouvre ces cé^ 
lèbres prisons,, oih y 

iTou<^cra quelques 
prisonniers à! état, ou 
autres dont les crimes 

jie doivent pa^ étreré^ 



QBS ERVATI 0 2i 5. 

* 

Je pourrais vout 

dire 9 mon père, que 
vous* traitez bien, lé- 
gèrement l'article de 
ces célèbres prisons > 
et qu'assurément vous 



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BX MI H 

T M X T JË. 

yéle$;ceux4à seraient 
> aussi bien à Pierre^n^ 

^ 2^. Quantitéde scé- 
lérats qui n^aiiendent 
,gue la liber lé de se 
faire gendre , et des 
liberiins ifui a^ instruis 
sent sous de M bons 
viaîires. Nous par-- 
lions tantôt des ^ra» 
^uux publics. Pour* 
quoi ces gens-là , at- 
tachés à des ûhatnes^ 
.ambiélanles j, ne sont^ 
ils pas . employés à 
céàxdeeestrdpouscqui 
paurraient être mal- 
sains pour des ouvrier» 
volontaires? Ils ser^ 
^iraient ii^exemplo , 
au lieu qiûils sont ou" 
bliés dans leur obsùiir 
rèpaite ; et le malheu- 
reux qui, opprimépar 
de faux rapports j et 
des surprises faites à 
P autorité , se^ trowe 

quelquefois corfonida 



ABSAV« l37 

OBSEMFATION Sb 

ne les avez pas exa- 
minées de près, soft 
dans leur constitu'- 
lion , soit dans leurs 
inconvéniens , quoi^ 
que vous en ayiez ha- 
bité une ^ et c'est celle 
où ]e géBEïis : 

Qu'il n'y a pas un 
homme au monde que 
je ne défie de prouver 
que de» prisonniers * 
d^état, des scélérats , 
des libertins , des 
fous 9 des vieillards 
ruinés , fassent , je ne 
dis pas le plus grand ^ 
nombre des habitans 
des prisons d'état, je 
dis le tiers ^ le quart ^ 
la dixième partie : 

Que ce que vou5 
appelez les surprises 
faites à l'autorité , 
peuplent ces lieux de 
douleur , et que la 
plupart de ceux qui les 
habitent ont de, l'es* 

prit et des talens , ce 



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i88 



LETTKÏSOBIOIirALXS 



parmi les juéchu/is^ qui est très-naturel €t 
serait plus en éiatde -se cochpreiid facile-* 
réclamer 1^ secom^ ment ,1e feu des pas- 
delsi^iiïéeidi^^ctlair- sion$ étant presque 
cissemenê. toujours celui du gé- 

3\ Des insensés : nie , et le génie exci* 
ceux-là pem^enl végé^ tant constainmciit la 
ter yuir^iùup aiUeuns naine de la médie» 
comme ici% «rité t 

4*^. Des enfans • Que dans le seul 
des jeunes filles aban^ château d'if ^ j'ai vu^ 
données n • • * ' trois hommes dont le 

S'^.Desfillesdejoie crime unique était 
quij transportées dans -..d'avoir de jolies fem- 
des manufactuxee de mes protégées par 
jJTOinnce y pem^ent d^ quelques - uns de ces 
^nir filles de travail, bas valets que l'on 
Des meilUirdsenfn -appelle grands sei- 
^uiyajaiit consommé ^gneurs^apparemment 
dans ia débauche et la par antl - phrase , et 
dùstsipatmn tout le qui sont tout à la fois, 
firuit du trm^aiL cou- comme cela est de 
rant de leur vie ^ et droit, les plus lâches 
apyant toujours eu esclaves et les plus 
Vamhitieusù perspec^ impitoyables tyrans. 
tive de mourir à Vhô^ J'ai tiré un de ces pri- " 
pital, y parviennent sonniers de ce fort par 
anquUlemeni. une démarche un peu 

hardie j mais enfin ^ 



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die a réosai j et je n -al paa été aussi hett'^ 
reux pour moi* 

Je pourrais vous dire , que dans ce même 
fort 9 j'ai vu un ancien armatear américain ^ 
âgé de soixante et dou^se ans , criblé de vingt 
coups de fusil , aimé^ estimé et employé par 
mon oncl^ , lor^ de son gouvernement de la 
Guadeloupe,) qui^ pour piix.de ses travaux 
çt de son sang , était détenu dans cet affreux 
séfour 9 àla séqûbition de sa tendre, et respec* 
tueuse fille qui avait représenté que son père 
«candalisait le public et se clcslionoralt par 
9e9 fréquentes ivresses ; qued^aîllears il pQU^^ 
v4it > se tuer en. tombant , et qu'il fallait ren- 
fermer pour qu'il ne tombât pas. En effet ^ 
vieux bon homme ^ à qui j'ai connu eiH 
core un esprit très-sain, des vues y de 4' au- 
dace , et des lumières étonnantes entassées 
par Texpérience et enibuies dans un peu 
d'abrutissement , aimait le vin et l'eau de vie 
en déterminé marin, et nullement les callus j 
et sa fille en était une fet^ Tintenda^t, ou 
êon Siubdélégué) ou ses laquais , la proté- 
gçaient j et le père ayalt eu l'imprudence de 
«Mfiacer, eton Paii^àiipDévemi ; et cetexbn^lff 
que j'ai, vu dans un fort , peut se retrouver sous 
d'autres formes dans cent autres. Tout lé mon-» 
de sait Thiatoire du Sfîeiàr -Rivière, que j*ai 
connu homme honnête et dous# Kn 17^6 il 
avait été soupçonné plutôt qu'accusé , lot e* 
SQii père , d'un assassinat } l'un et l'autre , ai> 



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I 

190 ^ LETTRES OaiGINAtES 

rétés en vertu d\in ordre du Roi ^ avaient été- 
conduits à Bicêtre, où le malheureux vieillard 
est mort de chagrin et de xnUère , et où le 
fils a langui neuf ans. Ses parens , nageant 
dans Topulence et qui avaient jeté leur dé- 
Tolu sur son bien, affectaient des alarmes très* 
vives sur son sort* Le hasard a fait connaître 
cet infortuné au digne M. des Ëssarts, qui 
a fait paraître un mémoire à consulter tnr 
sa faveur ; le prisonnier a obtenu, en 1 776 ^ 
la permission d'être transféré dans les prisons 
de Bayeux, où son prôcès lui ayant*été fait , 
sa liberté lui a été rendue. Vaut mieux tard 
qu^e jamais j mais tput le inonde n^a pas la 
force ou Ja faiblesse d'être eseiave di% ans ; 
et, si le^ sieur luvière eût été au donjon de 
Vinceqjges ^ il y serait mort, parce qu'il n'au- 
XBit pas pu connaître M. des Ëssarts* Je cite* 
quelques-uns des exemples que j'ai vus: com*[ 
bien de milliers je n'ai pas vus! ^ 
Je pourrais vouç^dire que dans ce liaéme' 
château d'If ^ il y «avait, trente prisonniers ^ 
dont un .seiil de la lie du peuple était un 
* scélérat, dont à peine six pouvaient passer 
|iôur de mauvais su jets. - A iaiVérité ^ les autres 
prenaient le grand chemin de le devenir ; et 
c'est encore un avantage inestimable de ces 
augustes ^maisoat« Lés prisonniers se com-* 
mujaiquent-ils? une seule iialeine empestée 
infecte toutes les autres. Sont-ils enferméa 



MIRABEAir* I9X 

toujours et à jamais à part ? ils devieiment 
sombres , atroces , fous ^ enragés. 

Je pourrais vous dire qu'il est trop vrai 
qu'il faut cacher à la société ceux qiû , par 
une suite de la faiblesse de notre triste na- 
ture ^ ont perdu l'usage de la raison ; mais 
que Ja plupart des fous que renferment les 
maisons de force et les prisons dVtat , le sont 
devenus par l'excès des mauvais traitemens 
et de la douleur, ou l'horreur de la solitude; 
qu'un régime doux et sain , et quelque exer- 
cice leur remettraient la tête. J'ai vu à Ma- 
nosque un digne et respectable religieux , qui 
n'avait de son état que l'habit qui n'eu man- 
quait pas un» Six insensés lui sont tombés 
dans les mains pendant que je l'ai connu et 
observé , trois desquels on était obligé de te- 
nir à la chaîne : tous sont sortis d'avec lui 
bons et paisibles citoyens. 

Je dirais encore qu'il serait tyrannique et 
, barbare de condamner des liberiùis à des 
travaux mal -sains pour des ouvriers volon^ 
taires ; Car ils le seraient aussi pour ces li- 
bertins ^ et c'est une horreur c^ontre nature 
d'attenter lentement sur la vie des hommes 
qui n'ont pu être condaxnnés légalement à 
•la perdre* Vous vous êtes rétracté à cet égarà 
dans votre sixième volume ; mais non pas 
par la raison que je prends la liberté de vous 
objecter. -, 
Je dirais enhn^ qu'un écrivain sur la po* 



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LETTRES O&IGINA LES 

puiatioD y aurait pu réfléchir sur le nombre 
des générations enfouies dans ces tombeaux 
appelés prison» d'état; que je connais six 
forts qui contiennent trois cents prisonniers ; 
qu'à envisager la chose seulement en calcula- 
teur 9 on s'assurera qu'il n'y a pas un de ces 
gommes ^ quif dans l'ordre^ je ne dis pas 
possible , je dis naturel de la continuation des 
générations 9 n'eût pu donner k l'état, à l'hu- 
inanité, un nombre inhni d'hommes : car à 
la vingtième génération, par exemple , cha- 
cun de nousà un million ^quarante^-huit mille, 
cinq cent soixante et seize ancêtres dans le 
degré direct , et deux cent soixante et qua- 
torze billions , huit cent soixante et dix-sept 
millions, neuf cent six mille, neuf cent qua* 
rante-quatredansle degré collatéral. Ce cal- 
cul est effrayant pour des yeux non éclaii es , 
et un esprit non réfléchi ; il ne le sera pas 
pour vous: il est bien simple , bien évident, 
bien incontestable , si deux ci deux font qua- 
tre ; et s'il paraît incompatible avec le nom- 

♦ 

bre deshabitans de la terre, vous sentez biea 
qu'il faut observer que les mariages qui se 
contractent entre divers descendans d'un mé- 
me père , réunissent peut-êti:e et consolident 
cent mille modes différens de consanguinité, 
ce qui n'empêche pas que le terme possible de 
la population ne soit inassignable et même 
litconcevable. 

Peut-être suflirait-il de celte réflexion , qui 

offre 



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offre une preuve si simple de la fralernit^ 
physique de Phommë ^ pour ne pas enterrer 
•légèrement des hommes vivans. A voir I9 
chose en philosophe, en politique, en légis- 
lateur 9 combien dfautres considérations s'of^ 
frent eu foule, qui doivent inspirer la plus 
profonde horreur à tout être éclairé et sen- 
sible , pour ces homicides dont les ministres ^ 
leurs commis et certains pères se rendent 
journellement coupables ! Je ne veut pas faire 
un livre de ces notes jetées en courant j et 
je ne mourrai point , sans avoir porté sur ce 
sujet les vrais principes à un degré d^évidence 
auquel les aveugles volontaires pourront seulsr 
se refuser. Probablement cet ouvrage aura 
le même sort que moi , celui d'être enterré 
tout vif. Quoi qu'il en soit , je me content erar 
de vous observer ici, que si le malheureua^ 
opprimé par de faux rapports et des sur^ 
prises faites à V autorité peut se trouver con^ 
fondu dans les prisons d'état auec ceux qu'il 
vous plait d'appeler méchans , lesquels ma/- 
heureux opprimés doivent réclamer répara-* 
tion et justice 9 et non les secours de la pitié, 
c'est une raison suffisante , indépendamment 
de toute autre , pour proscrire à jamais l'u- 
sage des lettres de cachet ; car le crî de Thu^ 
inanité, que confirment la raison et Texpé- 
rience, nous apprend qu^il vaut mieux que 
dix coupables se soutient que si un innocent 
périssait^ u L'axiome Salus reipublicœ ^pre;^ 
Tome II, I 

♦ 



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1^94 LETTRES ORIOIKALES 

*r ma lex esta , ne peut jamais s'entendre que 
« des lois de forme ou de règlement ^ et dans 
« ies occasions ejttrémes , et si rares ^ qu'à 
u peine dix siècles en fournissent^ils un exem^ 
^ «r pie ; mais c'est d'ailleurs un principe exé- 
u crable 9 et sujet aux plus odieuses applîca- 
« tions 9 dès qu'il peut intéresser le fonds. 

II déchaîne en effet l'audacieux et le fort ^ 
« disperse tous les liens dp la loi naturelle, 
u enchaîne le droit à la suite du fait au gré 
u d'une imagination échauffée , ou sous les 
« ordres d'un çpeur impur. Le véritable axiome 

politique , le principe de la sûret^é publique 
« et privée , l'axiome éternel , le voiçi : Que 
« plutôt tout r£tat périsse 9 que si la main 
u sacrée du souverain signait la plus petite 
u injustiqe ( tom* 4, p. iSo.) Âprès cet ana« 
thème terrible prononcé par YOus*.uême, 
qu'iest-Il besoin de disserter cncoi e ? J'obser- 
Tjerai cependant , qu'indépendamment du 
<|roit , quand bien même les lettres de cachet 
feraient autant ou même plus de bien que de 
mal ^ elles ne font pas exclusivement celui là 
que le cours qaturel^des lois opérerait bien plus 
sûrement ^ parce que la stabilité et Vuiiifor^ 
mité de toute règle est ce qui en assure le 
plus Vea:é€ution ; ( tom* 4 9 p« 2^08* ) et elles 
&nt irrémédiablement celui-ci, parcequ'il n'y 
9i aucun moyen d'appel contre Pautorité qui 
}çs lance. Je ne puis entrer dans le détail des 
preuves j mais ce moi vou§ suffit ^oui co^-» . 

m 

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. DE MIEABBAir. t<jS 

prendre la force et l'étendae de ce raison- 
nement» 



TEXTE. 

XXVL {Ibid. p- 425.) 

« 

Ce ne sont poinê ici 
( dans les hôpitaux J 
comme Von dit les en^ 
fans de la débauche : 
la débauche ne fait 
point d*enfuiis : c^est 
la misère , le malheur 
ou la faiblesse , qui 
^ous apportent leurs 
enfans. De ces trois 
choses, les deux pre^ 
mières sont respecta^ 
bles ; la troisième , 
excusable pour des 
anges j attendrissante 
pour des hommes. 



OBSERVATIONS^ 

XXVL 

J'ai le CG0ur trop 
serré pow çammen-* 
ter cet article, . . Ahl 
mon père ^ Famour 
TOUS a donné plus d'un 
enfant : je puis vous 
le dire , puisque vous 
en avez plusieurs fois 
plaisanté devant moi. 
Si je les connaissais ^ 
le ciel m'est témoin 
qu'ils seraient mon 
sang , mes amis , mes 
frères* Hélas 1 les fai'» 
blesses de votre fils 
sont ^ elles donc les 



seules criminelles ? 

Le malheureux enfant qui est né de moi y et. 
que je ne puis secourir , est-il coupable de^ 
mes fautes ? Vous voulez tirer des hôpitaux 
tous les enfans trouvés ; y laisserez- vous le 
mîen? vous voulez qu'on veille sur eux, qu'ils 
intéressent le gouvernement , qu'ils soient 
soigneusement protégés : celui qui porte votre 
sang dans ses veines | sera-t-il le seul qui ne 



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196 LfiTt^KE^Sr 0Ar&ï N AL£S 

Touft-intéresseta pa^ ? Ah ! que je serais plus 

tranquille siu: moa sort, si j'étais rassuré* 
SÛT le sien ! 



OMSERP'ATIONS^ 

XXVII, ' 

Selon les principes 
dugrandnainistreque 
à tous, opprimés qui rous^ citez ^ iHâffai^ 
demandeiU > justice , blusez^vous pas Vé^ 



T JB X T S* 

XXVII. ( liid. 407. ) 

' Mefus. d'audience 
aux complaignans et 



affaiblÏBsèmeni d'état. 
( Tiré des Mém. de 



tai^ autant qu'il est 
en vous , en me faisant 
refuser toute audien^ 
; c*^^ Je ne crois pas 

que cett« mftxtme de ânlly soit jamais Té^ 
pigraphe d'jun traité sur Tavaniage des let^ 
très de cachet. 

TEXTE. OB3 ERf^ATION S. 

É 

XXVIlL(tojn..9.34o-4) X X V III- 

' Les peines dispro^ ' Or les emprisonne- 
pchrilonnées aux cri^ mens iHt^gaux nepro^ 
mes sont un àbus con-' portionnent jamais la 
traire aux mœurs ^ et peine au clélit^puisque 
îjid apilit les lois.^er^ la punition qu'ils inflt« 
sonne ne connuît gentestla même pour 
viieux que moi La y tous ceux qui la su- 
wité de cet axiome. bissent. C'estainsique 

la tyrannie égale tout, 
en tout opprimant ; état forcé qui passe en un 
clin-d*mil^ et fuit place à V anarchie, (tom 

4' 17^0 



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r 



T X T E. OBIS B liFA^lO 

XXlXé ( vol. 4. 3a0 ' XXIX. 

Noire pei[soniie eut. Je comprends bied 
à nous, et l^uiaiienUU que tous sous-eoten- 
contre celle propriété dez injuste, et le mot 
est un sacrilège. attentat ewjj^orte slyqq 

lui cette épîthète ; 
mais ce n'est pas même injuste qui doit être 
«ous-enteiviu : est illégal. Car enfin si la lé- 
galité n'est pas dans la société la sanction de 
la justice 9 tl£rat mèttré en fait et prouver que 
les mandemens fixes ;£i/t^$ont point nécessaires 
pour légitimer Fautorité , et même l'obéis- 
sance ^ et distinguer celle-ci de la servitude ; 
qu'ainsi toutes lois, toutes formes de juge* 
ment, toute magistratHte , tous privilèges, 
«ont un fatms.tturtiie et'- des mots vides de 
sens et de réalité } que tout doit étire réglé ^ 
fugé , exécuté par la volonté arbitraire d'un 
ées^te, parce que cette méthode est plus 
juste, comme plus simple et plus rapide: 
of , personne au monde, excepté deux ou trois 
jfous et sept ou huif scélérats , n'ont avancé 
ces horribles blasphèmes depuis qu'il existe 
■ des hommes. Je m>n tieqs donc à la lettre 
de votre principe. Il ne vous avancera de rîen 
de dire que ^e suis coupable ; que j'ai mérité 
de perdre la propriété de ma personne* Je 
a^épéterai pour la centième fois , que vous n'ea 



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398 LXTTJ^ES O&IGIITALES^ 

avez pas la preui^e légale , et que , Peussiez-t 
vous , vous n^êtes pas mon juge légal, et que , 
le fiissiez-vous , je suis illégalement, c'est-à- 
dire tjranniquement pifiiL On ne peut sans 
une atroce tjrannie , s'élever au-dessus de 
la loi pour aggraver la peine d'un délit. 

T M X T OMSMRrATIOli 

XXX. ( J*w/- 38.) X XX. 

JJéquité est un être _ D'après cette d^«* 
moral bien réel : elle uition claire 9 «impie 
ji^esiautre chose qiCun . et incontestable , dai* 
sentiment de respect' gnez examiner si vout 
pour tout droit, et par êtes équitable envers 
là elle est excluswe^ moi. Mais si vous» ne 
riientpropre à Pénonr^ l'êtes point ^ comme 
dation et coneertfo^^ je croiji l'avoir évi* 
tion des droits qui denuneat prouvé et 
constatent lapropriété que la force qui agit 
de chacun. Si*... la en un sens opposé de 
force agit en un sens V équité soit tyrannie, 
oppotié aujj -vues de vous êtes tyran envers 
t équité, eUe déifient moi; et si la fin de 
tyrannie ; la fin de la toute tjramie est la 
tyrannie est La desz destruction de ce sur 
trucHon de ce sur quoi quoi - elle agit , vous 
elle agit. êtes .mon bourreau ^ 

et même mon aiisas* 
«în ; car le bourreau n'^orge qu'en vertu de 
)a loi • » t • O mou père l je frémis de la CQUn 



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9S MIAABSAV. 199 

$éqaencei mais voa8<*>même m'y avez cou- 
dait. 

T M X t JS. OBSERF^ATIONS. 

XXXI. {Ihid, 69.) X X X 1. 

' Ce n'est point là so- Tout ceci est un 

eiété qui donne un tisau de faux princî* 

droit au père sur son pes , dont la discus- 

^Is : aji contraire , il sion me mènerait Uè;>* 

est tout simple qu'elle loin ^ et sertît -fort 

lui en été ; car la so^ inutile; car ?ous savesà 

ciéié est une réunion bien par où ils pé- 

êtres qui consentent chent.Vous savez bien'" 

à sacrifier quelque que nous avons beau-» 

chose de leurs droits coup acquis en noua 

solitaires , pour les réunissant en société ^ 

échanger contre des et rien sacrifié: vous 

avantages de réunion, sentez bien que dans 

'Dansxme f online seu^ la loi de nature, le 

le ^ le père serait le père n'a droit de juri- 

souverain de son fils; diction qu'à raison de 

dans la société ^ per-- protection y et qu'où 

sonne ne peut Tétre finit l'une, l'autre fiàit 

d^un citoyen , si ce aussi j bien entendu 

n^est Vétat. Ce nest que la douce soumis* 

point la société qui sion de la reconnais- 

soumet réponse à son sance continue. Vous 

mari; âest V ordre de sentez que la souve-* 

la nature qui veut raineté ne dérive pas 

qu^en toute réunion plus de la paternité , 

I ir 



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^00 L£TTfi.£S ORIGINALES 



TEXTE. 



OBSERFATÏON $• 



de qualités diverses, 
V autorité soit du côté 
de la force j la dou^ 
ceur et^ le. conseil dw 
eôté de la reconnais^ 
wcmoe èt de PaUachè^ 
meni^ Co rCest 'point 
la société qui dévoue 
ie filsà son père ; au 
contraire eUe partage 
ce devoir uniqm etsa^ 
eré ; mais tous ces 
droits du père au fils, 
du mari à la femme , 
sont autant de por^ 
iions inaltérables de 
la propriété^ 



que de tout autre de- 
gré ;âe parenté ^ puis- 
que le père n'est pas 
immortel ^ et qu'après 
lui, personne d'entre 
les frères, les cousins* 
germains ^ etc. les* 
quels ont besoin d'un 
gouvernement , s'ils 
sont très-multipliés y 
ne sera père; qu'ainsi 
Tutilité et le vœu de 
la famille sont les 
seuls titres de souve** 
raîneté, etjc» De tout 
cela vous n'avez con<^ 
servé que le vieux rév0 



(je dis vieux ; car il 
a plusieurs milliers d^années) des soweraàns 
pères de leurs peuples ^ ce qui fait une phrase 
assez ronde , et puis voilà tout , et se réduit 
€n dernière analyse à dire que le roi, em- 
pereur , monarque , mandataire, messier (tout 
ttomme il vous plaira le nommer ) maïs tou- 
jours et uniquement le salarié de la société ^ 
doit servir ses commettans fidellement, pa^ 
ternellement , si mieux l'aimez pour son propre 
intérêt, etc. etc. etc. Mais enfin ladéfectuo* 
<iité des prémisses. n'a pas influé sur les consér 



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DE M I R A B £ A ty# 201 

quences : car, semblable à tous les bons es- 
prits ^ qui «'égarant dans les principes ^ «e re^ 
pressent d'eux-mêmes dans les cooséquences ^ 
vous les tiriez excellentes , avant d'avoir fixé 
les vrais akîomes. Il suit donc de ce que vous 
avez établi 9 que vous êtes^ par la loi positive, 
comme par la loi naturelle , mien comme je 
suis vôtre; que vos droiis énoiaueot de ¥oû 
devoirs , et mes devoirs de mes droiis^^ Voilà 
de Véconomisme tout pur. • . • Encore une fois ^ 

je vous supplie d'appl i quer vos maximes àvotre 
conduite ^ ou de pratiquer vos principes» 

T K X T E. O BS ERTAT lO N s. 

XXXII. {Ibid. 76.) X X X I L 

Les^Rois de la terre Je ne transcris cette 
doivent être aussi re- étrange maxime que 
tenus que le Roiduciel pour vous montrer 
à faire des miracles , que Je cite de bonn« 
et les opérer dans la foi ; car enûn vous en 
même intention , lors^ sentez mieux que moi 
qu^iis sy croietufar^ Tabsurdité ^ et vous 
cés. ' apercerez les consé*^ 

quences atroces que 
les vils partisans du despotisme en pour<« 
raient tirer* Si le Roi du ciel a jamais fait 
des miracles , ce qui , pour un véritable et 
respectueux adorateur de la divinité ^ parait 
impie à croire et absurde à penser ^ il était 
certain d'avoir rai&ou. Eh ! quel homme a 



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lOft LBTT&E9 OKIGIKAIES 

cette certitude ? Dieu rien a point créé ^ et 
tCen créera -point dont le génie »oil assez 
étendu» et les vues assez sures pour préuoùr 
toutes les conséquences sowent^ destructii^es 
résultantes du bien apparente (p. 84») Qui 
s'airogera donc le droit de s'élever au-dessus 
des règles consacrées par le vœu et le consen- 
tement général? Sera*cele plus faible ^ le 
juxoins éclairé, le plus ignorant des hommes? 
celui qui est entouré des passions les plus 
actives et les plus corrompues ? celui qui se 
trouve le plus éloigné de la vérité? N'est-il 
pas évident que la cupidité des souverains et 
de leurs entours ^ vdeviendra la raison d^Etat 
et décidera de la nécessité du miracle ?. . 
Ah! mon père 9 point de comparaison des 
choses célestes aux choses terrestres ; ce sont 
précisément des applications de ce genre qui 
ont créé l'inquisition. <• Tout est réglé et fixé 
«< dans l'ordre naturel , et par la loi fonda- 
•« mentale de la société humaine. La propriété 
tt décide tous les cas , borne toutes les juris'- 
«* dictions > établit et circonscrit tous les de- 
•I voirs ^ ceux du père, ceux du fils, ceux du 
•t maître, ceux du salarié. » Voilà ce que vous* 
même avez dit dans les Lettres sur la dépram^ 
tien de Tordre légal ^ qui sont un de vos meil- 
leurs ouvrages, quoique ni le public ^ ni peut* 
être vouMaaême ne s'en doutent. 



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MU MIEABSAV. 2o3 

TEXTE. O BSERrATION S. 

xxxm. {.rbid. 85.) X X X 1 1 L 

Les Bois tiennent £t Id loi de nature 
leur pomoir dé Dieu ^ n'est donc pa$ la pre- 
et ils Tien sont comp- niière de toutes , ou 
tables (fu* à Dieu. La plutôt la dominatrice 
soumission ifui fait de toutes Loin ^ 
tendre le ion à des loin de nous ces ma-» 
barbares sous le cor^ ximesaumoinsincon* 
don envoyé par le sou^ sidérées y qui des pas« 
'Verain est la sublime teurs des humains fe^ 
vertu y si elle est rai^ raient d^impitoyables 
sonnée ; mais cette bouchers : les uns et 
• soumission est dans les autres conduisent 
^ Tordre du devoir, puis'^ les troupeaux; mais 
qu^il ïCy a point de loi les premiers au* pâiu^ 
dans Céiat qui assure rage ^ les autres à la 
^ la vie du citoyen/ mort. (vol. 3. p. 23a.) 

Je dis et je soutien-» 
drais à toutes les puissances d« la terre , que^ 
l#s esclaves sont aussi coupables que leurs 
tyrans ; et je ne sais si la liberté a plus à se 
plaindre de ceux qui ont rinsolence de Fenva- 
hir, que de l'imbécillité de ceux qui ne savent 

pas la défendre \ oilà votre vraie doc« 

trine^ mon père, et celle de tout nomme dîgne 
de ce nom. Tout ordre marqué au coin de Pop^ 
pression, porte avec lui le droit de résistance^ 
( tom. 4. p. 242. ) • . . Mais ce débat est inu-, 

♦ 

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2^04 L£TT&£S0EI6IKAL£S 

tile^ nous ne sommes point en Asie ; noixt 
avons des lois positives qui garantissent ou 
deyraient garantir notre liberté et notre vie^ 
c'est-^-dlre , nos premières propriétés, ori- 
gine et fondeikient de toutes les autres j et ces 
loi9 ne sont que la loi de nature écrite. «« Les 
«•iois françaises ne sont autre chose, à les 
M considérer dans le point de vue politique, 
•< que l'obéissance des membres au cbef d'une 
«•part, et de Tautre rengagement du chef 
au maintien et à la conservation du droit 
« public et des lois particulières des membres. 
H Yoilà nos lois à cet égard; et quand à des 
««lois on ajoute desm^xla^es, on nVutendsaiis 
41 doute qu'un régime de détail émané des 
.««lois, correspondant aux lois; sans cela ce 
«mot maximes exprimerait ua sacrilège.» 
(tom. 4. 179* } 



T x X T 



XXXIV. 



XXXIV- 



\ 



( Ibid. ^7. 98. ffçS) 

La police comme plus , 
subordonnée ( que la 
justice J moins guidée, 
duns ses démarches , 
plus subite , plus tran^ 
chante et p^usfréquen* 
te A doit être^ plus at^ 



Vous ne vous atten* 
dez pas , mon père f 
que je commente cet 
aiticle*... Qui serait, . 
assez lâche. pour bat- 
tre $on eunemi à ter** 
re ?» » ». Ah ! (juand cet 



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B ]& X J.E A B £ ▲ V« 20B 

T M Z T E. OB& ERFATI O Xf S. 

leniwe encore à iieja- ennemi est un père» 

niais blesser les lois on yole à lui pour le 

de titre , sous peine de relever et baigner ses 

scandale et de tyran^ mains de larmes • • . • 

nie. Le remède à cela C'est vous-même qui 

est de ne connaître de avez écrit cet excel* 

moyens que les lois de lent morceau que j 'au» 

règlement. Qu'on se rais dû vous envoyer 

soutienne que le pire sans les passages pré- 

dea abus est la vio^ cédens qui deviennent 

. laiion de ces lois; que inutiles* Il contient ^ 

les abus de déiailsont avec une énergie qui 

une défectuosité insé- .vous est propre y iu^ 

parable de tout ce iinimeiit plus de cho*? 

qui est humain^ mais ses que je n'en al dé- 

que le gouvernement * layées dans ces notes» . 

se poignarde lui-mé'^ Il est le résumé de 

me quand , pour parer mon ouvrage sur les 

auœ détails , il abuse prisons d'état ^ ouvra* 

engranU et attente sur ge qui n'est ^>as sans 

la loi de iiUc* Si la Loi quelque mérite ; car 

ne fait pas les excep^ mon ame enhardie paf 

lions de personne ^ de la persécution a élevé 

" quel droit Vinstruinent mon génie abattu par 

de la loi peut-il s'arro- lessouffrances^ Jecrot» 

ger plus de- pouvoir , si peu avoir dépassé 

se livrer à plus de pré-^ dans cet écrit les bor- 

voyance P Onveutsau^ nés du devoir d'un 

^er la honte i et L'on bon sujet ^ et la mo-* 



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2o6 LETTRES ORIGINALES 

V 

ir E X T M. OBSMMP^ATION 3. 

owre la porte au dé^ dération d'un citoyen 

sordre ^ jrrincipe de sage , que je Padres- 

toutes actions hoiUeu^ serai inceisamment à 

ses ; on veut y voir celui-là même qui a 

plus clair que la jus^ rinspectlon des lieux 

tice , et Von se livré à oùr vous m'avez con* 

tous les prestiges de la finé ; il est digne d'en- 

déception : on veut un tendre la vérité , et ca- 

/reinpîusprompt splus pable de la connaître. 

assuré que les lois j et Je sais bien que je ne 

Vonmetune arme dan-' changerai pas lesprin* 

gereuse aux mains de cipes du gouveme- 

VorgeuiL et de Vinjus^ ment qui croit de la 

tice ; on veut faire res- meilleure foi du mon- 

pecter et redouter la de avoir Pintérét le 

police , on la rend odi- plus grand , et le droit 

euse par une inquisi^^ le plus légitime au 

tion absolue ,ou^ pour maintien de cette pra- 

mieux dire, par des ju- tique commode , par 

gemefis quiontprécédé laquelle tout citoye;i 

l'' inquisition ; enfin on dont la physionomie 

^a fait paraître ridi- a le malheur de dé- 

cule j en antissant les plaira à un ministre^ 

coups d^ autorité par peut être pour jamais 

leur multitude ^ leur soustrait à tous les 

déplacement et leurin^ yeux ; mais j'aurai fait 

fiimité^ ha société ne l'acquit de ma cons- 

pouvant porter que sur cience, qui me dit que 

' des règles , il ne sau-^ jusqu'à mon demie' 



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BS MXIABEAV; 



ao7 



TEXTE. 

rait rien eoeUter utile 
ou de nuisible j (jui 
riait à côté sa règle 
protectrice ou répri-- 
mante. Tout a donc été 
jjréim par des règles , 
et elles ojffrent un re^ 
mède à tout. Tout peut 
donc se faire par des 
règles qui ne gênent 
que les déréglés et les 
ignorans , également 
indignes de la con^ 
fiance et de V autorité. 



OBSERVATION S% 

soupir 9 je ne doia dé* 
serter ni ma cause 
celle de mes sembla^- 
ble$ je serai peut-» 
être utileparquelques 
détails ignorés • • • • Je 
n'ajouterai rien à ce 
que je viens de trans- 
crire , mon père ; car 
des répétitipns se- 
raient superflues j no* 
fre procès est jugé par 
vous-même ^ et l'arrêt 
clair et précis ne laisse 



aucun moyen d'échap» 
per • • • • • Ah ! mon père ^ évitez qu'on vous 

applique/ces mots que vous adressiez à un 
misérable critique : w Citoyen adorateur du 
» bien public ^ et brûlant de zèle pour léser* 
" vice de votre prince ^ c'est dans le droit 
^ public , c'est dans les pactes solennels de la 
« société 9 c'est dans les lois de titre' qu'il 
«< faut chercher la base des lois de règlement» 
« ( tom, 6. p. 162. ) L'ignorance a des erreurs 
«« et des préjugés ; mais . que sous ombre de^ 
«( civilisation , on calcule, on modifie , on dé* 
« montre, on apologise rintérêt , TinjusUce 
« et l'oppression , c'est alors que* jnos vices 
M sont tout entiers à nous 9 les fruits iufects de 



% 



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\ 

ao8 L £^TT R SS O AIGIHALKS 

<t la corruptîoa de notre cœur ^ les dignes 
tt fantômes du délire impie de notre esprit^- 
M et qu*il en résulte^ une détérioration tnai-^ 
M verselle et ses tristes effets» Le brigandage 
« féroce a ses limites xirconscrites par la 
i* nature méaje de ses fureurs : le brigan- 
«f dage civil étend sar tout le masque de son 
« hypocrisie. L'homme exposé aux attaques 
« de Plijdre, sait où diriger ses coups j mais 
« celui qu'un ver rongeur dévore dans le sein,^ 
M s.uccombe à la fin à des atteintes dont on 
«€ lui dérobe le secret, et dont on lui caclie 
« la nature. » (tom. 6, p. 148.) Mon père! 
la leçon serait bien amère , car c'est vous* 
même qui Favez dictée. O mon père ! de quel 
brigandage vous vous rendez complice indé^ 
pendamment des devoirs et des jsentimens de 
la- nature ! Qjiel crime dç lèse -patrie comme$ 
e^ué qui persuade au prince que /a justice est 
çompatibLe a^ec Içt violence! ( Ibid. p. i6i«) 
Quel scandale pour le public, que de voirie 
défenseur des droits de l'homme attenter à 
eeux de ses enfans 1 Mon père , m tout écrU 
Vciin de génie est magistrat-né de sa patrie^ 
s'il doit l'éclairer quand il le peut , ne doit- 
il pas encore plus , quand il a fait ce digne 
us^ge de ses talens , respecter ses propres 
principes, et donner des exemples, après leô 
préceptes ? Votre droit à la réputation fiit 
votre talent ; mais votre titre à l'estime pu- 
blique , c'e3t votre ponduite j et vos propres 



biyitizûo by 



S£MimAB£AU« 209 

succès bot jeté le but bien loin* Tout se tait, 
tout se découvre : on vous jugera en raison de 

yos lumières : votre tribunal sera la nation 
entière , et ce nVst pas le crédit , ni le .suf- 
frage d'un ministre qui la détermine 
Qu'il me soit permis , en finissant , de ra« 
mener vos yeux sur cette loi sainte de la na- 
ture 9 maîtresse suprême des mortels et des 
immortels. C'est vous qui en serez; encore 
l'interprète, et j'oserai ajouter quelques trait» 
à votre tableau. 

<« Grands et petits , avez-vous dit dans 
» votre résumé général , (p. 5i5 ) grands 
^ et petits , interrogez • vous vous - mêmes* 
« Vous voulez être aimés: ce sentiment qui 
• tient en vous de l'essence divine , est le seul 
» ^ par lequel vous soyie^ susceptibles d'une 
^ véritable ji^ie : aimez si vous voulez Tétre; 
» ^îmez yos semblables ; c'est Tunique recette 
« contre le vide , l'inquiétude et l'ennui ; 
V c'est Tantidote des passions dévorantes ^ 
w et le seul remède contre le désespoir de 
#t se seatîr dépérir soi-même sous les coups 
<t du tems : aimez vos semblables , et ne crai# 
« gnez pas de multiplier les craintes et les 
« afflictions de la vie. L'amour-propre est le 
a principe de tout excès , et change en dou« 
« leur les senuiices cle bonheur que nous te- 
<t nons de l'Être suprême. Si ce n'est pas 
ât V0U3 que vous aimez exclusivement dans 
« les objets de votre attachement 5 ceux qui 



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%10 LXTT&SS OAIGIKALJBS 

M VOUS restent adouciront la perte de ceux 

qui vous sont enlevés. L'amour-piopre au 
tt contraire vous fait vivre en ennemis au mi- 

lieu de vos frères ^ vous arrache les biens 
«• présens par l'appât de plus grands biens ^ 
« rend plus perçant Paiguillon des maladies^ 
M plus lourd le fardeau de la vieillesse, plus 
«I effrayant l'inévitable et toujours présent 
«t abîme de la mort. 

Mon père, vous avancez dans la carrière 
que vous a destinée la providence j et puisse- 
t*elle la prolonger 1 Ymis voyez croître sous 
vos yeux les enfans d/une de vos filles : eux 
seuls sont élus; la nature en avoit appelé 
davantage ; mais- enfin , vous feraient-*ils ou- 
blier votre fils ? Mon père I vous n'avez^point 
Voulu en être aimé , puisque vous ne Favez 
point aimé ; et cependant vous en avez été 
tendrement chéri : vous le dépréciâtes ton* 
jours : jamais vous ne Pencourageâtes : ja- 
mais un mot d'éloge, qui pût Panimer au 
bien ^ développer et élever son ame ^ ne sortit 
de votre bouche ; et le seul tems où vous 
ne lui refusâtes pas toute justice , fut celui 
où 9 seul avec vous-même, vous ne le jugiez 
que par vos yeux et votre opinion propre. 

' Il a lutté contre la prévention , contre la 
' , froideur , contre Tin justice : il s'est découragé 
enfin , il s'est indigné , il s'est égaré j mais il 
n'a point cessé de vous aimer , pas même dans 
des momens où il l'aurait voulu « où cela 



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« 



D £ MIRABEAU. lit 

était juste j pas même dans ceux 6\\ il ce 
pouvait point ne pas ressentir vos procédés» 
Mon père! votre cœur n'est*il jamais oppressé^ 
lorsque vous réfléchissez que vous - mêmç 
avez mutilé votre famille ; que vous ayez con- 
damné votre fils sans l'entendre^ sur des rap« 
ports intéressés et suspects , et peut-être sur 
]es calomnies les plus atroces ; que vous 
avez étouffé ses talens^ détruit toutes ses 
forces , anéanti son être moral , abrégé sa vie * 
physique?. • « Mon père, je vous en conjure 
au nom de vous - même ^ n'attendez pas un 
repentir tardif qui empoisonnerait vos der- 
nières .années , que vous n'auriez pas la force 
de manifester 9 'mais qui aurait bien celle de 
vous déchirer le sein. N'aggravez pas sur 
votre tête y par ces images terribles ^ le far* 
^eau de la vieillesse à laquelle vous touchez : 
ne mettez pas entre vous et P inévitable abîme 
delà mon le remords qui la rend si effrayante: 
adoucissez la pente rapide de vos jours par 
le charme d'un bienfait ^ si vous voulez ap« 
peler ainsi ce que je crois un simple acte 
d'équité : qu'à vos derniers momeos le sou* 
venir de votre fils consumé de douleur, ou 
mort de désespoir , ne soit pas la furie ven-» 
geresse que déchaînent contre vous la justice 
violée et la nature outragée. 

Jamque dolor vires adimit : nec tentera vitet 

Zonga mea superant , primo que extinguor in cero* 

« 

Je^tie qu'on pardonne les ratures et bar* 



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%t% LETTRES OKIGIKALES 

bouillages de cet informe écrit : je suis bien • 
loin d'avoir mes aises ; d'ailleurs ma vuek'af' 
faiblit chaque jour 9 et je ne puis transcrire 
plusieurs fois, quoique je n'en aie que trop 
le tems. 

A SOPHIE. 

24 juia 1778* 

O MON amie! c'est le mois de mai qui 
m'a horriblement pesé. Ah ! j'étais aux abois ; 
ttsans le secours de notre bienfaiteur , c'était 
Ëiit de ma raison* Grâces lui soient rendues : 
je tiens ta lettre , elle est là : elle a rendu 
du ressort à mon cœur ; je respire à présent; 
et si je ressens nn trouble universel , ce sont 
les palpitations de l'amour et du plaisir qui 
le produisent. O ma Sophie , mon adorable 
Sophie ! que j'avais besoin de ta lettre ! que 
tu es tendre ! que tu exprimes bien ta ten- 
dresse , alors même que tu es obligée de la 
contenir ! Elle doiJne la vie à mon cœur a^f- 
famé d'amour^ cette lettre délicieuse, quoi- 
que si triste. Oui , mon bonheur ! je puise à la 
source de la vie , quand je reçois les assu- 
rances de ton amour ; et cette ingénuité tou- 
chante , cette inimitable simplicité , si éner- 
gique y si ardente , exalte au même degré 
tout mon être* J'oublie ma situation et la 



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tienne, mes maux et les liens, mes înquté* 
tudes, mes craintes , j'oublie tout, jusqu'à 
nos malheurs ; je t'entends , je te vois ^ mais 
hélas! je veux voler dans tes bras, et Pii- 
lusion est détruite , et mes yeux retombent 
sur nos fers^ et mes larmes inondent mon 
visage et mou sein : larmes salutaires cc^ 
pendant ^ adoucies par l'espérancé que 
tes lettres entretiennent au fond de moa 
cœur. Âh ! Sophie ! mon amour est le souille 
de ma vie. 

Cruelleamiei quel jour tu te rappelles ! • • • • 

Ah! Je ne serai pas si courageux j je ne t'en 
parlerai pas , la plaie saigne encore. Hélas t 
nos cœurs étaient unis et confondus le 
glaive de la douleur les a divisés en deux 
parties. . . . • qui pourrait cicatriser une telle 
blessure ? 

Ah l oui, puisque tu l'as compris, je l'a^ 
voue : les lettres que nos iu^prudences réci* 
proques ont arrêtées , m'ont causé bien du 
chagrin. Mais j'espère que nous sommes sau'^ 
vés de cet écueil. Nous ne pailons plus que 
dessentimens si justes, si naturels, dont on 
comprend toute l'énergie^ puisqu'on daigne 
compatir à nos inquiéiudes. Qu'on efface ce 
qui pourrait déplaire, ce sera de nouvieaux 
remercimensque nôrus.devrons , puisque nou* 
aurons une preuve précieuse qu'on veut nous 
HCcQrder tout ce qu'on peut nous accorden 

On a trouvé^ tes^ettres loiigues 3 hélas 1 le^i 



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214 LETTRES ORIGIITALES 

amans ont une optique toute particulière ^ 
apparemment ; je les vois si petites , si cour* 
tes 1 Mais c^est la faute y vois-tu , ma Sophie ? 
avec ton caractère que Ton croirait échappé 
du sabbat 9 s'il n'était griflPonné ^elamaiffde 
Pamour même ^ on est toujours dupe. On 
croit, tant il est menu, qu'il y a beaucoup j 
et il n'y a presque rien. Les lignes sont si 
écartées, les motssi larges, que rienau monde . 
n'est si hypocrite que ton écriture. 

Ah! que tu m'as rassuré sur. le compte 
de mon enfant! elle. entrait pour beaucoup 
dans mon inquiétude , qui avait tant et de si 
justes motifs. Mon amie, pourquoi pleures- 
tu, en me parlant d'elle ? sont-ce des larmes 
de tendresse ? pourquoi seraient - elles eflPa- 
cées avec tant de soin ? tu as voulu mes les 
dérober, Sophie : pourquoi? pourquoi, tout 
mon bien? Ah I tu étais bien triste quand tu 
m'as écrit. Cependant la lettre que tu as re« 
eue était uou-seulement calme, mais encore 
gaie; car il est certain que lorsque j'ai eu la 
preuve qu'enfin mes lettres n'étaient pas ar- 
rêtées , j'ai eu un sentiment de joie si vif, 
qu'il m'a réellement donné une teinte de 
gaieté; et certainement mon style s'en est res- 
senti. Ne l'aurais-tu donc pas partagée ? Hé- 
las ! voilà bien des questions auxquelles tu 
ne répondras point ; mais je t'ea prie , au 
nom de toi-hiême , c'est-à-dire , aii nom Je 

tout ce qui m- est cher et sacré | dis-moi tou« 



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DS MI&ABEAIU 2x5 

jours la vérité sur ta sauté et celle de taiiUe^ 
quelque terribles que pussent être ces vérités. 
£h ! ne vois-tu pas que le seul gasyant de mon 
repos ^ est l'espoir que tu ne saurais me trom-- 

per? Cependant kii détalU que lu me 

donnes sur la petite sont satisfaisans* Qu'elle 
me ressemble , puisque tu le veux : toujours 
sera-t-il que ton sang qui coule diins ses vei- 
nes l'aura infailliblement embellie. £lle a sans 
doute aussi mes beaux yeux /j'y consens , 
mon amie , et même que tu m'en parles ^ 
puisque cela te fait tant de plaisir. Peut-être 
passeras-tu pour un peu folle auprès des per- 
sonnes qui m'ont vu j mais cette folie est très- 
innocente. Us sont bien tendres, ces y eux, s'ils 
i^e sojat pas.beaux. Te souviens-tu, ômon tout ! 
de la crainte qu'ils t'inspii oient, sotte , sotte 
Fanfan ? Ab 1 tu t'es bien familiarisée avec 
eux ^ mais tuas été forjt; long-tems qu'il sem- 
blait que tu craignisses quelque maléâce. 
Vraiment oui, amie^ leur feu devait être 
contagieux ; je le savais bien , et voilà pour^ 
quoi je voulais que tu les fixasses : j'en suis 
venu à bout , à la fin : les tiens ont été pu« 
QÎs de ta méchante timidité \ les vengeances 
les ont attaqués les premiers. Elles se sont 
très^multipliées , le$ vengeances. ... 

Ah i qu'en deux mojts tu traces un plan. 
d'é4iication bien touchant ! Oui , Sophie^ 
oui, c'est par le sentiment qu'il faut for- 
mer^ d^velo^per , élever l'ame des çnfans» 



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• I 



2l6 LETT&ES OHXGXlfALES 

Hélas! une telle institutrice n'est pas réservée 
à ma pauvre fille . . . . C'est tout de suite qu'il 
faut la raser ( mon fils Tétait à trois mois } , 
et successivement à mesure que les cheveux 
reviennent : sa tête sera toujours propre 9 la 
transpiration point arrêtée , et elle aura une 
forêt de cheveux. Recommande qu'on la lave 
beaucoup , et toujours avec de l'eau froide : 
ifu*on Ty plonge; elle frémira d'abord, elle 
s'y plaira ensuite : rien ne renforce comme 
cela les enfans j j'ai pour moi Texpérience et 
la théorie. 

Ma Sophie ^ tu dois savoir que mon esprit 

est toujours à l'unisson de mon cœi^r^ ainsi, 
quand tu vois mon style aisé et facile, tu 
peux te tenir pour certaine que mon cœur 
est à l'aise j que je suis content de ma So- 
pliie-Gabriel ; que mon bonheur est pur. Une 
chose que tu peux croire , parce qu'elle ^st 
très-exactement vraie, c'est que je suis moins 
jaloux en absence qu'en présence , quoique 
je le sois toujours beaucoup ; et cette diiié* 
rence est une grande preuve de mon estime. 
En présence , l'amour l'emporte sur ma rai- 
son : un ri^n qui l'o£Pusque, est un monstre, 
une hydre redoutable. Je voudrais presque que 
tes jeux n'eussent lafaculté devoirquecommé 
moi. En absence, où la raison es t comptée pour 
quelque chose, parce que les sens sont moins 
émus , je suis si convaincu que tu ne peux être 
(jue fideli^ Y et mêmei^onstante 5 que mes droits 

sacrés 



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'demikabeau» 117 

sacrés dont tu es la dépositaire sont impres- 
erîptibles , et sous une garde inviolable ; qu'un 
cœur tej que le tien ^ ne peut que chérir dt « 
devoirs si saints j qu'un amour tel que le nôtre 
ne peut être remplacé pai» quoi que ce soit 
au monde ; qu^un être capable de la passion 
qui nous embrase, ne IVst pas d'une perfidie; 
que qui a goûLé les délices dont nouj nous 
sommes enivrés ^ ne saurait trouver quelque 
saveur dans un sentiment qui, pût-il être 
aussi actif, aussi profend que le premier , ce 
qui n'est pas dans la nature, serait toujours 
empoisonné par les remords : tout cela se pré- 
sente si dwinctement à mon esprit et à mon 
cœur , que ma jalousie en est très-émoussée# 
Je ressens bien ses atteintes; mais elles me 
pressent sans me déchirer. C'est d'être aimé 
moins, que je crains, et non pas de n'être, 
plus aimé. Ah! ma Sophie, cette idée suffit 
pour m'oppresser. Jamais, non jamais je ne 
conseutirai à perdre la plus petite partie de 
ta tendresse. Ce trésor m'est nécessaire tout 
entier , et je périrais , si Ton m'en ôt^it la 
moindre partie. 

J'ai eu une attaque assez vive de néfrétîque 
compliquée de fièvre. Lacriseétaît trop près-» 
saiitepour ne pas obéi^ à la faculté, et nos pro- 
fanes docteurs n^ont pas eu autant de respect 
que moi pour tes par eaux. C'est pure envie 
de leur part, chère Sophie ; mai§ je te pix>- 
mets d'en essayer avec toute la vénératiott 

Tome II. K 



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possible pour Cordouueusiç , si ce xk^^t pour 
V ordonnance^ Pardon encore une fois de la 
liberté grande que }Vi priâe de me*moquêr 
de ta recette avant ta permission ; c'est pour 
m'en punir que tu mets aujourd'hui en jeu * 
les Grandjean. Ne sois pas si humble , ma 
Sophie f ne donne point à d'autres Thonneur 
de tes rectlles. J'ai oublié de te prier de 
pi'en faire un recueil ; oui ^ mon amie ^ un 
çecueil, dont le titre sera : Mecueilde rçcelies 
de bonne s-Jinunes , par une jolie femme. Je 
t'avertis cependant que Ton sèra uâ peu 
^tonné que cette jolie femme qui devrait n'a* 
voir rencontré sur son chemin que de brillan- 
tes santés 9 ait eu le teras de s'o«ïCjuper si uti- 
lement des infirmités de la vie humaine. £n. 
oonscience , ma fanf^n , tu me dois quelque 
réparation dans Ion discours préliminaire; 
car enfin y on sait trop que tu as fait avec 
»oi ton cours d'études, et je ne suis pas en- 
core d'âge à avoir besoin de caiendrier.jcii de 
recettes. Arrange le tout pour le mieu^^mou. 
amour bien chère ; mais ne prive pas plus 
long-tems ta patrie du fruit de tes travaux. . 
J'espère que l'académie de«*«, te donnera 
la survivance de ton père. On y aime beau- 
coup les gens experts eiii médecine, et je me 
souviens que le président de Bourbonne se 
défendait d'aller aux séances , de peur d'y 
Être disséqué. 

Piaiikiie à part ^ ma chùre amie, (car Je 



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BEMIRABEAU. II9 

lie ris que du bout des lèvres, c'edt*à«^dire^ 
de bien mauvaise grâce ) , je me porle beau-* 
roupniieuXé Letemsest beau,, et ta lettre va 
bieu l'embellir eucoieé Tout invite ài'«uaour ) 
tout porte la livrée du prinicms : tout fleurit ^ 
tou t s' unit^ tout s'en] ace : nous seuls, nous seul4 
hélas ! de tous les amans , ue nous joignons que 
par la pensée ^ le désir et l'espoir. Mais enfiii 
la beliesaison répare les désordres de masaqte^ 
Je me piouièn^^ chaque jour ; c'est flepuis 8 
heures jusqu'à 9 du matin ^ c'est bieo ciMlrt j. 
mais je quitte sans regret le jardin^, en pen-^ 
saut que je fais place à quelque maliit m eux 
compagnon de mon sort. Cbàreetï tendre So^ 
phie 1 tu voudrais marcher aux^cines heure* 
que moi: liélas , deux amans obligés de se, 
quitter > se promirent de médiier chaque nuit 
à l'aspect de la lune, et de^lrompti vunsii'ab-» 
senee par une conversation muette [: Ton idée 
^stplus fine encore, parce que toujsentimeub 
csL plus (Cxidre, * ♦ t • , 

_ Quant à mqs yeux , c^e^t Texcè* du travail 
qui les affaiblit* Depuis la ppintQ^di^ jour, qui» 
je me lève V j^î^qu'à dix heures du soir ^^je. 
Ils ou j'écris sans aucune int^rruplj^a ^ ^as 
même l'heure des. r^pg^ç^j. car , outre que j'y, 
emploie à peine cinq minutes ^ je lisën man- 
geant : lu sais que c'est une ancienne kabi^ 
tude quand je ip.ange seul. Les melUcurs 
yeux du monde ne tiendraient pas à xse ^ré- 
^ime y et les^^ miens çpnt trèo-mai^vais, ^ , 



. k), i^ . j uy Google 



dfiO LETTRES ORIGINALES 

Pauvre toi i tu as Thistoire du signalement 
sur le cœur. Mais, mon amie, peibonne n'eut 
tort, pas même moi. On se trompe en voulant 
fleviner, et on se trompe à son désavantage. 
Sans rancune , je t'en prie ; je suis beau , très- 
beau , puisque je te plais: ah! près de toi , je 
suis rayonnant d'amour. Avec cela l'on est tou- 
jours beau. Oui, mon amie, je le crois en eflfet^ 
U est peu d'hommes qui vaillent Gabriel pour 
Je cœur j et c'est là ce qui touche : le reste sé- . 
duit,et k«édu€tion n'est pas plus durable que 
^illusion j or Thabitude détruit l'illusion. Je 
puis donc inspirer et mériter de la constance; 
mais aucune femme n'est capable comme toi 
de ce sentiment qui demande autant de cou* 
ri^e et de raison que de tendresse, lorsque 
par des circonstances funestes tout conspire 
contre notre amour. Les ames v uigaires pren- 
nent les difficultés pour des impossibilités, 
et se croient dégagées de leurs devoirs j parce 
q^e les contrariétés ou la persécution les ren- 
dent pénibles : Padversité est ta saison brîlr 
lante ! Eh l de combien peu de femmes , et 
d'hommes aussi, peut-on en dlie autant ? 

Te voilà donc encore trompée, trahie et 
ealomniée ? Je devrais te gronder , car tu m'a- 
vais bien promis de n'êtrepas confiante. Mais 
je te plains seulement ; cai- je sais combien un 
bon cœur retombe aisément dans de telles 
méprises , et combien elles sont cruelles. Je 
t'en supplie , pi^iite de cette nouvelle kéon ^ 



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1>£ MIRABEAir. lit 

f et surtout dédaigne'la caloiiinie* Ce soot dei 
coups tirés de bas en* haut , ils ne sauraient 
atteindre. Quoi ! Sophie, des tracasseries de 
ieaime ,et d'une femme que tu méprises , t'a^ 
iectent? Ne sais-tu donc pas qu'on a toujours 
toit avec les ingrats? N'as -tu pas vu inllle 
et mille fois travestir les faits les plus elairt 
et les plus notoires? et devais-tu être uc^uve 
à ce point ? Quelles horreurs n'a-t-on pas dites 
de toi et de moi à P/^ ? Ëh! qui lesdébitait ? 
nos redevables en tous sens. Pour tout dire 
en un mot, Brugnière ne t'a«t-il pas assmré 
qu'on avait juré à lui et à l'ambassadeur de 
France que je te battais , que )e me ruinais 
en filles ? Tu t'es mise bien en colère ; et moi 
j'ai eu la betise dç m indlgner une seconde) 
et la seconde d'après, j'ai ri. Tout cela a été 
.écrit en France } et tu ^ais bien que tout cela 
aura été soigueuscmcat répété, divulgué^ ré- 
pandu. Qui le croira ? des fous , des sots ou 
des fripons. Eb ! que m'importe l'opinion de 
telles espèces? De même, ô mon amiel qu'y 
a-t41 de commun entre toi et certaines txévr- 
tuires ? Ëlles ont eu ta confiance^ on les croira« 

Quelle bélise ! J'ai eu la confiance de madame 
une telle j et ifoicice qu^elle m^adit. ~« Vous 
êtes un monstre, répond toutepersonue sen- 
sée , de trahir la confiance de madame une 
tel le 9 et de vous en vanter : ainsi vous n'é^ 
tes pas croyable. Voilà le calcul le plus na- 
iturel qui se présente* Quoi ! parce qu'im rér 



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222. LETTRES ORIGINALES 
ftiglc français^ après ui 'avoir 1/ien Yolé , rne 
Toyant disrpararU^e^ et voulant faire sa cour 
à uu inspecteur de .police qu'il voyait cher- 
chieriles rensoîgneraens- bien noirs àur mon 
compte, lui a fait clea contes. de moi aussi 
riVlîcuk\s qu'odieux, |e me d(?scspérerai ! Quoil 
parce cfu'one femme galante que, dans la 
simplicité de tou cœur, tu croyais aussi sen- 
sible et délicate que toi ,c]ierclieàt'assimiîer 
è elle 'pour* pallier ibes Insolences et la honte 
de sa rupture ^ tu gémiras ! Ah I mon amie, 
sous avor^s tant de malheurs iroj) réels, pour- 
qïioi en chercher d'imaginaires ? Sois toujours 
toij. ne te livre point a la douce et impru- 
dente^ffabilité; ayedes connaissances et non 
des amies , dans un lieu sî peu fait pour fea 
oiTrlr j envèlôppc-toi dans ta conscience, ap- 
pelle-au tems, dédaigne sur-tout le^ apolo- 
gies, et tranquillise ta tétej je dis ta téte^ 
car je ne puis croire que de pareilles choses 
aillent jusq'u'À ton cœur. * 
\ Quant à cette Julie qui fut . autrefois 
tiemie , et que sa naissance , son esprit , ses 
Jialetts, etimille circOiistances rendaient tout 
^autrement intéressante et touchante, je vois 
<iue'je Pal trop bien conntie. Heureusement 
je t'ai détrompée à* temps j je voudrais avoît 
réussi de même auprès de l'honutte houiine 
•qu'elle a si cruellement «dupé* 
' .jVlon Amie , ne cherche pas bon plus |l ré- 
-paadrè tes pri^iicipes. Que la ^oléraqce soit 



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D£MlItAB£Atf. 2^3 

* 

en tout ta religion* Tu pourrais bien avoir 
pris de mol le défaut très-gr$nd , très-nui- 
sible à soi même, de ne pouvoir entendre 
déraisonner de sang-froid. Je me suis fait 
plus d'un ennemi et j'ai usé nies pouuions en 
m'efforçant de donner du sens à des bùzes 
et de Phonneur à des coquins. Ne va pais 
suivre ce tuauvals exemple avec les femmes. 
Je te Tai dit : en général , elles n'ont point 
decaraetèrei ce sont des arbustes charmaus, 
ftitsf pànir 'porter des fleurs ; rarement on y 
rencontre des fruits ; et leur qualité dépend 
toujours delà greflfe, qui rarement est bonne ; 
car il ne faut pas croire que notre sexe vaille 
mieux que le tien. Il est |)eu d'ames assez 
fortes pour n^avoîr aucune notion de froideur 
eri amotit , soit qa^on Papp'elle prudence , oft 
qu'on lui donne tout autre nom : et peut- 
être n'est-ce pas un mal , car tant de matières 
combust iblespotrrraient causer de furieux em- 
brâsemens. Nous sommes notre univers, cbète 
Soj^^lile ; il n'est pas étonnant que nous ayons 
nnèi Ipuguc parlîculière; Les autres tie peu- 
vent cjc>ûçeyair m^ transpoirts,* Nous ayons cet 
avantage sur îeux^que nous nous figurons ai-^. 
sèment Ji^fSfplffisâi^ , qmitetsoîit qu'une par- 
^l^itrcsrSiubOsirdQniaéé^des^nôti^s. 11 n'y'a poiztt 
de branche d'urbre qui Â^offre dans cç mois-ci 
ptn^ieura ç^upleâf d'anane de cette espèce. 
i^aiss^QM^f^^r .ptrôfârep ^eucs amours Bsal^ 
«iîWUr^Us *^pn t pl uâ difiçrets et^n^oii^s péni 

KiY^ 



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î24 LETTRES ORIGINALES 

à ce qu'ils croient. Ce sont des aveugles qui 
nient la couleur purpurine des roses ^ parce 
qu'ils ne peuvent la voir, et qu'en tâtonnaat 
ils sentent lehrs épines* Tu connais une chère 
dévote j qui prétend qu'un amant vraiment 
amoureux est un homme haïssable , parce 
qu'il est trèsT-incommode , très* jaloux ; parce 
qu'il ne peut cacher sa pas^on y et qne la chèr^ 
réfutation croule. Quand lu trouv es de telles 

raisonneuses , appuieleur arguaient. Conviens 
sur ma parole qu'un homme en vaut rare- 
ment-deux ; qu'ainsi un amant n'a nul droit 
de prétendre à des momens qu'il ne peut euF- 
ployen Tu vols jusqu^où va ce raisoiineraent ^ 
auquel se rédtdt en dernière analyse la mo- 
rale moderne de l!ainour* Si un lu>mme en 
yaut rareipent deuA , jijimaL8.U.n'en vaut qua- 
tre , encore moins trente. Le ciel fait rare* 
ment des miracles^ même pour les dévots; 
l'esprît est fort , et Ia chair est faible : les ac-, 
çidens^ dérangemens^ cas fortuits , etc» doi* 
vent être prévus \ il faut donc ùés ressources % 
et plus elles sont muUiplIées.^ moins le public 
s'en aperc^^it. Mais comme, si toutes les fem* 
étaient au même régime ^l'autre sexe ne 
serait assurément paa as^ez nombreux pour les 
servir, prie ces dames d'êtare tolérantes: Ht y 
Ta de leur intérêt. Quelles ]ais»eiit les femmes 
tendres, romanesques ou folles, comme il leur 
plaît de les nommer , qui n'oût de» 'desit« cjtae 
pour un objets .parce ^ë^kBuricc&urqa- est tou^ 



1 



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]> £ M a A B £ A 2^5 

ché que pour un objet , qu'elles tAissent ces 
femmes 9 dis- je, dont Pame et les sens sont 
toujours d'accord 9 être dupes de leur passion 
et se borner à leur amant. Voilà le traité qu'il 
faut faire avec elles , ma Sophie , au lieu de 
les prêcher. Pour toi , retiens ces jolis vers : 

Gsrtrnde dès ce four , plus sage et plus heureuse | 
Conservant sou amant et renonçant aux satDts. 
^tittale vain projet de tromper les kumaiiis. 
On ne les trompe point ; la maliee envieuse 
Porte sur voire masque uncoupd'œil pénétrante 
On vous devine mieux que vous ne savez feindre ; 
Et le siérile honneur de toujours vous coiitcaindre» 
Ne Taut pas le plaisir de vivre librement. 

Mon amie si bonne, je voudrais bien que 
cette lettre te rendit un peu de sérénité, et 
qu'on tepermît bientôt de m'en écrire une<}iii 
me rassurât sur la situation de ton esprit et de 
,ton cœur. Chère enfant , tu es fort malheu- 
reuse. Hélas ! tu sais bie^ que je le sens au 
moins autant que toi; mais roldis-loi contre 
les désagrémens et les dégoûts inséparables 
detapositioa.BépendS'tu ducaprice> del'in- 
, - solence , des bavardages d*une de ces fVmiiies 
.Qui sont tes compagnes ? Hcfù sans doute. Oïi 
m'a dit de ta par t toute sorte de biens de cel les 
sous la direction d^Uelles tu e^» Assurément 
.iLn'a pas dû leur-ê^re diiiiciie de t'apprécier 
et de le metUeà ta place. Je t'en conjure ^ 6 
. mon amour ! un peu de force d'esprit ; tu en 
as taut dan^raxue l Serais-tu comme moi^ dont 

Kv 



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' LETTRJES OMIGINITLES 

^ fermeté et lesaug-froid sont à toute épréuvje 
jddns les grandes occasions , et que les plus 

j:^eti(c*s cpntrai le u's tiueuvent c^uelquefois rii 
'diculement? O Sophie 1 tu es si douce 1 si 
bienralbanle 1 si égale ! si bonne ! malheur à 
<jui ne peut vivre avec toi; joiais.ne te tour- 
mente pas des sottises des autres. Hélas I 
notre mi^jL i e nous suffit j ne'Paggravons point 
par des riens auxquels uqus ne devons cjue du 
mépiis. 

, Si tu obtiens une permission pour que je 
t'en vôîe quelques-uns de' meç manuscrits , je 
t'en ferai passer successivement quelques-uns;- 
mais il y en a qui ne peuvent suilir de mes 
maii?s.* Celui de <?e$ ouvrages que je crois le 
^mqsQS ^x^uvais, et qui peut être utile y sera 
«f^dié à notre l>lenfaifeur , si jamais je me 
*trouv«*\ à .même 4c le faire paraître. Quant à 
.Tibi:Jle H à Homère > je ne les continuerai 
qu'autant q}ie jepcuii ai te les faire passer j 
.oarxîVs* un ourrege pénible et ingrat que des 
; i^iciuctions} ^t lepiaisirseul detravailler poiu 
40! peut'm'y ejicluuue^'^ d*autant que j'ai un 
, grand projet qui m'oecupi^. tout entier. Avairt 
iqu^ gtou^e la, vigÉi^f ur.de jeunesse soit éteinte-, 
,il faut du moins essayer de faire voir ce qu'on 
:,^u|iait pu faire. Au;re«te , je t^dvertis que mofi 
^(yle, devient de ploanbi^ et que mon talent 
cb^isse précisément» m proportion de. ceijqtie 
xfUQfX goût: d<jvie«ï plus diibûiieç . ce: qui n'est 

.p$s im.médiocre touruaLcntJ à. , ^ > 
< 



I 



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: VriS M I R'A B E V. l 2^7 

• Ma Sophie-Gabriel^ je Youckais' bien que 

tu m!assuras$es bientôt que tu n'a^ pas de iiou^ 
Teaux chagrins ; ah ! c'est irop des anciens. Je 
Toudraîa retrouver dans ta lettre prochain^; 
( tu vois que je compte sur le» bontés de celui 
à qui nous devons tant) ce je ne sais quoi 
qui manque danseelle-cî, et m'inquiète sur la 
situation de ton ame. Hélas ! tu jiepeu:iqu'étrç 
triste ; mais , ma Sophie , ta tristesse ne de- 
vrai trelle point être un peu moins amère^ 
loisque tu écris a ton Gabriel? Adieu^ mon 
bonheur^ mon bien , ma vie 1 Je ne t'écris pas 
plus long-tems aujourd'hui } non que j'aie 
-reçu la même injonction que toi, (et je tâche 
que la simplicité de mes lettres fasse dispa- 
raître toute objection) maii parce qu'on at- ' 
tend ^ parce que je ne veux point retarder cet 
envoi 9 que je demande en grâce qui fe par- 
vienne avant la fin du mois. Il me reste quel- 
ques momens que je dois à tous égards consa- 
crer à celui dont la bienfaisance est notre 
•unique ressource, et le seul fondement de 

* notre espoir. Adieu^ ma bien aimée. Je ne 
' saurais.te dire trop sèchement cet adieu ; car 

cYst sur-tout à la fin de mes lettres que je me 
. crains. Hélas ! c'était à cet endroit que tu 
courais autrefois. Donne-moi de tes nouvelles 
j bien exactes^ mafche beaucoup : des'détails 
: sur la santé de ta filie. 

Est-ce anciennement quetu as coitsulléles 
Granfijean,? Tu m'as prësquQ inquiété sur 

Kvj 



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tes yeux ; mais apparemment tu me Vauraiê 

dit. Sophie, Sophie, point de réticence sur 
tout ce qui intéreste la^santé. jiddio, mio 
hen J la miasalute ^ela mia ifùa. Addio* 

G A B K I £ L« 

Lis le cliœur du 2*. acte du Pastor fidn^ 
Il y a des choses qui devraient se trouver à 
la fin de cette lettre* 

Songe bien que si on rase ta £lle , il faut 
que ce soit un chirurgien, la suture de son 
crâne n'étant point fermée , et les enfans étant 
fort mobiles« 



A M, L E O I R. 

29 juin 1778. 

Je ne sais par quel hasard , Monsieur, mal- 
gré mes avertissemens réitérés et ceux de 
«^M. de Rougemont , on a porté le mémoire 
'des médicamens que j'ai pris ici ^ depuis que 
j'y suis , SUT le compte du Roi. Ce mémoire 
monte à plus de cent pistoles. Ce petit tour 
de passe-passe me se rait fort indifférent , s'il 
ne me regardait pas : je suis revenu de la 
manie d'être leDom-Quichotte delà droiture: 
le Roi est riche ou devrait l'être ^ et on^lui 
en fait bien payer d'autres ; ainsi il pourrait 
supporter celui-là. Mais^ Monsieur^ je ne 

croîs pas d'abord qu'il me convienne d'être 



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aux fr^is du Rou J'ai été aux caups fusti 
pour lui sans solde ; je mourrai probableuaeut 
4ianss.e8 prisons ^ et je désire que eesott aussi 
sans soide. D'ailleurs, Monsieur, j'ai ub m* 
térét plus pressant encore pour réclamer cou- 
tre cette indécente irrégularité. Mon père s'est 
chargé de payer , à part de ma pension , les 
irais de santé., parce qu'on lui re^présenta 
qu'avec 600 liv. je pourrais .à peine me vêtir 
.en burre. D'après cette convention , il a tout 
lieu de croire que ce qu'on pourrait lui dire 
du dérangement de ma santé est un conte; 
car il sait bien qu'ici connue ailleurs, ou ne 
vit ni on ne meurt pour rien. Peut-être sera- 
t«il moins incrédule quand il lui faudra payer 
40 ou 5o louis pour médicaiàieiis , et coinpren- 
dra«t-il qu'il pourrait pu me tuer ou me faire 
vivre moins chèrement ; car eniin je lui coûte 
ou dois lui coûter ici près de 4,000 liv. Je me 
réd uts volontiers à moitié, s'il veut m'accorder 
; ma liberté , ou l'adoucissement de mon escla-^ 
vage. Vous ne sauriez croire, Monsieur, corn* 
bien l'opération de la soustraction'parait tou- 
chante à mon père. Cet argument est de tous 
celui qui l'attendrira le plus vite sur mon sort, 
si tant ast qu'il puisse être attendri. Je vous 
supplie donc d'ordonner que les comptes 
' passés, présens et à venir , soient remis à mon 
père , sauffla. restitution du double emploi à 
qui il-appartiendrcu Je vous.supplie aussi de 

\ charger ^M.^de Kougemoat ;de me dire ce 



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ft3é L £ !rt H É s O 1t I G 1 K A L £ s 

qu'il Totis iaura plu ordonner à cèt égard; 

* Il y a six semaines , Monsieur^ que je n^ai ' 
areçù de nouvelles de mon amie j je vous en 
demande avec instance et espoir j partie que 
cela dépend de vous. Que les autres, me trai- 
tent comme un Insecte qu*on écrase sans re- 
mords ; mon cœur me dit bien haut que je 
.'m'abaisserais cruellement de les prîef , et que 
je m^épuiserai^ vaîilement en efforts pour 
desflécLir» Mais celui dont je tiens tout jus« 
qu'ici, et dont je ne démériterai jamai.^ , parce 

! que tout mon désir est de lui plaire et deJui 
témoigner ma gratitude y recevra toujours 
mesdemaiidesavec Indulgence et bonté : ainsi 
jMnsiste avec confiance et sans crainte. ' * 

• ' J'ai Phonneur d'être avec un dévouement 
resp<?ctueux, Monsieur , votre très-humble et 
très**obéissant serviteur , 

Mirabeau fils« 



A' M., t E.N O I R. . 

i8 inillct Î778. 

V ousm'avezfaît goûter aujourd'hui, Mon- 
' sieur ^ les plaisirs délicieux que peuvent don* 
' «1er Ja passion la plus tendre et l'amour pater-- 
' nelrifunis. Croyez quèitôéteFacittvité démon 
^me n'a pas été tellement employée . à sa- 
- vourer ces ianoÀ;:eates jouissances , qiie l'idiJc 



du bienfait et le sentiaiuit dû au bienfait 
teui ne se soitjit niéléb à mes autres aflec- 
lioDs. Eû veinant des larmçë sur la lettre Ûe 
mon amie ^ en jonchant de baisers le portrait 
de ma fille , je n'ai pas cessé de former des 
vœux pour Phoinme sensible qui trouye^ au 
milieu detantd'pccupations^etdans uneplace 
qui nécessite la sévérité , lea moyens de conci- 
lier ses devoirs d'homme public , et les peu- ^ 
chansde son cœur pressé du besoin d'obliger j 
le temps d*accorder des faveurs si précieuses 
aux malheureux , et l'art de les embellir de 
tout ce qui peut les rendre plus touchantes. 
Vous avez mis ma fille dans les bras de sa 
mère ^ et ce moment de bonheur Tadédom-» 
magée d'un an de peines. • . . Ah ! voila, de 

'tout ce que î'ai reçu de tous'^ ce qui m^a le 
plus attendri. Vous daignez m'envoyer le por- 
trait de ce cher enfant* . . . Homme bon par 

'excellence, qui me soutenez ^u milieu de 

il'orage terrible qui m^agite 9 qui pcut-éire me 
conduirez au port, qui du moins me sauvez 

• de la haine de la vie et de celle dè mes sem- 
blables^ que ne.puîs-je arroser vos mains des 
larmes les plus do li ces que larecounalssance 
ait jamais fait répandrel . • ; . Le respect d'dn 

^ fils yjedévouement sans bornes d'un bon frère, 

'^'enthousiasme d'uu éue iiuiinfife pour celui 
à qui il doit plus que la vie , voilà mes'sénti- 
ine^is ppur vous. Permettez cjue je ne souille 

. pascette pro£e^ssion de foi si vraie , si jiat urellè. 



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^3» L£T.T&£S OUIGIVJLLES 

et d'autaut moins bien exprimée qu'elle est 
mieux sentie, par uoe formule bannale et menr 
foagèse que je serais forcé de donner à Thom* 
me de votre état que je mépriserais le plus^ 
aujifti bien qu^à vous pour quiiesenala vénérai» 
tion Upius tendre. Quand je serai uiokiS^jaaLU*^ 
je nae conformerai a ce que prescrit Fusage, 

Au jouril'bui je ne veux et ne puis vous parler 

que ie langage du cçeur. 

MlRABEAV fils* 

A S O P H I £. 

19 juillet ¥778* 

Çh]èuue: Amie^que n*ai-je donc raille vies à 
dérober à tes pieds ! que ne puis-je , que ne 
puis^je 9 hélas ! te regarder du moins l Mes 
yeux te dliaient ce qu'il m'est impossible de 
tVxprîmer. • . . Sophie-Gabrielle! j'en ai donc 
deux ? Qui^ elles sont là ; elks partagent mes 
. caresses et presque mon amour. O intentiqp 
délicieuse! ah ! ce don du^wur j ce gage sî 
' cher, de ta tendresse! 4e quelle reconnais- 
sance il me pénètre ? »0 Sophie adorée ! que 
m^est Punivers entier auprès de paon Amie 
et de ma fille ? Idoles de n»on cœur , vous 
qui eoii(.eiUrez toutes les puissances de mqn 
ame, ah l qu^nd pourrai-) e vous réunir de 
même dans. mes ombra^emens? 

Je me ucsoiais , ô ma Sophie ! Quoi , me 

disais- je ^ cinqu«(i|te*-six jours .sans une lettre 1 



* 



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DK MIftABEAV. 233 

O mon bienfaiteur ! vos bônté$ nous sont^ 
elles ravies ? nos soupirs se perdent - ils dans 
les airs ? Les larmes de Sophie, qui plus douces 
que l'ambroisie, quand Pamour les faisait cou- 
lei*^ étaient si avidement recueillies par mes 
lèvies bi ûlautcs ; €es larmes que je voudrais ^ 
au prix de tout mon sang , boire ou sécher , 
coulent-^Ues inutilement pour moi ? • • • Té*-^ 
méraire s murmures ! par quelle pri^cieuse con- 
descendance il devait me payer des rigueurs 
de l'attente ! M.de JR. est monté ce matin; il 
avait un tableau sOus Je bras : mon cœur 
battait bien fort : je devinais, ab! oui^ je 
devinais ce qui m'était destiné j mais je u'o- 
sais'le croire ; et quand j-e Pai vue , cette image 
4' une autjre to*-ixi£me , quand la lettre toute 
d'amour qui raccompagnait m'a été donuée^ - 
j^ai presque perdu le sentimenf et laraison* 
• • . Grâces te soient rendues ^ ô Sopbie uni^ 
que eu tendresse ! pour ce portrait , pour ces 
cheveux , pour cette lettre. Tu Tas doue vue ^ 
estt^whnt? tttJi'aspreÀiéeeontre ton cœur? 
tu .lui as parlé dé son père ? Uéias ! elle ne 
t'entendait pas j mais j'ai été de moitié de 
toutes tes caresses : jamais tu ne m'aimas 
mieux qu^en cet instant. « . « O ma fille, ma 
fille bien-aimée , si tu savais comme je t'a- 
dore ! si tu savais ce qu'est pour moi la fille 
de ta mèare! «Pai cru connaître la tendresse 
paternellie»^ • • insensé que j'étais ! c'est'del'a* 
niûur que; jdérivent .touties les aSeoti^M ds^ 



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l34 LXTOrRKS OUIGINALES 

l'ame • • • . £t tu dis qu'il n'est point de plaisir» 

pour Gabriel \ ah ! le plus doux des tiens m'est 
refusé sans doute ; ciel ui de pouvoir causer à 
ce q^e j'aime d'aussi touchantes surprises»- 
—Oui, elle me ressemble, en vérité ; oui, 
c^est cette figure ronde et presque bouflSe que 
}'avai§ ; car elle s'est rudement alongée ici* 
Ce sont ces certains yeux couchés, que, sur 
mion' honneur, je ne saurais appeler d^au^r^ 
dusses^tu me battre ; mais qui, enfin , disent 
assez bien, et quelquefois trop bien, tout ce 
que sent l'ame qu'ils peignent. C'est cette 
bouche , je ne sais comme , mais qui ne proféra 
Jamais que la véiué à tous ceux que j'aime et 
que j'estime, et que l'amour a sans doute em^ 
beliie quelquefois, j^iais le front , ce trait si 
caractéristique, et peut-être celui de tous qui 
fait le plus à la beauté de la forme , est le tie^ ; 
et ce bas de v isage qui couti ibue tant à la phy- 
sionomie , qui est plus susceptible que tout 
jautre trait de grâces et d'élégance, il est à toi , 
tout-à-fait à toi* Ta tendresse respire déjà 
de ns ces yeux que tu as fait grandir pour me 
séduire : ils me dbént combien jesuisàimC} 
iU vont déjà au cœur. Ils sont si doux , si traî^^ 
nans, si modestes î ce sont les tiens quVin a 
dessinés ; mais en lescoucbant pour me trom-» 
per. Et ce nez est déjà malin ; je ne sais ma foi 
oîi elle l'a pris. Tu as celui de Roxelane, et ce 
n'est pas celui de ma fille z le mien a^essem^i 
ble beaucoup à celui de la maîtresse 4^ SalcM 



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SEMIHABEAtr* 235 

mon , puisqu'elle l'avait comme la tour du 
mont Liban ; et ce n'est pas, Dieu merci , celui 
de Gabriel-Sophie. Soninie tout , elles est jo^ 
lie, et trop Jolie assurément pour me ressem-^ 
bler j et cependant elle me ressemble : cVst 
parce q^ie lu Im as donné tout ce qu'il fal- 
lait pour raccommoder tout ce qu'elle a pris 
de moi . • . . Mon amie bonne , il est une autre 
petite Soi^hîe, qui , à te dire vrai, n*a pas 
fait de grandes caresses à sa compagne: hélas ! 
elle sent bien qu'elle n'est plus que Sophie 
tout court; mais ausài elle te ressemble tout- 
àfait celle-là. Que ne peut-elle apprécier ce 
tonheur ? Les cheveux de ma Fan fan sont 
très-noirs pourson âge , et elle a de qui tenir ; 
j'espère qu'elle aura su prendre la même 
couleur pour ses yeux, sës clU et ses sour- 
cils^ et que tu auras relevé tout cela en lui 
prêtant ton teint. Au reste ^ Gabriel-Sophie 
est une grande fi]]e j la taille ordinaire d'un 
enfant qui vient de naître est de i8 pouces. 
Dans la première année , à peine doit-il gran-» 
dir de 6 ou 7. Elle n'a pas sept mois, et elle 
^ 23 pouces. Je t'assure qu'elle est très-grande, . 
ét c'est encore une ressemblance avec sa ma- 
man. 

Je suis très-cèntent de tout ce que tu me 
dis de sa santé» Voici le moment critique'^ 
61 elle pousse des dents, et je deshe bleu 
ardemtfient «^que les ëhaleurs'se passènt sans 
€ette éruption ; mais à tout événement le 



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d36 LETTRES OmeiNALfiS 

téton de la nourrice est le remède presque 
unique. Si la gencive devenait trop rouge et 
trop gonflée , 31 l'inflammation se déclarait ac- 
compagnée de tous les symptômes qui ne sont 
que trop capables de donner la mort^ qu'on 
ne balance pas un instant, pour prévenir les 
accidens , k couper la gencive sur la dent. 
Au moyen de cette petite opération qui n'est 
rien , la tension et l'inflammation Je la gen- 
cive cessent, et la dent trouve un libre pas- 
sage. Mais , au nom de l'amour et de la raison , 
point de recette de bonnes-femmes j point de 
topique, de poudres , et de toutes ces bêtises 
irritantes , exactement bonnes à rien , si ce 
n^est à tourmenter et tuer Penfant. Tu m*a$ 
mis en colère avec tes dissertations. On a 
eu raison de te cl ire qu'il était impossible 
d'obtenir des nourrices absentes autre ckosç 
que leur routine , et j'ai éprouvé combien 
cela était difficile, même en présence j mais 
demande un peu aux valeureux champions 
des vieilles sottises, s'ils ont lu dans le livre 
du destin, ou plutôt des possibles, comment 
se porteraient les bommes, s'ils étaient bien 
et vigoureusement élevés? et s'ils n'y ont pas 
trouvé ce chapitre , pourquoi décident-ils que 
nous ne nous en portons pas^ plus mal pour 
Ci^oir été mal éltvés ? £n eflfet , le quart de 
laos c nfans meurt dans la première année, 
plus d'un tiers périt en deux ans , et au moins 
^ ittoitié daifs les trois premièf es années j n^ 



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D£ MIRABEAU. J22j 

Toîlà-t-îl pas vme belle preuve de la bonté de 

notre méthode? Notez ^^s'il vous plaît ^ excel* 
lente raisonneuse', que nous sommes les seuls 
êtres soumis à cette mortalité terrible , et 
qu'ainsi elle est piurement due à nos erreurs. . 
Et notre jeunesse , comme elle est belle et 
forte ! ce sont tout autant de spectres dorés 
vieux à trente ans. Qu'on voie en Suède, en 
Danemarck , en Pologne , dans tout le nord , 
en Angleterre , dans tout le reste du monde 
enfin, où Ton n'élève pas les enfans comme 
dans une petite moitié de notre Ëurope , oit 
l'on est parvenu à dégiader l'espèce humaine 
en la garottant au physicpe et au moral ; 
qu'on voie, dls-je , si les enfans y sont emmail- 
lotés et craignent l'eau, £li bleu , iLn'est pas 
un de ces liommes agreslement éduqués qui 
n'assommât en jouant huit ou dix douzaines 
de nos talons rouges, et autres valets de cour 
ou badauds de ville ; et si moi , qui te parle , 
me sens bien la force d'en renverser quelques 
bataillons en soufflant dessus, c'est que la vie 
dure que j'ai menée , et les exercices violens 
que jai aimés ( nager , chasser , escrimer, 
jouer à la paulme , courir à cheval ) ont 
réparé les innombrables sottises de mon édu- 
cation^ et ta fille assurément ne fera rien de 
tout cela...,. Mais nou§ voilà tous.^.,. Eh 
oui , nous voilà , i'^. la moitié dé ce que nous 
devrions être î 2**. hous voilà rachitjq aes , fai- 
llies , imalitigres , bossus i quelques plantons 



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a38 XETTRES ORIGINALES 

* 

sont échappés droits et sains ; y a-t-il beau- 
coup de raison et de tendresse à risquer ses 
enfans à cette hasardeuse loterie ? — J'aioie 
tout-à-fait aussi le soutènement des rein^ par 
un corps , . . . • Je te prie d'examiner si les 
petits chats 9 chiens et autres animaux , sont 
souttiuis par cles corps de cordeoude baleine, 
comme tu Tentendras. Ëh bien , par ma foi , 
Je n'en ai point vu de bossus; et dos belles? 
dames qui, en vérité, aiment ordinairement 
beaucoup mieux leurs petits chiens que leurs 
enfans , ne manqueraient pas d'emmailloter 
ceux-là , comme on fait de ceux-ci , si Pex- 
périencc n'avait prouvé qu'ils se trouvent 
mieux Je la llber.té, . • Voilà une et deux trop 
grosses balourdises pour que j'aie pu te les 
passer J je te fais grâce de bien d'autres j mais 
franchement tu n'as pas le sens commun ; mais 
pas • • pas, • • . l'ombre. • • « à-peu-près*kutant 
de raison ; d'ailleurs 9 beaucoup crérudilion et 
* d'esprit, que puisse le ciel te conserver pour 
ton ingrate patrie 1 Sur le tout, madame, lis 
M. de BuiTon qui en sait au moins autant 
que toi et les autres; lis le grand Rousseau 
( tu entends bien que ce n'est pas du faiseur 
de vers que Je parle), lis son magnifique 
^oëme d'Ëmile ; cet admirable ouvrage , ou 
se trouvent tant de vérités neuves. Laisse les 
fous., les envieux, les bégueules iioui mes et 
iemmes, et les sots s'en moquer, et dire quiç 
c'est un homme à. système. Jl est trqp vrai 



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f 

s £ M i B A B £ A V. « - z3q 

que vu notre dépravation , (out cç qu'il pio^ 
pose n'est pas fai,8able^ et en y^érité, il n'y a 
pas là de quoi nous yanler ; ijaais.la partie 
de son ouvrage qui traite de Féducatlon i^liy- 
^ique et de celle du premier âge, n'est point 
ilans ce pas , et c'est là ou tu trouveras les 
Frais principes. 

Pourquoi donc, ma Sophie , craîns-tu que 
je te reproche tes idée:» de mère ? as-lu quel- 
que-fois vu ton Gabriel s'abîmer dans des 
raisonnemens arides, lorsqu'il ne fallait que 
sentir? Gh non, non ; je ne suis pas si froid ^ 
et tu devinais le savoir. Les illusions de la sen^ 
.tibilité me sont trop chères ; et moi aussi ^ 
j'aurais vu courir ma fille , j'aurais senti pal- 
piter son petit cœur, et ses caresses répondre 
jk\x% .tiennes \ j'aurais repoussé comme toi la 
réflexion qui se serait oppose e à une si douce 
méprise. 

Tu as d'autant mieux i^ait, mop cher Amour^ 
:de ne pas refuser un service qui devait nou* 
iaire à tous. deux taot'de plaisir, que tu a« 
prouvé en l'acceptant combien tu étais in-« 
capable de ressent imenl et de fiel j car on 
ne reçQj-t que de ceux à qui l'on a pardonné* 
Cette jeune personne a réparé ses torts par 
cette offre obligeaiUe qui en est un aveu ta- 
jcite. Il eût été plus honnête de les déclarer 
^ouvertement. Quoi qu'il soit, ma Sophie., ' 
,jç ne te repiocherai, jamais cette facilité cor?- 
diale et naïve que t'a àppnée'lA nature, et 



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^^O LETTRES ORIGINALES 

qui te poile à mettre soit dans la conversa** 
tion, soît dans les procédés , tout lé monde 
k ton niveau. J'ai le même penchant, et je 
n'ai encore trouvé personne qui à la longue 
n'en abusât. Ils sont très-rares ceux qqî ont 
assez de délicatesse et de modération pour 
sentir que lorsque leurs supérieurs veulent 
iiten oublier qu'ils le sont , c'est un motif de 
plus pour que les inférieurs s'en souviennent* 
Assurément je ne suispiis haut (quoique fier, 
sur-tout dans Tinfortune ) parce que j'ai tou* 
jours voulu et espéré valoir mieux par mon 
personnel que par mes parchemins ; mais je 
vois que le plus souvent on prend de Taffa^ 
bilité pour de la fauiiliatité. J'ai cent et cent 
fois, par-tout et en tout temps , été témôÎKi 
de cette méprise de jugement. Je m'y suis 
'toujours exposé, çt probablement je m'y ex- 
poserai toujours. Ën vérité , ma Sophie*Ga- 
briel, tu as un sot ami, bien incorrigible à 
certains égards j et cependant, lu l'aimes bien: 
•d'oii )e conclus qu'il vaut mieux que quel- 
ques autres. C'est ce que je médis toujours 
pour meraccommocNr avec moi-même: Il faut 
bien que tu aies un prix , puisque eile évalue 
si haut ; et, soil que Tamour propre s'enve- 
loppe sous ce masque, soit que l'amout e«i- 
bellisse cette illusion , elle me console et 
m'adoucit le tableau de mes imperii étions , 
attises , erreurs , etc. Tu n'efr pasT^i ricke eii - 
^ genre, à beaucoup près} ainsi 4a as bien 

des 



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DE MXaABSAU* >%4t 

des droits à moa iadulgence*-^— OJnl non^ 
ne me déguise rien^ ne me dérobe jauiaîs ta 
tristesse : eh ! pourquoi affecterais^tu une ma- 
nière d'être si cruellement démentie au fond 
de ton cœur ? Hélas! pourrais tu me tromper? 
Ne sais-je pas par ma propre exp^îence^ com'* 
bien tu paierais chèrement cette fausse tran- 
quillité ? — Je te sais bpn gré de renoncer 
au laurier académique dans le respectable 
lycée où M. de Ru*'^'^ trouvait fort mauvais 
que j'entrasse , même comme spectateur. Ah î 
qu'il soit tranquille ; je ne serai jamais ni de 
celui-là 9 ni d'aucun autre ^ je me le suis bien 
juré. Mais que tu es cruelle envers tou ingrate 
pairie / — Ma santé , puisquUl CA faut par- 
ler, a été fort mauvai&p d^epuis ma dernière 
lettre. J'ai eu des crises cruelles: tout va- 
mieux ; je passe deux ou trois heures par jour 
dans le bain j çiaîs la vie re/ifermée augmente 
beaucoup mes dispositions naturelles à cette 
terrible maladie. Je ne t'en parlerais pas 
S^ommi cela 9 ^i j^e ne pie sentais . assez bien 
mai\jtenant ; ainsi sois trim^uill^e ^ j[e t'en prie. 
Les maux du cœur ne sont pas du ressort de 
la faculté , et cesont les plus cruels. L'amour 
en est le seul, médecin , et ce n'est que fajt 
toi qu'il peut Pétre. H faut , quand il i^eut 
me gulrir^ qu'il me4oBne un bacîo ou une 
lettré. Qu'il choisisse ; oui , qu'il choisisse^ 
hélas ! car on ne me laissera sûrement pas 
choisir. O ma Sophie ! voudrais-je d'un àa^ 
Tome II. L 



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^4% LETTRES ORIGINALES 

ciûM A^vn'sôlo bâcio? Oui , s'il ne devait ja- 
mais finir ; . mais sans cela ^ <te serait une 
cruelle faveur 3 tes lettres valent mieux ^ et 
notre digne et vertueux et sensiblex bienfai- 
teur me donne la v!e ^ me rend la santé en 
m'en envoyant» — Chaque matin, je cause 
avec tbi de hiiit à neuf heures : car ie sais 
que tu marcjhes aVec moû Quant à la belle 
étoile que tu |n'indLque3, c'est assurément le 
plus brillant des sïgnaux. Maïs je t'avoue que 
mon horizon est trop court , et ma lucarne 
trop étroite pour Taj^ercevoir. Cependant je 
Vols passer des vivanS| qui après tout ont plus 

rapport à nous que les étoiles : j'entends 
"du bruit, Vest îine distraction } et tous mes 
compagnohs d'infortune ne sont pas si heu- 
'nvtx à beaucoup près* Toi qui és si fière 
M'avoir appris l'astronomie de M. de la Lande^ 
•\èt qui^ depuis ie ^igne de M. de Cœur-di 
'^oïy jusqu'à Sytius 9 connais tout au ciel ^ je 
ne te crois pas si savante en mythologie ; 
écoute ces allégories-ci. t'Amour était fils 
*'de Mark et de Vénus y disait Simonîde : tu 
vois bien que ce n'est pas là le nôtre } c'est 
"^celui des garnisons. Selon Àlcméon^ il naquît 

Flote et de Zéphir : c'est bien joli ; mais 
Flore se fane trop vite 4» et Zéphir a dfes ailes. 
'Platon l'a dit fils de la Pauvreté : voilà le 
^eu des filles de Topéra. Hésiode^ du Chaoa: 
'que les ambitieux l'adqrf nt. Maïs Sapho ^ la 
tendife Sapho ^ faisait l'Amour fiU du çiel 



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DEMlKABliAV. 

* 

tt de la terre. AK i Sophie ^ voîlà le nôtre : 
Puniondes âmes, les délices des sens , c'est 
là la volupté î double joubsatice vraiment 
céleste , gage éternel de notre fidélité» 

On fait facilement des amis dans les en^ 
âtoiiit où toui te mojtde est matj lorstfue 
Pon est un peu mieux que les autres* Cette 
observation profonde et toucbanle a été jus- 
qu^à won cœur. Rien n*est plus vrai , plu* 
honnête et mieux senti ^ ô nion adorable amie ! 
et je t'avoue que si quelque chose me console 
de la solitude Vraiment assommante oh fe 
suis plongé, c'est l'idée qu elle me sauve des 
chagrins et des imprudences j deschagrîns^ 
pwtct que céux des autres prisonniers me na« 
vreraient le cœur si je communiquais avec 
eux, et j'ai bien assez de riion propre fardeau j 
des imprudences 9 parce que Pinfortune exalte 
la sensibilité , et rend excessivement confiant. 
Je soufTrè beaucoup d'être seul : mon corpi 
et ttion esprit ïhisent par des efForts et une 
tension continuels ; mais je suis à l'abri des 
indiscrétions, des tracasseries, des perfidies, 
et je n'bi pas l'occasion de me compromettre 
pour les autres, ce quia toujours été mon 
éctiéil ; mon amie, nous ne changerons pas 
nos cosurs ; nous ne le voudjrions pas^, quand 
nous le pourrions } ainsi nous sèrons éternel- 
leinent exposés aux m^cs piégés, Veux-tù 
que je te donne l'ufflfiie boussole qui mè 
paraisse pouvoir nous guider avec quclqu'e 



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sûreté ? Le» honnêtes gens ont 4e» défavit» : 
ils peuvent être étourdU et faire des sottise» , 
quiSqu'ils ne soient jamais de. sot,;^ar8ilft 
ont des procédés droiu simples qui les ca- 
utérisent , et auxquels on les r^nn^. 
N'en juge plus que par ce signalement. 
vZeïl en^eocUerlUélasUesyeuxles 

^ J perçan. son. qi.1^^^^^ 
ou plutôt le cœur trouble 

"rtn 'payé., «"e à te res^nrer Je cur 

Lu»é de son excesme faeihté da» Jes cir 
c^„"unce. le. pl« importante,, de .a v.e. 
^ L B. le. C. le. B. les V .<»t d»«»a- 
rie. qui =e .orliront p» de tt «émoue. 
STa W-toire , qui y e.t .a^^ours prcen.. . 
?L offrira m>. foule d'autre. T»« 
p„ moin, frappau.-, «fP^'»"" 

en y réEéchimnt que 1 «q"'" 
Zt» circoo.peotion,«im q»o. le. lo» 

" aot n>onopol Sophie , .o>c. corn». 

le. .«ie.. peignaient "'"T 

dan. un tableau d'Apelle UCtédulUé avec 

t longue, oreille, tendant 
Calomnie qui allait à sa rencontre t la Cré 
d„t" «ai? aeeomtii^^e de Wgnorance^e. 
.4. Soupçon, »u.la«gute dy Uoronie apus 



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D £ M I & A B £ A V. 94$ 

« 

tienne inquiétude secrète j et «'applaudissant 
tacitement de quelque découverte, La Ca- 
lomnie au regard farouclie secouait une torche 
de la main gauche j et de la droite elle trai* 
naît par ks cheveux l'Innocence sous la fi- 
giïf e d*iin enfant qui prenait le ciel à témoin 
de son infort une, L'Envie la précédait^, 
FEnvleaux yeux peicans et au visage pâle et 
maigre. Ëlle était suivie de l'Embûche et de 
lïiTlattérîé. A une distance considérable ou 
-aperciÉvfait la V^ériféqui s*ayançait lentement 
sur les pas de la Calomnie , conduisant le 
Hepenûr en liabît lugubre. . . • O mon amie, 
que eetie peinture sublime est eâîrayante , 
et qu'elle est vraie ! La corruption est dans 
Thomme , comme l'eau ^est dans la mer. 
•Tenonsé^nous sur n(^|^ardes ^ Sophie ; hélas I 
il est bien tmip^ d'y p^ oeer, Lf^^ maîhe-M« 
reux ont , toujours tort : tort de l'être , tort 
de h dire, tort d'avoir besoin des autres et 

de ne pouvoir les servir Quesais-je^ 

ouoi ? Il n'y a pas jusc^u'aux mauvais procéda 
,qu'on a pour eux qui ne tournent à leur pré- 
judice. On, cherche à excuser sa conduite en 
inçplpant la leur. Tous les ingrats accablent 
de reproches ceux qu'ils ont trahis : tous les 
j>uùil^ain)es se plaignent de ceux dont ih 
d<^ertent la cause. Voilà , je crois , le vrai 
signalement 4es lâches per&onaages que tu 
iiae rappelles, IS^ais nous ne .dcvçns pas dé- 
ipepârer de notre destinée, puisqu'elle nous 

L iij 



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«4^ LXTTHXS OaiGJHALOSS 

s^ùàt tomber aous la ^^peadance d'unbomme 
qui dai^oe ré^arci;, autant.qu il est en lui, 
les blessures cruelles dont on nous a déehirés« 
Il me reste j ma Sapblç , k écUif cir a^ec 
toi un point Impuit^ut ^ .mais je me. le ré* 
serve .pour une autre lettre , celle-ci étant 

* 

déjà bien longue. Un mot seulement» Tu t'ac- ; 
ébses sans cesse ^e mes maux ^ toi qui fais 
fout mon bonhenr» Yeux^-tn donc que je ré^ 
crimine contre moi-même i Noii«,tu oeie 
veux pas. £h bien, injuste aman^^ pensée ai^ 
z3 déc embre 1776, au 24 aônt 1776 , et osé 
dire que î'ai trop, payé la félicité suprémç : 
ose dire que le sacrifice de ma vie immolée 
k l^nstant in'eut acquitté. - 

Tu n'ignores pas que j'aime asse^ t^tiecette 
du pistolet, comme mt^dîtive et sûre; et 

%w«v-iau c»i u ùfii;//ci7;n<^ycrm/iv<r/\/cpeiî» 

dant il faut que je te fasse à ce sujet quel* 
ques courtes observations: elles sont nécés*- 
saires à tout événement , naturel s'entend ; 
car la bonté,. ]a céleste bonté de M. le N*** 
éloigne tout projet funerte. Maïs enfin', ma 
Sophie-Gabriel , je suis mortel \ la feuille 
d automne jaunit et tombe , et Porage em- 
porte aussi la feitiHe du printemps ; ainsi 
tout dans la nature appelle Pbomme à la ré** 
signation. Je me porte assez bien en ce lïio- 
ment : la nattire et Pexercice to'ônt fait ro- 
buste : je n'ai que viDgt-:buit ans ; j'aime la 
Vie , puisque je t'adore , et que tu me chéris ; 



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D£MIIIAB£AU« 347 

ainsi je puis fixer un rnomcut les yeux sur un 
. éyéijiemeiit Irèft-imprababie ^ mais dans Far« 
d[r« dei} pos^ibljes» Je connais l'excès de toa 
atnour , de ton courage^ et wé'me de Ion an- 
/ dace» Je sais que tu ne vis qu'en nàoî et pour* 
moi^Btqucitu n'ai jamais cru pouvoir ni devoir' 
me survivre, et que le premier mouvement 
te s^t^it probablement funeste^ si je périssais 
avaat toi* Mais, mon amie^ regarde ton en-»* 
fant t regarde, cette image naïve maintenant 
es^posé^^ sous tea yeux» Ta prison ne saurait 
éue , Pfi:pé(uelle , ni même d^une certaine 

kogJiur i e. 1. ™ 

terme* Si une mort prématinrée m'enlevait à 
tpi, je ne pourrais rien pour mon enfant. Ne 
sfrait-ce pas une raison de plus pour que tu 
te CQnservasses pour elle? Tendre Sophie^' 
laisserais-tu ce fruit de mon amour exposé 
SKi ri sao9tSÇ9Qiirs à tou» les outrages du sort , 

mendier sa subsistance , et traîner noire sang 
dans la fange de la plus affreuse misère ? 
N'est^lle point un autre moi-même, cettç 
enfant du plus tendre des hommes ? Non^ 
mon amie, non , tu ne lui laisserais pas pour 
hfrita^e le malheur de ton père : tu veillerais 
sur elle. Tu honorerais dans tafiille ton amant 
à qui tu donnas un titre plus sacré , s'il en 
est on. Ce serait m'étre iidelle que de chérir 
ma fille 9 de lui continuer les soins que tu me 
prodiguas : elle essuierait tes larmes y elle 

adoucirait ta perte ^ si elle ne t^ *nsolait 

Liv 



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248 L E T tu ES ORIGINALES 

■ 

pas. Je ne te tenÉs point un pl^ge ^ éhèrtf ' 
ik)i>lûe 9 ye^ incapable. Je ie dis ce qu& 

je pense : tu te dois à ton enfant. Si la faulx 
du temps m'atteignait avant l'âge y il me 
semble que je- te quitterais dVec n^oins de 
regrets,, si je te laissais ee pf^fcieux gage de 
mon amour ^ si j'empoitaia Fespair que tk 
tendresse pour la iilie que je te donnai té 
fera supporter ma perte y quemon 'amour nie 
sujrvivra et sera réobauii^é dans le cœur de 
ma fille , jlorsqjuf^ Gabriel ne sera plus que ' 
ppiissière : son ame transmise Bsns un autre* 
lui-même 9 cuii^éd et enriciiie^dans ton sein y 
vivra encore en dépit de ses tyrans , et ton' 
ami t'armera jusqu'au -de là de la tombe» 
Sa tendresse* bravera la mort et le temps qui - 
asservissent tout , et durera autant que la na- 
ture elle-^méme. Si. je né t'ai jamais parlé 
ainsji, ma tendreet bouuie. Amie ^ c'est que je 
n'avais yolat fait des xéflexions aussi conti- 
nuelles y aussi .sérieuses , . àussi profondes sur 
ce qui peut arri^ver ^p);ès, mpi, et sur les. 
de voirs qui nqi^s lient. J'aije droit d'absoudre 
des sermens que j'alreçus^ et je le fais. Je 
ne suis pa? uiviiade^, je te ie»répète^ et cette 
longue letti c te le pronveassez : j'espère vivre 
pour toi > pour ma ûlie et pour notre bieu^ 
faiteur. Mais si iç sort en décide autrement^ 
si mes yeux doivent se fermer sans, avoir en- 
core une fois^fixé mon amapte^si meslèifrea 

se glaçât sans lu^ ^avoir^de nouveau jujcé 
> 



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non amour ^ je transporte a ta fille toute la 
tendresse que tu m*as si bien prouvée ; qu'elle 
eu jouisse autant que le lui permet la nature ; 
que Tamour oiaternel remplace dans ton cœur 
celui que tu me dois 3 que Tamoui iillal le 
dédommage de tes pertes autant quHl est 
possible* j|^e cceur ibrmé de celui de Gabiiel 
et du tien ne laissera poiat sans exercice ton 
àme active et brûlante. Le portrait inanimé 
4e Gabriel t'est si cher ^ 6 mon aimable amie ! 
sa ressemblance organisée et seubible ne te 
sera-t'-elle pas bien plus précieuse ? N 'est-ce 
pas le mélange de ton sang et du mien , de 
ton ame et de la mienne ^pue j'oflVe pour 
pâture à ta sensibilité ? Ne dis donc poinÇ 
que ce sont, des consolations arides et insuf- 
fisantes ^ et conviens que si c'est un devoir 
de té conserver pour une pauvre enfant qui 
n'a que toi^ ce devoir n'est ni trop cruel ^ 
ni trop sévère .... * Tu pleureraken lisant 
ceci, .et je pleure aussi; m^us ces larmes ne 
sont point amères, et ces réflexions sont un 
sujet important de méditation que je devais 
t'offrir pour réformer tes principes. Ne cher- 
che pbint à m'emban asser par des compa- ' 
raisons ; tu m'affligerais^ et tes réclamations^ 
et tes plaintes^ et tes tendresses n'empécbe- 
ront pas que tu ne sois puur moi , ce que je 

puis être pour toi Sujr le tout , je me 

porte bien , je veu^ vivre cent un ans, pourvu 
que ce soit avec toi, et dire à cet àgc, Mfê 

Lv 



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25o LETTRES ORIGINALES 

^l/e, allez dire à votre Jille ^ que la fille de 
sa fille crie. 

Tu m'as fait un plaisir bien vif eo m'assa^ 
rant de l'intérêt que prennent à toi les per- 
sonnes dont tu dépends. Je ressens du fond 
de mon cœur leurs bons procédés ^ quelque 
Convainctt qut? fe sois qu'il serait impossible 
à des gens honnêtes de te montrer de la 
sécheresse et de la dureté. Ma reconnaîa-» 
sance est en ce moment un bien faible hom^^ 
mage } mais il est certain qu'on ne m'obli* 
géra jamais si essenlielleraent qu'en toi. 

Sii'on laissé entrevoir que je pourrais 
t'envoyer quel^lies manuscrite ^ dis-le-moi ^ 
et je ie ferai avec grand plaisir , puisque tu 
le desires \ mais n'abusons pas des complaH 
sances qu'un a pour nous, du temps qu'est 
obligé de perdre le secrétaire de M. leN*** 
pour examiner ce que nous nous écrivons* 
Si tu m'Ai crois ^ nous bornerons nos vœux 
à recevoir un peu plus souvent de nos lettres y 
car cinquante^six jours sont bien longs ; j'en 
avais eu jusqu'ici tous les mois depuis tes 
couches^ et quelquefois niénie deux^ et je 
ne serai pas tolites les fois si bien payé d'iavoit 
été si long-temp:i inquiet. Adieu, mon Amie 
si tendre, si at U nUw^ , si aimable et si boune. 
Puisse cette lettre te rendre une partie du 
plaisir que m'ont fait la tienne et ces pré* 
eieux envois ! Je la iinis ; car enfin il faut 
finir, et M* qui est obligé de la lire ne 



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J>l MIK ABB A'tr. 

saurait s'y iiitérater autant <|ue toi y quelle 
que fioit 5a complaisance. Je le sens bien ^ 

mais a/^UE^non si sazia mai Oh ! non^ 

non sai^ipiute ^ 8ar**tout qnEind il est si 
affamé, jima iliuo spozo, corne ne seiamaiam 

Je l!Toya!s qu'il ri*y avait plo» d'hommes 4tt 
nom de Cauoigham, Je suis aise dePétablis*- 
semeat de cette pfiuvre et bonne enfant qui 
avait goût et presse du sacrement. Elle 
s^est point mal conduite avec loi ; et je l'aimi^ 
autant que je puis ailier une autre femme 
çue Sophie, et une ame aussi tièfle. Fais un« 
attention sérieuse à ce que je te dispjour let 
dents de la Gabriel-Sophie. Jet^enverrai des 
yers pour mettre au bas du portrait de cette 
grande fille de deux pieds de iiaut. £n atten* 
dant 9 j'ai trouvé, je ne sais où, un portrait 
au-dessous duquel tu mettras le nom tu 
le devines» 

«. •««*»••• La quimeosedée^e repose t 

Le cœur gm de cb9griii«ini^eii «avoiriacauae^ 

lï'ajaDt pensé jamais^ Tesprii luujuurs troublé, 

L'œil chargée le lemt p&ie et d'iiypucuQdre unSé^ 

La médîitante Envie est assise auprès d*eUe^ 

Vieil spectre téiuinio, décrépite pucelle, • • 

Avec un air dévot déchirant son proibaîn f 

£t chaasQuuuut ks geus , TEvangile k la toaio* 

Je ne saurais t'en envoyer que cela j mais 

I ^ ' M t I ■ I I 11 ^ 

f Je crois (^ue ccn est guc pour U rime. 

L Tj 



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* 

ç'e$t assez, po^r, ^^qx 1% r^semblance. Aiikw 
encore une fois^j l^i^^^-mui cai^r avec ma^ 




A . M. L E N O I R. 

É 

J E croîs, Mbnsieur , que vous et vos secré- 
taires avez besoin dè beaucoup de courage , 
quand il faut lire les lettres monotones de 
faîit de malheureuk qui n'ont guère à penser 
^u'à leur infortune , et qui ne s'aperçoivenf 
pas aisément que leurs vaines réclamations 
jVeuvetit enniiyer. Je suis raisonnable à cet 
^gard V il n'est pas dans nia nature d'être im- 
portun ayec celui que je respecte et qué 
l'aime : quant aux autres , j'aurais la juste 
fierté de croire que je ne suis pas fait pour les 
prier deux fois. 

Je ne vous parle point depuis long-tems^ 
et je ne vous parlerai plus de mes alfaires y 
persuadé, comme je le suis, que j'en ai dit 
assez pour exciter votre intérêt , et que vous 
me sauveriez y si vous pouviez , des serres 
cruelles de mes ennemis, puisque la plus îm* 
portante et la plus précieuse des grâces que 
je puisse désirer, et qui, par un hasard plus 
heureux que je ne devais l'espérer de tna 
^destinée , <iépendait de ^ous, m'a été accor^ 
•idée. Mou sort est décidé-, sans doute, et de 



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quelque liiaiiière quç ce «oit, le'temsjinef 

Papprejadra, ou j'apprendrai aiii t€Di» que j« 
suis plus son maître qu'il n'est le riiien. Jus- 
que Jà^'^je vous parlerai quelquefois du pre- 
mier* besoin de ma vie ; et c'est mon amie 
.qui est ma vie, et ce soqt ses Jey res qui m*a- 
limentent. * * 

Dans le mois de janvier, j'en ai reçu deux, 
une clans le mois de février, deux en mars, 
et deux autres dans ies mois d'avril ettd^ mau 
Vol] à vos bienfaits , et je vous ai e:i primé, 
de mon mieux combien ils m'ont touché. De-* 
puislevingt-qualre de ce mois demai, jusqu'^^ 
aujojiid'liui neurjulllet, .c'çst-cVdire, depui^ 
quarante-six jours , je suis veuf, absoUimeni 
veuf j et, je ].^avoue, mon cœur est a^IFainé et 
mon esprit inquiet. Depuis le moment où ^ 
ému de Juotre sensiJbiJité si juste et de nos an- 
-goisses cruelles y vous avez daigaé condes- 
cendre, autant qu'il était en vous , à nos înno- 
cens désirs^ et verser quelques gouttes de bien 
. dans le,çaliqe amer que nous avons à vider ^ 
je n'ai pas cru que notre situation pût emj 
pirer : car, me suis-je dit souvent , notre bien: 
faitear est si bon l il n'aurait pas voulu r'pu- 
vrtr notre ame au sentiment du bonheur pour 
nous Tarracneré . . . Oh I non, Monsieur , je 
ne crains pas cela de vous, et je vous demande 
avec les supplications les plus ardentes une 
lettre de llnfurtunée Sophie. • 

J'ai riionneur d'être avec un dtvouemeiit 

1 



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mpecfuean., Momieur^ votre trè^lmmiile et 
trèft-obéissaat Mrviteur j 

M I & A B X A U fils. 

m • 

, * 

■I I I III I m II II I ' I ' J > Il II M i i r > mÊmémmàmmàÊmmimmmJ* • 

A U M Ê M £. 

♦ ^ 3o juillet 1778* 

I L est bien décidé , Monsieur , que c'est à 
vous çue je derrai consolations, plaisirs , sa^ 
lut ) tout enfin. Je profite avec la reconnais* 
sance que tous vos procédés m'inspirent , et 
chacun renouvelle, de la permission que 
TOUS me donnez d'écrire pour m'informer de 
mon fils. J'adresse ma lettre à un notaire 
ë'Aix^ très-honnéte homme, et qui a des rap- 
ports étroits avec M. de Marignane et mon 
père; mais qui est on ne saurait plus secret, 
et qui me veut le bien que me veulent, j'ose 
le dire, tous les gens honnêtes qui me con- 
naissent par d'autres relations que celles de 
mon père ^ ou 'qui me voient par d'autres 
yeux que les siens. Je ne pouvais mieux faire 
que d'écrire le billet simple et succinct que 
j*ai l'honneur de vous envoyer ; parce que ma 
position m'interdisant tous détails. Il serait 
embarrassant , et m^ine peu décent d'écrire 
ain ji à mes amis d'un certain rang«. Sans cette 
réflexion , je me serais adressé à madame la 
marijuUe de Verne , en son hôiel à Aix ^ 



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ou ftu nùmfuis de Taurettes , dans la mimé 
ville ; personnes respectables et respectées ^ 
^ibnt Vii déplus près que cl^autres l*înnocencë 
de ma conduite et sa générosité ^ opposées à 
l'atrocité de mes ennemis ; qui connaissent.à 
fond mes affaires et mes matheiArs ; qui saTent 
enfin que dans la longue caurseque j^ai ioMX^ 
nie, quoique jeune encore ^ dans une carrière 
hérissée d'événemens tristes et dh^cocrtratiété* 
cruelles , j'ai toujours eu les mêmes procédés 
et trouvé le même sort. Ami jusqu'à l'en- 
thoufiasme^ dévoué jusqu'à la témérité , sans 
, cesse compromis pour les autres ^ et sans 
Cesse abandonné ]jar ceux pour lesquels jé 
me suis compromis ^ chargé des fautes d'au*^ 
ttuif dédaignant d'excuser les miennes ^ 
parce que la conscîen e de mes Intentions et 
de ma droiture m'a toujours suffi ^ incapable 
de faire mon apôlogieaux depen&de p^sonne^ 
ibêmé des pusillanimes , des ingrats et des 
traîtres^ je me suis vu, continuellement jugé 
sur des faiualtérés ou faux, et jen'ai jamais 
changé pour cela de c oeur ni de conduite. Tdt 
je fus^ tel je suis^ et tel peut<-étre je seraû 
Quoi qu'il en soit , Monsieur, si vous û'ap- 
jprôuvez pas ma lettre , veuillez me ïà ren- 
voyer avec des cbangemens que j'observerai 
religîeuscuieiit. Si vouo jugez plus à propos 
que je û'éci if é point , et que vous daigniez, 
prendre cette peine pour moi ,,ex ès de bonté 
c^ue jcL ne présumerais pas si l'on ne m'eût 



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$it6t L£T J&£S, OKri^Cf^K ArL£S 

f^xiné Uakernative , veuillez voa$ Presser ^ 
madame de Y ence. C'e$t Jta «œur du vicomte 
de la RoçhefQucault«^e.ut^jti:e la qopoai^sea;*% 
Yous}ah!$i cel^e^t^yous l'estimez san^ douteii 
Demandez-lui ce qu*^elle pense , ce qu'elle 
fait de moi. ^ Je^ sousci^îf à fie g[^'qllq pro-: 
nooce^a j mais , non ; elle ^st trop partiale 
çnma faveur. Elle l'iest au pçint que mon père 
et madame^c^^irabeau ont^jOi^é sç répaadre 
en commentaiK:e^ sur mes sen timens pourp.çtte 
daine et sesbont és pour moi» Yousr^marquerez 
g^^ellç serait njia jnère , et que c'est, u«ie des 
femmes les pjus gjénéralement i;^spectées. |1 
est vrai quelle cotui^it mad^qie de MitabeaM 
depuis Tenfeuce^vqu'elle a sruiyi iia conduite et 
la mienne, et qu'elle nîa pas balancé entrer 
nous, 11 est ¥rai ençqre que la plus tendre 
jdes mères ne saurait aimer le plus dur des 
pères ; . . . . mais , après tout , que peuvent 
coutfe ff^adame de Vence Içs siiUemejgis de 
la calomnie? 

£nnn ^ Monsieur , de quelque manière que 
ce soit y j aurai d^ nouvelles de mon &1&^ 
puisque vous voulez bien vous en occuper. Ne 
trouvez-vous pas étrange , j^ose vous le de-' 
mander , qu'un père ait organisé sa famille de 
manière qu'il lui importe que son £ls n'ait 
aucune correspondance avec sa mère y et ne 
sacbe pas des nouvelles de son enfant ? et ce 
pere s'appelle V Ami des hommes/. • • • Je ne 
m arrêterai pas sur ces idées désolantes 5 je 



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ÎD £ M I K A B £ A V. iS'J 

fbusrépéterai seulement que j'use dans Tinu^ 
tilité et le chagrin mes. plus belles années , 
que je - tieHlis avant Pâge , et que les nniU^ 
p^^raîssent bien longilesàla douleur qui veille/ 
Peut-^tre , qii^il' me soh permis de le dire , 
peut-être pourrait**on tirer de moi un partL 
plus utile et plus humain. Je ne me crois ni 
au-dessus, ni au-dessous de rien. Je ne suis 
aSi^dessous de rien , parce que je sens mes 
forces et mon zèle, parce qu'après tout je suis 
ttii' hoinrae condtne un autre» Je ne suis au- 
dessus de rlea ^ parce que le patriotisme ^ 
Futilité, et sur-tout l'Aomm^^ peuvent fout 
honorer. Tous les talons rouges ne parleront 
pas ainsi j mais c'est à cause de cela que je les 
vaux peut-être bien en tout sfens. .Encore iiae 
fois^ je suis enterré) cependant, si j'en croîs 
ma tête et mon cœur , et cp je ne sais quel preà-^| 
sentittieni qui est souyetft la- volk de l^am%;^ 
ma vie pourrait n'être pas inutile. Songez à 
moi, Monsieur, dans ce tenis, qui, ri j'en* 
crois qu'annonçaient 'les dernier^ nfois 6ùf 
je vivais avec les. vivaus , doit être fécond eti^ 
événeniens. Spiigez à moi, dis-jej ou plutôt 
(«ar j'fiir assez de pDeuvesique vous daigtieii'* 
vous occuper de ma'triste existence ) rappelez*^' 
la à d'autres. 

J'ai promis à mon amie des vers pour mettre 
au bas du portrait de ma fille : ne permettrez- 
vpus poÎQt que je les lùi envoie? Ah ! je n'ai> 
pas besoin de |^:étexlc^ ipour /vous flemaqdw' 



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t i:TTaK^.q«.jGiK.A.i.ç8 

une . grâce si précieute , 9>9«8 .qui Jt» d^n4 

que de vous, r 

' J'oserai en soïIiçiU^r uoe q^l J'est biea 
moins, et giii l*e$t ce|jiçftd«gat be«rucQ^ï. Je 

e a un ouyi^agç. qui sera intére«4^t 
«i jenesuis p^sfort au-c(e.ssous de mou sujet.j 
je manque de matMaux. Souffrezqu'bn m'a- 
bonne h un cabiqet littéraire. On m'en re- 
mettra Je catalogue: je demapderai les livr^ 
qui me couvieadroiït, et chaque semaine ie 
earrossede Vincennes emportera eUa^poxttxa, 
mon paquet chfz.M, de Rpiigemont. Cette, 
manœuvre eat biep simple , «uç flonne^ Aucune 
peine à personne , ri'a , ce me semblé, aucun 
incQnvénient , et suppléera , moyennant six 
9u,nçuffrauc5p^r mois ( parce qup je prendrai 
^liisieuKS volumes. à If fois ) apx livres quç 

puis me pjçoçoçer ici , où il n'y a point d«^ 
Diôiwitaeque j pu mépoe de eabmet m«i 
tendu, ni acheter parce qu ik sont trop chers* 
Daignerez-you» œedlreunouî ou un non ? Je 
sais bien que^ oui est le* mot que tous proférés - 
le plus volontiers quand il s'agit d'un bienfait. 

• J'ai ybonneur^ d'être avec profond et 
respectueux . dévouement ^ Monsieur , yotre 
très -bumbje et très-obéissant serviteur ^ 

Recevez mes remercîmens pour les ordres 
qîue vous avez bien voulu donner sûjejt diA* 
comptes de sauté «relatifs à moi* 



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AU ^ â M. je;. 

if août 1778. 

I L ne faut ^ Monsieur ^ (pie tous rappeler les 

dates pour provocfufi;' vQtrç» bonté et ?oji 
bienfaits ai 'opt appris à être tr^ingujUe ; mai% 
mon cœur est trop aetif pour que la sécurité 
soit en lui l a^eocç du de^r : c'e^t ^ forc^ et 
la persévérance de pe^ cleslr cjul^. constituant 
lapassioQ » la légitii^ et Ji^ rend intéressant^ 
pour tgudle$bompi|9s Jbjoa;iéie&;^/est elleqi^ 
vous a touché sur ruou sprt ^ q»e vqus aveaî 
«douciptar de si précieiuies faveurs , qu'eile* 
Qut pa$aé mon attepte. Il y a moiâx^vgJM 
que je n^ai eu de nouvelles de ippn auiie ; j'Q§Q 
Yousea deuiaod.er ^ffi fa^n&fi^fiti 19^ «e« 

- toujours proportiounée. Daignerea&^vous per-* 
mettreque je joignç àma répon.seuu cartouche 
pour placer au ba» du portrait de mà fille ^ que 
)fi dois à votre sensibilité , et df>nt mon amie 
a le double, à ce qu'elle m'a mandé ? Les 
plu« petits présensi) lei plus légères marlfuet 
de^souvenir^ sont des jouissance», lorsqu'ils 
sont relatifs à un sentiment qui sieul nous 

anime, et auquel toutes no$ ^pensées et nog 
actions sont subordonnées. 

. J'ai l'hon neur d'être avec un dévouement 

profond et respectueux , Monsieur , votre très* 
bumble et très-obéissant serviteur ^ 



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l6o LETTRES OaiGINAiES 

A U' MÊME.. 

• * 3 i^epteftibre 1778. f 

J Ê ptends la liberté'dé vdiis adresser. Mon- 
sieur, un cartouche destiné à être placé au 
bas du portrait de ma fille , que yous avez 
permis à mén amie de faire faire pour sa con- 
solation , ce qui me donne lieu d'espérer que' 
vous joindrez à cette précieilse faveur celle de 
lui faire passercedès^iA.ll est assez mauvais; 
mais pas trop pourtant^ vu la manière dont 
il a été exécuté ; à un mauvais^ jour , avec des 
«rayons de deillxsbls^^derehcre de la chîûe 
vieille et sale , et une brosse plutôt qu^uh pin-^ 
€eau« Le défaut d^idsftuitHtes a mon imà^ 
gination *t wft'inaîiî •.siaîsCc pètit iiçû fut-il 
cent fois plu^ m«il éhauabé;, l'intention seule 
ferait encore le plus giand plaisir à ma pauvre 
arriie. Je n'ose pas y joindre bue lettre ; car 
la ^ceconnaissajjtfçe , loijiid^'eîtcuser.la témérité, 
p^cessitje la discrétion j mfiis vous' supplie 
l^em ardemment de iii^enr{>rociprer une de 
madain^ de M* à laquelle^ je puisse répQndi:;a ^ 
et je vous répète pour la centième^ ibis , que> 
çoijim4^1es bien iaits #9nt. plus pui^san^que 
tous les monarques de, la terje, vous ôtesmoxv 
véritable maître, , et vous le serez tôù jours ; 
ave£ çp^Uç ^sejUe nufinciB que ic; plus ypspec^ 
tueux attacbe^ent et la plus^wd^e^r^iititiidfî 



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B£ MIRABEAU. 

seront à jamais les liens sacrés de ma aépen- 
danee. Ce titre Vaut bien la grâce de Dieu et 
des verrouœ. 

* J'ai rhonneur d'être avec un respectueui 
dévouement , Monsieur, votre très-Jiumble et 
très-obéissant serviteur. 

' ! ' M I i A B E A U fils. 



A U M Ê M E. 

♦ 

18 septembre 1778. 

P 0 U R la première fois , Monsieur , depuis 
que je suis enseveli dans ce toijabeau oîi Ton 
meurt long-tems \ mais pas plus long-tem's 
qu'on ne veut , ]é vous écrU presque sans ès- 
poîr. Il m'en reste encore un foible rayon 
qu'entretient lé sentiment intime et la convie-» 
tîon de votre bènté ; mais vous ne pouvez pas 
l^impossible ; et sin^a destinée est plus forte 
que vous, en vairi vous lui avez ârraelié quel- 
\jues consolations q^i ënt adouci mes maux \ 
ilfautque j'y succombe.'" ^ ' ' 

Vous voyez 5 Monsieur, que dans la douléut 
amère où me plonge le silence de mon amie ^ 
Je ne soupçonne pas que votre refus de per* 
mettre que ses lettreat parviennent fuèqti'à moi 
en soît la cause. En effet ^ pourquoi crâîh- 
drais-jece terrible revers ? votre cœur a senti 
lès justes déchiremens du ttnSen ; il y a qùA^ 
jirfti; Vous A'etcs pas de ces hommes qui, vi- 



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LETTRES ORiciNALEr 

Vant MD8 pri&Qipes et pensant $ans eoiirage , 
comptent au nombre des devoirs de leur ^tat^ 
|es préjugés : votre esprit se rend à la raison ; 
votre ame > à la sensibilité qui lui parle , qui 
Témeut. 

Je ne crainspas non plus, du moins je ne dois 
pas craindre, Vu ma conduite et le témoignage 
lie ma conscienee , qu'on soit parvenu à vous 
persuader que je suis indigne de vos bontés. 
Je ne connais personne à qui cette calomnie 
soit nécessaiie } et quelques exemples que 
j'aie vus en ce genre y je ne sai^s point encore 
être méfiante Cependant j comme la secousse 
clu malhçur chasse la vérité des ames foVtes | 
tandis qu'elle Penfouit dans les autres , Je 
dirai en {>as6ant que c'est une Korrible insti- 
tution que celle où l'on a réuni sur la même 
personne toutes les facilités et tous les inlé- 
YiêtsjH^ssiblesde calomnier jet j^'#jouteraiqu6| 
cop^me tout est possible, pomme l'humeur 
d'un prisonnier peut lui donner de l'aigreur^ 
et rhumeur de celui ^iiji le gard^ s'en irrijter ^ 
Cçunme il en peut .résyljler des prévenUons, 
des opinions fausses-, des ressentimens et des 
vengeances , il est juste et nécessaire çue 
chacun. ait la \px^ d'^Pfi^l^ ^t que le snpé^ 
jieur iBfkméàifit entende ^ jes deux parties ; / 
iréflexion importante et féconde, .mais génér 
jrale, et nullemei^t.particuli^ère .àmoi qui n'ai 
aucuns sujets de plainte , et qui qnmçun Ç9f 
ne me plaindrai le premien ^ 



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Je vous demande, Monsieur, je vous de- 
uatide èn gémissant ^ une lettre de ibon kmîë* 
Si cela n'est p<fs possible^ je me résigoe^et 
tout est fini pour moi j mais daignez me le 
faire dire : que des paroles vagues dont la 
multiplicité et Tinexac tit u de inquiètent et dé- 
couragent au lieu de soulager^ ne soient plus 
'ma pâture. Une ligne y à mon bienfaiteur f 
une ligne de la main adorée; ou la cruelle^ 
mais nécessaire vérité. Ce désir que je vous 
témoigne avec toute la véhémence d'un cœur 
brisé de douleur , ce désir vous décèle mon 
premier besoin ; et ce sera le dernien . J^aï 
éprouvé bien dés maux : j'ai été crueliemeat 
baloté parle sort. Les hasards de la naissance 
et de la forttine étaient pour moi : j^âyais le 
germe de quelques taiens^ une activité rare^ 
une audace qui ne l'était pas moins ^ une santé 
forte; j'ai perdu lîe.tout cela ce que j'eti 

* 

pouvais perdre 9 non sans regrets^ mais sans 
désespoir. I^a carrière de l'ambition m'est fer- 
mée : mes talens sont flétris; ma santé est 
détruite ; je suls^dans les fers ; et je supporte 
ma situation I et si vous parcouriez mon porte» 
feuille (ce qui arrivera quelque jour) vous 
diriez. peut-être : Maintenant que l^udi^ersité 
et le tems ont fuit tomber son m a s une et 
montré cet homme à hu » je vois qu\iln étaiê 
ni sans vertu, nisans^or^cc. Mais^ Monsieur^ 
tout cela tient au sentiment qui alimente ma 

vie I aux charmes de Tamour | à ce bool^eur y 



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k ce seul bonheur qui ne devrait^aa tant cou« 
ter. Il me fait supporter cette manière d'être 
qui n'a rien de comparable ^ noU rien ^ pas 
même les plus horribles tourmens ; car les 
souffrances corporelles son limitées par noire 
sensibilité physique et notre organisation. 
£n vain l'homme a montré autant de l>ar« 
barie par la varit'tc des supplices qu'il a In- 
ventas, que parle noibbre infini desps crimes : 
le plus ingénieux des tyrans ne peut que 
pous donner la mort. C'est en prolongeant 
motre vie dans une situation aiFreuse qu'il 
assouvit toute sa férocité , parce ^ue la scn* 
jiibillté morale a des bornes bien plus reculées 
que la sensibilité physique^ et que l'amçest 
plus sûrement et plus durablement alFecté.e 
par des impressions faibles, mais repétées , 
que par iin mouvement violent ^ mais passa- 
ger. S*il est un Dieu, ap^ui de l'inuçcence 
et vendeur du crime , il sera juge sans doute 
entre' Je père barl^arç et rcnfant opprimé. 
C'est une consolatiçtn bien eruellè^que je ne 
savoure pas. Jë n'appelle point la vengeance : 
je demande votre pitié. Je demande sur- 
tout que vous' pé délivriez du plus lulold- 
^rablc dqs maux celui de Vinçe|^tittide , et 
que vous daigniez me faire dire , si Jé dois 
pu ne dpis plus compter sur des lettres de 
mon an^ie. , ' 

* J'ai l'honueur d'être avec un respectueux 
dévouement et uuc inviolable iCv conaissance. 



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' »,E MIRABEAU. aGi 

Monsietir , votre très-humble et i r ès-obéissant 
serviteur^ ' • , ^ 

^ MiR AB£ A U fîJs. ' 

* M, deRougemont m^a dit que ce n'etaitpag 
l'usage de laisser uji étui de mathématiques 
5^ux mains des prisonniers j mais que je pou* ' 
Tais vous demander la pern^ission de rcUrer • 
le mien des siennes. Je prends cette liberté ^ 
et j'espère (ju'il vuudva bien certifier que je 
. n'ai donné aucune taisoQ de méfiance depuis 
que je suis ici. D'ailieujs^ que peut faire nn" 
compas contre ^es murs de quinze pieds d'é- 
paisseur ? Il peut servir de poignard. Mais les 
murs ne peuvent-ils pas aussi servir d'^issom^ 
môir? Je travaillé depuis ma plus teadrejeu- 
nesse aux mathématiques. Cest detoutesley 
études la plus convenable k ces tristes lieux, 
parce qu^elle n'exige guère que de la médi- 
tation ; mais il est fort difficile die faire cer-. 
taines choses sans înstruoieiis ; et je ne vois 
pa^ pourquoi Von tiôus rendrait impossibles 

^iX^ .i 1^»S 

a peu près tpmme % 

soldat de Marcellus arraçhait Archiii\èdê à 
son travail. S'il n'est pas irrévocàblenu n t dé-* 
cidé que tout ce qui entre ici n'en sort point , 
il pourrait être intéressant de laisser certains 
hommes se livrera Jeurs talens , et mémp de 
lei^r pi ■ocurer des facilités. Quoi qu^il en soit, 
Je sërài bien reconnaissant que \om daigniez 
m/àccorder la permission de jouir de mon ètiir 
. ^ de ma;thématique5 , et je promets d^ ne faire 

^ • • • ■ . 

■ ■ • 
♦ % 

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aacunfe bpècbe dans:^ i^uri^ de quinze 
d'épaisseur ^ ni dans des portes de &r^>â¥^o^ 
UD très-mince compdSr ^ 



M. D,E R;0 U O E M.O N 

▼ 

r 

GOirVER^îEUR BU DONJON, 

.1 i»9 scptcpbrc- 1778^ * ' 

L y a quelque tems , Monsieur , que j/aî 
cru devoir vous '^faire entendre que quelques, 
mouyemens iutérie^urs qui pusseu^ ag;jter le 
docjon , vous me verriez toujours à ma glace ; 
c'est-à-di^e ^ ne me uêla^ti de rien, ^fue^ 4e 
ce qai m'est personnel, et sur;îJo.ut ne trempant 
dans aucune anonymité , manœuvre infâme^ 
dont tout honnête homme est incapable, 
manière vague dont je me suis expliqué.a pu, 
vous donner quelque inquiétude ; mais toute 
tracasserie m^estsi odieuf^<> to^te explication 
si importune^ que >'ai reculé )vjsqu'au der- 
nier instant à entrer dans des discussions qui 
pouvaièut nuire à quelqu'un. 11 fallait la uér, 
cessité pour me justifier à mes y.eux. Aujour- 
d'hui que mon silence peut vous exposer vous- * 
même, aujourd'hui du moins que je suis com- 
promis par rinconcevablç effronterie d'un in- 
l^igànt , et que j'ai peiit-êlre perdu , fajutç-df^ 
m'expllquer^ les bonj és de M. Lenoir , j^ me 
vois contraint d'entrer dans je« dét^ails j çt lç?k 



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c. D^E M I a A B E A .Ui^ ÎI67 

yotcîpH(eiiîent exposés par écrit ^parçe .qu uu 
sVxpIique avec plug de précision parée qu^ 
d'^ilieur^ un homme d'bonue^r oe i^efuse jw* 
TOâis de signer ce qu'il avauce. nature des 
faits que lègue est tellî* , qu'i] nepeuf ipn%\ 
r^esfer le moiucirjK doute surl^çur vi^rité^rjcar^i» 
paîi le don de deviner. > " 
M, Font elliau a osé me meRirêr, Moirsienr^ 
de ^e dénoncer comme Tayant^Youlu sédurre ' 
pour obtenir de lui des choses contraires à son 
devoir, et comme étant son ènnemi i raison 
deson inc orruptibilité. Il-m'a même dit que 
vous,eïi étiez îbst riiif . Certes , jeute m^alten dais 
pas à être attaqué p^r lui :pourifait de séchic-^ 
tioUf Voici ^ Monsieur , la relation exacte de 
ce qyi ^^'est passé.etttre lui et moi depuis que» 
je suis ici : , voivR jûgerez qui de jdqus deux est 
le s|?duçteur. Vous ferez de n^a lettrgl'usage 
flue vous trouv^rezconvènttWej mais vous sau- 
rez du moins quelles raisons M. Fontelliau 
peut airoir de m'accuser ; ce que valeiit ses 
accusations} quelle a été m» eqiidiute,et k 
siemie ; quels sont ses principes et les i^iens^ 
Vous 4t es trop honnête .et trop juste , sans 
doutc;^ pour lie Ras détruire, les impressions 
qu'auraient pu faire dans l'esprit de M» Le- 
Doir 9 ses calommes, ^ ' 

Ily avaitplusde dei|Ximoi;j,que jVétais îcî^ 
Motisiew:, et je:n'avaisiam^i5 dit que bc^njour 
^t bon^r à M..F/i?ntclijau^ J,o#sque j'appris de 
lui cju/ojj àttendjuit, iQiv^t^^ue au Vald'Osne 



d by GoogU 



2lSS >L£TTfi£S ORlGIDf ALSS 

d'ont ilesl chirurgien. 11 me demandaai je n'é<* 
t^is pas fort aise de cet încideiii. Je répondu 
Yftic àiii ( j e ne ra*eft cacte pas ) surfont s^il voU'^ 
Lait jn^en donner des nouvelles verbales. Je 
n'entrai dans aucun autre détail , la confiance 
me.paràisdàïit trop imprudente dans utie prî* 
son d'ét^it. Peu de jours aprèSjM.Fontelliau 
médît que par descîrctMistanceéqu*!! ignorait, 
ma nière n^était point venue au Yai d'Osne ^ 
et n'y viendrait paai. Alors pour la première 
fois il roepatrlade madame de M'*^*^ il savait 
'notre iiistoire , et m'apprit qu'il connaissait 
Pin'specleur de police qui m'avait conduit ici y 
'^^t pfuqucS Mu Leaoir avait permis mt-i^e^ 
wir,. il ajouta toute sorte de protestations^ 
d'at uicLciucnt , et une promesse dé faire pour 
m'obliger tant ce qui ne le compromettrait 
pas, et neserait point incompatible avec son* 
devoir. Je Técoutaî avec rintérét que devait 
lii'inspiref unç telle ouverture dans un mo- 
meut oîij- étais brisé d'inquiétude et de dou- 
leur j mais je me ine livrai point. Je le priai 
seulement de rappeler à M. Br»t . la pro- 
misse qu'il avait faite de venir me voir. Il 
y consentit M. . . ^ comme Vous savez , 
me vit trois foi^ , dont deux devant vous , et 
me dit la troisième ^ en votre présence , que 
madamé-de M..., Pavait chargé de m'ap- 
prendre qu'elle avait promis à sa mère de ne 
plus ni'écrire. Vous vîtes mon désespoir. Ce 
M^est pas qfue Crusfte Bt « i : -fe connais ma^ 



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m 

dame de M. . . , elle est au-dessus des soup- 
çons et Incapable d^nne bassesse; et d'ailleurs^ 
B« ^ touclié de mou état^ se démentit auî^- 
«itôt , comme vous devez vous en 'Sffmveûîr»; 
mais je voyais toutes mes resaousces épui^/teâ; 
.je n'inuiginais aucune manière de savou Je.s 
nouvelles d'une femme à laquelle mon exis^ 
tence est liée; qui était dans le moment ai*- 
tique d'une grossesse agitée par les orages 
les plus cruels 9 et à la veîUe d'une première 
couche. M. Fontelliau vit B* • *ii ma prière ^ 
,ou me dît i^n'il Pavait vu. Il me dit de plui» 
que. B. . . lui .avait avoué cju'il vous-^avaii: 
proposé de fermer le$ yeux sur le passage de 
nos lettres , et que vous Paviez refusé» Peutr 
être fus-|e assez injiiste pour vous en .savoir 
mauvais gré; ce sentimeut était naturel, et 
je rie m'en défends pas , quoique la réâexion 
Tait redressé. ♦ . - 

M, Fontelliau, avait commencé à me par- 
ler dés dissentiui^s élevées dans le château.^ 
des griefs de M. de la Boissière^ dii dépla- 
cement de la garnison ^ des efforts deM. de 
Voyer à cet égard ^ de vos démêlés avçc lu^ 
et enfin des sujets de plainte piirement pevr. 
sonnels à lui Fontelliau. Je Pavais écouté y et 
même iutenogé. Bien déplus simple: assuré- 
ment que la curiosité d^iu prisonnier qui n'a 
de compagnie q\ie ses murs j et qtii a d^ail- 
leurs beaucoup d'intérêt k cojanaitrç à fond 
le^préposé du roi^ chargé de rendre comptcj 

r 

'/ 

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«ayo L E T T R E 5 O R î G I X A L E S 

(lè sa conduite* Quand M. FoiUelIiau vit mon ' 
cvtuv ouvert au .tiAécontentement , il t^fatà. . 
davantage:, et ji^e parlai ^dan's le plus>grand, 
4)étaii des votre eimdtlite avec les prisonniers j 
il. me {a crai^djT^ qu^ vous ne le» desservil»-» 
siez , et?sur-toiit m'interrogea siir la nourri- 
t^ire, 'Je- itoW Hdh toujout^s loué, comine 
7e ieifatô eiicore } ^quelques jours^.^ négli- ' 
gence, Auxquels tous le^ cuisiniers peuvent* 
étret£ii|>fs ,»fiireiïji: on motif >de d^kmatton 
de la pâi t devM. Foutelliau^ et il m'assura 
qui^ vous lui avlt/i dcrenclu de porter les 
plaintes deii prisonniers à cet ^g^îrd , en lui 
diiSiint, (jue i>on,aJfaire était la sauté ^ et 
quôn vivrait avea du pain et de Veau. Telles 
furent ses premières démarchées avec moi , et 
je passe. cent traits pareils. Je conviens qu'Iles , 
n'embellirent pi ûi^ situation ^ tii nies idées. 
Cependant célà ne m^excitaàquol que ce soit 
contre vous, parce que je ne pouvais ^ ni ne 
voulais me plaindre perèonnellement ; parée * 
que d'aiUeurs* je suis assez peu occupé de tout 
ce qui est besoin purement piiysique. Aii^si 
M. ^ Fcmtelliau to^oeha-t-il bientôt d'aittrès 
cordes qui avaient plus de prise sur moi* 11 me 
réitéra deii offres ^e service j et comme je sa* 
raïs -par lui qu'ây an t f rouvé datis Fétui des ra* 
soirs d'un des conseillers du parlement de 
BreUgne qui ont été détenus ici ^ un papnrr 
adressé à je ne sais quéllemaréctale de Françe, 

5[uUl vous avait remis ^ disait-il , et dont vous- ^ 

» ♦ 



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,^\ïe'Jkppnà\i un compte qui Tavait peu flatté ) 
CQj^îiiie il m'avait dit quedAôrwiabîl remet- 
•^f^llitéîy^ctemetitauconifiris^airedu rai ce qui . 
;pQurralt Jai tomber entre les nialrts , je lui pro- 
^pMsi deap^m^r une lettre kM^, iî^noir: Votas 
•remaoïquei^z qiie> je n'airaid jamaiâ tenté ^ ïii 
même pensé de Rengager à faii e circuler quoi 
quecescM^t d^r^ det mains étrangères* Ce n'est 
^jjtt|r^fiiit>Wfqf*l^e, js^^nae le rt^rochasse ki je 
JL^civa"\s,£ait: tr^'iéjn n'était plùs; naturel et ^luS 
siippj^f qvi^4Qm>.e^^QeiS de^orl^îr de l'horrible 
j3Ci;p}e:^itéijÇuj >j 'étais/ avant que M, Lenoîr 
eutdaigné m^ï* t'îrw^îAaîs enfin , soie sagesse, 
vS^t j^ciiaf\ce^ $aîtpi:esi^atiiueut, je n'avais 
pas CiitrjqpriSj lc^.;|i>oiu^ du umade de gagner 
M. F/?nt^l;liai\,,, qui ^ jV le céi>ète ^^et'le ^re ^ 
^jpi'^^t paj'i^I|îjipjîeiB^iiji?i;4e niesiatt^ «ans 
.^^iiçun pi;éjj:^Qinftin^ dr, ^na part. . . i ' . * 

La lettre que fe lui Jf«^srpouxl^ltf^L^n^1^ 
.^ij^Qfe^jt^mot pam*; jaiot^ ce qtje je lui ai 
, adre^sîé. peu d^ jours n.près par votre organe : 

,déja^9i;i(^V^>^u^i^e sa#.VNSiJSa>i{i^ obtenant 
danç^;)^iS>iki:';^id.jç^igénénÊU)û magistrat que 
Jes'l^^jt^es xl;e,n)o,i1 ah»$fe inepassaisent, 'Lb nti- 

*9fti:iP^ViJ^' >^3*^V^ ^'léiçaiivais .à; volr^ insu, 
,;^JIQl^^^^l^^^^ que j.^cicraigqai^^.que dans une 
occasion a^^sl^ délicate M^tLenoir nefût gênd 
dans^y^ï^ercice sa ki^nfaisance^ar un té* 

• Eqnteliiau'.n'était'^ ^ 

pas ^n témoin^ ï^^iSqq'iU'^^ malMtrreca'^. 
chç^e.^lU'accei^ta^i^vep.avid^ 0t utte^cgn- 

* 

^ .... 

m 

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%J% ^ LETTRES ORJ[<rI9AX4ES 

teUla, me «pria mém^ ^ d'exposer neti^ement 
dans ce papier > qui aérait remis en mains pro^ • 
près ynm "mamire d^4ire , .et d'y insérer més 
plaintes» .Je lui répoadis ces propitts fittOW r 
.«» Des r^gueurs ne sont pas des mauvais Irai- 
« teœetis ;;apvès tont^ M. ée Roug^mcitit a fait 
» stric^euoent son devoir en refusant de me . 
« laisser glisser des lettres. Si j'ai jaifi^itiis li me 
« plaiiidr«(deJim^ee'S#rad6i^i»tlui^ué)épî 
' «uerai l, ou par lui que j-éttiràt âîr eornihi^r 
- saire.du Roi: Toute plaîÉfte4eétè^ e^^ ùrfe 
«« délation kiËime: d'aiUéuil» jl« ïiiuk^i^'ii n^dùb 
" deux ( je parlais à M- Foulelliau ) ^ à vous , 
«• en parais'samt MV5ir des eli^sgtiévôtîs n*à- 
«M Tezpasdû me dire} à -moi-, en me mêlant 
H. de ce qui ne me regardé pas. J'éérfVte iria 
lettre ;:M«»Bontel}iaii^là>prit , et qtuatire |ouf « 
après il me.la;^rapporta^'mé di^iant^u^iIiïe 
•,pouvôlt. s'en charger; ^ . ' ^ . 

Pëu de temps aprèi» ( et voteî appareiAttient 
mon grand crime dapi l'esprit de M. Fontei* 
liau} il me dit que la compagnie que vous aviez 
fait renvo]rer du ohâteaa^^lliiitétre rétablie ; 
' qu'il y animait un ma^îci, lequel serait M. de 
laBbissièrej qu'au reste si j'arais des plaintes 

porter, et que je Ae votilusée pak paraître , un 
Iiomm& plus accrédité s'en chargerait. Cet 
homme était probablement M. de Voyer; Jfe . 
.doisafoutercepeiMlantque M. Fontelliau'm'a 
déclfué plusieurs fois qu'il n'avait pas voulu 
livrer àM. de-Voyer sa signatm-ccoutreTOW^* 



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DE MIRABEAtr. t'jS. 

Ce gouverneur, dit-il^ Penvoyachercher , le 
sollicita de former sa plainte y ce que M; Fou- 
teliiau refusa de faire sous toute autre forme 
que celle de procès-verbal ^ à la téte duquel 
seraient les interrogations de M. de Yoyer.. 
A quoi Gelul-( I ne voulut pas entendre , disant 
qu^il lui fallait des weux et non An délations. 
Mon refus net et simple de me barbouiller ( ce 
fut mpn mot) dans ce qui ne nie regardait pas 
fiit ma réponse , et j'ajoutai à M* Fontelliaii 
qu'il jouait le rôle du pot de terre conire l^ pot 

, Dans ces circonstances, M. Font elliau reçut 

une lettre demadame deMonnier , à peu près 
semblable à celle qu'elle vous a écrite depuis^ 
et oii elle donnaitia même adresse def avio 
pour envoyer la réponse. M. Fontelllau nic 
la montra et la brûla sur le champ^ Vous êtes 
étonné sans doute 4]ue je fasse cet aveu; mais 
vous verrez bientôt que j'en ai de trop justes 
raisons. Ma pauvre amie était dans les transes 
du désespoir. Vous jugez bien , Monsieur ^ 
que je le partageai. Elle demandait à M. Fon-. 
teiliau de lui donner des nouvelles de ma sànté^ 
et de me laisser seulement signer mon nomt 
pour lui certifier-mon existence* M#Fontelliau 
ne voulut pas écrire , et préfé4ra que je lui 
confiasse un billet. Je nesais, Monsieur^ s'ilj'çi 
remis à voiis ou àM.Lenoir ; mais ence4cas^ 
vous y avez lu à peu près ces mots : J Existe g 
ainsi je adore i écri^à^moi aussiioi après 

M T * 



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n É M t H A B £ A ^ 

cru 'ainsi en cela vous m'aviez séryi au lieu de 
me desservir. Mais ce qui ilie clonim le plus à 
penser^ *'esft qn^tJ étàit'âéindfttre par la lettre 
de mon amie> qu'elle n'avait point reçu mon 
billet. M.FoDtelliauMr.e trompaii-ll? ffy avait 
à cela au moins bien dè la duplicité ^ et elle 
pouvait m'étre funeste. Pour m'éclaircii du 
lait, i^lnterrrt^eai M. Fottïelliau, sans Pin»* . 
truire du nouverihcident.il s'offensa de meii 
sbupij^ons j il me r(?p(L la , i l me jura sur son 
honneur , que mon billet était doiiné. Alors 
je le confondis; il pâlit, balbutia , et avoua 
qtie croyant Pa vie un garçon marcha rfd de 
vin ^ îl n'aVâit osé s'y fîér. Je vis clairement 
(et je crois que cela est iuconleslallc ) t^, qu'il 
tfeiiytyît înt^ress(f à TiVia i^ause^qu'aufàti^u'îl 
avait cru m'intéresser à' la sienne, etespété 
de me faire servir à ses vengeances j 2'\ qu'il 
ârait vouhi se faire valoir à la poTice à mes 
dépens. De ce moment )e le jugeai j je me 
renfermai , et iiu promis de me faite, quoi- 
tine mon intérêt fût évidemment de phrier. 
Depuis ce temps il m'a offert de donner un 
billet de la main à la main à Pavie j maissrr 
ces entrefaites il me vint des lettres de hih 
Sophie par Lenoir, et je me serais amè- 
rèiïient' reproché de tromper mow bienfai- 
' teur en me servant d^une voie détournée* Je 
remciciai donc M. Fontelliau, en lui faisant 
sentir; à la vérité , qu'il était indigne de mà 
cdndance, et je lui déclarai une fois pour 

Mvj 



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toutes , que je ne voulais pliw entefidre parler* 
des affaires du ehâteauy qi|llse peindrait ^ et 
que je ne voulais ni ne pouvais me conot— 
promettre en fou etmalhonnéte homme. Âloro^ 
toute relation a £ni entre nous; il m'a battis 
très-froicU et m'a traité même assez leste-* 
ment. Cependant ^ il ^ a environ ùn mois ^ 
qu'il me dît de^ ne pus manquer de lui par^ 
1er au moment où je sortirais d^ici, et qu0 
cela mêlais importonté J'ayoue que dans- la 
terr\J^le iuqidétude ou je suis depuis ^uatre-^ 
vingt-dix au cent fours sur le compte di& mot» 
amie> ce mot me. remua jusqu'au &ind d« 
J'ame* Je l'ai conjuré de me dire,^i elle lui 
avait écrit , e€ lui ai moixtré combieii une 
demi-confidence dans ma prison était cruelle ^ 
puisqu'elle ne servait qu^k multiplier mes 
maux et mes soupçons ; Jamais^ je n'ai pu ti-- 
r«r davantage de lui y et cette finasserie ^ folie 
ou perverse , ne m^a pas peu tourmenté. 

Vous savez le sujet de la discussion 
nous eûmes dernièrement , M. FontelUau. 
et moi. II était dans son tort, puisqu'assuré^ 
ment le Roi n'entend pas^^ que ses pratiques 
du dekors Tempéchent de courir aux besoins 
des prisonniers ^ etque d'ailleuTs il était venu 
dans mon voisinage ce jour^là même. Je me 
.plaignis de sa négligence d'autant plus vive- 
' ment que je souffrais^ beaucoup* Il me ré- 
pondît insolemment j' il est vrai qu'il avait 
bu j ce c^ui y comme you;s dcvCii le savoir ^ lui 



t 

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mmtre fréquemment, et n'est pas du (ont pUi- 
tant^ aur-tout lorsqu'oQ ne pe^it dormir qu'A* 
vec des narcotiques. U me déclara que jo 
bii sn. voulais j parce qu^il amit refusé de 
me rendre sert^ice , eê^ quJ'il en rendrait complet 
Je lui répondis froidement. Je v^^us cndéfiem 
Il repartit : Ah ! pardieu, €?est fidt. Je répli* 
^uai : Hous verrons. Je n'ai pas voulu parler 
Je premier, parce que cela ne convenait nî 

• à mes principes^ ni aux circonstances ; maii^ 
. ayant su il y a quelques jours , par lui-même^ 

par mon porte-clefs^ et ensuite par yous^ 
ifu^il était plaint de mes manières au sujet 
du mémoire des médicumens qui m'^ont été 

fùurms ; sy^axt vu ou era voir de la froî* 

deur en yoi^s ^ quelque poli que vous soyiez 

toujours ) ne ^pouvant expliquer les délaîa' 

jle la lettre de mon amie , que par sa mort 

ou le mécontentement de IVLLenoir^ (car 

sa translation ne^ pourrait pas susciter de si 

longs obstacle^); croyant enfin devoir unç 

explication de ma conduite ( surjaquelle je 

ne yeux en aucun temps labser rien de lour 

^ ohe) et une provocation formelle à qui que 

ce soit de l'inculper j je vous adresse ceci ^ 

Monsieur ^ qui restera comme un monument 

de mes réclamations et de ma véracité. Si 
* 

cela peut nuire àM. Fontelliau ^ j'en suis fâ« 
çUé ^ mais je in'aime mieux que , et il m'a 

* disptjnsé de le ménager : il m'a menacé^ il 
m'a attaqué 3 jedine justifict . 



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078 t^ETTRES OHIGIN AXES 

* • 

Je m'abstiens de toute réflexion, Monsieurç 
mais je vous répète que n'ayant rien à ine' re- 
procher vis-à,'vis de vou^,quem'étanttouîoars 
coaduitici avec îaplus grande régularité, j'ai . 
lieu d'attendre de votré probité, d'après ia net- 
' teté de ma conduite et de la démarche que je* 
fois , que si vous prévoyéz qu^on m'ait désscr v i 
auprès de monsieur le Lieutenant de Police V 
que~je regarde comme mon unique bieal'ai- 
teur et mafsenl^ tes^otirce, ou que vt>iîs*mêrae^' 
trompé par de faux rapports , vous m'ayieznui 
dans son esprit , vous voudrez bien lire à cé 
magistrat ma justification que fki cru devoîi*/ 
vous adresser directement ^ tant elle vous est 
personnelle* M'ôfirtrie^s bontés dt^M. L'enolr , ' 
me priver deslettres demadaiàe de Miv, c^esti 
m'ôter la vie. . " •> t h 

— - * * 

J'ai l'honneut d'éf re avéc des séntimens resi 
pectueux^ Monsieur > votre très-hrumble et 

très-obéissant serviteur , . ' * - 

Ml* ABEAU fils. 

J 'espère que si M. Fontelliau sé dt^fendaiï 
a mes dépens , ses inculpations uve seraienîfc 
' commuuiquéesl 'Vous éfes trop sage ; Mon-' 
sieur, et trop attaché àM.NLènoir poUi^ 
ne pas penser quje çelte lettre faisant foi des 
bontés qu'il a-eues pour môî à Pégàrd dem^û 
amie,,eile.ne doit être mon.t.rée qu'à lui ou 
de son c^veu. J'ai dû étie sans inquiétude à cet 
égard, puisque Vous. êtes l'organe n^ces- 
de ce que j'écris journellement à ce 
magistrat* 



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< 

DE MIRABEAU. 



; ■ A S O P H I li. . 

S lui devons doncdeuxfois la vie! Ah! 
oui, j'en jure l'autre moliié de moi-oiéme, 
]a mort nous eut été cent foi« p)us'dou(equ^m 
plus lonjr sileuce, et la perte de tout espoir; 
€î C il lioainie dont la bonté céleste nous sou- 
tient au Diîlieu de la pluserueDe infortune^ 
ferait moins pour nous s'il arrachciit nos tristes 
jours au glaive d'un ennemi . . .O ma Sophie î 
je pleure ; mais je respire. Sophie ! tu vis ^ tu 
m^aimes 1 Ah ! je ne t'ai pas soupçonnée un 
instant : périsse l'univers , périsse Gabriel 
avaet qull te soupçonne ! mais mon imagi^ 
nation déchainéé^rrait dans l'immensité tor-* 
tueuèedes possi bles : tous les malheurs , tous^ 
même le dernier , s'offraient à moi..«. Hu 
pleurais j Sophie !• . . • et moi je ne pleurais 
phis ; et ma ^Qulenr touchait au délire. . « • * 
Quatre- i^ingt jours /. ^ . . Q la bien aimée dq 
mon ebeurl eh Mes ntrtts ^ tu ne les comptes 
donc pas ? • • • • Ces nuits , ces nuits solitatites ; 
ces nuits qui paraissent si longues à la douleur 
qui veille^ ces nuits qu^empoisonnent elicore 
tant de souvenirs délicieux et cruels!. • .Ahl 
Sophie, c'est le\quart d'une année quinonsa 
été rarvi; Et qui sait?; • . • quisait?. . • « Mais 
non : la voilà ta lettre; je la tiens 9 je la touche, 
la savoure ; gu^i mes sens et mou aiue ^ont 



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iBo LETTRES ORIGINALES 

dans mes yeux et sur mes lèvres ; et ton amour 
êUipreînt sur ce papier qu'il airime , oppresse 
mon cœur et l'inonde de volupté. — Ah ! 
tu le dis si bien dans ton langage magique : 
Une lettre sèche bien des larmes ; et si elle 
en Jhit couler » elles sont de tendresse-^. • • 
Mais que tu as dû souffrir 9 si tu as cru un 
instant, un seul instant , que œtie consola'' 
tion nous fut à jamais rejiésée!. .••A ja* 
mais! . . . . as-tu bien pesé ces honibles mots? 
— Ah I Sophie , j'ai craint pour ta vie , et j'é- 
tais moins malheureux que toi peut - être ^ 
• car on sait liieh qu'on ne survivra pas à ce 
qu^onaime ; et il ne faut plus que s'assiirer de 
sa perte : mais ne serait*ce pas lui survivre 
que d'en être pour jamais séparé ? Loiq , 
loin de Gabriel cet afireux présage l Non 9 * 
non , ma Supliie- Gabriel 9 je ne puis le croire j 
car si elle respire par-tout , cette mélanco*- 
Jie qui alimente les ames sensibles , elle ne 
contient aucun de ces traits terribles qui dé* 
cèlent le désespoir impuissaht : elle est 

douce et touchante comme toi Hélas I 

et inoi aussi , il faut que je la rende - je 

ne puis pas même la brûler et en avaler 

cendres ; mais je Tai lue cent fbis^ je l'ai res- 
piréè, je Pai pompée : elle est gravée dtftts 
mon cœur en traits de feu, de feu iniçxtin^ 
^uible, immortel couuue mon amoui;, — Ouî^ 
oui , elle mè ressemble mon enfant que.je 
baise cent et cenk fols dans un jour ^ sanv 



* 

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... Bi;^ t a.ÀB £ A v# - aSt 

déranger sa^gravitéqul m'impatlenle. C'est 4^ 
bonne^foi , ma Sopbie , que je lui parle ^ que 
je Tinterroge, q,ue je me plains de ce qu'elle 
jae^me lépoud pas ; cette Illusion se prolonge 
,aes. heures entières : à la fia je souris de 
ixvpu errçur 9 et y y retombe le moment d'a^ 
prés. Absorbé dans une méditation profonde^ 
une distrac^tion me réveille. Eh 1 qui me la 
donueraittsicen-esttoi ? . . . Une distraction? 
péut-^n appeler ainsi une pensée habituelle ? 
Je .yole à ^ta.liUe^ je la couvre de, baisers .e^ 
<le larmes. . . .TeLteLaufemsdesonbonheur- 
tu voyais Gabriel accablé de travail y harassé 
d'application, se levçr <ie cette t^ble sur la- 
quelle 11 était courbé des journées entières;. . • 
il s'élançait . il volait dans tes bras » . .,Unsoû« . 
pir, un regard^ un bacio ; et^es forces^ ets^pa« 
tiénce , et son courage renaissaient^ et lesenti* * 
ment de son bpnheur étendu sur tout sonêtee» 
se prolongerait encore sur tout ce qui l'en-- 
tourait : il enchaînait les inquiétudes, il 
charmait la triste prévoyance ; il jonchait de$ 
roses de Pamour les épines de*la vie, et parve- 
nait à les émouiser. Hélas ! hélas !• • ^ . parloq* , 
de cet enfant : oui , encore ui^e foi; , elle mç 
ressemble ; et je ne sais pas trop pourquoi tu 
en es si fière^ Si , si pourtant , ^^e le sais. J'ai , 
entendu une femme s^écrier, en voyant Le 
Kain dans Tancrède : Comnie il est beau f 
:Or, persoij^e aumond^e n'est plus laid que Le 
Kain. J'ai toujours eu Ibonne opinion depuis - 



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LETTHES QRIGINÀXBSm 

de cette femme. Ce n'est pas une amè com^ 

miine que celle qui trouve que la vérUaJble 
beàfrfé «Fun hbïÀme est sa sensibilhé j 'car il 
faut pour cj?la connaître l'amour et son prix» 
Je conçob donc que tu m'as trouvé souvent 
beau; que je sulé àiéme à (és yeux le plui$ 
beau des hommes: car je suis l'un de ceux 
qui sait le miemt aimer. Admire donc ma* 
beauté, chère fan£an^ et laisse rire eeiix qm 
s'en moqueront." Mais pourquoi calomnies* 
tu leMOfurcils tlé îhâ fifle ? PoW peu que lenï 
nuance soit foncée 9 ils seront très - noirs , et 
ses cheveux le sont prodigieusement pour son 
âge; et moi je dis qu'elle ésfrjolie, entout^ôlie. 
Ah l Sophie ! elle est bien plus que jolie j eUe 
est ta fille, et ton a: ne vespirè déjà dans ses 
beaux yeux. ^ 11 semblé que tu as* quelque 
idée confuse que je possède Tart des consola- 
tions. Ma belle dame ^♦ne vous mêlez pôint des 
aifl&ires de Sophie Puînée ; elle ne vous a pas 
porté ses plaintes assurément ^ et n'a que faire 
de vos recomnrandâtiotis . • « . Hélas ! de mon 
triste et solitaire ménage ^ elle est la seule 
qui s'accommode dé ton absence. . . . J'a\ ôue 
qtie )e n^tends rien ad bontieut dé Cinsë-^ 
jiarable. 11 me parait inconcevable , et je ne 
saurais Pàccorder avec ce teirible silence de 
quatre-^vingt jours. Au reste, je m'en he bien 
à toi pour avoir fait tout ce que tuaui a >pu, 
en faveur de ce boi gnc mal gufrîi Mai^ du 
falaffîird^ pourquoi n^en j^àrles^H J^^s? — Quand 



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DE MiKABEAU. 283 

iu auras tafdLea\^c toi. . . • O trop décevant 
espoir ! « . . * O ma Sophie , ména^ ton ami; 
tasâisquesoD imagicaiion dépasse toujotirsle 
buuHélas î il n*a pas encore appris à se méfier 
-même de son étoile* . . . Ma Sophie*GabrieJ j 
aime-* la ma fille : ah ! sans doute elle en 
sera digne. Mon sang coule dans ses veines j 
juge si elle sauru t'aimer. Tu me parais tran^- 
quille sur son compte^. et certes ce ne peut 
être qu'à bon droit ^ car une mère ielle que 
toi s'allarme trop aisément. Sa première deo» 
tition est venue àpropçs à la chute des cha-?- 
leurs. Puissent les grosses dents qui sont bien 
plus inquiétantes, percer aussi heureusement! 
]Maiî3 sur-tout qu on ne néglige pas raUéntion 
que j'ai prescrite. II est des eas , et même as^ 
sez fréquens^ oîi il. n'y a que ce moyen de . 
sauver la vie ^ et tout au moins les plus ter- 
ribles convulsions , les plus effrayans symp-^ ' 
tâmes* Qu'on la sèvrc le plus tard qu'il se 
pourra: du bon lait est un souverain r( niède 
pomr toutes les maladies des enfans ; le teton 
de leur nourrice les aide à supporter tous 
leurs maux ; du gruau , des légumes , des 
oeufs, e4. jamais, jamais, sous aucun prétexte, . 
ni viande, ai vin , ni sucrerie, ni^tisserie,ete* 
^ Non , il fiaut <f oe je Pàvoue ; je ne crois 
pas que dans les annales entières de la dé-* 
raison , on trouve/ une héroïne à te CojBjpa- 
rar» Ainsi donc, 6 très^puissante raisonneuse t 
^ws uiftz.cm q^f^UJuUmt un corps à yoire 



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I£TT&£S ORtGlKAI.£S 

jillç % ugéc de cinq mois y de peur qu^èn s m ^ 
tmtpersant * elle me se z'ossàt les reins « ^ / • £t 

corps e#t sans doute de fer ^ ou de bronze^ ' 
ou de platine ; car j*avoue que le moye^ par 
lecfttèl Un oorps de baleine ou de corde sauve** 
rait les reins d'un enfant qui tomberait «des ^ 
bras de sa nourrice^ passe ma courte intellî-* 
gence. J 'anrais cru àussi tout bonnement qtié 
' l'enfant trop faible pour se soutenir tendrait 
plutôt à tombei' sur Pépaule de sa liourrice 
qu'à se .renverser j çe qui suppose un élan vi^ 
goureu)^ j j'aurais. cru sur-tout qu'un enfant 
ne pouyai t seremu^ qu'en raison de sa^force ; 
qu'il était faible en proportion de sa lourdeur^ 
et qu'ainsi 11 n'avait aucunement le pouvoir 
de s'estropier de lui«-méme ^ pourvu qti'on 
l'éloignât des lieux dangereux et qu'il pou- 
vait si peu se donner un tour de reins, que 
si <lans les premiers mois on l'éteiiKiait sur It 
dos, ilinourrait dans cette situation, sans 

pouvoir s'en tirer Mais non , vous 

changez toutes^ mes idées ^ ô incomparable 
philosophe! et je ne vous demande plus que 
de m'cxpliqùer comment on pairtent à élcrver 
un, seul nègre: car vous savez, ô savante ob* 
servatrice ! que pourtéler ils embrassent les 
hanches de leur mère avec leurs genoux et 
leurs pieds., et s'y soutiennent sans le recours 
des bras de cette mèie qui travaille. Vous 
avez lu cela dans M. de BufiPon et dans cent 
autres ouvrages, vous §[uinie rédigiez rcdi- 

m» 

y ' . ^ 
/ 

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tXQja de Hollande de VSistoiredes Voyages 
et f e ne crois pds que vous ayiez vu qu'on mî t 
des coxjps et des mailloU à ces enfaus de la 
nature jet ils oui rinsolence ^ en dépit de vos 
principes , de se traîner dès le second mois ; 
à quatre.pattes ^ il est vrai , mais qu'importe? 
Ils n'en déraisonnent pas plus que toi pour 
cela par la suite: et tous ceux qui devraient 
brouter ne broutent pas, ô ma gourmande » 
Soj^ie! Haute et puissante raisonneuse ^ ext 
pUque-moi, je te prie , ce phénomène : dis* 
.moisi tous les nègres ont les reins cassés j car 
Je suis convaincu , diaprés tes infaillibles prin^p 
-cipes 9 que cela doit être ainsi: dis- moi pour« 
quoi nosenfans emmaillotes ont le privilège 
a-peu-près exclusif d'être bossus ^bcntenx ^ ca^ 
gueux 5 noués , contrefaits , rachitiqucs , ete $ 
dîs'-moi'pourquoi sur dix mille de nos femmes 
si bien emboîtées dans leurscorps, il n'y en a 
pas dix M la taille desquelles le tailleur ne 
raccommode quelque chose; dis-moi pdtir^ 
quoi.jpetle belle invention des corps a si bien\ 
redressé l"a nature ^ que vos busqués, mesda- 
mes> compriment les seules de vos cotes ^ 
que cette bête de nature ait rendues mobi- 
les, et relâche celles qu'elle a rendues fixes , 
ce qui, joint à la vie sage et chaste de tant 
de vous autres, rend si fréquens les m«Àix de 
poitrine, tlp. etc. J'attends une belle et prO'* 
fonde dissertation sur tous ces points, le tout 

fouvL'imimctiQn de Vuuiyers^ . i J'aurais assez 

» *• ■ • 



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de clicfses k dire sur la gourme de notre çn^ 
£ajit j mai§ je n'ose jouter, coutre tan étudia* 
iioii eL ta dialectique i et je défends seule- 
ment comme ma vie^ qu'on lui fasse aucun 
remède d'aucune espèce pour cela-^ à moins 
qu'une disparition subite de cette sorte d'ér 
vacuation salutaire n'exigeât quelque pur^ 
gj^tif.très-doiï^. ^ur le tout, de la propreté^ 
c'est la vie des enfans. Qu'il me soit permis 
aussi de vous dire en toute humilité ^ que si * 
vous ne voulez pas que ma fille se casse la 
tête 7 il fie lui faut point, absolument point 
de lisière • » • . . Comment donc faire ? • • • # • 
Comment , grande , et grosse bête ? La laisser 
se traîner accroupie ; c'est-à-dire^ laisser faire 
la, nature ^ qui y sur ma foi ^ en sait plus que 
nous. AiUi e^ient nous la forçpns, et elle ue 
peutremédier que très**imparfaitement à nos 
sottises* Nous voulons donner ua aplomb 
prématuré à- nos enfans avant qu'ils puissent 
le,garder : ils tombant par i'axUre extrémité^ ' 
c'c^st-à-dire, sur leur téte, et s'estropient^ôu se 
tu^nt quelquefois. Au lieu .décela , d'eux-méw 
mes ils .trépignent en cereeai;^^ et comment 
cent comme lc3 culs-de-jatte; ils tombent v 
ohl oui , et très-souvent y et il faut ^ei^ rlre , 
et sur-tout ne jamais se dépêaber de les re^ 
lev^'.r j mais ils tombent sur leur ^dtiii^rej 
parce que leur position les y nécessite^ et 
dix inille uc ces chûtes ne sopt p«|s aus^i da£ir(: 
gereuses qu>aç de raatreespèeç .., . . ,Mais^ 



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. P.E M IR AB.fi 4 V« . a87. 

on ne fera pas ce .que j.e dirai. Eh ^ bien U 
lais-<pj j et peradotepas avant Page. • • . Ahî^ 
Sophie-, j^avais si biea compté .élever lupU 
même mes enfans 

Madame Sophie ^ tu as8ur leccBur le déni 
que je te fais du boa sens ( car, pour à ta. 
scîenc e , je lui ai rendu hommage> et tu me ca- 
lômniesquanttu oses dire queje m*ep moque);* 
mais 9 ma Sophie y il ne faut po^i: te consoler, 
de ceUe l(^gère privation , que le faire 
profession de foi au sujet de cette idole des 
sols 9 qu'on appelle bon sens. Tu as entendu 
M. Diaforus dire au théâtre : Je jugeai par la, 
-pesanteur drimagmaiipn de mon fils, qu il <ff^^ 
rail lai hon jugement à y^nir et tu as ri,, 
M. Diaforus dit im mot très-profond souis Ip, 
Biasque du.^jridici|le. |^a, bonne apie, le 1^Q|^, 
spns n'est précisément que l'absence de toute. 
p^sion^'OuJl'absolu.e nul 1 i té« Si cette privât îoii 
'efitièjr.Çi de |.ojite sei^sxbilité procure quelqui^ 
avantages personnels^ il n'en ^qst pas moins 
Trai qu'elle f^it et frraàjapaai^ des hommes 
autant de fardeaux à-peu-pç^s. inutiles à U 
société, et tout au plus bons à croupir danj^ 
la^ fange de servitude. Sois bien sûre ^ mon 
adorable^fanfau^ quand tu entendras dire que 
le bon senSfVaut nîlen?? que l'esprit et que le 

pu u>>.€'^«?v^j^^u^x nlt^ Insinue mo- 

destement a i4*i la. ai fond plus d'esprit que les 
i^omx^es l^ei pl^s il] astres de toi^s les siecles«% 



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488 LETT**S OaiGIMAiiS 

Ce ne sont pas là dés hypothèses bizarres cm 
des exagératipos plaisantes j ce scjnt des vérités 
démontrables à. la rigueur, cbiiiine jë-me 
charge de le £aire en tenu et lieu. SouTiens-tol 
bien , ma Sophie-Gabriel , qu'il n'y a que les 
mauvaises têtes de bonnes : ta as. été en passèf 
ttePappreiidre, et si tune le sais pas encore , 
î*ai peur que ce ne soit que par modestie; Je 
sais bien que tout Ve monde nëcrfnviendràpas 
de cela j mab crois-tu qu'il y ait beaucoup de 
cens en état de l'entendre? Cvois-tu qne le» 
hommes capables de démêler le génie dans 
lek-écarts des passions, qui ne sont que son 
«^iplosion, soient très-communs ? Là médio* 
«àké%Àit tout ee qui n'est pas médiocre, ou 
«ele coniprend pas, ou s'en effraye. Je disais 
«in jour au frère d*tttoe certaine SopMe , de t» * 
4Û)imaÎ8sance : Foire scatr emploi^ là, moitié 
dé son esprit -pour escamoter Vautre. Il m*en- 
vîsàgea Wec de gros yedx Bien 'stupides , et 
regarda . le fail.èt l'éloge, comme ég;âïemènt 
lîdicules. J'en demande paidort ^ cp firère ; 
niais , f ût41 vidgt siècles l'un dies sénaiéiirs de 
. ce Toyaumie , il sera vingt ^siècles ^n sot. On ' 
exigèait de cette même femniié uneiâdïeté 
indicible ; ét potirry engager plus facilement, 
on^U maltriàtait (car les gens à.e boji sens 
ne se piquent pas de beaucpiip 'd*eàprit ). La" 
propositiph l'indignait , teli'iès procédés l'ir- 
ritaient; 'il n'en fallait pas tant pour la l oidlr, 

duelle opiniàireté'f'àx^i-bnl en VérUéeliÙi est' 

folles 



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^aile : cest opiniâtreté et ce n'est quecâla, . • • 
Et ! comment veux^-tu que pensent , que sen- 
tent autr^meiat des étret qui ne contaiisent 
d'autre bpxinêteté qu€celle qu'il faut pour n'A* 
frepas pendu ;;^e vertus que celles qui aident 
à faire fortune ; ce qui ?eat dire eu leur ka^ 
gage y gagner de bonscoatrats-, de boasdouai-^ 
res , du bpu argent , du cher argent } et qui 
li'appeUettt .viceft.que ce; qui y «»iit; ^qirif-ue 
cqnnais^fut de ^entimens que ceun relatifs ou 
iuboidonnés à eette lâche eupidiftéF IL faut 
bienqu'ils prennent pour^M ceux qui ont «le 
nmefortej yoilà comme certains pàrensj agents 
D'^utre^ ( des pères ^ par exemple) se orojraut 
•uivjisidf^tràp, près par leurs eqfans^ et crai- 
gnant qu'ils ne disent bientôt d'aussi ^bonnes 
choses ^tt^crx 9 mais honplMen tnaut'àis gau- 
Ipia caoune eux ^ irémissent de jalousie , et 
voient dans le foyer ardent qui produit 
les taleils de leur fils ^ qu'un présage d'rncen* 
die 9 ifn^ji^n motif de crainte et de proscrtp» 
tion* Si par malhem* le £ls démêle Ibs vérita- 
bles casises de œttè tevreor bypoepite; sHl a 
Vimprudence de di^eau père enveloppé dans 
les ténèbres sublimes de la prévoyance ^ de 
Ta^atorité^ delà dignité paternelles t Hfais^ 
mon père^ pourquoi lae gatrailez-vpu^? n'eues 
sie^i^otds que de amour-propre ; mes succès se^ 

ne py^danne point à qui nous a deviué,qaiand 
on se sent coi^abJLe. Mais si ce fils eût^ été 



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I I I II II I 



LETTRES O RIO IN AXES 

jmie bien lourde ganache, bien capable de tout 
jcrpir^e sur parole ^ 'bîenlâûbe-àdulatettr d'uhe 
icouf ^isaime léduisante et accréditée ; bien 
.porté à regarder l'obéissance passive , la foi 
implicite comine le premier dievoir , la plus 
3aiote v^rtu:; bien «t uniquement jaloux de 
4liii^er des fermes selon la grande el petite 
puliure, dei^alculeriepro^t^ net ^un moulin 
sGowmiifue^ et de passer sa vie avec les êtres 
fii longuesi oreilles qui Phabltent j ali ! quece 
:6l8eûtétéyadoréiLa|)reuye est au bout. Ëntte 
' c^ez ces pères*là : si dans toute leur famille 
il ya une bête, tu la trouveras installée dans 
Je fautouU académique, et maîtresse de la mai- 
st>^•J>.'#tyt^€;3parens oublient de la meilleure 
foi dumo^de ce qu'ils ont éié , ce qu*ik ont- 
pensé; ce quHls ont senti y et perdent iese^t i- 
pient avec la mémoire ;car tout dans Thomme 
^st iiiém.oire. Ceux-ci sont injustes , sans Im 
^âivoix. Le cardinal défier. portait leelievaJier^ 
^e M.^i»inwt*»' Le ptéliminaire essentiel 
détail; de le raccommodi;r avec la marquise de 
Pomp. . ; Le chevalier , Tun de» plus beaux 
^ des plu* spirituels hjommes de son tems | 
. rstintroduitàlatuilette-jil cause long-tenisj 
il brille de tous se» talens naturels et acquis j 
em utt mat , il est charmant ; .et tu sens bien ^ 
que d'un homme charrmmtk un hommed^éiai, 
il nîV a,«n certaiuesxîicconstances^ qu'un pas.* 
Dans un de ces momens d'engouement qui 
niènent par tout» et pair bottds ton respectable 
§cxp ^ m^ame de f omjp . ^ « 4*4 au (chevalier : 



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'DEMlRABEAlr. ' " tgt 

Qidel dommage que tous ces M. soient ài 

mawaisssiéiesJ Le chevalier de^M. reprettd 

ai'instaat toxxtf^ l'âpr^té d'uiimarii^et jrépou^ 
ces mots remarquables : Madame, il ^est ^rai 
ftâe c^est le titre de légitimité dans ^ettê 
maison ; mais le,s bwmes et froides têic^ 
entJuH tmt de sottises et -perdu tant d^éials^ 
^il ne serait peut-être pas fort vnprudené • 
d^essayer des mamaises. Assurément^ dié 
moins elles ne foraient pas pis. Tu n'a^ que 
faire du reste de l'histoire que ta sais ; mais 
vas demander àce clievalier^ IxQJuime tirail- 
leurs plein d%oniieuT>9 de vertu^ et même, 
d'équité, aiïtant qu'elle peut se concilier ave% 
}a faiblesse x^e lui ont peut-être d^uée lefc 
années, el sa sotunission ahsalue aft despô^; 
tisme fraternel; vas lui demander iy,dis^*ev 
ce que c'est qu'un certain sien neveu: il ter 
dira : Ah/ madame j quelle tête , eiqueldom^ 
mage/. »Que veux-tu, ma bonnet les liommes, 
tont ainsi faits: ils n'adnaettent point Texis- 
* tence des sentimens qufils n'éprouvent plus»^ 
Ils fout tous cornue ce géoéralqul, trouvant 
dé jeunes officiers avec des filles, leur dit:. 
Eh / messieurs ^ est-ee là C exemple que je 
vous donne? ilavaitquatre-viagi^n^t S^^mmi^: 
tout, il n'y a quelesliouunesfprleinent pa»s-»| 
iionnés, capables d^aller au grand^y il; n'y ^. 
qu'eux capables de mériter la :reconpai6sanc/r. 
publique ; iln*y a qu'eux ^ par conséquent^ qui 
aîent un vraidroit^àFestimej et le bon sensu 

■ — N ij 



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vanté n*a iàmanété u^Ie,^ tout au plus, qv^H 
cdui qui le possède. 11 n'est pas plus c6mpat«-i 
bl0 avec l'extrême sensibilité , que l'eau avec 
Je feu j (le sorte que si tu veux m^aimer , Ma- 
dïime, il faut consentir à n'avoir pas l'omWe 
clu sens commun : clioisls , et oe sois pas fière. 

O Amie de nK>n ecBur.l ily aune grande 
partie de ta lettre (et o'est la phis touchante) 
ji laquelle je ne répondrai paa , puisque lu me 
le (léfeutls ; cependaatj'aurawMen des chose* 
à dire ; mais j'espère que ces tristes discus- 
«ion» sont inutiles; car je ne veux point du 
tout mourir avant l'âge.» . . Sophie i toute 
Aw^gt^"*"» toute déchirante qu'est la peinturé 
de ce que tu as souffert, tu oe perdras rien 
à laisser le cas» de ton Gabriel 1« deviner* 
Héla» l cfoe nous reste-t-il de tant de bonheur ? 
Nous ne pouvons, pas même nous etnnmunt- 
qucr nos peine», jamais, 4an8 le» plu» terri- 
bles secoussé» , nous n'ayons éprouvé cette 
privation mortelle , heureusement tempérée 
par notre bienfaiteur , mai» qui est peut-être . 
îeplus violent état de l'affliction. . . . O Amie ! 
tu te plains de mes réilexions lugubres ; mais , 
dis-moi , quedois-je semir et penser quand je 
îette les yeœwwr cette trop longue suite d'an- 
nées qui se s*ont écoulées pour raflî , quoiqu'à 
peine arrîvéà l'^ge virîi ? Dans quelque partie 
^cétems, centuplé parJes malheurs , que 
je jette més^regards, j'y aperçois Pinfortune, 
les coatïawété» , l'injustice » les calqiçnie» , 
la douleur. A peine y puis-je compter une 



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fianét de vrais plaisirs^ et ces rapides iastaus 

sont suivb d'inirambrables niaux. Jeae suit 

vueoiever le trésor de moD cc^, l'unique 

objet de mon amour ( je dirais de mon atta-^ 

ehement , si ma mère , ma fille et M. Lenoir 

n'existaient pas ) l'uiiique objet de mon 

amour ^ démon eslime^de mou idu]a( rie. J'ai 

iàit le malheur de ce que j'aime, ou du moins 

je l'ai causé. Toute$ les traverses de ma vie 9 

trop fidèle présage, hélas 1 de celles dont j'é- 

ftais menacé, ont été oubliées dans les bras 

de l'amour ; mais au moment où ce consola-» 

teur m'a manqué, toutes mes plaies se sont 

♦ 

r'oUTertes. Et n'était-ce pas assez de mes nou- 
velles blessures pour souffrir d'intolérables 
douleurs ! Ah ! oui , ce sont même les seules 
qu'il soit impossible de dévorer. Jamais dans 
ces maux qui nUntéressaient pas mon amour^ 
je ne manquai ni de fermeté , ni de courage ; 
iJ a cruellement irrité mes ennemis^ lâches 
calomniateurs qui ^ ne pouvant atteindre a 
la hauteur de mou ame^ se sont efibrcés de 
l'avilir i Mais ces dernières infiortunes , qu^il 
Va/allu partag/sr, m'ont totalement épuisé y 
ô mon Amie 1 et sans les consolations quë^ 
nous procure celui que ne je puis plusnom«« 
mer sans que mes yeux se mouillent de lar^ 
mes, je serais imbécille ou mort. Et comment 
cela ne seraic-il pas arrivé? Souffrir, perdre^ 
être agité çoatinueliemeat et avec la plud 
extrême violeace , se voir privé de la Joie , et 

Niii 



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LETTfiES ORlG'lNiClir 

fepo^^ et de la vie de Pâme, et des nou=- 
relies de celle 4 qui son existence est liée^ 
est-ce un état supportable ? Que ce soit le* 
erlme de la. fortune ou le mien , en porté-je ^ 
en portes-* tu- moins la peine ? O mpn AmieT 
• dois-tu t't'tonncr que ton Gabriel, que Vîb-^ 
fortuné qui t'a perdue , n'ait que des pensées 
nombres et des sentiment douloureux ; qu'il* 
aît Jong-tems désiré la mort comme- le- seul 
remède à ses maux.? Ah ! Sophie ^ c'est un vrar 
miracle de Tamour que je retrouve encore 
quelques étincelles d*e gaieté en tVcrivant :1e. 
seul contrepoison de ce chagrin destructeur 
qui s'estemparé de moi aU' moment où j*ai su* 
qu'il fallait te quitter, c'estle bonheur ^c'estT 
]a certitude d'être aimé. Oui^ Sophie ,^oui y 
*3a(mai tout : abandonné de la ibrtune<, persé^ 
çuté par le sort , séparé de ce que j'adore , 
cette seule pensée que j'ai fait naître une pas-* 
siûu sincère,, est une source de consolations 
«t de volupté. Et quel autre que moi en ar 
tiispiré une si.teifdre et si généreuse ? C'est 
une jouissance que les. richesses et la nais« 
lance j et l'esprit^ et l'ambition exaucée , et 
toute autre passion^ , et toutes les. yx)luptés^ 
ensemble ne donneront jamais* Ce plaisir duF 
eœur est vraiment unique , parce qu'il a sa 
cause dans lui«<néme..Celni qui n?a point été 
^imé de ce qu'il a aimé, n'a pas connu le 
bonheur. Toute autre affection deTamepeufr 
être intiîressée.. On me sert pour soi | oâ;m^ 

M- ^ 

i * • 



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flatte par artifice ; on i^ê dit moa ami y parce^ 
^u'on espère qxie je vaudrai plus que je ti(^ 

coûterai : mais l'amour nVst accordé quk- 

p^i ; on ne peut ni |^ cokitrefaive ^ i^i le &io^ 

dre« Ce seuûme^t si ûs^iimr y si saiorl , st^ 
chaste et si pur , est iaiiuitabJe pour les ycux> 
intéressés 9 pour le cceur qui l'éprouve. Ont 
peut troixipcr ui^ annuat vulgaire ; maison ne; 

trompera jamais un tendre amant. CcpcJt»^ 
sUnt ^ ma biexi**aiin^^ ae n'est qu^auprèa dr 
aoD. amante ou dans ses lettres qu ou peud 
acquérir la cert^tu^e d'être tou jouf » Jîméi 
Hélas ! tu sais quelles* inquiétude^ j0 nonr^ 
rissais même auprès de toi ^ et tu me les as^ 
par données. Un regard, un rbot, unrde cesr 
:|aot^ qif i vontf ççew^uii.b^Mr quîd'eniyrey 
m'ay(^ient^Jb)entôt r^;%j|ré j maiV^>e«ci»sive«^. 
ment 4élicat et craintif, j'avais rbesous do 
^êUe^ Tes. J^ettres entretenaient ma sécurité 
et toutes les consolatioàs dont' elle était la} 
source. On me déroba mon égide ^ et comme 
si ce n'eut .poii^it été assez de t'avoir perdue ^ 
çLe le savoir d^Qs une odieuse captivité, dli 
te voir dans- un affreux lointain^ , de* m?é*« 
lancer vers toi sans çesse par mes deéirs ,*eli 
de me consumer dans la douleur de n-'enpou-* 
voir approcher , je vis rompre encore la faibler 
cp^munication .qui restait entre ntous^ ; ih 
fallut à tcuit d'agi tatjiiMiS', à tai>t d^e chagriusi 
am^rs, m^ler les poisovs 4e lar jalousie ,.9tt 
tfntk Jfiu|ttpliei: ses finaux ^ .au .momeoii; cm 

N i¥ 



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]««eiiIeéiuMe-qarpûteii allfger le fardeau 
m'étuït ei^lewéép « • é Mais de -quoi*^ de qm ^ 
me diras-^u^ pouvals-tu être jaloux ^ ô mon 
Gttliriel ? * . . -Deîqiil P Ab !*de personne sans 
doLite. Quelle idée afurait-je de tcn ^ sî je pén^ 
Yalci t^ire jalonx d'un objet déterminé, quand 
te serais aussi libre que tû Tes probablement 
pfiuc?—.vMais si ^allais perdre ton coeur ^ si ta 
constance allait se lasser !..» Ab ! SôphieîSo*, 
pî^ie ! ymllf s» tatou * bien , veille sur le seul 
)>ieu^d94oivGttbiiie)u.. Ëh ! pourrkis-tu jamais' 
teipassf r (^e son amour ^ sensible Sopbie?*««' 
kisensée V ne vas pas croire que ta sois jamais 
aimée eoaime tu l'es par lui I Tu ne retroa<^ 
Vera$ ni cei^ ardeurs ^ ni ces transports , ni 
l^ertléUeites^!^ éiÎ tous eès inexprimables 
sentsnpeus' q^i -firent ta félieité. Ûu cœur ae« 
eûutumé à un tel amour n'entendra pas lé 
langage d*uft autre cœur , et ne ^en féwi 
point entendre $ o\k plïitét Tame souillée pàt 
une horrible perfidie ne pourra plus ni pro- 
duire y ni weeikfir , ni sàioùrer la volupt^ .i* 
Mais loin de nous d^odieuMs suppositions 

■ 

qui t'outragent l O mon amante ^ un mo- 
ment de réflexion dissipe eé mi âge sombre 
qui m'enveloppe, hélas! trop souvent. J'ai 
pensé y retomber pour jamais dans ce cruel 
état où l*on tt*est sûr de rien ; ôîi , lai d^êtw 
malheureux e^ de l'être «ans ménagement^ 
sans ( ompensaliou , et presque s ns espoir^* 

an. invoque la ftiort« M^^^tu pas épr^irré quel^ 



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9K HIlAtSAtr^ Èff 

fuefbis que le tems qui précède une catas« 
frophe qwK Ton prévoit , ou^ dont ou est $ûr 

parait horriblement long ? Est-ce donc qu'on 
la désire ? Non ^ sms doute 9 mais c'est qfue lé 
sentiment de l'attente est pire que 4e mal^ 
^uel qu'il soit. Ce mal une fols anivc^onle 
oonoait : il est ou plus grâud ou phtt petit 
qu'on ne s*y at leudait ; on le supporte ^ Ou l'oit 
y succombe. Mais le poids, Phorrible poids 
de Piiicmitude qut grossit f oiit , qvA methi^ 
plie les possibles ^ qui donne des réalités pour 
des chimères y ou des chimères pour des réa-* 
lités ^ ee poids écrasant n^est comparable k 
rien.Ëhbieti y nous en voilà délivrés ; espé- 
rons, puisque nol re génie tutélaîi^e est sî][Aré- 
Toyant, et si puissant et si sensible. Grâces^ 
grâces lui soient rendues , et toute confiance 
accordée. Hélas î quand je jiense à se» bîen^ 
faits, je désire qu'il soit rraî qu'il est plut 
doux encore , pour des ames telles que la 
sienne, defaîre du bien ifué d'en réieetoîr. 

Chère enfant 1 ta Aéte a emprunté de la 
mienne le défaut d*aller trop vite. Ma santé 
nVst pas bonne; ma sif u^ ion est trop vio^ 
lente 9 sur-tout pour mon âge et nwn tempé** 
rament physique et moral , pour que Je n'en 
souffre pas ; Pameuseson enveloppe : jVvoué 
donc que masaûtén'estni ne peut être bonne; 
mais elle est loin d'un entier dépérissement. 
Depuis ma dernière lettre vfe n^iai jpoint sonPÎ 
fertde coliques Aéârétique»^ et^en général , 

N T 

à 



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LETTRES^ Oa&IGIKi^LEr 

àideuxou trois acci^s. de fièvre près 9 presque^ 
éphémères , je n'alpas eu de secousses. Cequi^ 
a'altère cnieJlement en.moi ^ c'estilavue, suif 
laquelle tu me complimentes fort mal à pro^ 
pas. Certes , il est dur d'être forcé mais ab-^ 
solyAient fovcé de prendre des lunettes- ayant 
vingt-neuf ans ^ mais il est plus dur encore 
de ne voir dans des lUnett« , qu'à travers un 
$^nt de points noirs vavwtK^oureurs^ pro-^ 
chalu4 ^t preçqiie iafaiillibles deja cécité, Ja 
l'avoue, je •n^jftvîsage'pas» tranquillement la^ 
fjea^i^ de la y uç, iiélas 1 mon awe iâst dans mesi. 
j^u)i.^^tant,que je suislolu dt^ tqi , puisque je 
iie<vis que par tes lettres f mais , f ussé-jeauprèsr 
to\ti d'en, sentirais pas^oios laprivation* 
de cetrucliem^nt si^fidèle du véritable amour^ 
U q' yi^a qu'un moyen de retarder , si cè n'est de 
{^réveoir , cet accidentcruel } c'est de travail- . 
lei m9Îjas..Muisçomment veuxrtuqpe je fasse? 
4fi dofSTj^e^nt pl us de (rois heures par niiit ^ 
|e ^iju^. iu^if ; jamais un visage humain , si ce; 
3Q'est Je commandan t qui , comme tu sens bien, 
n'est, pas et met' peut pas -être toujours là^ à 
heaucQup près ^un chirurgien que je ne dois 
et ne veux plus connaitr.e,apriès les fours qui! 
3fn'a jouésf. enj^a la bienheureux mortel qui y 
ASsCjS.sexxxblable à ces satelliie3 infernaux que 
les poë<es plàcenldans^ le Ténpre^.nous voit 
trqi^iuis par jour gour. non», ^onner à man-^ i 
gej^^cl nous verrouiller: ( au reste >^que celte 
ttocgri^t ion poit ti^uc. ne t^effraj^e gas surmo» I 




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wcfi ti car iQpau^e dinbleest ud^iart ka{uiôt& 
homme ). Tu saiia combiéa martét e esè actinre f ^ 
elki'^ d'autant plu» dkns' cette situation ^ 
que tout le feu de mou oœur estcouaejitré 'et 
ne peut 8*exfaaler ; que mes^sena fouguei^x^ et, 
presque tiuloœtabiM^aoïit ebabaio^^ et u 'xmt 

* aucupepâture^j de sorte que ]e travail estPu*^ . 

* nique moyen que f'aie de damier lé cbangec* 
à U,jfoulë de aentimeitt^tdeaeaeatimit qui 
m'agitenU J'écris dookÇf^Uf-)e lis quatorze ou; 
quinze l^eurespar jour; je suecomVe et je me^^ 
illj^f vi%- Tout;€^ f ue ia £aU est trop a4L-de6sâu& 
^e i^es $ujets^ de mes idées et du mes yue$> 
et le peu de)>oni|es«obo§e8»q4i9 jé prpdUiîsssofijb 
achet4es.auxd^^Qas>^4ç e3(.Lsitejace ah^^I^ 
ejtphy^lcjue.» Peut-être, au temps duLoithe^r^ 
^^QXk imagiiaation fut plus rlçh^ et plusr fie^ 
is^ible- 9 < mon style pl us» éueigiqi^eetji^s facile^ 
II est çrneLde se dire r E fprnito' Imio t-emj)a' 

amczzoglian^ii |gBaiaM&'est>mcavaorit./Macai^t 
xi^re ^t fonrc^ à Tâge ou les^Htresi^o^nmes 
]a commex^^pt.XiaaatMrem'avait accordé de 
Qtto^ çn: p2^i;conriii une <pli}a*éteyûdua>, at: plus * 
4^e^é^ ^ vcLS^h si l'infortune élève les anies 
fortes ^eMeabat le génie JPersécuté depuis^ sjx» 
\aiiS'9«;jDrQi&sé< pas- tpute^ sortie. 4^ malhwrs^^. 
^déKoré d^iaquiétudesfe4{^de^cbag];lD;i ^^.uspendn^ 
«au. milieu .de. Ja plus poignante incertitude 
^aladc depuis, dix. moix. 9. enseveli, c^epuis- 
t^inze dacsJa Stolitudela plua aus^ère^a vîr 
j^eur dkU^esj^it Qieutêtrealtécée par dételles^ 



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t £TV BLltfSU OBslGl HJk LES 

^preuyes ;î mais;, Hm Soptiev'Ce<n*eêt pas la 
gloire qui^estinécMMvé à' d^lfoMM^^^ ; c'^sf'lé 
baiiisjsuj:». Uii regasd de toi , et mWfotKeste-^ 
iimtraient ^ et:peutrétre Tetrawerâis^je aussi 
linerétinjreUè éê taieiit ifxû fwatt rougir <:eux 
qui nftf ont} «iiM^eli dunsore tombtfati ^t>ft ^com^ 
iBC je le disais k M. Leuoir-,;o/» meurt long-- 

'^'enverrai a Farlsœtte^emailié' la^radûo 
tiûn^des Baisers de Jean Second ; je ^ïi% cette 
êemaine y pai>ce qu*il fâùt <jue je 1 W reeopie , 
et que jiî ae ¥eu% pas retaii der ma ieÀre. La 
traduction est très-fidèle j aiusi sî î'oa y 
«¥OitW*4<$ft ^kôses trop ardeiftf es ; il ftAff «*ën 
j^rèndre ail poète ^-qui ^4c^#t Uoi^tandais qu U 
^tak^^-a.éerit svuu dietéë*^eJ'.aniour, et dans 
Fidiiome harïtionien^x dé» latim , èe qm kti a 
doniié plus' de. liberté et d/énergle* Tout le 
éhangemeut que j^y aifait aétf de substituer 
^ tôti'nom à ce! m ëe ^éieta sà maîtrèsàe ; p»ce 
qu'il m'eût été impossible d'adresser a une au* 
tre qu'à So^)hie des choses si^en-drcs. M, Dorât 
à imité eti vers quelqifèWiws d& ^eeirf Bsriè^ti^ 
mais il n'a pris que les idées qui lui ont coi^ 
Tenu j il a souvent mis sa manière ( àh! oûî ^ 
c^ifbien leitiôt') à la-ebaleér deâon^ modèle. 
Mr' Dorât a toujours de Pesprit ^ ou du moins 
il veut toujours eu avoir. Il êïi heureux ^que 
*celaièlefatigùe pas ; 'mèîs tfes lectéurs's^en 
lassent quelquefois. Jean Second est souvent 
naïf, et cela touche ; car si les hommes sont 



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' DE MI&AfiEAV» 3oX 

presque iofailliblement surpris par ce qui 
brille^ i]« sont tous Involontairement sensibles 
a ce qùi est naturel. Ën un mot^ les Baisers 

r 

de M.^Dorât ne sont point du tout les Baisers 
de Jean Second ; et ta les auras , quoique 
cette bagatel'le ne soit pas aussi jolie que j^au** 
rais pu la rendre peut -éire dans d'autres nio- 
jnens. Jean Second chantait auprès de Neopra 
«on bonheur et ses amours ; et jVcris loin de 
Sopbie : je suis bien plus amoureux que le 
po€leHol}atrdats ; mais il ^ait heureux , et je 
•iiis très-^nfbrtuné : il n/en fallait pas tant, • 
outre le désavantage de la prose sur les vers 
pour me rendre fort inférieur k Porigivial. 

A propos tlVcrits et d'écrivaiins ^ il m'est 
tombé entre les niaînsune traduction de Sal- 
luste^ detoffcberM/iJe'Brosse, qu'il notis a 
fait attendre trente ans f et il a mode^tei^cnt 
rempli les lacunes dt l'auteur original. Jet^ as- 
sureqûelegoût qui à présidé à cet ouvrage esf 
f ou t-à^fait curieux. Ici il nous dit que /a 
règle qu^on voulut ramener fit V effet d/iuie 
èomlmstiim générale et mit tout sens dessus^ 
dessous. Cela est élégant, comme tu vois. Là ^ 
il nous apprend que lorsque la bataille com- 
riience , chacun déploie son sAvoir-fairé, II est 
noble Mf de Brosse. Il f^iit dirç à Mariu^ : Je 
ne sais pas ordonner galamment une fé/e. Tu 
reêorfndisbienlàla galanterie4eM.de Brosse. 
Tu sais ce fameux mot de Jugur^ba: il sortait 
je Home j et en jetantks yeux sur cette ville 



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dont il connaissait toute la corruption y iV^'e-? 
cria : Ot mile ^énah/* tUj^ti^ kijgfîtât e^fct^^f-^ 
si tu trouî^s wi acheteur. Voilà du moiasf 
comme j'ai tradultllttéralemcnt SaHuste dans^ 
Baoa ]p!ssai sur le PespotUme.M.Le eher-M» de: 
Brosse est bien plus jaatar.el^,Lui».II tf aduit^« 
Ville à vûiuJre , si on irom^ achetmàr:. 
et tu vois* bien que e'est là ist-pp^i^iture fj^rn^ 
c'est aiiisi que le* poissardes. arieut Içjur ffoîs- 
son. Je ne fi ni rais, pas V si- >e voulais recueillir^ 
tous les traits pareils ^ dont* l'illustre M« de 
Bfpsse a enriçiîL notrq littérature lu^is il* 
/aut laisser en paix lesxendres^, des mQrts«r Je. 
t'avoue seulement Que c'est une espèpe de 
consolation. que d'aToir. de tels enjçLeiî^ij. De 
Brosse ne me connaissait pas ; ï\ 9^- voulîr ma 
£aire du mal , etilm'exka (ait ^etdu»pluscr.ue]^ 
En^Tritéj je ne saurais m'emjgêdber. de pen-^ 
ser qu'iLaurak été plus hooan^te ,^etpKrs utile 
4 sop illustre niémoii e ^ de travestli: un peu» 
moins mal un des mcHleuriilii&tQriens del'aU'^ 
tiquité^ Au'^'este ^ j e, ne dont e pasque -quelque 
iUusire açadémicien de YiUmire académie de. 
Dij. n'ait donné les Lonneui.s de l'apOLaéose 
a V illustre, aiit^epr et .à- son illustrissime ou- 
VKAg^'.P^*^^''^^^^ méinç^i-î^- deR. s'est (xouvd * 
çhancoîiei' ^ ^i-t-U eiu lagénci psité de^e clxar-- 
geoî de lui rendre cet hQnimag(&.— A.s^u quel- 
quemoyon dU4\x)lF par.Maii. euMi.ieméJppuDixç^ 
pour Jeanret ,1a lettre sur le suorç ^et lecAm-» 
Bieiicci^ient deme§ mémoires? Jejue parle pasî 



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vd'e Touvrage sur les salines; oi^r je me flatte* 
bien que tu n'as aucune manière de le recou«' 
vrer. Quoiquece soit peut-être une perte, c'en 
serait unfe bien plus oruelle que tu la pusses 

réparer. — Ob i Aon^non ^ua baiser neserait 
pas trop court y pourvu qu'il durât autant que 
la vie. Mais à propos de baci^y ai cru que nous 

étions convenus de ne jamais les compter ^et 
ce nVtait pas la peine de faii^ un solécisme : 
vtilie bacie- 

Tu me fais un portrait frappant de ta.des^* 
eipatrice,. et il se pourrait bien que je la eon**- 
nusse« Vamourà la rage est tout-à-fait plai^ 
sant j. mais ne vois-tu pas aue ces amoius-là 
siont , comme dit M. de Boulers^.tt^ mot hon^ 
^nêie à. la, place (Sun qui ne V est pas? Quant 
à ces affections qui naissent et s'éclipsent en 
un moment , . c'est le faible de ton s4ie qu9 
j'appelle ejQgpuement j et je tr'averti^ quequir 
conque est capable cÎl ces^paroxysmcs-là , n^ 
l!est p,as d'autre oboseï . oion * amie 1 ne 4e 
laisseras prendre à ce^ i^eux follets ; fuis lef 
haleines contagieuses. Veille sur toi., veilla 
tei-debors^yeille.au<*dedai^s j.,c'est l'attentioi) 
continuelle qui fait la force y t til n'y lieB 
à. gagner avec. les.. Alexandrin es (avoue quç 
j^ai deviné )• Tcd amea reçu die la.natureune 
iîtonna.ule et précieuse énergie} mais ^ souffre 
que.jete le dise , ( toi devineras le pourquoi]^, 
tu manques, quelquefois ci attcntion sur^des* 
<rf:)j[et5 ena^j^areixce iudifi<frii'n^,ji.niiis qui:Son|i 



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3o4 tSTTKXS OAietVALXS 

bien loin de l'être dans leurs Éuites ^ ( ce que 
ta candeur ne te permet pas de deirlner) 
sur tout quand on est entouré de geii>atten«^ 
tifs à tout, et prompts à saisir et à poussef 
le œoindre avantage. Pardonne y o çara spo$a! 
pardonne la vérité et la liberté de cette re- 
marque. Ce petit défaut que je te reproche 
vient de ta charmante ingénuité, de Textrémé 
franchise de ton caractère j ainsi tu n'es pas 
capable de t'offenser de la sincérité de ton 
ami. Ah l que u'usais-tu du même droit , on 
plut-ôtquene remplis sals-tu le même devoir 

avec ton Gabriel ? Tu es une amie sincère ^ 
aussi bien qu^meitendre amante; ah ! oui, tu 
Tes ; mais tu l'es avec trop de circonspection^ 
de précaution 9 de discrétion , si Je puis parler 
ainsi. Croisât u doneque.je veuille imposer des 
tonditioD s à ta franchise ? Je suis ^ j 'osele d i re^ 
assez sâi^. denioi-iBéme^ assez .péaétré du 
désir de me connaître ^ de me corriger^ de 
te plaire , pour m'accommoder de tes remon- 
trances lesplus ingénues ; et je ne t'en aimerais 
que mieux 9 (c'est bien difficile cependant) 
quand ta véracité irait jusqu'à rimportunit& 
jPeut^être crieraîs*-|é un moment \ mais remar^ 
que-le bien^ en te rappelant le passé : ma vi- 
vacité, quoique, dau^ toutes ]c3 suppositions, 
déplacée, porterait plutôt sur l'oeçasion que 
sur la chose. <y et ce serait presque toujours 
ou la circonstance , ou une distraction qui en 

•e|rait la cause ; mâis crois que l'avis mûriratC 



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iam inon ame. La vérité est û douce quand 
elle coule de tet lèvres ^ 6 mon émve 1 qu'elle 
^ peut fic pi éseuti^r sapa ménagement ^ sans dé«i 
guisemeûU Ce que tu dis peut-il avoir quel-» 
que amertume ? Oh l non , mon ange* Peuic*( 
tu ipoitiâer mon orgueil ? ^Non^ non, ma 
Sophie: tout mon orgueil est en toi; c'est te 
dire assez les seuls coups douloureux que tu 
puisses lui porter . • • • Au reste ^ tu sais bicA 
qu'il n'y a que ton père^ qui ne voit (jue lui 
4$umoBd0, ^uit toujours raison. Grand faiea 
XMtNilui £asse ! pour moi ^ ;e serais «tréme^ 
ment fatigué d'une telle supériorité, et je 
9 en veux point* 

Non vraiment 9 je ne puis ni ne. reux me 
compromettre pour personne ;^ mais avec tou-i 
tes met préi^lMos ^ et jwilgrtf ma situation ^ 
l^ai pen^é l'être. Heureusement que la droî^ 
tyure et firancbise découcerteut bleu des 
ruses. * « . Tu veui que je eompte P. an nom** 
bre des ingrats: tu lui fais trop d'bonneur f 
c'est parmi les perfides qu'il mérite une plac^ 
distinguée. U est vrai qu'en un sens Tingra** 
titude et la perûdie sont synonymes; il esfe 
▼raî encore que certains hommes , je veux dire 
presque: tous 9 ont une manière de calcuhee 
et de sentir qui les mène tout droit Ikj sans 
jpresque qu'ils sVn doutent. Ce que l'on prend 
pour attendrissement est un mouvement faie» 
équivoque , commç j^ji^ l'ai dit cent iois^ 
DianaMnimes presque tous susceptibles d'unet 



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3o6 LETTRES OKIGIKALZS 

émotion passagère , et non d'une impressioa? 
* prafemle et dtirable* Voilà potir quoi ceux qur 
«e sont pat très-nial néi ou endurcis par W 
eritne, sont capables de pitié* Mais de la pitié 
à labienfaimirei^^ au dévouement^ et tiiéine 
la reconnaissance^ il y a infiniment loin. L2e 
bieuiaisance aVst la vertu que des^ gyaBdes 
ames,. et la^^ratitude nVst p» la prodtictiotY 
ties ames communes. Les yeux se sèchent en 
quittant un malbeureux , lorsqu'on n'est pas- 
Aoué d'anre exquisesenn^brlité. Ëlieseulegrave 
les spectacles attendrissans dans^la mémoire y* 
et l'envie d'oWiger dans le cœur* Tel fait daf 
offres de services ^ même sans vties d'intérêt^ 
parce qu'ici n'à:pas QuIa force de n'être point 
ému ) mais il a eijcore moins celle de tenir 
parole ' r ÎB^esd comattè un &Mt brtfxe ; ibn'àf 
que le courage de la honte } ilse'^bat parcequ'il 
n'ose pas s'enfuir, et se serait montré' plus^ 
poltroA s'il eût été moins lâobe; Cela posé^ 
veux*tuï savoir le raisonnement d^ ces iioa-^ 
nêtes.gens dout nous parlons ? Que reule/ii-il» 
^ue fy fass0 dîéefi^t-^iJs ? j0n*iraipasfaire 
pour eux lu guerre au premier mmislie. O mon^ 
anaicl il est trop vrai, cet axiome si Lonteui^ 
pour Fhumanité;} lesrmalheureu^ ont toujoursr 
tort, tort xle l'être, tort de le dire, tortd'a-i" 
voir besoin- des autres , tort de ne pouvoir 
ks sèrvir • . • que saisine mot ? il n'y a pas ftis-f 
qu'aux torts qu'on a envers eux qui ne tour^ 
«ent:àleur préjudice* On^Gliiei^ he-à- excuse» 



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BB MimABEAU. 3o7 

sa coiicîuife en inculpant la leur. Toua le* 
ingrats accablent de reproches ceui qu'ils 
ont trahis : tous les pusillanimes^ se plaignent 
de ceux dont ils désertent la cause, . ... Je ne 
tais si je ne t'ai* pas dît tout cela? mais- j'ai 
des raisons de te le répéter. Sois sur tes gar- 
jdes^ je t'en conjure , et livrons-nous à notre 
bienfaiteur pour unique ressource : nous lui 
devons y nous nous devers cette confiance 
exclusive j et ce senllment honnête pai^ lui'* 
même sera-ençore très*prudent ea nous pré« 
servant des traîtres* * ; 

' Je crois que tu jures , mon Amie ! Où toi!^ 
^dite personne a^t-elle été chercher le mot 
ài^ paréragrmiant ? c'est dagrimoiref Je Gon7 
nais bien une plante nommée parMmbram^ 
jdeux mots portugais* qui: veuleiit dire ^îgn^ 
mmagfi; et comme cette plante vient réelle^ 
Bient du Brésil: ^ on lui a conservé son nom 
étranger., N'est- ee pas cela que mo» auguste 
savante aurait voulu dire ? C'est çn effet uix 
bon diurétique j je préfère Vuva ursi (je n'ai 
que faire de dire à masavante , que cela veut 
dire du raisi<i d'ours ; si fait pourtant^ car 
t lle sait mieux Pasironomie que la botanique) 
et j,^en prends, en* infùsioiv en guise de thé» 
Mais sois, tranquille*, mon aiwahle Amie , 
autant du moins que tu peux l'être loin dç 
moL Les coliques néfré tiques ne me, tuf ront 
pasiJ'ai encore .de la marge pour long^tjems,» 
.4 ce cjut: cz;pia et je viv^ ai assez ^^yxl-èSft 



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3cA I.£TTB£S O&IGIKALES 

pour impatienter certaines gens. Quan( à 
Mes yeox , ils sont réellement dans un grand 
danger ; et je vais'&ire venir les Grandjean r 
non que j'y aie confiance , car ils n'ont que 
]a main de brane ^ et ne sont poîfit du tout 
théoriciens ; or , c'est d'un théoricien que 
j'aurais besoin y car je n'ai poidt de mal exté« 
rieur : mais ce sont les dculistes attitrés à la 
maison ; et ici il faut jsouffrir en règle ; je 
lestai ilemandés. — Encore une fois^ vous 
êtes une calomniatrice , madame ; je n'ai 
nommé personne ^ suiytout point la chaaoi^ 
nesse ^ qui ^ comme chacun sait ^ nC adore. Ah l 
Traiment^ je ne suis pas si ingrat* Je vous ai 
envoyé en général le portrait des dévotes , et 
personne n'ignore que la chanoinesse n'est 
que fanatique. — Tes grandes chaleuw t'au* 
iruenf paru très*froides ^ si tu éti^s close dan* 
des murs épais comme ceun de quatre caves; 
Depuis que je suis ici , je n'ai pas pu avoir le 
bonheur de suer ; et ee ti'e«t {ms la moindre 
cause du dérangement de ma santé. 

Tu devais l'attendre à U chute de tes che* 
Veux d'après tes couches. Je me flatte que tu 
ne perds pas ceux qui tombent* ^e balance 
pas à te les faire couper , s'il est besoin ; c'est 
ïe seul moyen de les recouvrer. Eh ! que t'im- 
porte d^tre laide pendant quelque tems? 
Pour moi , il m'en est tombé gros comme les 
dett:ft'bras ; et je ne sais pas quelle sorte de 
^lOTidence y préside , uiais je sais que j'en 41 



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toujours beaucoup , bien que )e n'eo aie nylle. 
espèce de soin que celui qu'exige iodispçi;^'^ 
• sablement la propreté. Wasavanle me per-r 
mettra-t-elle de lui apprendre que de tous 
les moyens de les conserve r il n'y en a pas ujo^ 
plus sûr que de les laver ? Oui , madame , les 
larer ; et cela tous les fours , au moins le 
chignon. Les douillettes qui craignent Peau 
froide, et sVnr humeraient si elles s'en ser-» 
vaient^ faute d'y être accoutumées ^peuvent 
employer de l'eau tiède. Vous entendez bien 
qu'il faut les sécher ensuite. Les cheveux ^ 
6 auguste érudite 1 sont de vraies plantes^ 
qui , à beaucoup d'égards , exigent la même 
culture que toutes les autres ^ înais il est vrai 
que de tous les jardiniers , les perruquiers^sont 
.les plus mauvais et les plus destructeurs. Que 
je ti^enlende pas parler, je tous prie^ que 
vous ayez deux pieds" de iris are sur la tète) 
je ne connais pas an être moins fait pour être 
ridicule que ma Sophie. ~ Quant & tes yeux ^ 
je suis peu inquiet i tavue est excellente ^ et 
même prodigieuse ; mais elle est «lélicate^ 
parce que fu at pèu 'de cils. Ne travafNe point 
au grand jour travaille plutôt dans des ré- 
duits sombres :1e défaut de clarté peut fatiguer 
la vue ; mais le graïui jourkip blesser Je tecon-- 
jure de n'employer aucuns remèdes.^ oi de 
bonnes femmes , ni d'autre.^, pour ce pré- 
cieux organe. Ménage-Iè, tafraiehis tés yeux 
avec de i'eau et de i'eau-^de-ue ^ et rien de 



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3X0 LETTRES OaiGlKALES 

plus* # • • Jean Second te donnera bien un au« 
ire recette; mais hélas ! j'ai seul le secret de 
la composition. — Adieu , mon amie ^ ma 
Sophie y mon témoin y mon j uge , mon amante; 
mio bon, miasposa^ vita mia , addio. 
^ ' 6 A B R I £ L« 

Ma Gabriel-Sophie, ce lâche Oride qui a 
osé faire un Ar$ d^aimer^^ jendait un .culte à 
Auguste .son tyran et son persécuteur 5 aussi 
tous ses écrits , oii il sans cesse question 
^'amour, ne sont empreints que d'esprit , et 
iJLy^hien peu de vers qui aille au cœur ; 
car un homme sans cpnrage est un froid 
âmant : Ufi,maLsicuro amifio^ èfreddo amante^ 
— - Il est plus digne de nous de consacrer la 
bienfaisance des mains de Pamour. Faisache^ 
ter upe e^st£^npe de M^ Lenoir ^ placera dans 
ta chasuble: tu De Fauiais pas fait sans m.a 
permission , et jcterordanne^jet tum^ob^ras 
}fysgk volontiers. Tu Joiiçiras au bas: 

' Son' ame est Inenraisatue et >san ràar eni sensible ; 

. Son esprit vaste , aclif , sa justice inflexilile^ 
Magistrat té^cté dans tit^s temf $ orageux ^ 
Lc^noir çut allier la prudence' au courage « 
Les taUns d'un uiiaislre et les vertus d'un sage | 
Vu- devoir fapep sévère et des soins géa^îreuju 
L epr euvè des succès et de TadviBlrstt*, 

* L^arei^u précieuac etclier à 8aip«|Lirie.2 

. .U a 41^ méviier et désarmer Teavie. 
.^'ndiuirc .$es travaux j j'adore sa houle. 

I Faible expitttioa 4e l'iinmertelle reconnaîmane 
^ ' 'dr$opliiH3abiieleK4ei^A»i.| ^ 



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BEMIRABEAi;. SlI 

' Le neuvième vers n'est pas de moî ; mal» 
il est SI heureux ^ et si bien appliqué ; que 
je l'ai emprujpté voloatiers^ et d'autant plus^i 
qu'il a été fçiit pour vM* Lenoîr. J'aurais 
bien touIh exécuter un dessin allégorique; 
.mais cela est trop difficile ; je n'<ii pas mei 
aises j et d'ailleurs cela aurait pu soui&ir 
^elque difficulté. 

Si l'estampe est ressemblante, tu m^en en- 
verras une. M. Boucber aura suren>ent la 
bonté de te dire ou se trouve la meilleure* 

Sophie, chacune de mes pages contient en- 
viron 7a lignes ^ chaque ligne environ 25 m 

mots} chacune de tes pages porte 40 lignes^ 
et chacijLnedeteslignés environ i4mois. Com- 
pare^ et rougis. Tu m'as éjcrit 2240 mots en 
80 jours } c'est 28 mots par jour. Quel eifort î 
aussi tes jeux sont fatigués. Ali ! Sophie , plus 
4e silence de 80 jours. 

A M. Is^ïl O i R. = 

■ 

3 odobre 1778» 

La manière -dont'moB amiè m'a dît ^ Mon« 
sieur, de prendre la liber.té de vous ^dresseï^ 
pour elle la tiadu<îtlon des Bai^er^ de Jean 
Seconds me £ait croire quelle a une^eépèctf 
de certitude que vous daignerez la lui en- 
voyer 3 et si je ne l'ai pas jointe à ma lettre 

«ie remerclnseût f our^oua^ et à ma réponse ' 



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3l» LITTKE8 OmiaiNALES 

pour jelle ^ c'est que )e n'en avais point de 
copie aette', et que je craignais de letardei 
mon envoL Un honfiroe andtère troayerait 
peut-être ces odes anacréontiques trop brû'^ 
lantes } mais tout le feu que vous y aper« 
cevrez est c^^ns l'original j et you» sentes bien , 
Monsieur 5 qu'une Ua4uction de vevs latins 
en prose française n'a pu que beaucoup les 
affaiblir. Je n'y ai pas ajouté un mot ; au 
contraire ^ j'ai été iorcé d'adoucir des détails 
que la liberté de l'idiome latin peut seule 
permettre. Le changement unique que je me 
sois permis a été de substituer le nom de <So« 
phfe j à celui Je Neœra maîtresse de Jean 
Second ^ parce que je ne sais dire des dioses 
tendres qu'Â Sephie. On ne lui refuserait pas 
^e li^Q pette traduction , si elle était impri-^ 
mée ; or , que change an fond de la chose , 
que cette bagatelle soitmamiscrite^et qu'on 
y lise Sophie au lieu de Neœrea? 11 a y a as^u* 
triment rien ^ dans ces jolis morceaux de poé* 
sic 9 qu'une femme «amante et mère ne puisse 
lire. Si je sais jouir, Monsieur, je ne sais pas 
corrompre ; et celui qui flétrit l^innocence de 
,ce qu'il aimC) se connaît^ selon moi^ kiien 
/mal en pluuii. Mais tous n'iguoreas pas. que 
ia pudeur, a sa fuk^seié ^ ei^U baiser S0n ior* ' 

^ Au rest e ^ Monsieur | notus recef ons et nous 
attendons dévoua des gr4ce« si iisportastes ^ 
que je ne saurai pas .vous presser pour une 

bagatelle ^ 



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bagatelle , c^t si j6 parle djç celle-ci, c'e$^. 
parce qut^ n^çjfx aml^.lla.demiindée^^ fpis* 
* Si vous ne j ugez pa3 à propos qu'elle 1 uipas»e ^ 
)e; respecte bienf.siQçéiçemeirt votre volonté ^ 
et j'espère sçuljement q,ue vous voudiez bienr 
me renvoyer mon manuscrit j car je^^n'oseral 
pai^^ous offrir rfeji-là, 

JVi riipnneur d'être avec un tendre et rc«-, 
pectweux dévouement. Monsieur, y^ti^^trèsp 
liumble et très-oNisfap^ ser^tei^r, . 

' ; Mirabeau fils. 



AU M Ê M 



a8 octobre t778.* 



JE serais bien malbeureui! , Monteur, si vom> 
. étiez ajussi las d'entendre parler de moi , que 
je le suis d'en pjarler. Mais, hélas ! je dis 
icommer TibuUc': « je n'ai point le stoïque 
courage de supporter d'un oeiLsec la sépa« 
^atiou de l'autre partie de moi-même $ cette 
constance ne seîra jamais la mienne. La àou^ 
leur brise Tame la plus ferme ; et je ne saurais 
rougir d'avouer ce que je sens, f,t d'épancher 
la tris te^sequi e;mpojisonne ma vie toumentée 
par de Ipngs, malheur^, •» 

. C'est une de ces consolations salutaires que 
dôis. uniquement à votre incompar^l^ 
bonté, que j'invoque aujourd'hui. On m'a dit 

Tome 11^ ^ O 



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■I 



LETÎ'RES ORJClîif ALJES 

que Vous aviez dàîgné j>ermettre que îif frâ-* 
iluction des Baisers de Jean Second passât 
mon amie/ Je pr^uds lca liberté de vous adres- 
ser «ne partie d^uh recuètl de pièces veràtf*^^ 
ves , extraites des poètes érotiques de l'anti- 
quité^ et je ne vous déguise pas que c'est un 
prétexte pour vous <]eiiiaiidet une lettre a:prèà' 
plus de cinq semaines de silence.' Si les Bai- 
sel*s de JeAn Second o<lit 'passé) cet ellivoi^îf 
passera plus aisément encore : ce sont des 
iiagmens de Lucrèce, de Catulle, de Gai- 
IwB , et de ce délicieux-TibulIe qu'il faut lire, 
relire , savoir par cœur, et relire encore^ 
Quelques morceaux cliolslo d'Ovide , de Vir- 
gile , d'Horace, de Pétra;rque , du Guarini , 
du Tasse de i'Arios^te ^ de Milton ^ et de 
quelques autres poètes italiens, anglais ef 
aftiesdands, succéderont , si vous le permettez» 
Si , par ^dco circonstances nouvelles, ce re- 
cueil né pouvait parTaiiir<à imon âmie , j'es*- 
père que vous YOudrie2^'{>ien 'mi? 4e renvoyer. 
Mais sur-tout^, ah 1 sur-touf une lettre , <^ 
bienfaisant et sensible protecteur d^fr Infor* 
tunésl . ' r 

J'-ai i'iioiineur d'être avec un respectueux 
et. profond dévouement , Monsieur , votre 
lrès*liuilibic et 4cès-;obéissanjt servîtes* « 

Mirabeau fils. 

Penîiet<ez-moi de vous observer , que si 
vous ne voulez pas laisser de mon écriture 
entre les maîus de mon anaic , elle amatrè^ 



- 1 j'-'- - 



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DE MIRABEAU.' ' ' 3l5 

vite copié ce recueil. Je u'en enrôle qu^aioe 
pallie, pour moins surcliarger celui qui doit 
le rà\t avâirt quMl patrienifé à Sophie eè 
ne pas abuser de sa patience que je mets 
trop souvent à Pépreuve. * ^ 



•» • 

A S O P H l E. ' 

A' ' T 
H ! quel charme est donc celui de Pamour 

qui peut ainsi changeç et les choses^ et l^s 
Jieiqc. et les circonstances^ et les- idées ^ et 
jusqu'aux sensations! Au milieu, des peines 
ies plus cuisantes et d' uile situation presqiiè 
désespérée , il me disUait , il m'enivre encore 
par Ses illusions 1^ h^las! trop passagères , et 
que j'ai la faiblesse de regretten Ta lettre 
m'a trouvé dans un profond abattement de 
corps et d'esprit; et elle me rend ui| peu dé 
force et d'énergie. Ah ! Sophie , ne me te* 
proche pas cet état d'affVi^sejçaent sî étranger 
à mon ape. Hélas ! cette ame Iqng-temp^ 
forte et. tpujours honiiête, cette amè pleine 
de toi , est brisée. J'ai luué contre le sort 
plus peut-être qu'il n'appartenait à, ùn être 
humain } il est inexorablej mes forces s'épui^ 
sent, et je n^ai plus que k courage de rhon- 
neut. Accablé de triste&sV , de mauV/d'ennui^ 
et de craintes , ne voyant autour de moi rien, 

rien qui puisse remplir le vide 

O i/ 



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< 



3l6 LETTRES pAIGINALJËS 

afîVeux quç. ton absence fait dans 1x14 vie ^ 
l'ai peut-être jCjLielque mérite à ne pas me 
manquer à moirmênie* Quand je deviendrait 
pi^imoio^e et faible , qui aurait le droit de 
s'en étoaiier ? Un malheur extrême, continu, 
sans compensations ^ sans relâche ^^e peut-^il 
donc pas dénaturer Tame même la plus 
forte ? • . . . Mats non >' Je nè përdral dans 
cette affreuse captivité que les faibles talens 
que Yy portés ^ et peut-être la vie, la 
môindre de* toutes les pertes. Ma tète s'affai-- 
blît: mon imagination s'éteint : mon esprit, 
iievîent .paresseux ; il a du mpins perdu sa 
flexibilité. Mals^j'osé croire que nia fermeté 
ne in'iabandonnera paç à un certain point j je 

* ne céderai point en lâche à l'adversité ; je ne 
solliciterai pas' ceux qye je méprise* Je n^aî 

• ^u'un appui j c'est notre bienfaiteur : je n'ai 
qu'une amfe, qu'une amante, qu'une sœur, 
qu'une épouse } c'est toi qui réunis ces titres 
sacrés, L'^amour,, la jecon naissance et l'hon- 
jneur sont àiës dieux; je ne prostîtuéraî pas 
l'encens qui n'est dû qu'à leurs autels. J'ai 
tout tenté , hors ce c^ui est vil, et tout tenté 
vainement ; il Éaut donc échouen Un sur- 
croit horrible d^lufortune me surcharge; mes 
yeux iiont perdus ; je suis menacé des catar 
ractes: pour péù que je reste ici, la cécité 
sera mon partage. Dieux ! quel sorjt! Je serai 
donc nul) Condamné à végéter dans la plus 
profonde inertie, inutile aux autrçs^ à charge^ 



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1 - 

I 

I 

DE M I n^ABE A U« ^ ^17 

o dieux- à moi-même ; yollà l'état oii Ton 4 
voulu me réduire. Il ne me restera pas même 
^ 1 a possibilitéde d^mentiFiyar dep suooès^ par 
des vertus actives, mes lâches, mes perfides 
c^o^}nîateor^!9 ils ycmt reieueUHr- cte)^a'!)«^ 
.ont semé pendant dix- ans^; .v Alors^, ^mai^^ 
seulement alors , ils seront traiu|uilles et 
cpntens. ~ Mais éloigaons ces idées aflpreu- 
ses : n'anticipons^ pas aur nos maux ; c^en est 
assez, c*ea est trop, hélas! du présent pour 
iious accabler. Mais commeirt retrouver ces 
expressions dçj^c^^ et tendres qui t'étaient si 
ctères, quand une sombre tristesse me ronge? 

I^e temps oii mon amour. $!expriinait avec au* ' 
' tant de feu que de délicatesse, le temps où 
Sophie daignâit m'écrtre ijm iàn plus grand 
plaisir 9} en mon absence, *.était de m'adresser 
ce qu'il (j avait de plus tendrè dans meSi 
lettres se^CDdy^nt. dans riampossibilité 4e. 
peindre mieux ce qu'elle sentait ; ce temps, 
esi passe sans retour. Mon çœur.seulne s'cpui-, 
sera jamais* Pqissértu prisev toujours Jps ttér 
sors de tendresse qu-il ri£nlijsrm.e{{xoi^r tçil 
Cependant tes. lettres m^e soulagetnt , et 'tes 
lett^res sçulemen t ^ ,par quelles m'attendris-, 
senti; et Ja douleur qui s'épsinche n>st plus 
mortelle.. Tu me fltis le plus grand plai^xr-de ' 
me donner à enteudre la caus.ç<,dc cet aâVeux 
délai de 00 jours J il a beaupoup ,avauGé 1^^ 
mes(ure dé meé niaux. Mais .j^e vols què ni 
iQÏ y niinon bieniaiteur n^y étaient pomi^ieu^ 

Ôiiî ' 

■A 

■s. 

, . ■ - • 

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3lS^ LETTRES Û I G I N A L p S 

veilla ce qui mîmporte j je vois que je 
«fois encore à celui-K^i plus que je ne sais. Ce 
n'est pas la première fois, comme tu.ne Ti- 
gnores pas, que WLide acuTinsolence de 
l'j^icouser aux pieds dutrône. Mais qu^impor-V 
, tent.à ce héros de bonté cette rage impuis- 
sante , ces vils rugisseniens ? ; 

lïC Nil a Ta sor tes rivàges , V 
De noirs habiians des déseris« . * - 
. Iiisttltejtf par letti^ çris sapvagçs^ 
\ li'astrtf éclatant de Tunivers. ^ 

Cris impaissans liureurs bizarres 1 , 
Tandis que ces monstres barbàires ' ' 
Poussaient d^nsuitntcs clameurs; 
^ » Le diea , poursuivant sa carrière f 
' /c Vendît dçs torren^ ile lumière* 
f. Sur^fcs i^Jjiscu^sWi^sphiÉuiatçurs» , 

' Les nouvelles de mon enfant sont ^har* 
mantes 3 je n'aime pas qi^'elle soit trop giasse: 
e^eist' cependant un défaut que le» noum^^ons 
ebntractent rarement chez des nourrices mer- 
cenaires. Qu'un ne la sevré point, s'il est pos- 
sible ,^vant<iue la plupai^^t de ses dents soient 
percées. Tu te rends de si bpnne grâce sur 
^article du-corps , que je né sauraisite per- 
siifler davantage 9 mais comotie ^ je sais corn- y 
bien je te persuade aisément, et qu'en une 
niatîère- aussi importante je^veux de plus te 
ii:>nv aincre : comme tu ne te formes certaine- 
nieiît pas une idée exacte, ni m^^me appro- 
cliante ^ du danger des- corps de baleine 5 j'âî 
féliécjbi suj icqiK^ )q t'ai mandé à cetjégar<d| 

■ _ te 

■ 

I * 

* * 4. 

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• ^- , B E M I R A B E A U. ^ 

et qui pourreï. le paraître exagéré ^ parce que 
j'ai prt$ le jtQii de la plaisanterie ;^,^t je veux ^ 
moa cher AuiQur, fonder ces pria. ipcs sur 
une. base inde&tmctibla ,'tet té montrer que 
j;^ sui^Join de.t'avoù tq|4 dit« Je n'ai aucune 
de mes, extraits^ici , auçun livre auatoraique ^ 
et,ii,y a. fort long-tems que j'ai perdu de 
vue ces fnatiirqs que je n^ai j^ais étudiées 
que dans leui^iy^ppoxt gémïal av^ec la pji^- 
sique du,.qorp^ )iumain. je puis ^ sans 
t/;ailçij à^fo/jd fe^jtiî, Xt démuuirer^ moa. ■ 
Anipurs si chère., que. le^xCorps fort serrés par 
en bas ^ attaquent à la^Jois la tâille et la 
santé* sur-tout^dans,les enfans, 

D'a^9^rd il est plaiij que lajaature qiii n'a 
p.<^int4Hi!t,ftUx.^ej»me^^^ïii^rps de^gaiioe,, n'^^ 
jjas ^vouli^ Jeii^ amimjir.^j^roJl^ieusciiienjt par 
bas. Cç qui^ ^i çç^lmve k se^ fois, doit 
Xfalaijdi,v^ep(yj^ï^'^.^^ oi* la, dén 

truire.En efljet^jcettediajboliqucj^cuirass^ - 
toeurtrk et déforme Je corps , à ^'extérieur ^ 
çxpoaeJç^ P««iSf ^t^ieufies, à 4p iri^^tes iic- * 
X:îdenst; et vpic^jÇpiînm|p^tj»Les iuic^ûas];v,^ii- 

K^^^^mU. ^Sif ft ^ïf .%te,r contre, le jdia^T, 
phragme ( tu araîi^ ,que le. dif phjagm^ jest^ le, 

nuisc|e ségare Ja^poitrine,çlubas^rentl:e^ 

^,^..^^ PÎ^^^Wi?/}ii4^'^Ç^^^^^ hnmain.aprcs ^ 
V S?f ) 'pxes^on , ^rtifiçiellç de vos 

^^f^^rn^^ k^hhV-^M i^rm ^^fiP voû ter .plus 

^"h^^mi^f Mm^^^^ ^^^^^ 



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3ao ' tETTRES ORIGINALES 

et empêche les mouverpens du poumon. N*aa- 
tu pas éprouvé cent ft^ quë" ta respiration 
était gêoéie pàr le serrement de tescôtèrin* 
fôrieUre* ? c*e*t là l'effet' de lit cause ^ qûe i> 
te dé; ris. Delà >a cîrctilatitfil'du «an^ troublée 
dans le cœur - delà la pression de l^drtèré 
pidmoiiaire 4ui Jikrt di^.ventricule droit du" 
cœur , et porte tout Je«ang dù poumon ; delk 
iut^tont la pression de ràbrtè qut part dtf 
ventricule gauchte du cifeuf^ét se partage dans 
toutes les pat^fies du cbrps , et ikièinè ta tête 
ét^ lé cèrvean. Cette ^îresslorf peut'et «oit 
occasiionner une ésfpèkte xlé regorgement qui 
produit les palpiution* ( «oit dit pour les 
tiennes cfai ifi'iiiqùlèteiitfort ) , les maladie» 
pulmonaires i si febWimànes éûr^ut chez le» 
femmes, les maux de tfite, les'ajiévryïme» 
atfu'tumetatsV les' polypes mêîne,' et souvent 
Tes apoplelties.- B*un^dùirë ^ÔHé, latf ômpres- 
sion de l'estomac^ du foie et dé la rate, pnvk' 
duit des àcddens ttéWeux , influe^ùi-les reins,- 
Ja veskîe è^t tout^ièijiaùtt^s^rf««*6ntèrtùes 
*^s la cajiacité du Bàs«ventre;'DeIà lésfai-' * 
Blefeë^S,leS>vai4WW^,>alJiift/è]Ies h, bonnni 




«....V, ^uupr«». jjoirt;vcJa est simplei"^ 

mcin jtifijnt , eb à lai^orté^ d» tbè^'^dite' 
peArtttiëi i><iî Tes^^ir à ùtt chirurgien î car pdur 
MM. 'les àaédet'i*is',4eïône'"dëi ékvâns qui 



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lorstju'ilii »e J a Ss^co I p^ns.; J 'âVO»^^ ^ p e ii dan t 
gu^autant que i> pourmi )emefCaiifierai ja- . 
laais ma joaaatre qu^à U]i.^rliQger>quiea cou*; 
naîtra toutes les parties. Réjjète à un chi-- 
rurgien, àus-fe y\k%on aocqueheur^ p»iaque. 
tu y a$€oafi^BK;e^ce$.raidOAtiexaeas« J dis de ï 
les répéter j car, enfêtés des anciens préju-^ 
gésj ou fâute. d'avoir, réfléchi Biir ce rojftt. 
en particulier^ ils. pourra^tuit uç pias convenirr 
de la thèse générale f lîiais^s^ils Imient Im 
raîsonnemeiis qui-eonduisejat iu^out^table-) 
jment à 010U principe ^ soi§ ^sûrcii^iu'il 3 sont, 
des ânes , parce que cela eâti.fWs yyépUqiiiï.) 
Je ne.te-pai'liBrais.pas avec '©eite <(ouiiaacey> 
si je u'étais pas sûr de n^on fait;}. iÉJt; }Ql.nG^ 
t'ennuierais point dè cés détails , jcl^fen' 
sentais pas l'importance. 11 y a mieu^'^^mctfi 
amie j c'est que les coips de baleine ^ quoir 
qu^évasés par en haut , sont nmsihles mêm^y 
dans cette partie. Leurs échançruresjau-'dess^iîi 
du bras y qui répoiidt nt au qreux de PaissçlJle^, 
brident les deui mufles qui ibr^n^ntcecreux 
et font mouvoir le bras. Le$ bords de ces, 
échancrures tranchantes serrent les yaisseaui 
et les nerfs de fcette partie- ; et ^fiï\ vu ti^ç, > 
charmans bras, ^ de toi qaiiUs pecl^ i,p>jges\^; 
livides^ Ct engourdis de- dette 'prcssîon^jFiîi:^ , 
leuse que tu:«s*^ tu imputais; cçs e^ffetsi 
froid ; ils venaient en grande par4le ,de, J^^^.. 
épawlett^s r et ja preùire de cela, c?eSt qu*ea 
Hollande je Tai bcaucou|i moin^ observé ^ 



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3»a tlJTTR'ES OaiO IN ALES 

parce qui^ tu mettais moins souvent , ou parce 
que tu wrraU moins on corps qm aurait trop 
fréquemment contrarié et g^é Pamour* Ces 
épaulettes bienheureuses reculent les moi- 
gnons des épaules^^rendent B^UantesJespar^. 
ties extérieures des clavicule et gâtent la 
gorge, c'est-à-dire, la plus grande beauté 
Ai cotpB dçs femmet. Enfin* la plus grande ^ 
partie d'entre elles y}e parle des.mieux faites ^ 
oat l'épaule droite plus grosse et plus charnue 
que la gauche ; et de celles que j*ai connues 
pîarticulièrement , à peine y en a-t-il deux 
( dont une avait quitté son corps dès Tàge 
d|?^4 ans ) qûi n'eussent pas évidemment ce 
défaut : da(ns ce nombre est une des failles 
les plus vantées de Paris, et qui ne Tétait 
que glaces à cion industrie^ Or je me rappelle 
très-distinctement que le célèbre Winslovy 
a prouvé que cette diflformîlévenaitdePuçage 
àeif coips forts* Somme tout ^ mon adoratioB 
bonne , je ne prétends pas t'interdire les 
corps c ib te* isont peufi-étre devenus, néces- 
saires par l'babitude^ mais qu'ils soient doux 
et peu serrés. Pour ma fille, qu^elle n'ait ab- 
solument que de simples corsets de toile ^ 
ti^s-lâcbes i très-aisés j ^t qu^'on la^isse cette 
charitoan te enfant Venir comme voudra la 
nAture. ^ C^st la plus savante et presque la 
phis tendre des mères. - ' 

<Une obsiTViilîon ausçi sûre , et presque 
aussi importante^^ est celle-cicXes h<mné9 



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8^hl1agmetft Je la njeillémrt foi 
l«lettfiitt8i»'cj»t^pQio*4? *Jaalfi|Wit Pt elles les. 
étpxkStut ppur q}x\h n'mptït ppidf froii- U, 
atîrive de là ce qui pQur.^it«ua fflitr^a 

- ^insi^ preiidj^air^i^^est çpfîhuiiaé ou a^des cp.- 

}f ^rat^ifi^Wlii^s «eu» :qui: s? cpu vrep t 
et. .moi qui iii toujQûjJs pen^é aiu^i ^J'en ai, 
fait une rude épreuve. TQrttc^ ma vie^ ^'aî, 
nag^ eomuaç iiii»ifcHiWOïii tu n'ïgijfties j)as 
qae fe^h&aaaU dés, journ^tt-enli^eiB ,^%\%^v,. 
Mn9 i» mdh'aisi dejj>a»chf -G»iï\t^ ,;pU^ %ut. 

^larkihjBi?. tia^ba^ de #1: Qt en e^çarpins pour 
, ne pas s^'ieïi^lowfâr^ jaiiai^ )e n!ai ep^rtlirh^e. 
Ici .où je sùi^ forcé 4 ujpe vie t rès rçu^ 

fermée j je ne s^aurals sorAk^fansrneVenir eu^ 

,quîoa doVlottO' et, qu'pa couvre trop, 
frileux et délicat le wste de sa yie. En ^gé-^ 
néioa] ^ma Sophie-GabrieJ.( et je parle p<^i»r 
toi coiBme*pour ta iiik , avec cette différeiace 

^ que celle-ci n'a pas encore plié la tête sous 
le joug de Thabitude^ qu'il faut éviter 
olifingçm^ps^. brusque^, et que tu dois méijifi- 
ger bea^eoi^p en ce woment ton thxme ^ <de: 
j^mi ài un jitesrèe^ delait qtxk t'«pfept>i$iii>0eraiti) ; 
Wigé^iéral.^«^idU-je ^ le :fr<^d u>iirjiume que 
parce qu'our a «u tbau^^i auparayan.t* Jl Caut 
doQC accoutuxaer les^eç^espar diÇgrés a Taii;}. 



1 



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324' ^ E T ^R E s O Rito î A LE s 

etysan^ 'lëi^ «è*rër cominé cliarmaut fouX 

ne ftitté les 't^niir^éi teafermés , chaudeiJ^ 
ment Habillés. J ai toujours vu <yuéles enfa«s> 

cîléinèhÉ lé^^ dents iietfc'est uDiB béfiédicti^i , 
gue dé Voîr^ rios petîts paysans se battre^iv 

vîhgf ' dents ; 8^ touîefi^îà lioutrîde» n'a pas 
Un trop vieux léit. ^ ^^ ^ •< ^n-t 

Je persiste ôur rarticle d^ vin y et mes 
. 8(m^ ^era4^«ï' }0ngu^s4' te< idéddlr^ j 
âé Buâbmen parle «Volume d^^uti^i^ii 
f uge : sans clouteîtôut>afcrîde: l'c^tl ;'ttiàis il hie^ 
le (5èn9éillë']ialr^coidtt«(boises(QÂ^^ 
général , *'je ^ lie ' suis point pourî le régime> 
thagorjcief)-;^^t je croîs que Phonime avëcrdes 
ttourritui'e^ ^téïAetit végé^ies ^lét'A^hoh-^ 
soH^ nop-ferment^i^^j' Jânguiraijt^^^iT^lle;^ 
mon opinion , qm est c^elW de Buffôn contre 
' RfrajsêâU'^t ifièn d^autires j inifç^pbûr le4 ^n*'* 
fans'^ c'éàfe toute autre ^hose. Ajoute que le 
-Vînqu^elle boirait serait à coiip sur falsifié , 
][iarce que toutl^^vin qùise vend en d^atl à 
Paris Pest > et que toutiV^n lithargië ou' . 
oHfergédep^émb estuh poison l^nt%'Mi Lefioir 
à qui l'bti^doit taiit de choses utiles^' et do^t 
r<£Îl vigilaht deviendra plus célèbre que cejui 

€6t le premier qui ait mis ordre aux mesurât 

* ♦ 



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, p,B Uifi^AUMAV^ 1 3a5, 

et aux cqmptpirs, de plouib des d^tailleurs qui 
' empoisonnaient tou,l Paris. Yçrije un peu d'aln 
ç^^c}^|i« ie yifl .qm kQÎ* r.^iqni probable^ 
ïx\€x\t n!est paj> des plus mauvais ; s'il rçste dis^' 
so^8,,¥^il ne, se fait auciiiJe précipitation , fe 
|[:9;)l^ea$ Si^ilr^ lattéte. S'il y .a du^omb qw 
tQjjit autre métal, la liqueur alealine.c|ui for-* 
Cpralfacji4^ de se stfparçr de la^ litarge, etc* 
pour s'upir à e.lle ^ ifera i'epàraître le méial qui 
ne sera, plus en dissolution, troublera la li- 
queur ^ et le précipite;ça au fond du verre. 
Yoilàdes choses qu'il faut savoir , parce qu'il 
yyade lavie. Déplus, m6n- amie , que4afi]lé • 
soit inourrié ^coinme je l/e rec^isi^mande.^'Âvec 
4f^. substances, végétales, et elle aura peu de 
vers» Mets de la viande en putréfaction-; mets 
en même état du pain , des légumes , du lai^ 
tagequi est une substauçe végétale, quoique 
é]abot*ée daifà un corps apimal , et décide* ) \ 
; Mais pour cette fois , je me flatte .qu'eu 
voilà assez sur cette grande fille de i i mois 
dpnrt $é rafible ^ et à laquelle je peoae les ^4 
l^eure&du jour , parce que je ne puis pas t'en-, 
visager que je nela Voie à côté de toi, { Hélas ! 
ce^n'est en tout>sensjqu'uneâllusioi\. ) Qu'elle 
marche comme on vpudr-a } ruais qu'elle 
Marehe beaucoup , çt se ,crott e , et» tombe , et 
/et bri^e impi^nément»», , . tout enfir^ ^. 
excepté pleurer, crier, et demaaaer ( hors sea 
besdios indispensables ; ) toutes, ébôseà a tfuoi 
il ne.£aut répondre que par ui^Jit^iis simple eti 
un fioid silence* . > 



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L£T1*EES ORIG IN ALÊS " 

Oui, elle est jolie ^ ttèé-jolîe , belle , par-* 
fiiitement belle , le tout parce qu^ie^llie me res-^ 
TC^bi4;t09t«»û»rîparfaiïé^ 
( es-tu contente ? ) et sur-tout parce qu'elle 
me ressemble quand je dor^. Gert^, vo9à un' 
Bouveau'cbàjuiie que jeùéoieconnaissais pas^^ 
et dont je ne me doutais pas. Je rl^^^tèîi'point 
quexiepuîs Endyiiiiorv, quî , ttàut en «(fermàiit^' 
£t ôo enians à la Gbastè.;&iaBè ^ aucun beaur. 
dormeur ait inspiré un plus bel amour que moi. 
Et t u auras beau dire , je soupçonne que tu 
m^aimais encore p4us éveilla j je soupçonne^ 
de plus que Gabriel-Sophie lâk pM^ét^ faftte. 
en' âbrmant r d'oii je conclus qu'elle resseoi*' 
blera k son père éveillé ^ çaais peut-^tre bien • 
les yeux fermes. ' - ' 

Ouî> ma gophie , oui ^ Von est aimé de ses 
enians lorsqu'on en est digne. Le premier lien 
de la nature et Tune de ses^phts douces mcli-- 
nations, se ferment au sein des familks. Mais 
qu'est-ce qui serre ce nœud ? La conformité 
d'éducation que Ton reç o i t , etla ressembla«ce 
des sentimens qu'elle produit ordinairemejot , 
la communication des intérêts, des Secrets y 
desaftaires* Les bienfaits^ la reconuaissance 
et l'habitude y contribuent certainement plus 
que la nature. Les hom^ àefràre^^td^^murne 
seraient quedesmots sans les relations civUtt f • 
et ceux de père et ^enfant fort peu dechosesf 
car les seuls Ken^-dtisang sont soiîrent iocei:<- 
tains 9 et tou^purs involontairement tissus^ 



v 



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DE MI A A B £ A V. * SSr/ 

Mats si 9 loia de concourir à cette union d'ia^ 
tén'ts 5 à cette réciprocité de sentlmens,. tout 
tend à la détruire; ^i Ton ne trouve panm 
les slea^que.liainè ou froideur j contrariétés 
ou pers^utions, insouciance ou tyrannie; de 
bonne fol ^ le hasard qui de l'union d« sajnère . 
et dHm homme quelconque fit naître un Indi- 
vidu , impose-t4l beaucoup de devoirs ? et 
doit-on une tendresse aveugle à cette mèr.e , - 
parce que , dans un anomenL de plais!;, elle 
Êfcondaie germé que le père lança dans son 
sein , quoiqu'elle traite son enfant comme Je 
ferait sa plus cruelle ennemie ? Quand on ne 
se laisse point abuser par de grands mots 
quand on ne reçoit pas sur parole des maxiuaes 
gigantesques 9 on rabat à ëa Juste valeur tous 
ces lieux communs dont on étourdit iiotre en« 
fance. Vraiment ! ceux qui nous pieghcnt 
cette morale >.ont un grand intérêt à- nous la 
persuader .p Ils nous parlent sans^ cesse de nos 
detwir's y et jamais de nos droits. Or il n'y a 
point de devoirs sans droits^ et réciproque- 
ment : aussi ne peuvent-ils pas tromper long- 
tems un être qui réfléchit. Le grand lien de 
l'humanité^ c'est la bienveillance ^ ce sont les 
bienfaits : c'e&t I'Amqur. Je dois tout à ma 
Sophie, parce qw'elle a toutfajt pour moi ; , 
jelajchéris^ parce que monbopheur fut et sera 
sou ouvrage : nous devons tout à M. Lenoir^ 
parce qu'il nous a procuré les pins grands des 
biens % un seiil .excep té ; ^mais nous n aimons y 



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3:^8 LMTHES 0EI61NA1KS . 

lû nepouvons, ni ne devons aimer ceux qui 
ncyos ont fait du mal -et-dâ plm affreux^ ou> 
qui se dont engourdis dans leur indolence 
Iorscj[u'ils pouvaient nous servir. Fais une 
question bien srimple auxdéelamateurs.Si un> 
hasard^ qui est dans les possibles , faisait que, 
par la découverte 'de -quelques circonstances 
jusqulci ignorées , uie-tf ouvasse être le fils 
de M. et de M deR. et qu'il me fiât démontré 
que je suis nn des fruits de* leurs k hastes ar- 
deurs, leur^levraîs-je beaucoup plus d'atta-* - 
chement qu'aujourdViui ? me st laitril possible 
d'échanger le juste ressentiment ^que j'ai de * 
leurs procédés , pour la tendresse-et le dévoue- 
ment filial ? Balancera-t-on à dire non ? De- 
; man de encore ce qu^est une obligation qui dé- 
pend dVne dénomination et de ses variantes?. 
Dans le nom de R. il y a six lettres , dont 
quatre se trouvent dan$ le mien : de ces six : 
lettrés, ôtez en deux, pour en substituer^ 
quatre de celles qui composent le nom de 
Mi. i je me trouverai devoir ipon obéissance*^ > 
mon ^sang et ma vie , à ces mêmes personnes^ 
qui, dans la position actuelle des syllabes ■ 
qui composent nos noms , nç méritent que 
monmépi is? En vérité, voilà un code bizarre: 
îl est pire que celui des sorts. Crois-tu que des . 
étres.raisonnables puissent l'adopter ? Prie les ^ 
; champions de l'autorité des grands parens de 
répondre , s'ils peuvent. Pour moi , jb conclus 
iiautewent ( et c'est mon arrêt que je pro^ 



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' D £ M I ft A B £ A V. 32^ 

nonce ^ si je suis jamais un mauvais père ) je 
conelùs y dis-je^ que ce sont V^s bienfaits des 
pKreris^tfiii nous imposent seuls le devoir delà 
tendresse et de la reconaaissance. Sans réci-* 
proclté de sentîmens, sans cet échange de 
seorvicés et 6e gratitude, cesmotspir^^OTèw, 
yyèrG, sœiir, ne sont que doivent : les lèvres 
seiiles prononcent ces sons arbitraires qui 
n'ont liUt^un éjtoit d'mtéresser le cœar. J'ai 
un ouvrage manuscrit qui probablemenj; ne 
verra pas le jour de mon vivant , mais qui àera 
^eutrêtre connu de la postérité* 11 finit pac 
ces moLs iouclians, qui sont ma profession de 
foi sur les devoirs et les droits paternels. « Et 
m VOUS, mon £ls, que je n'ai point embrassé 
•«•depuis le berceau; vous dont j'arrosai de 
*4t làrtnes les lèvrës agotiil^antes , le jour même 
oii je fus arrêté , avec un serrement de cœur 
W qui ta'annotïçaif rpief etie vous reverraîs pas: 
ff j'ai peu de droits sur votre tendresse, puisque 
u je n'ai rien fait pour votre bonheur ni pour 
^ votre éducation; On ni'a ailr^ché à ces douces 
«« jouissances j ainsi vous ne savez pas si j*au- 
« rais clé bon père ; mais vous vous dcv^z à 
'« V6its*mértïe 4 et* vbiis dévrei'à vos énfàns de 
• respecter ma m^^moire. Quand vous lirez 
M ceci, je ne serai probablement plus; maïs 
«Vous trouverez dari^ cet ouvrage ce qui.de 
•* aïoi fut estimable^ mon amour pour la vérité 
«t et la juéfîee, mà*haîtoé!poiî^l*adàlatidh et là 
tyraiimie. O nioxriiléil gàrde^^vous des dé- 



. ,j .....d by 



o3o XETTBESOJtIGIKALJBS 

«t fauis de votre père ^ et que ses fautes vous 
" servent de k^dns : gardez^votts^des extès ée . 
^ «• cette sensibilité brûlante qui, fit féllei^ty 
H mais i.^ussi son iuiortune , et dont il a peut- 
«' être mis le germe dans votre san g ; mais imir 
H tezson courage ; jurez une guerrç erAclle 
•< au despotisme. Ah Isi vous devez jamais être 
<i capable de le flatter , dç l'invoquer j dièA^ 
« servir , puisse la mort vous moissonné]: avant 
« l'âge !.. . Oui ^ c*est d'unç voix fehiie que 

jo profère pe vœu temble. • Mofi ^fant 
« aimez vos devoirs^ aimez^ vu3 concitoyens^^ ^ 
Il aimez vos semblables ^ aimez si vous voulez 
« être aimé: ce sentiment est le seul qui rende 
«« riiomme capable d^une joie v^aiie et durable j 
«» c'est Tantidote des passions dévorantes ^.^t 
« le remè.de unique contre Iç désespQÀr de se 
'« voir dépérir sous les coups: du tenas. ♦ . £st- 
ic il nécessaire de faire un pr^ceple de l'amour 
w de ceux à qui Ton a donné la vie? Elevez-les 
m par Tattrait du sentiment ^ si vous voulez 

^ « que leur amexéponde à la^yàuç. Apprenez ^ 
mon fils^ et n'oubliez jamais que vous n'aurez 
«< de droits siir eux qu'en proporlîon de vois 
M devoirs ^ et de. la jnanifre dont vous les 
aurez remplis ; que votis setiez un monstre 
«« dénaturé 9 si vous étiez plus sévère envers 

' eux qpe les lois.y et que, les lois proscrivent 
it.dans tous les cas les., oirdres arbitraires.: 
-sachez enfin qu^^pour qij'ji^s f^fscnt votie 

. « bonheiu* il, faut ^que you^ . Yft^^ ^^.SHfi j?? - 



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0£ MIRABEAU. 331 

^ leur , et soyez plus heureux que votre père, 

J'ai souri avec dédain de toif -parfait aita^ 
éhement , ou de ton attachement parfait ( 
qui est cependant un peu différent, ) et jen^ai 
pas même daigné m'en fâcher. Cela me rap- 
pelle une certaine dame^ parlant dans^ une 
certaine lettre du teins jadis j parlant, dî$-je, 
d'abord une inclination , passant delà aux 
liaisons , et mettant un enfant au monde en- 
suite de cette inclination et de ces liaisons 
( le tQut dans la même lettre j ) de sorte que 
tout cela se trouvé lié sans un grain d'^^our^ 
et qu'elle accouche en fout bien et tout lion* 
neur^ et sans presque connaître le père du 
Jruit de ses liaisojzs. Ce coq-à-l'âne était 
charmant , et n'est pas trop clair ici ; maisr 
toujours est il et sera-t-il que cette dame était 
une scrupuleuse personne. Maïs venons à ton, 
amie. Sont-ils> plus fous ou plus lâches ceux 
qui condamnent sa passion efFrénée? D'iiou- 
neur, je ne lésais pas. Pour e£Frénée, soit : quel 
diable de frein veulent -ils que ces pauvres 
amans mettent à leurs passions ? u'a-t-oii pas 
prisasses ce soin sans qu'ils s'en mêlent ? Maî& 
n'y a-t-il pas de la démence à croirç qu'une 
femrbequi a sacrifié:àson aman t^sa réputation^ 
son opulence et ses espérances , changera 
quand tous ces sacrifices sont faits? quand la 
persévérance peut seulela justifier? quand elle 
a mis au monde xin enfant , témoin , gage et 
fruit de ^on amour j qui s'élèverait à jamaia. 



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33i LET TRJES O RIGIN'ALES 

i 

contre «on inconstance, et la couvrirait 
gnotnînîe et de remords ? Fàut-i] , je ne dis 
pas une passion elfrénéeou non , je ne dis pas 
de Popîniâlrclé ou de la fermeté , Je ne dis pas 
de l'hoilneur oa da cotlrage; je dis^ faut^il 
autre chose que ne pas délirer pour persévérer 
dans de telles cireon8tan<îes'? D*un autre cèté^ 
serait^il une perfidie pareille à celle d'aban- 
donner, de djéshonorer à tout jamaU riiomme 
qui a fait pr^ave' dlun dévouement qui^n^a .de 
comparable que celui de son amante , et lui 
donner le c oup de la mort pour le récompenser 
de tant d'amour, et le dédommager de tant 
d'infortune ? Je le répète , je ne saurais dire 
sî ces gens-lu inspirent/ plus dejoitié ou d'iior-. 
reur ; mais une réflexion que Ton ne fera pas 
sans doute : et qm cependant est bi^ii'frap- 
pante, c'est que s^l est une répônse péremp- 
toire à toutes les calomnies dont on a déchiré 
cet amant : c'est l'amour de son amante. On a 
varié sans cesse daris les accusations contre^ 
cet infortuné 9 elles sont toutes détruites par 
le fait. Peu de jours avcint le départ de son 
amie , sa famille hurlait encore que cet homme 
yainetlâche déshonorait samaîiressèen pu- 
bliant et répandant ses écrits , qu'il ne préten- 
dait que Vujficher pout avoir le plaisir de pas- 
ser pour son amant et s'en éviter les embarras^ 
en rendant par ses indiscrétions «on-iMisioa 
impossible. Car les R, ont toujours parlé avec 
cbmplaiî>ance des indiscrétioi& d'un homme 



s BXMIEABEAIT. $33 

» < 

dont ils avaient pourtant éprouvé Phonneur 
et la générosité. Au reste ^ rarement on est 
discret dans des lettres brûlaiiu s d'amour j et 
lorsqu'on fait arrêter les lettres de deuxamans, 
lorsqu'on en suppose même , lorsqu'on les 
montre à des prêtres , à des valets , enfin jus- 
qu'à des suppôts de la police ; lorsqu'on fait 
épiqr des rendez-vous , lorsqu'on a dix. confi- 
dens et autant d'espions ^ ces indiscrétions 

deviennent ti^ès-publiques. J'avoue encore' 

qu'une fuite n'est pas discrète. SI je voulais 
chicaner , je demanderais lesquels des amans 
qui écrivent , ou de ceux quiax^êtent et divul- 
guent leurs lettres; des amans qui s'efforcent 
de se voir à la dérobée , ou, de ceux qui cons- 
tatent ces rendez-vous ; des amans qui fuient ^ 
ou de ceux qui informent de cette,fuite et les 

poursuivent judiciairement^ sont les plus in^ 

.discrets : ipais je me contenterai de prier qu'on 
m'explique comment on suppose que l'amanf 
de ton amie ^ à qui l'on acjçorde des combi^ 
naisons e^t des lumières • .ait été l'auteur de 
son propre tourment ^ ait risqué vingt fois s£ 
vie^ hasardé sa fortune et perdu sa liberté, 
sans autre motif que de faire un éclat ? A quo 
le menait-il çc^t éclat ? à s'acquérir la réputa 
tion d'ay;qir/eu une femmes?, Ne sait-on pas 
à la honte de ce sexe , et $<ins doute à celle di 
ses suborneurs, que les laquais en trouvent 
Un Jiomme qui consacrp depuis dix ans a| 
travail le tiers de ses journées, dok-il éUi 

• • • 

* 
te 

I 

J 

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334 LETTRES 0 Kl GINALES 

bien curieux de ces méprisables frivolités ? et 
si sa vaiillé eût été »eule Intéressée à une con- 
quête y en effet frès-flatteufce , n'était-ëllie donc 
pas satisfaite? Tout le monde savait dans les. 
deux Bourgognes, grâce à la haute sagesse 
des R. rhiMoire de cette liàtson. Quand on 
veut décJiirer un lioinme , il faut dire de lui 
deschoses qui aient du m6în»q[uelqueTrai8em''' 
blance, quelque bon sens. Mais ce né sont-là 
que des pastorales et des verdures , au prix 51e 
ce qui suit. Quand ton amie fut partie, quand 
il fut évident que son amant n'avait pas promis 
plus quMl n^avait fait, au li eu de garder pour eux 
la conviction de leur folîe ,* an lieu de ckercher 
àétouÛerun éclat si fâcheux qu'ils ne devaient 
imputer qu'à ieiir insensé fanatisme , les 
Faccusèrent â!<woir enlevé sa maitresse pour 
s\ippropner son ^rgejii... Oui , ils proférèrent 
cette accusation infâme I Âinsi cet hoinme 
qùi ne sut jamai^ compter , qui toute sa vie 
se sacrifia pou^- des Ingrats , et , par une fa- 
ftalité inconcevable, n*asacrifié ^ue ce qii'il 
! adorait, cet homme a été ^axé d'une cupidité 
si vile !.. . El ce sont des êtres dont Pavarice, 
Todieuse avarice , l'insatiable désir d'avoir 
est la première passion , qui l'en out acj^usé ! 
|Lcs calomniateurs sordides ! ils vous repbus- 
Leraient avec fierté si vous leur offriez un 
louis , qu'on ne donne qu'à un valet ; mais ils 
s'attendriront devant des rouleaux de cette 
même monnaie : ils feront des iniaiiiies pouv 



B M l R A È £ À V.' ^ -335 

î'biyiehit : la pile en augmentant, diminue, 
ëfface l'insulte , iareiid tin bienfait . . . Hélas f 
dans ces momens où l'on imputait à cet in- 
tbrtuné de telles lâchetés , il n^était capable 
que de ce qu'il faisait : il vivait pour £iimer^ 
et l'amour était sa vie. Il n^avail qu'un but: 
faire ie bonhéar de son amie \ en recevoir le 
sien 9 la sauver des persécutions et des persé-^ 
tuteurs , c'était tout son deslr. Eli cjuoi ! n'a- 
Vait-il donc rienàperdre? son existence était-*' 
elle si méprisable, et ses aliaires si déses^- 
pérées ? la fuite lui ouvrait-elle tihe carrière 
id-désirable , si Pamour ne l'eût point em- 
bellie ?.;• . Letems a encore ici découvert la 

« 

Vérité : on sait qu'à peine /Cèîs deux 'àmans 
àVaileht de qubi se conduire ; on sait qu'ils 
bnt gagné leur vie ^ et ils s'en honorent: oui , 
féa suis sûr , cette adorable compagne qui 
élevée et établie dans l'opulence^ ne fut jar 
Qïàis'si'gaic^ sî' côurageu»'^ si àttenfiVë^sî 
tendre que dans la pauvreté ^ se ressoàvîèfaé 
avec un doux attendrissement de cctte-pàii- 
vreté ! . . . Voilà donc lèsideuit premfèr4*^Mn^ 
d'attaque renversés. JEh bien, cru'a-t-oa> fait ? 
on^adhangé de batterie. On np saurait dir^ 
que cet amant ait abandonné son anianfé ^ 
puisqu'il s'est livré pour la suivre , jpuisqu il 
*st<lans lé^ fers pour l'avoir suivie. Non , il 
ne L'a pas abandonnée ; inals il la renchie 
malheureuse par son humeur et ses procédés; 
quoi ! il W rendue malheureuse , -cette 



* ** t 

- • 



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336 LilTT &i;S^ QHtGrlK AL£S 

femme qiii chag^ue jour pleure sur sa perte ^ 
et seulement ^ur sa perte ! Si sa tendresse eût . 
été fondée sur dçs qualités purement idéales , 
deux ans d'une 'connaissanee si inti^ie, dont 
plus de neuf mois d'une habitation conimuoe; 
Un si long espace ^ pendant leqvtel il s'est passé 
plus d'événçmeijs que d^ns une longue vie ^ 
et plusieurs de ioes révolutions y iolentes v su- ' 
bites 9imprévues>quL, dévelappafit mieux Iç 
coeur et le caractère que vingt aimi^es de tran- 
quillité , remettent tout de part et d'autre 
dans son véritable jour ; cette amante abusée 
ii'aurait-ellec|onc pas ouvert les yeux? n^yai^t- 
elle pas trop 4e tact et de sagacité pourjque 
le^ choses , vues de si près , pussent étrjç txa:- 
yestijes 5 et trop d'honneur et dè vertu pour 
que tout l'esprit iiiiagina))leou tçutes les iUu« 
sions de l'intérêt l'eussent aveuglée sur ce 
qvii était honnête oû malhonnête? Je suppose 
qi;e bien d'autres auront ^uppQs^ : quç 
i'aç(iaAt eût pu déguiser son naturel et su^t . 
pendi'e ses vieiÙes habitndes à # ^D*, • % 
à Aïnst* • du moiiis il n'avait plus rien 
m.éaager j sa. maîtresse était absolument eu 
son pouvoir,} ses p ench^tâ» pouvaient donc re- 
venir, dans toute leur force ; contr^tinte au »i- 
Içnce paf sa propre démarche et satéméral 
confiance q u i ne lui permettait «plus de re veuir 
sur se^ pas cette triste victime était la proiç 
assurée de son ravisseur ; il était sûr de latîoïi- 

Sjsrv^r, à supposer qu'un homme aussi pervers 

. V , . ' eût 



41 

» 



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I 



DE MIILABSA V« 337 

eut été capable d'aimer long-tem$ , et de re- 
garder sa vertueuse et tendre amante comme 
,un besoin de son ccBur. Mais s! contrainte 9 si 
trompée , si malheureuse , si obligée à Ja dis-» 
siaiulalion , u'auralt-elle pas mis aussi bas 
dans sa propre oplnioit son séducteur ^ qu'il 
avait été d'abord exajilé par son i^iagination? 
Cependant on voit le présent ; on voit quel 
amour j quels regrets y quel& désirs , quel objet 
enfin concentre toutes ses affections et tous 
ses vœux. . . • Vraiment il faut, ou dire , je 
suis une lâcb^et perfide calomniatrice, et 
déplus une insensée, ou avoir recours a la 
passion effrénée pour expliquer ces phéno* 
mènes, pour ne pas se mettre en contradiction 
avec soi-mOme, pour ne pas prononcer sa 
propre condamnation. . • • Ah ! je Pat dit, je 
le répète : qu'ils rougissent au £ond de leur 
cœur ceux qui ont voulu l'avilir, et changer* 
les sentimens et les principes de cette incom*' 
parable amante , en voyant que leurs sugges4 
tions et leurs tyraauics n'ont pu-la lasser; que 
sson, courage égal à sa tendresse a dompté leur 

'acharnement j qu'aux yeu;c môme du public 
malin et sévère qui ne croit pas à Tamoui , 
parce qu'il n'en voit point , elle a su honorer * 
sa passion par sa persévérance. Eh bien 1 oui, 
celle qui porta le nom d'un septuagénaire 

, auquel eile^ avilit été livrée au sortir de l'en- 
fance, pour servu la cupidité desesparenSy 
' Tome lÙ P 



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339 JLET,l^»,®S Q«IfrINALES 

iies<$iir,ut^paB) 6a ieaime, parce qu'iin prêtre 
lui avait Qruouné d enlrex da:«î> sa couchei 
Elle dôtina son cœur à un amant-qu'ellecon- 
aut honnête ^.tdiÉîJ.ui donna ^.per^Qn^e ;.elle 
lui voua sa liberté, sa vie : elle s'exagéra les 
ti'atix xfu'eJle lui jsmut causés y et. crut lai en 
devoir le dédommagement, JNuliien étroit ne 
Tai taciictit :à 1^ socîélé. ^ Elle tn'avait puiut 
dVnfans^^t n!él'aLt pns niémev dansla rlgueuiï 
du droit v.l'épuuse du débile vieillard- qui 
Fabreuvait de dégoût^ et d'humlluaions. 
Kliç fuit au sein de sa^amdl^ et n^y trouva 
que dUu)]>îîoyables tyrans qui juiirent le com- 
ble À ^ doule,ur en faisant tout le mal qu'ils 
purent: à.HQio amant,^ ôoa vieux persécuteur^ , 
cncomagé par cet exemple,, aggrava le joug 
sous lequeil elle consentait ençore à gémir. 
IrxiXé de rinutilité d^ s^^s.^brt^poui: détruire 
\\n immortel aiiiour , il résolut d'imuiolçr 
cette iilfortun^e victime aux prêtres haineuse 
qui avçiient conjuré sa perte, £lle cri^t fie- 
voir ;>e;SOUc.tiaire à leurs trames , et ne pas - 
repousser le ))onlieur qui Tattendait y pro-. 
io^iger l'infortune de son ami , et sacriiicn\ 
elle-même .e^ ce quVlle avait de pluç cher à; 
la vaine i erreur de, Popinipi^ publique* Son. 
amoui-^tait auî>ai .ébr»Aitc,avaijti qu'.aprcs s» 
ftiite , grâce aux folies et aux noirceurs de, 
ses.pare>is^ ce qjuii équivalait pouv»sst ;répurï; 
lailon à rexécutlon même de ses projets.. 
Quoiqu'il* en soit , cette chimie appelée 



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réputation, souvent usurpée ef gi-atuîfc- 
ment periiue, ne lui parut pai9 faire équilibre 
avec son bonheur ; et dan$ r^dlernadve iné- 
vitable de son infortune ou de 'sa félicité, 
elle chqisit cellç-ci. Ëllefuit la terre arroséé 
dp se^ larmes et habitée de sess tyrjans , pour 
aimer en libert-é. . . Voilà son cïimel Qû^céUe . 
qui montra un , pareil autour ^ uaé constanc e 
égale, et résista de l.^lies per.séculions , se 
lève etPaccuae. Après. tout, elle fut séduite; 
et personne au monde cju^elle et son, amant 
n'a été puni.de leur erreur, si (^'cn fut une : 
mais le eoura>ge âv^o lequel elle souiieniie 
jest à elle ; runifonûité de ses opin^iiom et de 
ses sc ntlmens , la. hauteur de ses démarchés 
^u^piiieM xle tous, les revôrs , ia déeence de 
.$a conduite après un tel éclat et dans dès 
circonstances si épineuses, lui appartiennent 
jen ^ntiçr <> et l'boiiôrent et la f44sttfi^nt à jdh 
juai?»,/»'.. O VQUo qiii Hscïï ceci, et qui balancez 
.pjeut-rÊtve àtairpipassci cette lettre, si vous 
P?*^'**^^ p^frîCdmjtoe moi , fe' ne' serais fp* 
•fltoî^^^fii^^^* .4î^*J*)^c*jire#*^. Pour Tamant, je 
[n'vn dir^i qu'un mot, et il sera sans auiui- 
guLté^ Jë tie sais s;ir avait cm D^*avatt pas toK 
d*ét;i[e ftU5>si -engagé i>qu'il Tétait avec son 
;auii(?>naài$iil.awi> raïiuiwt , supposé cet encra- • 
onc'nt pri»^ )»t surîlp^neililjiîtàitî t^op tard dte 
^éab érêr , de chercliei: ^et dt^ t ro \\ ver tous les 
moyens xle la «èrvir. Klie pouvait et devait 
commander sûr tout* cé^fui n'^étUlt pas poison 

P ij ^ 

/ 

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340 , LETTRES Oftf GIW ALES 

OU amssînat ; elle n'avait que lui pour res^ . 
source j lui, pour qui elle était compromise ^ 
exposée à sa perte; Uii, qui avait reçu d'elle 
les preuves d'un dévouement au-dessus de 
toutes les contrariétés et de tous les dangers. 
Et ilTauraît al)andonnée tant qu'il pouvait la 
défendre i^Ali ic'^stalors qu'il mériterait son 
sort y et qu'il serait le plus vil des hommes. Il 
en est qui se vantent d'avoir suborné et aban- 
donné plus d'une malheureuse j et ils sont 
libres, heureux, applaudis, vantés ! Qu^iis 
gardent leur bonheur^ Sila conduite contraire 
méritje des fers , celui qui Ta tenue veut et 
\îoudr4 toujours les mériter. . . • Mais c'est 
assez parler de nos amis ; parlons de nous. ' 
' Je ne sais point assez de physiologie pour 
expliquer ni décider sur tes palpitations de 
cœur. Les maladies de cette partie , rares et 
presque inconnues, exige le plus habile obser- 
vateur. Je n'en sais qu'assez pour m'inqulé-^ 

^ter cruellement. Consulte, je t'en conjure, 
je te l'ordonne au nom de l'Amour, consulte 
un habile homme,grandthéorIcien: ne cache 
rien ; les rélicences sont une pudeur fort ipal 
entendue quand il s'agit de santé. Dis donc 
à ton médecin que la contraction naturelle 
de ton cœur «st prodigieusement iforte dans 
les paroxysmes de la douleur et les convul- 
, sions du plaisir de l^mnour. Tu. m*as quel- 
quefois soulevé par un spul eS^t de ce muscle 
«traordinaire. Ajo^te que la jouissance fré- 



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• DEM rWM B E A * 

quelle a diminué chez toi les palpiUlio£i$# 
Peut-être n'est-ce que trop de sang ; je me 
souviens qu'avant no« amours' tu t'en plaignais 
fort , et que tu en as peu soi^iiert Qu iiol^ 
iande. Cepeiitlant tu n'es pas ( et il faut Je 
dire ) d'un tempérament mlforeux ^ mais 
eucuie moins d'^n^ froideur marquée, et je 
te c rois très-sanguine. Toutefois ne joue point 
avec des saigu^es ; elles ne sont oécessaires 
que dans li^s très-furli^s syncopes; point de 
mouvemeiis violens , mais de KexelPcicejdouxi > 
le cliaval ou le icarrossç^ si C6la.se pouvait j 
l'usage durait, des alijiiens doux» et faciles 
à digérer; des laxatifs, tels que des lave- 
mens; peutrétire des eaux minérales ferru-» 
i^incLises, ou l'esprit anodin minéral deHofl^ 

m^nn, la poudre tempérante de .&tahl, l'eau 
de Heur .d'orange, de tilleul , etc. voilà les 
palliatifs connus j mais consulte, et dis-moi 
la lettre ice qu'on t'am» dît* 
J'ai envoyé une partie d^un recueil de poe- ' 
sies erotiques pour servir de suite aux Baisers 
de Jean Second. Avertt»-nioi si cela te passe. 
Tu m'as dit souvent que tu, ne savais point 
asseii de mylhologie : tous nos mythologues 
t^enntiieraieut ; et je ne t'ennuierai pas, fussé** 
icf aussi ennuyeux qu'yeux. Je t'ai «doue fait 
un ouvrage dont tu n'aurais trouvé la sub- 
stance que dans deux, ou trois cents volumes. 
Il est destiné d'abord pour toi , ensuite pour 
Téducalion de ta iilk , un peu fort de philo- 



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Sophie j mais à ta portée. Prie , négocie , de^ 
jnande^ vois si je puis te renvoyer par partie. 
Kou» autitîs xnodernesypresque toujours iml^ 
t44eur^ , et trop souvent iorcés de l'être ^ nous 
plaçops dans nos spectacles , nos poésies , nos 
tabl^yx^ nos .statues ^ etc. les dieux èt 4es^ 
fables des anciens j iLfaut donc absolument 
connaître leur naythologi-e. Tu as beaucoup 
lu et prodigeusement retenu niaise ^ n'ayant 
eu ni guide ^ n^ méthode ^ tu ne sais pas tout 
ce ^etu-idftvr^k savoir ; et «ce qui est rare 
à tbn^ âge, «et. sur-tout dans toW8exe7 tesre- 
garxls se sont portés sur des études sérieuses 
plutôt que'sqr *Ia littératui'e légère ^ ce qui 
prouve assez la force de ta tôte et la vigueur 
de ton caractère^ que la déll«cate.flexibiiité du 
sentinieiit a adofm san^ Ténerver^ Dans les 
momeusT du bQiihfeur ^\ court qui nous était 
deatiné, lescOCcnpisCtions*indis^pensables dont 
je me suis trouT^tsiiwhatgé ^ ne m'otft guère 
permis de présider. à tes lectures. Au moins 
en cette partie, je compenserai des pertes, 
Mas, irréparables^ et fe té mettrai à même 
de diriger les études^ de ma Gabriel-Sophie 
vers l'agréable et Putile , à moins que les 
yeux ou ia» vie ne me soient brentôt dérobés; 
Tâche dWoir cet x)uvrage qui te donnera dç 
prêt ieux nionuniens de Pântiquilé. Son his- 
toire nous oflFre d'autres hommes ; sa religion 
et ses doux mensonge^ si préférablerà notre 
théologie moderne , .sôihbre , fanativ^ue et 



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\I>£ Ml a AB.E AU. 

grQâ$iè)re comme seft lavent eurs^ nous, présent 
tenf un autre univers daiislequel il est doux 
Serrer* C^esMà que.Penthousiasme est iAa.^ 
fûb rdiiment du géjaie et des cœurs passion**- 
iiés y cesi-Vii que la vigueur, l'cucrgic , la 
véhémence^ la pmfondeur des sentiment et 
des idées s'aiiient à i'haiJCQonie^à rélégauce*^ 
à la délicatesse d'expression que pcrmettaif 
une langue mélodieuse , riche.» abondante ^ 
flexible et variée, telle enfin que des^organes 
heureux et exercés^ des imagination^ vives et 
«isensibles avaient pu la former. £>s^là que 
Ja beauté, l'amour , la liberté., la gloae c^t 
la vertu ont un culte^ et brillent d^Ntpus leurs 
charmes ( que les coupables même soutillus*- 
tres, et que notre ame est eneor,e élevée alors 
I9éme qu^elle est indignée^ C'estrlà enfin que 
nos pluç grands gé^ii es ont puisé des sujets 
.qui leur ont permis d'être les rivaux heu- 
reux de leurs maîtres, et que .notre médio*- 
crité peut encore trouver une étincelle de ce 
feu divin qui fit éclore tant de talens et 
donna aux arts un règne si brillant» 

I#a mère de Pauline serait heureuse de 
-n'être que folle; mais le grand défenseur de 
la propriété devrait savoir qu'on n'a .pas le 
.droit de rendre malheureux ceux-îlà même 
qu'on ne peut rendre bons;^ et la mère de 
ce ti e mère hél as 1 que devient-elle ? Pour k 
champion dont tu parles , c'est un monstre 
lâche dans sa. férocité* ^Xertesi, îe trait du 



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344 XETTAES ORIGINALES 

Blafard et compagnie est hardi } mais je tVn 

adore mille fois plus. Je te demande en grâce 
^ qvte Vainé soit le §eul employé à la recette. 
— Ton- Contan d'Orville n'a apparemment 
^as le sens commun. 

• Oh i oh ! tu ne me vois pas de' défauts \ 
Cer(es, le cas est nouveau^; eh bien, tout 
aveugle que' je suis, j'y vois mieux que toi, 
fe te finre. Eh quoi ! a^-*tu' donc oublié cet 
mots si raisonnables et si doux que tu me 
disais si souvent : Peux tu fépoûmohner , 
'€étimj^,i*ùj[jrecteT -pour, faire entendre taUoh 
à un tailleur de corps J* Eh bien ! ce défaut-ià, 
entre autres, je m'y surprends tous les jouis j 
•j^ai beau me répéter que si rien n'est plus 
iitipatientant que la sottise , rien n'est plus 
sot que celle impatience. Oh ! puisque tu 
^oyoîs bien cela , tu pouvais voir Je reste ; 
et lependant très-rarement ta tendre et ton- 
'clîHnle sagesse m'opposait quelques objec- 
tions ; et si mon* excessivement impétueuse 
imagination fournissait à mon amOur-propre 
cent mauvaises raisons pour défendre mes 
idées , je n'eii ruminais pas moins avec moi* 
même , et le plus souvent la réflexion me 
convainquait que j*avaistort. Pourquoi donc 
cette extrême facilité de ta part, à approu- 
ver tout ce que je dis , tout ce que je pense, 
tout ce que Je fais? pourquoi sur-tout cette 
«méfiance de (oi-méme, qui te fait perdre si 
4ioavent de tes avantages? Je t'assure que tout 



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«il t'admirant^ j^.étai» tenté quelquefois 4e te 
battre^ lorsque je t'entendais parler avec si 
.peu de respect de toUmiême. Ta délic{eus|Cf ^ 
mais iojuste et quelq^elois farouche modes - 
tie j me remplit de dépit, sur-tout quand je 
te vois assez bônne pour déférer à des avis 
^ue ta, raison Unpiouve sûrement , et à des 
personnes qui ne sont pas mémé faites pour 
recevoir des inatructions de toi. Je ne crois 
pas être trop orgueilleux , du moins en la 
plupart des choses dont un faonune plus 
faible pourrait s! enorgueillir ^ mais je suis 
plus loin encore d'être humble. Peut-être 
aussi me suis-je révolté à mesure qu'on a 
voulu m'avilir. Quel être assez .reptile pour 
se prêter au mouvement qui l'écrase ? Ma 
sensibilité , l'ardeur démon naturel, Tinéga- 
lité de mon humeur, sont augmentées par la 
' tristesse presque inséparable d'une habitude 
si Ipngue de malheurs presque continuels : il 
n'y a que toi qui sache être à-la-fois tendre 
et égale, douce et infortunée, toujours^erme, 
toujours complaisante. Mais je sens sur-tout 
que "je suis et que je me monti c ii op ^Iioc^ué 
du manque d'honnêteté et d^rai^n que 
j'aperçois dans mes semblables. C'est un très- 
mauvais effet de la mienne ( j'entends de ma 
raison ) , puisque , si eUe était plus éclairée 
et plus forte, je serais plus indulgent et plus 
; patient. Ce serait à toi, dont l'amour et les^ 
^ grâces embellissent r^son , à toi qui sais 

P V 




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si bien le cbeiqia «de 'inon cc^r^ et dontlft 
son de voix seul m'attendrit', à découvrir 
mes Iplessiires , dont je citeraie un bon nom« 
bre. Mais non i puisque Madame n'en a pas 
assez de ma beauté, il lui faut encore ma 
perfection, mon infaillibilité, etTunde ces 
donS' n'est pas plus diiScile ibme jtrouver que 
l'autre. Ce qu'il y a de certain, c'est que les 
tra'^rs de mon esprit nHnflnent pas'snr moti 
. cœur ; ainsi ne rougis jamais de ton chois. 

Oh ! tu es trop sévère. Il est bien vrai que 
•B« après avoir reçu ,ioo louis de présent , 
n'en trouve pas 3o qu'il avait en dépôt , ni 
ta bdguej mais'C^est qu'il les perdus: que 
veux'tu répandre à cela ? Rien , sinon que 
je regrette fort la bague que tu m'avais don* 
nv^e; maïs puixsiotts-nous n'avoir qiie ces re- 
proches à lui faire 1 

Tranquillise-toi, mou tendre Amour : je 
suis aussi sûr de fa constance et di ta fidélité 
que de la mienne même f mais ne confonds 
pas ces deux mots. On trouve plus d'amans 
constans que- d'amans fidèles , parce qu\)n 
est rarement assez touché pour avoir tou- 
jours prtJsfent l'objet de soii amour, qui pré- 
side à nos sensations iet les réprime , qui rend 
nos cœurs et nos sens également inacces- 
sibles à toute espèce de sédmtion.'On- est 
constant par procéda ; on l'est aussi par 
habitude, par sympathie, par d« rapports 
' de goûts , tl'itîtérèt et d'humeur ; mais on " 



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-il'est fidèle que par amoiu ,et jw un exUétçe 
amOur* La comtauce est la» vertu dfis a<&i»; 
ia fidélité est celle des amaasi^^et iU qj\t 
ravanfage ;.car Iji fidélité eu uae irç^cuaable 
caution de constance : et la constance n'es^t 
'pas toujours un gagt; bieusûrdc fit^d^té^i^iaijs 
. aussi la ridélit^c n'est pas ube vei (u iugrale : 
elle nous paie de nos sacrifices.^ Eh l qui )e 
sait mieuxr.qiie .ma tendi e et généreuse amie? 
-— Addio , cara sposa ; addio ^ beii mio : coigo 
d^amor la rosa , sopra il iuo- cq^ç^ Addio* 
Des détails vrais sur ta santé , cf §ur-4,0Mt 
sur les. palpitations, et qe qi;i'on en ^lura xlit« 
.Ménage tpn ]:buuie 9 .piv^Is pi^ 4'enfpi;f^,pas 
- trop. Ton lait ne le tracasse-t-il plus ? Jc^i^if]: 
rieepi e pàtnto > a soupir (TQîiphi ^ e.ptol^i ùaci 
0.1a mÎAjL anima soyra i- li^gi luùbri. , 

Quant au^ traîtres, ton unique et suffi- 
sante défense est ^e.tu.yyi5.eu retmis dans 
le désespoir de toute autre resspurce. 

>' Il I I ■ I I . .. ^ ■! . I I î ll 

> ) . 1 

<6 pqv^i^ 1.778, , 

.*«^'AIMAt$ fils^ Mcmdieijr } ainsi je dç^ 
vais le perdre. Ce. n^alliQ^r.^mUjie ^ peu 
près là iucâiae dçs miep^ij inais.il _(,.st un 
ternoiç 9ismté pour les 9»ftiiii:,^'est cel^i où 



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34B. 1£TT A£S Ô&IGIK ALSS 

ils deviennent intolérables. Il faut donc se 

résigner^ et patienter jusque-là. S'il était un 
événement capable d^ppesantir ma' chaîne j 
et de la rendre éternelle y le ypicl arrivé ; 
mais la réflexion n'ajoute rien au sentiment 
de la perte de mon fils* Je tiens encore à kt 
vie par des liens chers et sacrés que cet évé- 
nement resserre j et je connais assez maa 
étoile pour pressentir qu'ils seront bientôt 
brisés, 

' Je vous supplie de faire passer le bille* 
eî'joint à Raspaud. C'est bien le moîns de 
remercier cet honnête homme du triste et 
funeste office qu'il n'a pas rempli sans dou- 
leur. 

' J^i rhonneur d'être avec un dévoucmefit 
respectueux y Monsieur , votre teès-humble et 
très«obéissant serviteur y 

^MlîlA.8EAU fils. • 



A M. LE LIEUTENANT DE POLICE. 

J E supplif^ M» 1^ Noir , en qui seul j'ai mts 

le faible espoir qui me reste ^ de lire la note 
suivant€<; Je l'af rédigée aussi succinctemetit 
qu'il m'a été possible ; cependant elle lui 
donnera nn^ idée assez exacte de ma situa- - 
'tidn'ët' de nàès -<?raintes. 

J'ai perdu mon Hls :< c'est pour moi le plus 
grand des malheurs ^de ceux du moins qute 



I 

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SE l^riltABEAir. S49 

je peux supporter. Voici ce qui doit résulter 
de cette perte. Madame de Mirabeau, dout 
les mœurs sont très-corrompues (j'en ai les 
preuves les plus complètes ) est de plus un 
être méchant et perfide, ce qu'il m'est tout 

*fttisst facile de démontrer. J'en ai reçu les 
offenses les plus cruelles en tout sensuelle 

• n'espère point de pardon , parce qu'elle est 
Incapable des procédés qui pourraient le mé* 
riter. £lle eçt donc très-intéressée à ce que 
je neorepai aissc pas dans le monde. Or, comme 
elle a parlé seule, comme elle m'a déchiré 
des plus atroces calomnies depuis que je suis 
errant ou prisonnier , elle a subjugué son 
père, homme honnête, mais'^atble : loin de « 
s'opposer aux menées du mien, il croit, ea 
le laissant fdire, servir sa fille et he pas bles- 
ser la justice. De plus, madame de Mirabeau 
mariée sous constitution généi;ale en pays 
de droit écrit , ne peut pas exiger de moi , 
même après la mort; de sou père et de sa 

' mère, plus de quatre mille livres de pen- 
sion, sa maison défrayée* 'Mais , moi captif, 
qui lui disputera la jouissance de son bien ? 
Ce bien montera un jour a plus de soixante 
mille livres de rente, et ce jour peut n'être 
pas éloigné , M. de Marignane étant, quoi- 
que jeune, de la santé lapins délabrée. M, 
le Koir comprend que cette considération 
n'est pas d'un faible poids sur une ame vile.. 
Mon père a toujoi^rs eu la mante de faire 



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35l> LETTRSS ORI&INALSS 

deux branches. Ma mère a rendu jusqu'ici y 

Texi^cution de ce projet impossible ea refusant 
de donner son bien à tout autre qu'à moi ; 
et ce n'est pas là le moindre motif que mon 
père ait eu de persécuter sou épouse infor- 
tunée ; il espérait la décider ed la Instant. La 
mort de mou fik j et la désuuion qui |ègne 
entre madam.e de Mirabeau et moi - fournis- 

.sent à mon père un prétexte très -^plausible 
pour ramener tout l,e aioude à son . plan* 
Puisse'ma mère y consentir^ si, à ce prlxj^ 
elle recoutre sa liberté ! je serais le prenftier 
et le pins ardent à l'y engager j mais M. le 

,JNpir sent bien qtie je n!*en serai que- mieux 
perdu. M<>pf père a Tame la plus baineuse qui 

j fut jamais ; j'ai blçssé son orgueil et sou 
amour : ses procédés envers moi ont écébaf* 
bares ; voilà trois crimes qu'il ne me p«lrdo^• 
nera pas ; mais il suffirait de; sa cupidité , qui 
n'est pas la moins puissante de ses passions ^ 
et de ses embarras pécuniaires , qui ne sout 
pas médiocres , pour le pousser à m'ensevelir 
ici* Ma mère est mariée selon la coutume 
de* Paris : elle • a déclaré que. je suerais son 

. héritier , et son testament est conni;. Si j'avais 
le malheur de la perdre dfemain 9 que je 

. fusse libre, j'entrerais à Tinsiant en jouis-* 
saiice, et mon père y perdrait quarante»- ou 
cinquante ipille livres de rente. Au lieu de 
cela, je suis i^iort au monde. Mon père s'est 

fait nommerrinon curatem: ensuite d'unt i^** 



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B £ M I H A B E A tr. 35z 

terdik^ttoii' illégale 9 et taudis que j'étais soi» 
les liens d*une lettre de cachet» Il est à l'abri 
de tous les évéuemens , hors ma liberté. Que 
M* le Noir juge s'il n'est pa^ aûreux pour 
moi qu'elle soit au pouvoir de ce père impi- 
^toyable» 

Je n'ajoute pas tout ce que 'j'ai à craindre 
d'uu de mes beaiix-frc res , dévoré de la soif 
à^auoit^ etcpai^éttaiyé de madame de PailH, 
laquelle ne aie pardonnera jamais d'avoir 
^^ris parti pour ma mère , a tout crédit sur 
mon père* Ce beau-frère est M. du Saîilant , 
installé depuis LuiL ans, lui, sa femme, ses 
enfans et ses gens^ chez son beau-ipère qui 
ne s'est pas trouvé assez riche pour recevoir 
dans sa maison sa belle-fille , moi et mon 
^ fils. M. le Noir conçoit que M. du Saillant 
peut craindre , que si je rentrais dans mes 
* droits, il n'y perdit du moins^ un assez bpn 
quartier d'hiver ^ et tout ce qu'un événement 
pçut lui rapporter» \ 

Je passe une foule de faits trop longs tà 
déduire : il suffît de. ceux-ci pour montrer à 
M. Je Noir, quel est de part et d'autre le 
véritable intérêt que rpn prend à ma déten« 
tion* Je leur ai fait beau jeu^ je le sais, par 
l'enlèvement de madame de Monnier j mais 
comme , «trois ans auparavant , j'étais prison-* 
nier sans qu'on pût aliégAier un autre motif 
de ceUe yloknce que des det(es de jeune 

komme^ H^o^ttadées^en gravide partie ' poiir 



Digili^ua Ljy GoOglc 



1 



3ÔA LJSXT&SS OKIQIV È^LKS 

madame de Mirabeau , et une affaire qui 
m'était honorable en tout sens, puisque je 
ne m'y étais exposé que pour venger une 
sœur dont j'avaia à me plaindre , et que je 
m'y étais conduit comme le doit uu hoiniue 
de ma sorte , on n'a pas bonne grâce k faire 
si grand bruit de cet enlèvement, et il y a 
beaucoup de mauvaise foi à Je donner pour 
le véiitabk sujet de ma proscription. C'est 
une liante sottise, j'en conviens, et d*aulant 
plus grave, hélas ! que je n'en suis pas le seul 
puni« Mais , sans parler de tant de circons- - 
tances qui m'excusent, si elles ne me justi- 
fient pas, peut-être dans cet écart même ai^je 
montré as$ez de constance, d'honnêteté , de 
droiture et de générosité , pour qu'on ne me 
regarde pas avec les mêmes préventions que 
mon père. Les bienfaits de M* le Noir me 
prouvent assez ce qu'il pense d'une passion 
resserrée aujourd'hui par les nœuds les plus 
sacrés , et qui, assurément , vivra autant que 
moi. 

Je perds la vue ; j'ai uriné le sang deux 
fois depuis que je suis ici, et ma vessie Vem- 
barrasse chaque jour, de manière à faire crain» , 
dre qu il s'y forme une pierre j je suis rongé 
de toutes sortes de maux j inutile aux autres, 
& charge à moi-même, majtête) mon cœur 
et mon corps sont également maiades. Est-ril 
donc si difficile de m'accorder de passer. dans 
un autre j^ays , ou même 44lis un ai^tre Ukoa^ 

N. 



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BEMIRABEA^» 353 

' dè ? Que craint mon père ? Si je redens V'im^ 
porfuner en France , ùne letfre^de cachet 
sera toujours à sa disposition; et ce ne sera 
pas la cinquantième cju'il aura lancée dans 
sa famille. S'il meurt avant moi^ q'uelui im- 
porte dans quel t liuiat je finirai une vie qu'il 
a empoisonnée ? Je sens que toutes ces raisons 
sont inutiles , si le Ministre a décidé sanà 
retour de mon sort ^ mais s il n'a pas con-« * 
damné sans appel , et sans ^entendre ^ un 
jeune homme bien malheureux^ qu'il necon-» 
naît que sur les clameurs de ses ennemis ^ il 
est temps pour ma santé , et même pour «ma 
raison ^ que ceci finisse. 

Si M. le Noir ne peut rien obtenir pour 
ma liberté y sous les conditions que je pro<^ 
pose 9 (je dis s^il Jie -peut , car j'ose me 
£atter qu'il le voudrait } je me borne à le 
supplier de m'obtenir un. cbangement de 
prison. La manière dont je me suis loué et 
dont je mè loue de M, de Rougemont , ne 
permet assurément pas de penser que j'aie 
il m'en plaindre ; et si j'avais quelque espoir 
4'ohtenir le château oîvil commande , ce serait 
tout mon désir. Ce n'est pas sa faute si Fou 
m'a choisi une prison destinée aux criminels 
•dVtat ; mais il n'en est pas moins vrai que 
l'ordre de la maison est si excessivement ^ 
j'ai presque dit si atrocement sévère, qu'il 
est impossible que je n'y i>érisse pas ^ si j'y 
reste plus long-tems. Nulle espèce de société; 



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354 LETTRES ORIGINALES 

défense au porte-clefequi nousseît , de restelr 
<)aDs nos cachots plus que le tems de satis^ 
faire nos besoins , et de nous parler .d'autre 
chose : une Heure de promenade sur ringt- 
quatre : le téte-à^lête de sa douleur : nuls 
secourt littéraires j peu et de mauvais livres : 
des délais sans fin pour l'aecbmpHssement'de 
nos désirs les plus innocens-, de nos besoins 
les plus simples^ délais .forcés par les for- 
malités nécessaires pour obtenir et se pro« 
curer les moindres demandes ; point d^instru* 
mens d'aucune sorte : en un mot , toute dis-^ 
traction ^ toute consolation arrachée avec la 
plus ingénieuse barbarie* Voilà la tièsiaible 
esquisse de notre situation. Toutes ces pré- 
cautions ^ nécessaires , si Pon veut , pour cer* 
tains prisonniers ^ sont bien gratuitement . 
cruelles pour ceîui que sa famille seule ix)u)r* 
suit. M. le Noir comprend qu'un homme qui 
adel'ame et quelque esprit ne saurait résister 
à un tel genre de vie, où ses taîens, ses 
lumières , et ses^ sentimens même les plus . 
louables , tournent à sa ruine^ loin de le sou- 
lager le iiiOiDs du monde. Ties méditations 
continuellei? ,un travail forcé, les let très rares,, 
mais si précieuses de mon amie^ l'espoir que 
in*ont inspiré les louchantes bontés de M. le 
Noir m'ont soutenu jusqu'ici ; mais ma vue 
et ma sanlé se refusent absolument à Tê- 
tu de y ma téte est aussi épuisée que mion 
corps} et il n'y a que ^exercice et la société 

■ 



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9 



: D E /M T R A'B £ A U/ > 355 

de quelque» humamsqiû puîsgent me relever* 
Toute autre prison me sera donc moins f u** 
neste que celle-ci. * - , ^ 

Toutefois , s^il fout que j'y reste encore V 
je représente qu'il est ridicule, poiir ne pas 
dire inhumain qu'un infortuné qui nVst eii 
aucun sens prisonnier d'étât , et dont les crc<* 
cupaiions n'intéressent pas du tout le gou- 
• vernement, soit traité comme je le suis • et 
que j'ai tous les droits possibles de solliciter 
des exceptions relativement au régime, de 
cette maison 9 qui n'a jamais été combiné 
que pour ces malheureuses victimes de la 
politique , ou ces coupables de crime d'état 
dont on voudrait intercepter jusqu'à la res* 
piratioti. Je n'insilit^ pas sur la permission de 
voir .quelques-uns de mes amis, et notam- 
ment Pestimable Dupont y parce que je sen^ 
que des ^ordres supérieurs peuveiit gêner là 
bonté de M. le Noir, à qui je dois trop 
pour l'importuner ; mais jesupjplîe que plus 
de promenade me soit accordée ; c'est uné 
distraction forcée cjui me soulagera un peu; 
Voici uhe privation crtièlle et sans aucun 
motif plausible 9 au moins ponr moi , dontjé 
demande encore à étr^ affranchi, 
' Si je ne p^s savoir ce qui se passe parmi 
les hommes (et, c'est une dureté bien gra^ 
tùîteîcar à qui, à quoi, et comment peut-il 

♦ 

être nuisible quefe feois instruit de^s nouvelles 
politiques que le g^uVernemeût fait impri^ . 



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346 L£XT&£S ORIGINALES 

mer? ) sî je ne le puis pas, dis -je, qu'il 
œe soit permis du moins, de n'être pas aussi 
étranger h la r(^publique des lettre» , et de 
m'abanner .à, un jo^irnal purement litté*- 
ralre: que je ne su^s^pas mort avant ma moi t, 
, On ne me refusé pas et- l'on ne saurait.me re^ 
fuser en.. aucup sens d'aciieter des livres 3 il 
n'y a donc aucui>e raison de me refuser une 
i(iolice approuvée de- cp^. Uvre^ que je -puis 
^cheter^ Un jourjpal tel que Je Mercure , pap 
exemple, imprimé sous les, yeux de le 
Noi|r , ou l'Ëprit des Journaux, qui ne parle 
Absolument que de livres , et qui a poux^ 
Dioi l'avantage de me montrer en lin seul 
yolume les nouveautés littéraires de toutes 
les nations, enfin tout a^itie qu'iL plaira à 
M. le Noir de me nommer , me serait in- 
£niment agréable. Que ce digne^ magistrat 
daigne penser que je n'ai qu'un consolateur 
'et qu*un passe-tems, c'est l'étude. 

J'ajoute une autre prière, dont le succès 
m'intéresse infiniment davantage, et que je 
n*ai paa le mêine espoir d'obtenir^ car je 
sais ce que peuvent le crédit et la haine de 
mon pèi:e, JejcUéris tendrement ma mère, 
et il m'eot bien cruel de ne pas même sa- 
voir elle vit ; mais un intérêt plus vif et 
plus sacré , s'il est possible , que la tendresse 
filiale , me presse en cet instant. Il est pos- 
sible que jt; meureici^ et je s^s même qut 
çfl^ eçt probable. Alors je ne p\jui'ra> absolu- 



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]|»£ Ul lk £%B A Vé 

ment rien pour ma fille , pour mon unique 

eiifant^ qui m'eit d'autant plus c:her que le 
malheur de sa naissance est plus grand , et 
que j-4dolâtre sa mère j à qui j'ai tant coûté. 
Ne pouirai-je pas, dan5 uue lettre qu'un 
homme de confiance remettrait et retirerait 
aussitôt ^ recommander à ma pauvre mamau, 
cet enfant né sous de si cruels auspices? Jc 
•connais son eceur^ elle ne l'oublierait jamais 
et j'aurais, autant qu'il est en moi, mis ma 
fille à l'abri des coups du sort. J'espère que 
cette idée' touchera M. le Noir , et germera 
dans son ame bienfaisante. ^ * 
\ Aucune de nies demandes n'est, je crois, 
trop indiscrète* Ah 1 si l'on pensait à ce qne 
nous coûte uu refus} si Ton pensait que dans 
un dénument tel que le notre, il n'est point 
de privations ni d'inquiétudes légères , et que 
la plus part des formules, des phrases d'état 
n'ont aucun sens , lorscju'on les analyse de 
bonne foi ,* de sorte que , sans raison , ouplutot 
contre toute raison , on nous réduit au déses- 
- poir, on ne dirait pas si légèrement, non. Cer- 
tes l'homme sensible dont je tiens tout, ne saù- 
' î^aît ni s'o(Fenser de ces réflexions, ni se les ap- 
pliquer. Hélas ! il n'a pas toute l'autorité que 
méritent et qu'obtiendront (j'ose me le pro- 
mettre) ses vertus et ses talens. Qu'il daigne 
continuer ses bôniés à la femme intéressante 
' que j'aime bien plus que ^moi-mêmç ; qu'il 
daigne me faire passer quelquefois de ses 



/ . j . d by GoogI 



358 LETXRKS QJB^iaiN AL£S 

«ouyelles^ et 4^. celles de mm fiilet} qu'Use 
dise enfi^ ? Oes inf or lunés ont', remis tewt 
çorl efUre mes mains ^ et Je leur dois quelque 
choi>e , puisque je suis leur bienfaiteur. , * • * 
Que pour prix de ta^t ïe bonté, tous les 
bo^heur^ r^uois sol^Qtson partagé)! puisse- 
t-il êtie plus çlaux pour une amejfelle que 
sienne, de faire du bien que d'en recevoir j 
Pour nous, quoiqu'il arrive, nous ;viYi;ons 
et nous n;iourroDs les redevables de M. le 
Noir, à>qaî nôus avons juré le dévouement 
le plus pioiçndi le plus respeclueui^ , et 1^ 
plus tendre. ^ . ' ; . - • ^ 



\ » ^ 



■•• ; . A s A - M E R E. • 

• f • • • 

E ne sais, ma chère et tendre maman , si 
ie finirai ma. carrière sans avpir pu ni vqqs 
consoler •ni vous servir: et si Jes géuiisse- 
mens qué m'a arrachés votre infortune , ren- 
ferm(^s jusqu'ici /dans la prisqn-où je suis 
enseveli vous pai viendront rianiais ; mais vous 
croirez aisément , ô Ta meilleure des rperes ! 
aue ;voU'e malheureux nis vous aime ^vec 
tôiite la teiiuresse que vous montez,. J ose 
donç,saus avoir pu^ sans pouvoir vous donner 
aubune preuve démon amour £lial et de ma 



^ DE Mi II A£ EAU. 359 

vi^nératk)!! profonde, me persuader quevoug 
en êtes convainêue, et attendre devou^les far 
veur3 dont je connais capablevotre ame bien- 
faisante.^ 

On a osé dire, 6 maman ! que vous avie2 

été complice de la £uite de madame de Mon- 
nul. Je n'ignore -pas cette accukation anm 
folle qu'atroce } mais )e sais aussi que vous ^ 
êtes trop généreuse pour TiHi rendre respon*- 
sable, efe moins encore * Penfent qu'elle m*a 
donn^« J'ai dit hautement , )'ai écrit que vous 
si lâchemeiU calomniée, vous étiez chargée 
d^obtenir de moi mon amie, pour accom» 
moder cette triste affaire ^j'ai ajouté, que . 
f^ous eussiez pu me demander ma vie; mais 
tfua mon hcmneur et moni amie étaient ploa 
f[uemH vie. D'aprèscela,6ma mère! écoutez- 
.moi. Vous savez ,>t j'ose dire, vous sentez 
ce que me fut, ce que m'est, ce que me 
doit être, ce qjie me sera Sophie, jusqu'au * 
ioinbeau. ' Yous connaissez jes droits qir^elle 
a sur moi^, les sacnhces qu'elle m^a-faitSi^ 
l'aniour qu'elle, m'a trop bien . prouvé* Rà. 
vain av&z^vonsi condamné me» prêraiern eii)»* 
gagemens avec elle j il est impossible que 
vous désapprouviez ma constance. Sophie 
seule a. partagé momsotrt ; j'ai e^mé sa pette 
et elle n'a senti que Jà mienne. Kn quelque 
lieu quVUe gémisse, elle mérite Tint^rôt des 
ames honnête < et «^nsibles-^ et à cetttte^ 
srous l'aikxiez 9 vQusl' aimerez» , ^ ' i 



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4 



365 IKTTXES O&ICTKALES 

Mamân^ si je suis destiné à périr ici, ce 
qui est au moius possible , j'expirerais ^vec 
]a douleur afFreuse de craindre la misère 
pour la fille de Sophie , çet enfant précieux 
qui porte votre sang dans ses veines y si votre 
générosité ne me rassurait pas. II n'espère 
^ qu'en vous 9 ce mijheureux fruit de 'nos 
amours. Un arrêt a privé Sophie de tout son " 
bien. Ce n'est probablement que de l'humî- 
liante pitié de sa famille que Sophie tient sa 
propre subsistance j et sa fille serait ^ sans 
vous^ le rebut de cette famille , et le triste 
jouet des coui>s du sort* Ma clière maman , 
plus d'une fois vous avez baigné me donner 
' les^ssurançesles plus fortes des bienfaits dont 
vous^méditie^de me combler. Mon fils vient 
de mourir. Mon frèresera l'objet de votfe gé- 
nérosité sans doute ; cela est yaitfi ^ et ^e ne 
«ais qu'approuver d'avance tout ce que vous 
ordonnerez j je vous supplie, je vous presse 
œêntiç ardemment de recouvrer à ce prix ^ 
;5'il^ést possible, voUe liberté. Ce n'est pas 
le moindre motif qu'on ait eii.d'y attenter: 
on espérait vous subjuguer enjvous lassant } 
et je n'oublierai jamaisquel futvotreinflexible 
courage , votre inaltérable tendresse. Mais 
vaua ne fei*eas pas un tort bien considérable 
à YoUe héritier , quel qu'il soit ^ en donnait 
À ;ma pauvre fille une très-petite partie de 
ce que vos bontés me destinaient. Daignez 
la ^ucUre à l'abri des orages ^ ô ma ckère 

maman 1 



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^ 1> E M I il B » A W» ' ^ ; 36x 

maman ! C^est > je le répète, c'est' votre iàng 
qui coule dans ses veines ; et si Nielle a mon 
cpeur^ si elle a celui de Sophie^ elle méritera* 
que vous ne la méconnaissiez pas au fond da * ' 

Jflespère, ô ma tendre. et généreuse mère t 
qtae wus ne vous ^tonnerez pas que pimplore * 
vos secours pour une autr^mioi-même^ lors- 
que vous gémissez encore^eut-èi*e sous ro- 
dieuse tyrannie >qui^ api'ès vingt ans de sup* ^ 
plices continuels^ non contente.de vous priver 
de votre fortune ^ vous a ôté votre liberté 
-Mais hélas ) je ne puis rien , pas, même m^in*^ 
former de vos nouvelles. Les circonstances me 
pressent et m*eflPrayent j et je profite d'une 
occasion oii je vois M« le Noir, à qui je 
dois infiniment plus que je ne saurais vous 

djff? y pour obtenir . la permission de vous 
adresser ma très-humble prière , que vous ne 
^dédaignerez pas* Ah ! je ne saurais me per- 
suader que le jour de la justice ne luise enfin; 
lors même que je n'espérerai plus rien pour 
moi 9 je me flatterai encore que vous ne seres 
pas toujoursopprimée. Daignez vous rappeler 
alors mes derniers vœux; et recherchez l'en- 
fant de. Sophie ^ 4oiit M. le Noir voudra 
bien vous faire . donner les renseignemens. 
Je ne vous parle pas de sa mère. Ah ! corn* 
bien il lui sôrait doux de vous*, rendre tous 
les devoirs dont je n'ai pu m'acquitter en« 
vers vous 9 et le^ sains qu'elle sait si bien quo^ 
Tome II. Q 



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Il f 



3^ LET95ni5« o4iY<ïf'*r !kï.t:8 

tMbdw xcHisolktrice, quelle fille re^pec*' 
toense et^plus obélssaute aui:ezrVOUsiamaLs?i.. ' 
Tout ce cfuè VQUfi dictera ^voiré« bonté ^ ina 
chère Maman,* surpassera sans doute inon , 
cspoîi . Je livre donc à voire âer^sibilité mes 
inid^i^U lépplusoii^i^yet }t vivrai ou mouimiî 
en bénissaiit la mâin qui daignera soutenir' 
r^&nt que éontia «^lle que non 0icBui> 
a- choisie. Recevez les .tendrj^s. assuraocesi de-" 
mou attacheqxent imi}ipru4et^e mon profoa4 

, . ' • - ^ ' M I R B jg: A U .fils. 

« 

. Il me èerait bien doux d'apprendre, au' 
moins cet^e Ipis, dp vo§ nouvelles par vous-- 
inéine» 



♦ * 



A M. h O 1 R. 

' a8 novembre 1778, 

E vous dois chaque )our de notUveauxTemer-» 
clmens^ Monsieur ; et la faveur d'une prolon-^ 
galion de promenade est une grâce bien réelle 
dans ma situation^ qui certaUiemefit en «era 
adoucie. Cependant elle est telle, que le dé^ 
labremeûtdenaasanté, qui croît chaque jour, 
exige des soins que le porte^lefs , qui ne'peut 
pas être continuelleipeut avec moi , et servir 
les autres , ne ^aurait me rendret 3e demanda 



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B s tl 1 R A B K A V« ' ' 365 

.lîbnc; tiûnpas comme unegrace j mais coni^ie 
une cho^e qui m'est duc en tous sens, un do- 
mestique; et je vous supplie. Monsieur , Je 
faire dire à mon père , qu'en vain cliicaneraic«- 
il , marrhunderait-il , reculerail-ii , il fwiut , 
ou qu'il dise précisément que je suis indigne 
de tout soin ( et c'e:>t alors à vous 9 protecteur ' 
naturel des prisonniers cl'euu comme commis- • 
satre du roi et conseiller d'état, chargé de letr 
inspection^ c'est k vous, dis-je,que j'en ap- 
pelle) ou qu'il me paye un domestique ; je 
dis qu'il me. foye; car je n'en v^ux point de 
sa uiam. 

« * 

' Cela posé, Monsieur , comme fai à peiî^ 
près tout dit sur Taffair^ de ma détention , 
et que mou intention n'est pas d'en parler 
^Avantage, il me prend un remords ; c'est 
de n'avoir pas exposé dans tout leur jour les 
raisons lumineuses de mon père : or , comme 
il faut entendre lé pour et lé ébntre, j'espère 
que vous voudrez bien lire cette courte dia-' 
trîbe, qùî ne Isrisse pas que d'être cuilcuse, 
et où j'ai réuni , avec toute la sincérité dont 
je suis capable, ce que je sais de plus fort' 
en faveur des procédés de ice' fendré père ; 
c'est mon dernier mot sur ce sujet. V 
Tout ce que j'ai lu , entendu y appris et 
deviné des défenses^ de inon pèrê , péut se ré« 
sun^^er à ceci. «• Ma femme est une malheu^ 
« reuse'; mon fils un scélérat ; mes euaeuus 
« sont dev QÛQmïà9Xéixri)je'dédaigne àe leur 

Q ij 



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364 LETT R O Sl-e 1 mjLX ES 

« répandre , parce qu'il nuest permis de te^^ 
« mépriser (cette, phrase ejst de lui mpt pour, 
mot). Qu'on croieque si l'ami des hommes 
n sévit contre sa famille , il en a de trop } ustes^^ 
•< raisons*. Je suis le plus malheureux dea 
«•'pères 5 et le plus infortuné des époux. 
(Autre phrase de lui, mot pour. mot. } 
ckaeune de ces assertions, 11 ne manque cfue. 
la preuve puisée dans les faits ^ et je vais la 

suppléer* ' 

Ma Jhmpie est une malheureuse ; car je» . 
lui ai donné t,rois fois la V**. J'ai dissipé le 
quart de son bien : je Tai tenue dix-sept ans ^ 
exilée: j'ai plaidé avec ellç contre ma signa- 
ture, et je Fai fait renfermer le jour où j'at 
gagué mon procès* Cette épouse m'a donné 
onze enfans et cinquante mille livres dei eute j 
elle a cinquaiite-quatre ans, ëst mariée 4^uir 
trente-cinq , m'aadoré pendant dix , a patienté . 
pendant trente , a suppojrté toutes mes mai-; 
tresses , s*est engagée pour mm , m'a tiré idu 
donjon de Vincennes , et ne s'est gnfin. élevée 
contre moi , que pour se faire pajrer>xle «a^ 
pension aliu^entairç. Donc ma femme estunÇi 
malheureuse j Çf^LA EST DJ^M^NXIlÉ. 

' Mon j^lsestun fcé/éral; jçiBT Ïoxi^ mc^ hl^^ 
lui sont substitués, et cela nàe gên^tJ^uoi* 
que j'en aie vQnd^ t^e bonne partie; mais; 
aujourd'hui que ces n^audites , substitutions . ^ 
spnt ;publi.ée^ ,. je^ ne saur^ûs me , ruiner à 
mfantaisie, et cela est ridicwle, ^^MP- 



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/ 



' D £ M I a A B £ A V. 365 

est un scélérat, car il aime tendrement sa 
mère et méprise ma maîtresse ; cependant il 
a refusé à cette mère qu'il chérit , de prendre 
parti pour elle j voulant if ster neutre entre 
les ^auteurs de ses jours :' tir , c'est me infeN 
Tiale hypocrisie. Mon fiU est un scélérat ^ car 
il s'est battu pour sa sœur, ses amis et sa maî- 
tresse : or j il n*y a que lés scélérats gui se 
battent pour leur sœur ^ leurs amis^ et leurs 
maltresses. Il a fait des dettes : or, ce h^est 
que quand on est père de famille, déposi-- 
taire de biens substitués ^ et âgé de 60 ans^ 
qu'il est peitnis de faire des dettes* Jl à fait 
^'assez mauvais ouvrages; (un entr 'autres, 
• -À 19 ans, que les députés de Corse m'ont 
pressé de faire imprimer , ce que ^ |e n'ai 
pas voulu ^ ayant eu même grand soin de 
lui dérober le manuscrit) mais ces ouvragés 
h^étaient pas encore assez mauvais , et il y 
a-rune méchanceté diabolique k prétendre 
montrer des talens au moment où je teom- 
'mencë^ àfadot^« Mon filsest sans générosité^ 
car il a tout pardonné à ses plus cruels en* 
hemis , ét leur À même rendu les services les 
plus signalés ; èàns foi , cai^^il a été tranféré 
deu3^ fois aux deui extrémités du royaume 
sïns eitxslrte et sur sa parole : il est revenu 
de même de Hollande v et a perdu sa liberté 
et la plus grande partiè de sa fortune, pour 
tinc ariiié^ui eét tktie yranche co(fuêite ^ càr 
^le n'a jamais eu qu'un amant , et a tout 

Qiii 

-* . 

» 



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.366 LETTRES ORIGINALES 

sacrifié pbur cet amant. Mon fiU est Phomnic 
du .moAiie le plu« violent^ car il lutte de- 
jpuis sou enfaïKC contre le malheur , avec ua 
courage qui m^irrîte : il-^est aussi le plus tn- 
gràtide» hojiunea ^ car je le soupçonne de 
lie ui'almer , moi qjui lui ai fait tant de 
bien : enfiA il n'est ps^ économiste ; \\ doute 
deTiliiaillibilité de la SC;^ENC£DU MAITR£> 
liu coîi Fiicius DE l'Europe, etc. etc. Donc 
il e$t un pçéUmu\Czi.x .:^$T plus ^ujenoÉ* 

MONTRÉ. J " ' . ' . ' " ' J 

Il ni est jper^nis âo mépriser mes ennemis s r 
et de ne pas leur rép0ùdr& ; car )'ai fait des 
livri^s, et tout homme qui a fait des liyrei 
est infaillible, pourvu qu'il ^o\t économisiez. 

: Je suis Vami.^djes 1i^nmx€s;;Q^T ') ^ï Inti- 
tulé ainsi mon premier ouvrage, et je n'?»' 
^jamais tourmeaté^.quç ma., JamiUe,, Encore 
lien médiocrement, car jç n'ai obtenu qu'à 
peuprè^ cînqiMirtteléttresde cachet cmî contre 
ma. femme ^ ou contre ui^/de ipes fr^àres, ou 
cpntre me^ en fans , ou qpntçp mes pa^ejns. Il 
est vrai que fe ^Vi jamais ^i? dfe ©lace qui 
m'ait aii^ à m^pijB d'en tourmenter d'autres; 
mais ce n'est pas faute de l'avoir, désiré^ Ah! 
si me^ vçeux eussejit été ex^iucés ^ comme j'aur 
Tc-iis pr9|)agé la science h cgups de lel trea dfe 
cachet l çonime j'^utaii exterminé |es «cri* 
iégês douteurs 1 • ♦ . Mais, iiçjas î ^nje^ ^^prcuy^ 
de 18 uiois^n'a. pas r^ac\^ le gQuyre\riCiuerif 



L'iyilizûO by GoOgle 



1^ s ^ir Ml À « « A V* • ♦ 367 

'*eottôïtffef'e;IÏ a reavoyé ce pliîloiôphe ^ùrg** 
mon féal disciple 5 qui , après cinqousi^cenfd 

famines, et autant d'tmeutes, aurait jamené 
hlge d'or; cte^léndre'ét splHtùel AlW&rt^ 
économiste décidé ^ que regrettent. si sidcèrè- 
aiicnt les filoiiYril a replacé ce liionsieur le 
'N**.'q^i bétsaife que téiiir tpïrt erir psAx; et 
n'a pas rcspiî t de rien bouleverserVni de con- 
cevoir Futilité^ des famines et des euièutes. 
3ref, J'en suis^ et probablement j'en serai 
pour les 16 'ôii 18 volun^es in-quarto de mes 
oeuvres^ dont ^eux pu. trois sont à peine ît- 
sibles. Toujours ést - il qu'un liomme qui a . 
fait, dix-huit yol urnes in - quarto ne saurait 

Avoir tort. Il me s£M.bi.£ que cela 

Je ^uis le plus méM%euxeËM' des ftère» et le 
mfoHhia<^ des yépovœ-^^ Har i;îest ma 
.fei\iuic et ijuon fils que i/ai fait enfermer, 
:q\\\ i5p'2it iheureta^ jCfiUA 4«!£Sa>iL pas Dâ- 

J'qse espérer que cepctiî condiment aire rte 
.laisse pas,, que de jeter un grand jour sur 
Ie3 nobles dc&n^^ ^le u\9a ^èifi^ 4pr^^ cette 
^apqlog^^ ^ j^ Ivi d^çyai^ j^^pur Paeqiiit ^dc 
.jfadir c^^iencecy je passe pondlamnatLon'.^ 
.cçtmmç vous sputez ^bie^ i;JMQasieur^,et je 
me borne à deniander ipst^n(iment un do- 
lîxesllciv^^ 101^ jS^CÉfcJ^iCAT qMC je 8ui^.i>i 
VhpixxmQ que^ vf^us .dgi^^Pe^'^îj ^^^^ faî^'^. floïV"- 
;m SSH:«l^,S?i^^e..quelq?^ 
' . * ^ ' ' Q iv 



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X£T?R£^ 0;^I6'I|r Al.ES 

AecQU^^ Ç^F sui^ lrè^,-» précisément av^ 
trois quarts aveugle ^ etplus chil^tie jour qœ 
la veillep . . 

. J*ai Phonueur d'être^.ayçp.tpus Je^s senti- 
mei^s ' de recoqnaissance ^ i^'V'ttacli^ent 
^jàe respject.qt^ je vom dofs à tant; dq tores.^ 
3VlQn$ieurj votre ti;çs-b>imbie et très-obéis- 
sant sefjriteiir 9 > i . î 



A s 6 P HIE. 

' * " ' z décembre 

kJ toi 9 qui partages toutes mes peines et 
i^ia £s tous mes plaiétTs l toi q^ui sens plus 
> mes maux, que .totti^ ceux que )e >t'ai causés ^ 

.ô SopliIe, généreuse et tendre amante! que 

-^atlettre esti'briîlaiite <â'ank>ur 1 na^is' aussi 
que ton cœur est inondé de tristesse ! C'est 
xna faute, ô Sophie adorée ! J*âi laissé couler 
tiop imprudemmënt de wk pktme dès traits 
eiapreints de-Tlianieur et de l'inquiétude 
que donnent la captivité* Peut-être dans un 

. moment dé iioùffira^nce Tai-fe. exagérée ;iààfs 
tu te grossis 4)eaucoup les objets ^ sur-tout . 
dans leurs suites. Ma sdnté est fort altérée , 

Je PaVoue ; mais fe suis très-lom de menacer 
rtiine ; et il est probable qiie U liberté eflFa^ 

'ovait jusqu'à la tr^é de anès ixiaaz;^ Mës 

■ • 



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yeux ^ il est Vi^ai y sont sérieusement atteqxiés , 

et je ne .crois: pas recouvrer jamais ce sens 
précieux tel i que je l'ai possédé f mat^'ihori 
il'iisi, j'aurais toute sorte de moyens de lemé*^ 
iiagen Je dicterais ^ je me ferais Jire , je tran 
vailieiraîs moins ^ mats, eiifiii^i^ ieitrniémev je 
suiàiloin d'tfti^ «Feugle^ En tui iE)iot,»ton Q^-* 
brieliest souflPrMit: hélas! çoinmeril pouxmlt' 
ihnepas)lîétDe$4«4n 46toiri?ii6aifly il n'est poioiEt 
-dans tme situation'^désès^éréeau physique ni 
«au ît]fovtfl^«l^: te-'dirai: méme^ et c'est dans 
4oiite*la'aini>érîttf>de£ monocoeua y^que ^ quoir* 
^ue maladp 'én'Ce^^hjonieiit, et pr4ft à prei^ 
-dire «in ToâiUif v moh^ame e?t plus* > sereine 
.qu'éile ne étéidej^^^dii^hiiit^ mois. J/ai 
r.vu'^iiotre incomparable hienfaiteur: il ne se 
lasse point de ifiure'jdu'.hirâ^'il «enitidesice' 
,plus qu'il n'en peut iaire.^iet icependant il 
iTO^en fait> cfaaquke .fotfn . Il ?sait em^bellir «es 
.bienfaits de toutes les gMces q^ÀSk sensi^ 
bilité séialetap^rend ii >C€mnaîtTe:et à psod^ 
guer/ U'.mW «parlé cberpait fillei aveplintéi?êt ; 
il lui a x^ndu un service .pè^t*^tre bien ime* 
portant. Je ne m'explique pas-, ignorant si je 



1 









lira eçtte lettre avant qu'elle te pa^e ^ e^À 
qui^ en \énté , nous devons beaucoup aussi, 
desnppléer ii mon sileAèe-ysHMe peur/ Enficl^ 
*-ye crois apercevoir quelques clartés très- 
. éloignées, fort incertaines ( cependant je les 

«Tois ) qui percmt les, ténèbres dont mon soi^l 



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.3)1^ LETTOHES QSlI GIN ALÏTST* 

.et moû existence sont env€lopp^«. Sàna^v>tt- 
voir fu>ti:er clans plus Àt détaiU^ ]^ X^^^^i ; 
du môin» ^ quiî tir peux t omptèr.que nou e 
adorable protecteur ( il n'est point de titre 
qui coûte à la reeomiaîsJMmce ) ne nous aban- 
doâtticwii pwi ^^t .ptibsion^-ooys vlrre assez 
poiir lui exprimer, Im-prowern^teet^iiA^^ 
«otrB il» Aorteile^ratitude^sMis qu'on inÙ3iie 

'l»«oupçoaiieï*vdîifaaâl Inté^èti^iiiî - de la plus • 
Jfcgère exagéralkrbc^*iu»nréHl0i^ é oui jfeo- 
^le l je le v^uiEv»»s&ure<al :>calôie-tQi^i ô 
4:éppuse de, mmi lOceu» h bous ne^ boirbus^piis 
-j»qu à iiuiie ie, iQÈalbee,deol/iaéc>ftuûe..iIl 
tiri' tntf)«jplie qae^aQûKsSilâches et barbares eo- 
aiëttûs , ique Tj%^i: taivt de dtoit dSe-wéptiserH 
-n'fiflat pas remjp*rl< «tine'ire^ p^s 
sur cftoi: celui dem'awlii%à.nîes piopi es y^u^. 
Quand rentî OTtèB Ssoi^ême ^ aB>troure 
4^honiîeAK: stlr«ageaxït ;«r)lç& eiareurs et sur 
4e& -fautes^ on R'e^Jt pas «ans consolalion et 
-«ans foa-ce:i«tt'8srwe«BOλ«*)^ dW meil- 
Jetoi^;sert yvet j^se te pressexxtir. J rie mou r- 
rm pas daai îes fqrs , 6 ma Sophie^Gabriel ! 
j^y? «era« niort-'libre par 'les ^«eiftiraens. de 
«Sfon.Cfteuc *et i'ijaaUérablef (K)usUnçe de ma 
>Svokiité.;;*toiais vivrai pouv toi , et près de 
^<oti]|fîêti qsfea«îd^iH>M encore le 

^ô^turj|)^uaftd ton coeur awiA s^nti palpiter 
^nioxk (iceur , cpiand -H nous faudra tomber 
. comme lateuilje d'automne j nous mériterons 
,les^ regrets ûç$ howiij^^ .cpjLK§çeux et les 



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^ • B M • M I il *.« E A W *■ • 371 

]^ïëui's* (àès homtVÎeà slinMblëâ y et quelque 
amant, ^'sachant quels furent notre âmour et 
^itré^fi^c^li té, Couvrira d'è ftmirs riotre tombr , 

4t y écrirai UN MÊME AMOUR , UK^: 
^MÊMÉ CENDRE. - ' - . 
^ Otoit ifiti connais si bien mdn cmnr et 
^hyi^ibilomie de mon style , tu sens par ce 
'jiéu He nibts que jé suis soulagé ; cepCiKiinit 
'j 'aî4^eçu tine cru elle «edoUsse ^ et je nfe dois 
pas te lâ cacher \ mais sou eiFet a été amorti ^ 
et si tu verses encore une larme , que l'amour 
là 8>èché aussitôt. Mdn fils, ce fils dont tu 
xné parles une page entière avec tant de ten- 
'drésse et de boritë, ce fils est mort.' Je ne 
tiens plu5 à la vîe'qifo par toi, et cette autre 
'toi-même qui vient de naître. . . . Eh bien, 
'Soplîie , ' bette îdéé'tnériie a de la douceur ! 
Conserve-^inoi ma iille ; qu'elle ne soit pas 
punie de m'êire si chère.. Conserve-la moi ; 
qiiê le peu qiir me resté de mon bonheur , ne 
sdit pas empoisonné. Cet enfant a bien des 
orages à essuyefi II est né dans la douleur j 
teàiâj'il à été conçu aù sein de la félicité* 
Hélas ! mon fils avait rcsistc aux premiers . 
'a^cidens de Penfance ; il promettait la-yîe 
la plus longue , et peut-être la plus fortunée ) 
car son père eût été bonet tendre. Ah ! oui, 
•il 'PMirt été , et il eult montré pour lé défendre - 
'dé'ceiix qui ne le sont pas, une force, une 
audace et des ressources, qu'il 11e dévelop- 
pera jamais pour lui-infmet II n^est plus, cet 



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Zj% JL £ T: T E ^ s P Jl I & I N A L £ s 

enfant que je n'tti pasembrassédepuis le be^* 
ceau ; i^aîs qui ^ tu le sa.is^ £Ut toujours pil^* 
sefltàmp^cœur^.même au aiijlUu des délire» 
les plus passionnés de Tamour, Moi ausfî^ 
)e pouvais dire ; O mon fiU ! qife les jours 
coûtent cher à ton pi re ! Il n'est plus , çt tout 
ce que f ai appris de lui , c'ejitjsa mo^ JDf 
a deux mois cependautgue,M«^leNQir iiip pro- 
cura ^ par une voie étraïigère , de se^ npuy.el- 
les. Elles étaient satisfaisantes et douces. Ce 
rayon de joie ne pénétrai^ dans mon.a^ie que 
pour la rendre plus aç^cessible au^coup qi^ 
m'était destiné. Ah \ §opl^^ il apénétxjé biejr 
\avaDt9 je Tavoue , etJ'ai.^rouvé qu'on avat^t 
toujours trop de ^rce pour souflprir. 5 
que toi seule peut-être comprendras^ lax^ 
flexion , loin d'augmenter le sentiment, de 
. tette perte ^ le diminue» Ob I s'il nç ni'eii 
coûtait que les deuxjtiers de nia fortune pour 
être tout-à^fait étranger à certains étï;e4^ 
que )e me croirais heureux ! cent^nrillelimpes 
de rente ne me coûteraient pas un soupLp^ 
pas un regret. . • . . Eh l que ne-puîs-je/iu prix 
de ce qui me reste r'ayoir mon fils! Sophie^ 
Je ne sais ce qui peut arriver à la. suite de 
tout ceci ; mais je crois que, quelque piège 
qu'on te. tende ^ tu n'y tomberas pas^ Pense 
jusqu'à ton dernier soupir 9 uma bien-aimée,! 
que Gabriel nei manquera ni à toi , ni à lui* 
même 9 et que si par impossible iX. était xcduit 
ce qu'on dit de loi : > ^ 



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s 

\a Vaueiae ia pacc; aima bcaUi pbellaf • , 
, /f^ Vatièue in pace a la supema sodo * 7 . • . 
£ iaK*ia agi' alth esempio di t^iaicUe* 
courageuse qui, dans le pririUmps de 
^sjàurs ; préfirékeià à '4a mie la f^i ^iue vôue 
Rimiez jmée^ AmeeemUfif^ ^ei f^re \^ allez en 
-pàiv dans le- séjour de l^éitriiel n pos , ei laie*' 
^ez^MHis ifeùpemple de votte^fidéUêé ; n ^ di«- 
je ^ tel était le sort de Aabriei^ il s'en trou- 
ireraît heureux^ et honoté. , ' 
ï: Madame de R . . • peut coiif iniier ^eiilâehes 
insolences ^ elle est feinine.» Qufell^^achb 
cependant que 'celle qu'elle osé însrulter^, 
aussi supéi^ieureà elle pàrl^âiitiequ^ëllePe^e 
par son existence^ ne sera pas impunémetit 
0tttragée fônt que fe vivrai. Je t^aî tôitfowi» 
conseillé patténee et modéi^ation ^ silence 6|ir 
mon compte, etc. et c*est aujcîùrd'bui plus 
le) eâs tftie fainaiè. Je né suis ni rcKiantiénf^ 
ni querelleur ) ni' vindicatif , et les R/v • 
doivent le savoir , et en convenir au moins 
âu fdttd de leii>r conicience. Mais^i lei'tlaits 
de mon indignation tombaient jamais y ^'ee 
serait de toute ma hauteur, et ils seraient 
- perçàn» ; eiir |e<.suis fort élévé aU-^ déisM 
d'euicv Je pardonné tout ce qui m'est per- 
sonnel: j'ai^Wclonné, tu le sais, des attentats 
4ur ma viér je pardonne à famais des calonl- 
nies abominables et des procédés infâmes 



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mais quiconque oftéra ÎQSûkepi^ti^k mère' ^ 
m'aura pour mor^ ënoieiui i^cpjt^ùa se le 
tienne pour clit^ si Ton est §age# Je ne pi ends 
pas souvent ee tcm^là ; et q«an<l jelé prends 
on peut craire que je «seos plus^^ue je^u'ex- 
priïoe, et que je lais pl.iis (jue je ne dis. Quant 
à 43telui ^Mt Us ose^ 4^1^9tçvk^f huhoaié^ 
tu dois septir^ pomme je le lui'éciuvaisuiirjour^ 
qu'un^ homme i^upéfieûrV^iâ «ssSt-apprécief 
le3> cl^ose&< et^ l^- mois, , .*qat>,^pi^m^ av£c cmt*» , 
rage, et Vitselon^^à pi incipes^qrii ûc compté 
point les préjugés.iîe son. ét^t au rang de -ses 
.^ânAb»^^ et f np saqrilie poÎQtrViiuiiianité i 
r usage ; qu'un \el homme , dis- je , ii unchit 
Htti . cii9^ ioHvmiîllî^iF^s^ '^fiM s'âpercèvoir si 
ces jp3QCtes lui ,piguent le.Ttalcm i;et de plu^:^ 
qu'il ne fait rifup qu'il n'en ait prévu les cou- 
^q3S^nç& et les incoavéniens» Appaiejamieût 
qu'ii moii^i fî'^tçe dévoii,.Qû; jpife voit pas de 
sa'çg-froid que par ûne rigueur , qui au ihnfd. 

pa^^de^l» .moindre yi^lè^t^^um ^isq«^ 
jde, p.ousgef 4:C3^uelque"açUqudepi[i3p^'^,^Ux 
•pei:^n4ies.doiit tout le crin:^ est dei^'iûmer 
JtQBj^re^^f^t t c'^st du moin^i Le seul.que pui$- 
sei\t-tjl^ipuler les plus foi ceaés fanatiques. 
:l}%i:auront beau déclamer ctvm^es ^çaU^ 5 
ils ui^trQ^veiront.pmat d'uui$f^f 9pr9QheS)^ te \ 
-faire :que : celui det,m{? cji^rir: ; et; toute ta 
rfeonduite, sousq\a/[}}que poj^f; f^ v-ue qu^'on )a 
pv^sente , a se§ mqliis daiifir t^n attachpiuent 
•pour Uû fic^/^w/.IL^st bien piiouvé ,què I^Oii 



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în'appeîle alnsi^; maU non pas fout-à-falt 
^Usiln oieit que fé le'sdiè. Quànd M. le Noir 
'«n eût eu le soupçon ^ c« que je ne crois pa^^ 
toujours evit-il été cjue uia scélératesse ne 

pouirmt pas être coDiagleuse pour tôt lorsque 
;des 'mms si épais nous sép^araient ^ et que tt s. 
-©pînîons^ tes résolutiotis , ta passion étaA 
^ou^tin^ la même ^ bn courait risque ile^ le 
Caire p(^rir de douleur, tout comme si f tusse 
Tât^'iiPi hf>nnêié hàmfà^ ; au lieu que^ laissant 
circuler des lettres qui ne changeaient rien à 
Èotre mutuelle détention, peut-être le tcms 
tef de$8flkra->t«4lles yeu^ , et felaidsetaaper-» 
cevoir toute cette 5c^t^/'û/<?5.s^ dont on t'of- 
•frira sans doute ks nirmes preuves qu'à ceuk 
qu'on en veut éonvaiiiere/' Or , il n*en est pas 
«H ce genre comme en fait de goûts. Tu peui 
me trouver aimable , et d'autres femmet p^ri- 
ser que tu vte tromper : c^esç un jugemeirt 
'assez-arbitraire ^ mais tu ne peux pas trouver 
qti\ui crime éiSit une bonne iaction. I) n^y a 
.«pas deux morales pour ce qui constitue l'hon- 
Héte hoiiime ou le sce/érat : il ne s'agit donc 
*que de constater lea fkit« ; et s'ils ne rétissis^ 
sent pas aussi bien auprès dé toi qu'auprès 
de:tout autre f ne serait-ce point que tu serais 
' mieux informife ^on qa'to n'oserait pas travail* 
cer les iiïdmes men^ionges ? Qu'aurait-on ré- 
XK>ndu II ce raisonnemènt ? que la cotTes1^on<* 
/dance que nous demandions entretiendrait 
-ta préyentioii ^ et tc fermerait Jl'oreilie à tout 



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çç. q^'m pqurrak tQi4ife;CR?^r^ âl0i ?.A« 
coutii^ire^ il ijÇ** bif3:^;.pluft. natur^çl.que ,jtM 
n'iécoute ppint ce qu^iiii dira ooDtT4^ iia hômsif 
quQa attaque p^r ,dei;rière et qui uç peut se 
défendre i car géïi^roslté et Téquite font 
^stîtpt pencker la bala^oce ^nla^^Êiifeiir^ 
l^jstis quand iJ peut se, déi^adre^ pn^dpit «O^Lif^ 
frirfqu'il sait libre de Tattaquer- Le yraî e«t 
qu'Us sayen^ bien que tu as ét^4e t^oili; 
i^es^ftire de tout ce qu'on peut te dire ^ et 
qu'^ moyen décela ^ ils ne peuvent espérar 
4e ^ travestir ce que tu us vu« hii^- 

tems qu'ils cpiuisriepaeat eu,j:ugi5$4ut» Q^B 
TU AS ^ RÉpoNi^E TOUT:.- Par un coup 
d^étoiie^ , qui ^^eui^ç ; eompensi^ . bi^en des malir' 
heurs ^ jL/est trouvé qUe. Qeluî duquel nous 
ressortUsons était ^tin moi^^tel bienfaisant qui 
ne pensait .pas coi^me cette pieuse mère , 
laquelle aurait mieux aimé ^^isait - elle , 
pleurer ta mon que iùn amour^ Cet* amoiu* 
existe. ^Les éclats qu'il a pu^produire sont 
faits. Vgulait-on ou ne voulait-on pas que tu 
mourusses de douleur ou de désespoir plur 
tôt que d'écrire a un homme q^e ton silence 

•m 

n'eût pas empêché d'être ^ au vu de toute 
rjËuropa> ton amant? Ywlà à qiiuiserédui** 
-sait la question, et' il •me semble. que les 
-simples notions du bon sens uet de l'bttmaf» 
ni té dictaient une réponse favorable à nos 
^desirs, * Je sais bien qu'il fallait un homme 
courageux pour les exaucer , parce' ^tac, fset 



Stic H4AAS£Air« < 377 

homwie n'est seul maître j mais cet 

homme trouvé , les vils croassement de ces- 
reptiles qui w s'élancent hors de 'la fange 
içae pour y retomber et s'y enfoincer davanr 
* 'ûge , ne l'effrayeront pas. Pcmr.ce qui est de 
.-là'kaine de la marquise de M» . » pour Sok 
jgUîe ^ je sàis à quoi m'en, tenir* Quant â 
Utéler de ce qui ne îa^ regarde pas , j'avoue 
que le reproche me parait nouveau; et j'aur 
i:,ais cru que qui me touche de si près^ la 
iffegardait un-peu. Mais laissons là les B * • 
*4t leurs folies ) et leurs injures y et leurs bas- 
^ sesses \ et parlons de ma fille ^ de mon unique 
«enfant , dans les veines de laquelle il a'y 
.j'espère , aucune goutte de leur sang. Je te 
,conjure de m'en donner des nouvelles le plu# 
tôt que tu^ pourras* Je suis ixiquiet jde la 
. eSavoir grasse , et j'attends avec la plus ex- 
trême impatiente d'apprendre qiie ses dents 
ont percé* Son^embonpoint est ^e trop jusque- 
là.; caria dentition est^ en général , plus dif- 
ficile chez^les ehfansgras, et il faut compter 
sur les convulsions : je te 1? .dis pour que tu 
ne t'en effraies pas trop. Outre la précaution ^ 
que je^t'ai în^quée^ de'faite' une incision à 
gencive> si l'enflure devenait trop forte et 
leiB efforts violens^ il faut ^ si les convulsions 
sont opiniâtre^,, les combattre avec la poudre 
4c gultette, les yeux d'écrey|sses , générale- 
' ment tous les absorbans ; mais sur-tOut l'es- 
prit de cofae^K;erf>qii«âydenbam etBo^f* 



♦ 



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'3^ LETT&XS OllIGJKAI.ES 

lions nettement^ ma tendre Amiej lorsc^ue je 
tfai hatàrdé le mot d^iooculatkiii , tu m'as, 
dit) Nous apom <fit tem$, et je A'ai.pas osé 
^nsistcr. Sais -tu pourquoi ? C^est que lant de 
mail!K menacent >l*enfanc6 tant de i>oi^ 
Vulâions 9 tant de coliques , tant d'accidcus 
dépendans de îa dentition qui peuvent sur- 
venir pendant Tinoculation^ etla rendre fa** 
tale^ lui seraient sans doute imputés ; et je 
mourrais de douleur, si tu poâh^is , febedh 
pas me, repêcher , je dis attribuer dans'^ 
plus secwt-de ta pensée, à mon étourderîê', 
J'a pel*t^ de taiiUe \ car je pense que dès Tàge 
d'un mois les en fans doivent être inoculé^. 
Cependant , puisque nous n'avons pas saisi 
ce mom'ept , le plus favorable4e tous, atten* 
dans que la denti(ion soit passée. Je te crois 
très-convaincue de la nécessité de j-inomila- 
tlon; mais si tu as le moindre doute , dis^le* 
moi ; je^Xe promets de le lever , et ^i tu veux ^ 
je te ferai une jietîfe dissertatîontfui contien- 
dra les preuves incontestabies^e Futilité de 
cette. méthode, les réponses^ aux objections, 
et les- printûpales cliosesà obmVer dans le 
traitement. ' ► • -^-^ i'< ^ - 1 

Quant à la beauté de GabHel-SopliIe (qui 
ttie ressemble! dctoce^e testebetfe^ ear il n'y 
a rien de si-beau que moi , et madame JBÀiisa- 
Befb m*a demandé un joui si j'avais été îno-^ 

cnîé-} , j W sei^^l toUjoiurs- plis ^itfe conteât 
quand elle se portera bien. 



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.s E ^ lis jl B K JL ' 379 

Point de cçs {^braftes. légères , Sophie, ^ii 
fait de science ^ comparer ropix)icm et Tauto* 
iité de M. de Bufibn à la nilenne , c'é3t com- 
parer l'aigle au moineau. M. de Buffoti^st 
;le plus grand homme, de. sou siècle et de 
bien d'autres c.eVst le seul que les Anglais 
nous . envient ^ et ila si^y' comiàidsent. U s esï 
fravé vers la gloire de^ routes nouvelles et 
sdm nombre , tout^-à^^fait inconnues aux an« 
ciens et ajuxr. modernes» Je Fétodie chaque 
jour ^ je radmiie^ je le révère^: ne j^arlons 
.jlamaift dit. génie cju'avçe.ietespeet cfue nom 
luidevons»«Quénaud est uu homme d^'uu grand 
ïn^rite. Le^not de son fils fait horreur. Plus 
jeune que itii^ un enf^mt Athénien fut con-» 
damné à ^mort par l'aréopage ppui; une 
4cti0n qui n'étâit pas^ à beaucoup près ^ si 

«odîteoae que la^frfucdse du petit Motitbeillard; 

rx, Le Ménage .dont tu me parles , est-il: celui 

,quU Vante toujours ^on honneur et SA MAii- 

SOK ? Car les coquins parient tou joitrs de leur 

probité ^ et les secrétaires du roi de leur no- 

klè»i^» Il n'y a jque le- fils que je' ne tecon* 

)>aa*à tpn sij^Iement ^ car au im^ins se 

iseraltriLréservié ide voir, des filles. - 
* 

'/^et éumplaire^-dé iire)$ méiii6iref e«it un^e' 
"Ridicule bêtise.^ Jùh ! ne ^is^tu donc pas que 
la moitié n'est pas de moi ? que le resle a 
été impcimémanobi insà , smt eerrection ? et 

que ce» ji'étaict*que des lettres écrites oA cpu* 
raut ? Qui diable l'a aCublwc de,oes informe» ^ 

» • 



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■ • 

liunbeaaz ? Non^, sur làon liQnneur , je n'en 
veux pas. Je ne croU'pas avoîr rien fait de si 
béte en ma vie^ 

Je Taudi^ak que tti tue susses ^ si /e légi^ 
4at€ur des rois ^^iskt quelque ouvrage depuis 
son supplément à la Théorie de Plropêt , 
lequel supplément est un fort bon soporifir 
que ; inais il faut que chaque année ce fé- 
cond mortèl ponde un volume in«^4^. , que lit 
qui peut. Ses œuvres en forment 18 ; et ye ne 
CT016 pas que le pl US infatigable déchiffireur 
de gaulois 9 de>teke^ de goth , visigoth , och 
trogpth et des. idiomes les plus barbares^^ en 
puisse lire plus de 3. Je t'avoue qu'il pourrait 
bim sortir qudLque jouk* du Bonjon de une 
irude^ diatribe, contre l'économisme» ^ 

Je parlai très-chaudemetit de ce dép£rt de 
papiers à .celui qui' me rappela d^une nia^ 
nière si adroite et si aimable la ^tra^i^ç/zon 
Tâmlle. vois que je i^ati^as semé: dans 
ime terre inféconde, jl «est de& gens qui par 
état ne peuvent parler ; mais quand ces gens* 
là ont une ame , leur 'silence est éxpressif*^ 
f t leurs demi-mots sont fort^loquens» Çk^e 
Amante ! dans un aussi horrible malheur que 
le jnétre , nous avosis tftouvé - bien: des* com:« 
ixensaiions. Ne te laisse donc pas abattre, à 
Sophie de mon cœur ! plus je réfléchis au 
noble caractère que je t^aîoconnu:^ à la sen** 
sibilité de J^Amie qiie. j'adore^ et plus j*es^ 
fère etj^eicige de toLet de ton. céuçage. Je 



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. B M I & A B £ A U# 38x 

ft!ai poiat V4i j il est vrai ^ de femmea ni 

d'hommes capables de résister constamment. 
iPiiifortune et à rhumîliatioa. Les femmes 
surtout ^ lorsqu'elles se croient humiliées ^ 
sont entièrement terrassées , et leur abaisse- , 
meot.pass^ jusqu'à l'ame : mais ma Sophie^» 
Xaa^Sophie-Gabriel , mon aniante ^ mon tré- i 
6Qr et mou bien^ n'est pas lugie femme. Celle , 
q)xi a mis sa glpii^ et l'unique espérance de > 
son bonheur dans la fermeté et la constance ^ 
d'une passion telle que la nôtre , à l'éi^reure 
du tems^ de la fortune ^ des persécutions ^ 
et qui ci'oît av ec les disgrâces de la personne 
aimée j celle-là^ dis-je , n'est pas capable de 
se qipire humiliée par l'injustice^ ou de céder. 
À Ja tyrannie. Je $fii$ , je saîs^ trop que si la^ 
tristesse attendrit ^ elle énerve aussi ^ et 
qu'une ame aUligée a infiniment moins de 
ressort ; mais ce n'est pas dans le sentiment 
de sa passion dominai^te qu'elle en peut ja- 
mais manquer. Monadorable Amie, n'oublie 
jamais que nous savons par notre propre ex* 
périence que l'activité et la résolution sont 
capables de surmonter presque toutes les 
difficultés y par. cette même hardiesse qui les ; 
fait tenter , au lieu que la lenteur çt Jia pu- 
sillanimité qui se réfrôidissent à la vue des^ 
peines j des traverses et des dangers ^ forment 
vraiment l'impossibilité qu'ils redoutent. Les 
occasions viendront d'appliquer, cette ma-* 
xime } et qui n'aura pas le coifrage de les at« 




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38s LETT RBS, dEÏ-ÛÎN AtÈS *^ 

tefidre 6u de ks. préparer ^ n'ailrà sureinçlit 

pas celui d'ca proHlej,. O mon Amante ! je 
le dis comme toi ^ quand on a' aimé comme . 
iKHi$> il est impo3$ible de renoncer à Ifamour 
cpîi rendit si heureux : je le dis , non pas seu- 
letaeftt-parreqùe je léiiens ; mai* parce que 
rincoustànce parait vraiment à mon esprit, 
utie chosfe iHConcevable dans une passion - 
telle que k nôtres Qu'ellfe touchée cietté ' 
exclamation naïve , exhalée de tojQ ame toute 
aimante : Ah f pourrions^hous yù re sans ai*- 
mer ? Non ^ non ^ isià Sôphie : ton Gabriel est 
fa caution. L'amour est la plus subiime af- 
fectlon de l*ame: mais il est aussi le plus 
impénewL be5ôni de celle qui Pa connu. B a 
augmenté nos plaisirs par une participation 
rnutuelle ; il diminuera nos peines en les di* 

^ visant, Âb ! si jamais. ^ • • • quelle déKciei^e 
vie il nous piéj3are 1 Les craintes tcrriblésqui - 
, nous agitent maintenant ^ lès inquiétudes: aU 
^e.s qui nous auront déchirés si long-tems ^ ; 
les jours orageux, les nuits amères quiauront ^ 
précédé le retour du bonheur ne tourneront*» 
ils pas à son pront ?. O Sophie ! quels dédom- 
inagemens ! quelles célestes récompenses ! Le 
souvenir de iios souffranoe&« dbubs sàcfiiiceji * 
réciproques , tie deviendra-t-il paslui-méme^ 
au sein de la tVîlicité^ l'un de nos plaisirs les 
pii^s délicats et les plus vi£i ?X)h 1 oui ^ oïd : 
envoie-moi cède bague de cheveux, on dai- 

. gtieia permettre j pour moi qui crain$ que 

k • • 

♦ 

■ 

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I 



' ' DEMI R A B EAU. 383 

j 

ta prot^îsioii lie manque y j^ose hasarder une 
tresBe de ceux qui*«'o*it/foîttbé de la tête*' 
Thi me ferais bien plaisir aussi ^ si cela ne^ 
coûte pas trop cher ^ de faire gr av er sui? acjer 

^le dêrnter ohîf&^ie que je t'M envoyé, aîvecT 
ornemens qui y sont ; mais point d'enta**' 
blement. Il sera seulement appuyé contre un 
socle antique. Au pied , Voti mettra tm chien . 
couché ^ ayant sa lesse sur le dos ; et ces mots 
au dessous (du chien) : F/zz che régna. Tu 
entends bien que*cela veut dire , Jusqti^à ce * 
que V heure vienne ; et lu devineraLs rem- * 
Wéme , quand tu ne comprendrais pas là de- 
vise» On te rendra Targent que cela coûtera ^ 
et tu crois bien que ce n^est pas pour ne pas " ' 
te devoir que j'ajoute ceci; 11 y a long-tems 
que nos pauvres bourses sont communes , et 

^ic'cst pour toujours. Mais je crois la tienne 
fort légère» La mienne ne Test pas moins ; 
mais le très-peu que j'ai ne saurait m'achetejr 
tm plus doux plaisir. Au reste, ce modeste' 
cachet d'acier ne nous i^ra pas oublier l'au^» 
tre. Je t'envoie un avis aux Hessois, et ré^^ 
ponserà la leUre de la raison. Garde le pre* 
mier ^^ mais rènvbie^moi la sfeeonde, après - 
l'avoir copiée j car je n'ai que celleJà. J'ai 
sept: ou buit le lecteur y melira le titre, si 
tu e^ veux.. Quaot au<x Métamorphoses d'O* 
vide , ti adulte*, expliquées et commentées , ce 
fim ae laisse pas que^d'être un ouvrage consi* 

. étf uiM^ \^ te li^s ^verrâi à f ur ^et à mesurç^ 
, . • • . I > 

r 

/ 

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384' L ETT^AEiS-O&JGXNiALES 

' mais outre que ^ depub ua mois j les déran- 
gemens de ma sanfé et lés circonstances m'ont 
arriéré y il faut que je recopie , et cela me 
fatigue ceut fois plus que de composer. Pa- 
tlmte donc ; mais je. tâcherai de t'en £aire 
un, premier envOi à ia prochaine foisy si on 
le permet. ^ 

Je te ^conjure encore une ibis de ne pas né- 
gliger tes palpitations^ Ah , Sophie ! soigne 
ta santé , cVst le troisième des biens. Avec 
l'amour , laliberté et lasaiité^ on est toujours^ 
ab l toujours heureux. D.'après les symptômes 
què tu me décris , tu me rassures un peu ; ' 
parce que cfest irritabilité du genre nerveux^, 
et nullement maladie du cœur. Un régime - 
uniforme et sain , et de l'exercice^ beaucoup 
d'exercice doux. De 3 à 4 heures du soir M« 
Gabriel se promène maintenant , outre il 
spazio de 8 à 9 du matin ; profite de l'avis. 

O ma Sophie 1 tues grandement folle quand 
tu parles des perfections physiques ou moral es 
de ton ami ; mais quiconque aura aimé te le 
pardonnera. Quant à ce que tu dis / de ma 
droiture , tu n'exagères pas. Grâces au ciel , 
je ne connais pas d'êtres moins fins que nous. 
Je crois te Payoir dit aillebrs : La finesse est - 
• une vue courte qui aperçoit et grossit les 
objets très* voisins ^ et ne voit ^'un nuage 
dans Téloignement. Quand la finisse ne serait • 
pas «i près de la ruse , de Pastuce , de tout 
ce qui tient àlafaussetéyde tout ce qui est 



^ il , f ^en ferais encore peu de cas ; car elle est y 

selon moi , le plus sur s^iuptôme de la mé- 
diocrité. Je ne crains po^nt qaema Sophie ^ 
qui pense avec tant de justesse , qui observe 
ii bien^ et à qui riastinct,je veux dire le 
jugement droit et exquis que lui a douné la 
nature , fournit toujours le mot propre ^ con-^ 
fonde la pénétration et la finesse. Il y a autant 
de distance entre eux , que du j argon à Pesprît^ 
et de l'esprit au génie* On appelle encore très** 
îfinproprement finesse , la délicatesse de Téx- 
pression ; car il y entre bien plus de' tact, de 
^â^acité, de sensibilité , pour tout dire eh uo^ 
ihot, que d'art. Que te dirai- je enfin ? Ou 
aéstire qu'on peut être fin et hoùtiêtt ho&ime : 
U la bonne heure , p<^urvu qu'on convienne ^ 
que les perfides et les médians se sérvent de 
la finesse Comme de Veiir première ai^^e ^ 
tandis qtre la candeur rignora toujours, et 
que le génie la dédaigna dans tous les tenis. 
Voilà ma profession de foi à cet égard. Mais 
sur tout ce. qui n'est pas amour ^ honneur et 
droiture^ je sais que je suis un compose très- 
bliâti^^i^ii èst vrai' qu'on. à furieusement tra- 
vaillé à me rendre tel • où plutôt à m'anéautîr 

, ' «3 ' i' 'l'y 

en tout sens. Mou digne et estm^ableDupout j^ 
qtii iti'a toujours vu 4vèc des yeux irbp induis 
gens 9 m'éprivait uu jour : La nature i^o^s 
dmit fait pour cU e un héros guerrier ^ wt 
cA^ènturier conquérant ; oit' vous a tnis lies 
entrai es. Eh bien: l yous serez un paisii/lc/ 
Tome II. R 



. -d by GoogI 



386 T.ETTUESOKIGINALES 

philosophe , et vos veilles seront plus utiles 
u Inhumanité que n^eussent été vos exploits. 
Hélas ! je ne serai ni l'un ni rautie; et je 
m'en consolerais bien aisément, si je pouvais 
être ce que j'étais par choix , un tendre amant, 
un excellent ami , un fidèle époux ^ un bon 
père* Toi seule réunissais ou excitais toutes 
ces affections ; toi seule donnais de l'emploi 
a ma tête, à mon imaglnatioa, à mon cœur. 
Tant que tu m'es ôtée, c'est yraiment Idvvie 
qui m'^est ajjacbé^ ^ la yi^ de l'ame , la vie 
du génie. 

Oui , mon amie , oui , SSmonide est P^m- 
blême de presque tous les hommes^ Il fut prié 
de célébrer pne victoire à la course des mules. 
Que dire sur une mule ^ vile production d'un 
ignoble et paresseux animal. ? On donne 
beaucoup d'argent au bel-esprit j son sujet 
s^embellit ; la parepté de l'âne e^t oubUéç : 
Les nfule^ sont Içs^iUobles filUs^ dps çoursiers . 
rapides. . i • . ^ . - 

Je né suî$ pas trop fôché du màuyaîs sujccès 
de ton sermon» Ne t'#iya j^s-jjç pas dît ^^e ixp plus 
prêcbei les femmesPQuand tu voudras ^Ma-^ 
dame yje t'indiquerai une^belle dissertation ^ 
où Ton prouve en forme, par cinquante té- 
moignages de l'Ecriture , que l^s femmes ne 
font pas partie du genre bumain. Acidalius^ 
auteur de ce singulier ouvrage ^ finit , après 
bèauéoup d'autres galanteries de cette espèce ^ 
l^ar xiemândex^ au:s: belles leur ancienne bii^Q- 



biyilizûo by GoOglc 



Veîîlance pour lui j ou si vous ne /voulez pas , 
tlit-il ^ bêies que vous êtes , puissiez '-vous 
périr pour toute V éternité J Un sayant ( Sitnoa 
Gcdiceus ) a défendu , il est vrai , ce beau 
«exef rês^ivéolDgitjuemetif ',^t fiait pàr appeler 
poliment ( comm^ cela se praiîque entre 
ffavans)'5on adversaire, un être bâtard fointé 
db l^accouplemeni de satan m^c Pespècé' 
A7/77iaiV2e^luisouhaitant.sur le toull^ perdition 
ëtipriielle. Or^ anesdatiies^ ioytz fièisek de ce 
obampioa* . - 

' Il faut laisser croire à cette demoiselle ^ ti 
cela lui fait lin gros plaisir, que cette chaoaon^ 
uimour amouié ina lyre , etc* étéfaite pour 
elle, La vérité est qu'il y a sept ans que Puln- 
sinet,* à'Argenteuil ^ fit le premier co/^ple^^ 
pour uo luiu&îcien qui modulait un air sur. le 
clavier. Lesecorid fut fait par quelqu'un qui 
n^eti pas moi; et le troisième par un autre quel* 
qu'un. Eh ! quel mérite y a-t-il à une si faible, 
bagatelle ? Ne t'a-t*on pas dit aussi qjue JPa- \ 
rapilla est de de la Bor4« ! C'e^t qu'oa. 
m'a fait l'honneur de me le dire à moi , qui 
eonnaîs4>ien le Lyonnais qui l'a volé, et à qui ^ 
et où il l'a fait imprimer , etc. Moi, indigne , 
qui ne fais point de vers, et qui ^ur-tqut n« 
T^ux point passer pour en faire 1, p^arce que 
j 'espère établir ma réputation sur de^ chiises 
plus sérieuses , j'ai répondu que c'était fort 
foien fait à M»d6 la Borde, qui, reste , 
jaeut en avoir fait un que je ne connaisse pas» 

Rij 

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385 L E T.T H RS O R I G l N JrtL 

En général, on trouve force gens habiles ^ 
kériter. Je t^ndlquerâl, quAQ^ tu vpuciras^ 
4es morceaux de rAlaïaaach ,^es Mu^&i^uir 

^oxit à huit qu^dix poètes j et qui pis est ^ un 

veciuetl de TCt^ ide Cjetle année ^ ou 3e troi^i^nt 

huit vew faits pow teî ^ deyarn^ t^i * ^tjws»^ 
am reversii) avec toi qui prêtas ton crayo/i. X.jç^ 
wai est' que je n'ai jamais, f^iit de y9}:s^\qi4% 
nailleat la peiae d'iêtre pitaéii». ? : \ \ , • u 
^ Sais-tu que tu deviens wéphapte -, .madajnaei 
Sophie ? Quoique je t'aie vue asses souvent 
pinper Urès-serré, et}saas rire ^ oui eh triant^ je 
r\e t'avais pas encQre connue si mordante. 
Après l'amour^ je c;rois que «c'est l^mdignaf^ 
tion qui- donne de Tesprité Adieu ^ moa Anaûe. 
toute tendre , toute belle > toxite bonne jf unç 
llettre ni W diQîonerii biek daràniage encore^ 
et un baîser ymille fois plus« Héias.! non.: un^ 
baiser de ce qu'on adore -> un bai$êr si désiré^. 

attendu , qui- sncoède k dies^ pti vatLcâis sè 
cruelle» , un tel baiser vend bien/bête f car il 
ôte la connaissance 9 s'il ne tue pas.*,. O 
Sophie ! toi-seule donnes^ âtes^et ^nnds 'la. vièz 
écris-nK)i que ton cgeuj est soulagé^ toàimar^ 
gination calmée, ta santé bonne y tes larmes^ 
séebées ; et ÉQuvîéns^tm à jânuds. cpte qm« 
conque a.{»roféré ou pToférei^a: cet horrible 
blaspli^^me qui m'a fait frémir dans ta lettre ^ 
ifue S ophie^a^éié 0» sera kibandonnée -par sém^ 
amante est et sera un abètr^nable calomma-* 
teur, à qui je désire ta haine qu'il ou qu'elle 



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■ 



mérite» Galsiriel est toa ami j ton amanA 9 ^uo 
sposo. Sa fortune est à toi : son cœur est à toi : 
sa vie est à toi ; et il n'y a pas le moindre 
méritée ^ car le prenûer besoin de soa être est 

de t'adorer. 

G A li R I E L. 

■ 

Tu seras un |)eu étoauée de cette cinqulèn^e 
page ^ mais que veux-tu ? Mon bon ange (^car 
j'ai un génie fa/nilier^et je t'assure qu'il nous 
sert bien jet je crois ^ friponne de Sophie, que 
tu le connais mieux que moi ) mon bon ange 
jdonc, m'asouâlé tout bas à roreille que je 
jne tuais les^y^eux à écrire si fm , et que je 
pourais bien ne pas tant économiser le papier ; 

moi qui n'entends pas les afiPaires ^ j^i 
commencé.une cinquième page , ]mrce que y ai 
écrit bien gros pour ne pas fatiguer les yeux 
de mon boa ange «Oh ! que pe parce que est 
spirituel ! et je pourrais bien une autre foi» 
m'émanciper jusqu'à finir cette -cinquième 
page. U ne faut pas cependant abuser de la 
bonté du bon ange , car il ne tient qu'à lui de 
devenir un malia esprit. Mais les amans sont 
sigpurmaods ! et le bon auge aune pbysiono^ 
inie qui inspire tant de confiance ! é • . Sur le 
^out^ma Sophie , donne à ta fille, je teprie, 
un autre maître à écrire que le tien. 

Pourquoi est-ce que tu maigris ? je ne veux 
poiut ccijla. Dors-tu ? je yeux toujours , à tout 
j[amais ^ suvol v lo ut , dans la plus exacte vérité , 

R 11) 



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390 L'ETTAIS dltl<»11f ALE» 

$uT tA santé et celle de ta fille» J'ai ta ehar^* 

iDârnte bourse que je baise et presse chaque 
jour sur mon coe-ur. J'envoie une feuille ou^ 
Uiée dans les^ poésies érotiquQs^ et j'indique 
cruelle doit être jjlacée.. 

♦ 

A M. L E N G I R. 

1 décembre 1778*. 

Re ce V £ z ^ Monsieur , mesplus tendres re»* 
wierclmens pour la leftre de ma mère,qiie vou» 
m'avez fait passer. £lle est plus satisfaisante 
encore que je n'osaU i^espérer , et me ( onfirme 
ïes demi-mots que votre inépuisable bonté 
avoit laissé échapper lorsque j'ai eu l'^honneur 
de yous voir. 

• Je vous supplie , Monsîeni» , de charger M# 
de Kougemont d'une réponse au sujet du do^ 
mestique que j'ai demandé. Ce n'est assuré- 
ment ni importunité ni inquiétude. Mott 
estomac qui refuse toute fonction, me réduit 
à Tàge de 29 ans, moi qui étais né avec une 
fôrcfe d'Hercule, dans un élat de faiblesse et 
de besoin inconcevable pour quiconque ne me 
voit pas journellement. Les soins qu'il exî^e 
vont encore aughienter ; car je n^a( ten ds pour 
me meilre dans des remèdes sérieux qu'ua 
chirurgien qui ne me soit pas suspect ; et si 
V ; d^a raisoiis que je ne veux ni n^ dois deviner 



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I)£MJRAB£Air. 

empêchaient qu'on m'en donnât un ^ je serais 
obligé d'incommoder beaucoup M. de' LaiR^ 
seigne ; car je n'ai pas voulu , même dans une 
suffocation diabolique et inquiétante, prendre 
un vomitif de la main de M. Fontelii^u* Ce 
cbangement dans mon état en nécessite u» 
dans mon servic e. Un portc-clers ii') peut suf- 
fire, j'en atteste M. deRougemont ; et cep6n«* 
dant je suis loin d'être exigeant. Eh quoi ! je 
-demande un domestique, à mes frais, et Pon 
m'en refuserait un 1 Certes , je ne le puis 
croire, et si on l'osait, j'en appelle à vous , à 
votre cœur, à votre justic e. Je sais trop biea 
quel h^mnie est mon pèi'e ; mais le minis- 
tre , ou vous-même , Monsieur , ne pe^t-il 
donc pas dire : IL faut ? 

J'ai l'honneur d'être avec un tendre^ respec* 
tueux, et linmoi tel dévouement , Monsieur,^ 
votre trèsrhumbleet très -obéissant serviteur ^ 

Ml&AB£AU fils» 



A S O P H 1 

• ■ -» 

M A Sophie , je n'aime pas^ du tout le ton 
vagué et légar dont tu me parles de ta santé. 
Tù assoufft^rt et tu souffres ; tu as eu la fièvre 
à la suite d'une incommodité très-grave i tu 
as étésaignée ( ce qui est trèt-bien fait ) et ta 

Riv 



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\ 



39* LSTT&SS O&IGIKALSS 

pemffles ^ et tu m medoones point de détails l 
Sophie ) je ne suis pas conlent. Tu sais ce 
qu'est mon imagination , organë trop ardent 
4' un cœur ej^trêmexueMt sensible : tu sais qu^ 
ta iiaaté est ce qui m'importe ei m*inquiète le 
plus au monde : tu sais ou tu dois savoir que 
' mes connaissances assez étendues en méde*? 
çine ae sont guère bonnes qu'à multiplier 
mes inquiétudes , et à les rendre plus aiguës ; 
et tu ne me dis ni ce que tu as , ni . ce que 
prétend le médecin , ni ce qu'il se propose^ 
ni à quoi il attribue ton dérangement» Ëst^ce 
une «uite de tes^ palpitations ? sont^elles ou 
Bioindrcs ou plus Ébrtes ? tes règles ont-elles 
veparu ?• as-tu quelque autre dérangement d 
Est-ce à ton amant ^ à ton époux 9 que tu 
dois cacher tout:^^ cçs ^îhoses , quand tu es 
malade ?.. « Mais un AOtre Tott les lettres • » «r 
£h ! qu'importe ? cet autre est sage ^ prudent 
m::: lé ; il sait notre histoire ; il voit notre 
tendresse; s'il ne l'approuvait pas, nous ne 
juous écririons pas f il s'intéresse à nous ^ au; 
mollis il nous le prouve : que crains-tu de 
lui? Tu ne saurais* croire quellear peines tu 
me causes j et tu serais trop punie si tu les 
concevais. ... Mais je t'ai parlé légèrement 
de, ma santé../, • D'^U»rd cejfca n'e^t pas : 
t'en ai par]|éiJHême prop sérieusement j en- 
suitexela est lout-à-fait différent. Les malav 
dies de ton sex^ ef^sj^pt bien 4Vutrets rafar. 
ges que nQ^iaco^j»Q4ité& Si j'ayi^is une ma^. 



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ladie grave ^ il tne serait împos$ii)Ie de tVcrire 
aussi longuement que je le fais. Il n'est donc 
question que d un délabrement de santé dont 
je ne saurais te noter toutes le variations 
comme celles d'un thermomètre : d'ailleurs 
il est assez simple , et par conséquent moins 
inquiétant, que je me porte mal. i*^. Jé suis 
accoutumé à une vie on ne saurait plus ac- 
tive , et je ne me suis soutenu contre mes 
prodigieuses études ( régime toujours très- 
mal sain) que par le mélange de rexercice 
et du travail : ainsi ma situation actuelle e$t 
absolument contre nature. 2^. Tu es assez heu- 
reuse pour que le célibat ne te soit pasà charge, 
et tu sais si je puis le supporter. C^est un 
avantage de ton tempérament qui m'est ab^ 
solument refusé, S*^. Les peines de l'ame ont 
toujours altéré ma constitution mille fois plus 
que les maux physiques : autre inconvénient 
attaché à ma nature, 4^ Enfin , j Vi abusé de 
mes forces et de ma jeunesse. J'ai donné dans 
tous les excès, le libertinage seul excepté; 
mais pour cela je n'en ai. pas été plus réservé 
stir les plaisirs. Je ue suis sage que depuis que 
fe te connais , et cette sagesse-là a encore 
été assez jeune. Voilà bien des causes qui doî- 
yent t'expllquer le dérangement de mon être, 
et te rassurer un peu , parce que la plupart 
à^e ces causes cessant , les effets cesseront aussi» 
Ail lieu die tout cela , tu es très-jeune , de 1^ 
aneilkure cooslitution possible : à plus de 

Rv 



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^94 L £ T T & £ s O E I G I N A L £ S 

ans f u nWais encore rien perdii de la souixe^ 
de la yie : tu es accoutumée à une vie séden-. 
taire : tu es d'un sexe qui a moins besoin d'exer^ 
cice : tu peux en prendre plus que moL : tUL 
travailles moins : ta as plus de distractions,. 
Que de raisons n'ai-je pas de comptée sur ta» 
^antéiLaiime du chagrin t'use comme moi, 
tans doute ; mais elle a biea plus d'étoffe à 
mordre avaat d'attaquer, ta vie*. Ma Sophie 
je te dpnne ma parole d'honneur de te dire 
tout ce qui surviendra d'essentiel à ma santé ;^ 
nais je sais ce qui. est essentiel ^ et toi tu ne 
l,e sais pas. Dis-m.ol donc tout^ absolument 
tout ^ relativement à la tienne^ dans le pluis. 
minutieux détail^ ou tu me tuecas. £n vérité 
mon fardeau est assez lourd : ne l'aggrave, 
pas, & mon amour si cher ! et songe quenout, 
lionune^s des siècles sans recevoir des nou** 
Velles l'un de l'autre. Rien n'est empiré chez, 
moi^ au contraire ; j'avais des. sufibcatioas. 
tjrès*vioIent^s qui sont passées.. Pej)dant quel* 
ques jours elles, ont été j usqu'à l'cvanouisse-^ 
ment , avee des battemens de cœur incoa* 
lavables. J.e me sjais bourré de fleur jd'orange^ 
et de goiitUs (l'fiofFinan j enfin de trcs-fortcs, 

qiausées s'étant déclarées Le jour même où |e 
t'écrivis^^je me décidai à- l'ipécacuanha. Le. 
chirurgien qt^i convenait c!e la lu'cessijé me. 
dit qu'il en allait apporter. Dans l'interyalle. 
il me survint une fonte de bile qui. me sou-^ 
la^ea j et comme , outre la réjiugujince ^oiui 



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B£ MI&ABEAU. 

les remèdes violens , je n'avais pas une très- 
grande confiance en la main qui me l'admis* 
nistrail ^ n'en Toalus plus. Les pal pkations 
' sont passées à peu près : les su (focal ious-tout- 
^feit; maÎBle$ digestions sont toujours très« 
mauvaises et extraordinairement difficiles^ 
et cela parce que l'estomac absolument débi- 
lité refuse (onctions, et qu'en outre fe mange' 
beaucoup trop vite, n'ayant' pu supporter de 
la vie Tennui des repas solUaires. Il est cer* 
tain que l^on me tuera ^ si l'on me laisse ici ; 
mais il y a encore de la marge. Pour mes yeux 
iU empirent coniidéiablement. Voilà la vé- 
rité : elle est dure , mais exacte. Sois aussi 
fianche^ et que je puisse compter sur renga- 
gement formel que j'exige,^ que rien ne me 
soit caché*. 

Ta fille m'inquiète , cependant c'est unein* 
qulétuxle vague vt peu raispnnce. Délivre • 

m'en le plus tôt que. tu pouna»^ et dans tous 

les cas j o ma Sophie , songe que tu es amante' 
av^nt d'être mère. Tu me dois ipkis qu'à ta . 
liile. Ç*e$t po^r moi qu'U faut vivre , aimei? ^ 
la vie^soigner ta santé ^,et combattre tput ce- 
^ui pourrait l'altérer. Un ancien écrit ces;, 
mots touchaus.: LeaJuaémUle^ d<;js et^uiis sont 

teujours jyri'n.aUiréea Lornkjue !es nières y 
a^Uient. ^Mais il en- est contM nature : ce;, 
son^ celles d'uoe amante OU se trouverait soa\ 
aauinl. Nous devons vivre et mourir 1 un .pour, 

Tautre ^ et.s«alcm«nt. l' mut, l'autre^ ^oicTi 



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1 



39^. tETTtiiS û&IGINALES 

fille ^ )^oae Teapi^rer^ sera en tierîs de cette 
union Sfierée ; mais ne va pas-oroire ni qu'elle 
%Qït ioimortelle > m que aottisnfaocq se passe 
&4ns aceidens. Ne t'expose poÂut san^prépa- 
r-ation à des chagrins inéWtables: quePamour 
$i>ît ton ég\ de contre les iaquiétades dévora»^ 
tes y et s'il le faut , hélas ! le contrepoison d'une 
cruelle dîniJeur* Procure-4oi un hrwe de M. 
foureroy ^ intitulé hes enfiuis élevés dam l^or- 
■dre de la nature j et^. Je ne connaissais que 
de réputation ce bon et esHmable ouvrage, 
Je viens do le lire ; tu le troùTevas chez les 

frères Etienne > rue Sainte Juc^jues jàla vertu. 
Tu y verras -si je t'aieOnseill^e en étourdi y et 
si j'^i bien étudié Téducation physique des en- 
fans. Tuy ver»a^^ enspupirant , co^^bien Pu- 
sage des nourrices empruntées est d^gereuY»- 
Mais eoinme il est cepeûdant des cas oùiine 
mère péut et doit se dispenser de ce devoir 
( cas tirès«*rates , à la vérité ^ ) et que tu rne^ 
parais contente de celle de aia fille , rassure- 
toi j tu .verra;s encore quels sont les terribles 
iûûonvénWns de P»«age des maillots et des 
corps de baleine ; comnie ils interceptent l'é-* 
quilibre nécessaire entre la massi&des humeurfli 

* 

^(uise méuvesit du^eiGSur aux parties et celles 

qui retourniént des parties au cœur } et comme 
il'Cn provient des palpitations, des toux con- 
Ipulsives^ dessu£Rt>cationSf etc. Tu y apprendras 
^lela bouillie, aliment tenace et visqueux, est 
<fanèer«?ùse yet-qufii faut bien se gàxder de 



. k), i^ . j uy Google 



DE MIRABEAUi , 897 

pi ctlpUerle sevrage j que laver les enfansavec 
ie l'eau froide ^ les excarcer au gràkid air ea 
tout tems , les tenir libres et bien propres ^ iea 
éloignerdu feu^ efc»sont les meilleurs moyens 
de les rendre vigoureui:. Lis ce livre : il est à 
ta portée 9 t'intéressera y t'instruira^ et rçdou^ 
blera ta confiance aux opinions de ton Gabriel 
à cet égard. Quant à rinoculat ion, il est clair 
que tu ne la vois pas dans sou véritable jour» 
Il n'y a pas deux manières de l'administrer 
parmi les gens de l'art habiles ^ sensés , de 
bonne foi et non systématiques) el le premier 
soin nécessaire est à peu près de n'en pas pren«* 
dre« Nous n'y sommes point encore^ ainsi j'o* 
mets des détails superflus , mais je ne vois pas 
cfu'unepâtissière puisses'opposer à ce<fuenous 
voudrons pour notre enfant , ui avoir un avis 
stir l'inoculation j c'est tout ce qu'elle pourrait 
faire s'il était question d'une talmouse* 

La YOiik donc finie cette année qui succéda 
à une autre , dont une moitié fut si heureuse, 
et l^antre M funeste , et qui nous a apporté dea 
consolations pr^squ'inespérées. Hélas ! dans 
Un si court période , nous avons été élevés au 
fiiite du bonheuv, préci pités dans les plus pro^ 
fonds abîmes de la douleur, et rendus à l'espoir 
et 4 la vie. Ah ! s'il m'avait fallu ignorer ton 
tort, douter plus ]ong-ten«^de tarie , que je 
sois anéanti, si je l'eusse pu* O ma Sophie ! 
vpici deux fois desuite que je ne eonsacrepolnt 
snrec toi le premier jour d& Faimée àl'amofHr^* 



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LETTRES ORIGINALES 

11 me pimksans doute de l'avoir qiiittée un ins* 
lant, lorsque je pouvaU éfre arec toi. De 
sérab)eseon8idératioti$.pécuDiaires et dessol^- 
Kcitations iadiscsrètes m'avaient éloigné. Ah ! 
coiâment pouyaift^|e te perdrede vu€? cesser 
de veiller siu: moo trésor ? coaj urer moi-mémç* 
contre mon bonheur? l'abréger volontaire-^ 
ment? fiélasi qui nous eût dit qu'il devait être 
si court ? Ils nous av«ùent laissés tranquilles 
dans les premier&momens, ceux où la colère 
pouvait les porter a uae'fausse démarche. • « 
O Sophie ! c'est de sang^froid qu'ils devaient 
nous égorger. . . . Huit jours , huit jours tout 
entiers perdus^à Rotterdam ! insensé à- qui JU« 
en était si peu destiné d'heureux ! £t que 
m'importaient les embaras pécuniaires , les. 
tracas du four^ les craintes du lendemain? 
Devais -je donc m'afFecter de quoi que ce 
SQÎtau monde, quand l'amour était mon con- 
solateur ? Un baiser^ un seul baiser , un mot 
de ta bouche adoroe ne faisaienl-Hs pas tout 
4rsparaitre ?.. . . • O ma Sophie ï je ne saurais, 
me la rappeler sans tvouble- y cette soirée- 
délicieuse 9 qui termina, cette absence si- 
courte pour les. indiflTérens , et si longue^ 
pour mon cœur affamé d'amour. Que ta joie* 
était yive.et, touchante I que son expression, 
Aait naïve et douce ! que-ta tendresse sileu'-- 
eieuse était él oquente ! que tes caresser étaient^, 
brûlantes! qné chacun de tes regards sem-- 

hli^ blea me 4jire : Gid>riel [ q moa Ç^a^brij^ll. 



B £ M r R> B £ AU. 

^HOi^ tu quittes ta Sophie pour des savans , 
pour de tumultueuses assemblées! tu cèdes à 
des instances qui tVnlèy^nt à moi I tu es com^ 
plaisant à tes dépenset aux miens! IngratGa* 
briel ! niérites-lii les faveurs dont mon amour 
.te comble?. Ah! ou», oui, ma Sophie; oui, 
mon amante etr ma vie. • • • Crois-^moi , quand 
j.é te quitte un inslauL, j.^expie aussitôt uioa 
crime. Ton image charmante , quinem'ïiban» 
donne jamais, est Tinexoriibie vengeur de IV 
mour outragé. En vain je voudrais me dis- 
traire 9 je ne vis qu'auprès de toi : je spuffre , 
)e lauguis par-tout où tu n'e&pas^ » . Mais ma 
douce Sophie me fît-elle jatnais un reproche? 
oh! non) elle me revoyait, et j^étais par*^ 
donné. . • . O souvenirs délicieux et cruels l 
6 plaisilrs dont le souvenir me transporte ! 
ô ravissemens inexprixnable&l flamme inex^ 
tinguible', qui, tantôt impétueuse, m'em- 
brase et me dévore, et tantôt doilceet vo- 
luptueuse, vient Qomme une rosée salutaire 
appaisepr^mes sçns,. pour les rallumer et les 
enivrer encore. Tristes mOteumcins. d'un 
amour sans égal et sans terme, illusions trop 
décevantes et trop chéries, vous allumez nioa 
imagination émoussée par la^douleur, mes sen» 
flétris par une si longue mort (car je sui^mortî 
le jour où j'ai quitté Sophie, et c'est un tom^^- 
-beau que j'habite) . Pui]Bse-t-*e]ld finir cette 
épreuve k laqueih^ nos cœurs résisteront bien ,^ 
ju^ai^ JQ.QU ]3a^ n.oscorj^s ! ^uiss^ cette ajunéeque. 



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400 LETTRES ORIGINALES 

nous commençons dans le$ larmes nous rendre^ 
sinon le bonheur que nous avons perdu , du 
moins les moyens de le recouvrer l puissent les 
restes de notre jeunesse ne pas se consumer 
dansdte vatnsdesin! que Gabriel et sa Gabriel* 
So^liie se réunissenteocore une fois avant que 
la vorace mort^ conduite par le désespoir j 
hélas ! ou par le tems , ]es atteigne de sa FauJx 
inévitable ! qu'ils serrei^t dans leurs bras en« 
trelacés, qu'ils couvrent de leurs baisers en- 
tremtiés le fruit de leur amour! qu'àcettje 
moisson troublée pair tant de cruelles tem* 
pétes 9 il en succède de plus tanquilles et 
de plus fortunées I que ceu-x qui leur tendent 
une main secourable soient Pobjet de leur 
gratitude, de leur tendresse, de leur culte, 
et jouissent de tous les biens que mérite leur 
bonté l ' 

Oui,^mon amie, tes pressentimens sont 
souvent plus beureun,' mais aussi plus ba- 
zardés que les miens. On voit que tu ne 
doutes pas. Ah ! que je t'envie ! mais l*amour 
doit mieux t'inspirer que moi ; et je' nè veuir 
pas t'en dire la raison, parce que tu me 
bouderais j car tu ne veux pas aimer moins ; 
ainsi tu ne saurais prétendre à plus de sang- 
froid et de perspicacité. Ne te fâche pas, 
toute bonne amoun Si tu avais la première 
lettre que je t*ai adressée, tu verrais que jê 
l'avais donné gain de cause à cet égard , 
fue je voulais bien t'admettre- sur le pied 



DE MIItABEA¥* 40f 

d'égalité, n est vrai que c'étfidt uniquement 
pour te faire plaisir ; car Je ne puis me dé- 
guiser à moi-même qu'il est impos>sible que je 
lois aimé comme je t'aime , par la même raî« 
8ion qui fait que l'astre de la nuit ne saurait 
éclairer autant que celui du jour. — Nûû , 
je ne sais rien de ce qu'on a fait pour m» 
fille 9 et il m'est dur de l'ignorer; mais ce* 
pendant ^ ne me le dis pa& sans permission* 
Ce que je Voulais te £siire entendre est très- 
nouveau j et non pas ancien. Je ne puia 
que t'insinuer que notre Gabiiel - Sophie a, 
plus d'une mère. Mais j6 touripaenterai tant 
le bon ange ( que tu appelles men j je ne 
îrais pourquoi , car il est bien ngtre peut-être), 
qu'il te le dira. Je sui« caution de ta diâ*» 
çrétion* 

. Je n'entends rien du tout à tes pièges /^/2- 
et évités. Je connais bien certaines gens^ 
notamment des dévotes^ capables de tout ; car 
avec cette race- là, l'iatention justifie tout. 
Mais que t'a-t-on pu dire ? Que j'étais iwrans» 
tant ? tu ne ne Tas pas dû croire. Mort ? cela- 
était aisé à vérifier. Fou? ce n'est pas d'au-- 
)Ourd'bui, selon eux; mais s'en suivrait^] de 
là que tu dusses être vi]e ? £n£n, t'a-t*-oa 
sollicitée à quelques fausses démarches, sou^ 
prétexte de me sentir F ta réponse est sisim** 
pie : Qu'il me le demande , je ne croirai que 
lui. • , . Va , va , laisse-les faire , les lionne- 

tsfk geos auraient £6rt bien pu me conseiller 



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4oi LETTRES ORIGINALES 

de ne pas l'enlever , mais ils aimeraient mieuic 
pour mot que je t'eusse enlevée cinquante fois^ 
que de nae voir ne pas me conduire et t'ai- 
xnereomme je fais. Aime ton Gabriel : aime- 
le tendrement , en dépit des cagots et def 
cagotes , et mels-toi bien dans le tête , coniine 
tu Pas sûrement dans le cœur ^ qu'il n'y a 
m loi 9 ni considération divine ou humaine 
qui puisse justifier l'ingratitude^ le parjure, 
}a lâcketé« A ta commodité : eomplàis- 
tol dans ces plates lettres , où j'avais la bonté 
d'être bête , sec et froid , pour ménager des 
gens qui m'assassinai^int.Paisqiie tu^ /V/^/oiir^s 
de tous mes grîiSbnnages , j'e joins ici un 
errata du précis pour ma jnèïe. Ce sont les 
contre-sens principaux du copiste et de l'im- 
primeur. Il y a bien assez de mes fautes sans 
les Icuis. J'ai fait passer au bon ange un com- 
mencement d'ouvrage pour toi ; îVspère qu'il 
te parviendra. J'y travaille aësidueiuentj uiais» 
lïia vue m'arrête. D'ailh urs , j'ai eu une autre 
distraction depuis quelques jours. On a bien 
voulu me permettre de recevoir VE^tprU des 
Journaux, et le bon ange m'a tait passer 1777 
et 1778)» J'ai donc commencé à me remettre 
un peu au courant des livres, et même des 
affaires de ce monde, autant du moins que- 
Yea puis pénétrer par le compte rendu de 
vers et depamphlet s assez médiocres dont elle» 
•ont l'occasion. C'est ni plus ni moim qua« 
irante-àuit volumes qu'il m'a fallu lire* Cette 



4 'Digitizedby 



B£ MIKAB£Alf« 4o3 

petite consolât ioa m'a fait grand plaisir «J'é» 
lais un paralytique à l'agonie et sans connais- 
sance; je réouvre tes yeux à la lumière, et je 
ïecouvre un peu d'entendement , mais en con- 
servant la paralysie. Je me suis liâté, ma bonne 
Sophie, de prentlre quelque notion de ce qui 
tVtait passe depuismon emprisonnement. J'ai 
vu que nous étions toujours de très - jolis en- 
fans, grands amateurs de calembours , grands 
faiseurs de jolis riens, enthousiastes ioïc enés 
, de nouveautés , de frivolités, et aussi ardens 
glucktstes et piccinistesquelesinsurgens sont 
chauds patriotes et vaillans guerriers. Respec- 
table iiat ton , qui Sait si bien apprécier et dé- 
fendre sa liberté ! J'ai vu ausii, non sans quel-» 
que ebagriii^ qu'on pouvait appliquer à nos 
gazetiers ce que le cardinal* de PoHgnac disait 
aux Hollaiidais : On voit bien que vous n^êies 
fas accouluinés à la victoire j puisque vous 
JliifâS sonner si haut vos avantages; avec cette 
différence toutefois que les Hollandais étaient 
rcclîeaientvainqueuri>du plus indolent des rois 
doat ils avalent cruellement à se* plaindre , efi 
quç , sur notre propre énoncé, notre combat 
d'Ouessant et nos fanfaronades font pitié. En- 
trVutres exemple&, je'se erols pa^ qiie depuis 
,feu François.!, on ait vu une plus grande pia- 
titude que le cartel du marquis de la F. au 
comte de Carlisle. Belle gloire qu'un dtiel ^ 
quand on commande des troupes ! Battezl'eu* 
xi^aû i yoyx^ serez mse« vengé de sesL^injures» 

^ 



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404 LETTRES OmeiNALES 

Et ! qui diable peut 8*en prendre au com* 
missaire d'un roi , des termes d'un manifesta 
gu'il est chargé, de répandre ? Maia ce qui est 
vraiment beau ^ c'est le génie, la prudence etl« 
succès du minbtre qui a rendu la vie à notre 
marine. Legouvernementanglais est apparem* 
ment en démence ; maisqu^il y prenne gatde: 
ces fiers Bretons ne se laisseront pas paîsibler 
««"lît réduire en esclavage jet c'est-launique-* 
ment ce que veut la junte Ecossaise. J'ai Ttt 
que notre jeune souverain est toujours un 
buanéte homme (sublime éloge pour un roi î 
s'il le mérite )atqu'au derniw jour de sa vie !) 
U veut le bien 5 ainsi ceux qui lui feront faire 
du mal , ou c^ul sous son règne le laissent sub<v 
Siister et prostituent tson nom pour consommer 
des inj us^tices^ sont bien coupables envers l'hu^ 
manité et la nation. Toutes les prédictions que 
je t^avais faites sur la rage d'ambition de la 
l&aison d'Autriche (ambition infusée toute en-», 
tière et exaltée dans l'ame de ce Jos, II tant 
vanté ) , toutes ces prédictions , dis-je y et les 
fuites que j'attendais de la mort de rélecteuv 
de Bavière s'accomplissent. De tout cela, je 
conclus que ma sépulture civile ^ si je puis 
parier ainsi ^ est bien fermenaent décidée dans 
l'ame du tendre et généreux Wgàlatenr des 
rois ; car assurément les circonstances l'au^ 
^•aient décidé à changer de sy^ême , s'iln'é* 
*ait immuable. Au reste , je suis bien près de 
n'être absolum^qt plus, bon à ric»i ; car je 4e^ 



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* - 0 £ M Y 'BTA £ ▲ 40S 

¥k^8 trèft'paresseux^.trè^-^lourd^ très-béte ^ e£ 
4^r-tout très-aveugle. J^avoue cependant qu'il 
n*t!$t paftdoux d'être mort fiottr son pays avants 
Ifagi: de 3o ans* Je n'entends absolument riea 
à ce que tu me dU de M. de Mar.*'*' et de 
sa fille* Je ne crois pas qu'elle ait d'autre ma^' 
aière- de se tourner du coté de Tôtre hoanêlé 
sensible que de l'épouser. Or , cela est diffi-' 
cile (en face d'égli s^èntend) de mon vivant ; 
et ie n'imagine pîjLS que l'on imbrique sous ce 
règne-ci des extraits mortuiiires. Je suis du 
moins sur comme de mon èxisCence , que le^ 
Commissaire du conseil , sous l'inspection du-» 
quel nous soinmes^y ne s'y prêterait pa^ j ainsi 
fa spéculation me paraît gmàdtmenf^fùtê 
ridicule* Quant au baissement de ton^ tu h'asf 
pas réfléchi qu'il était fort doux de ne rendre 
oompte à personne de sa £^rtune^ conduite tf 
etc. etc. Ya , mon amie ^ si je reviens sur l^u^ 
sois bien sure que ce sera en dépit des Mi.** 
dès Mw."^* des Ru/'^et de toutes les fdtftHie^ 
cmuulies de l'univers. Au reste ^4^1 cela arri^ 
vàit, Je me vengerais bien d'eux tous j car ma 
gésaérosité les accableiTait; — Par parenthèse 
9ui n'est pas pour toi (et à propos dès joicr« 
naux) je déclare au lecteur de ceci ^ que jetrou- 
1^ très^maiivàis que mes fournauK me vien-<f 
rient non coiipés. Celui qui se donne la peine 
de les faire passer pourrait bien , ce me sem- 
bie^9 en profiter ; et S^il wren a pas le teïns ^ 
cette aimable dame qui peint si bien (or ^ oxt 



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4o(k LETTRES OKIGIKALES 

ne peint pas eomme cela sans esprit) s'en ao« 
comiDoderait peul-elie, au moins des pièces 
Aigitives* Somme tout ^ je boudas! in«s jour- 
naux me viennent encore non coupés* — J'en, 
demande très-liumblemenl pardon à ma sa- 
Tante^ritiqne^Jt qui fe souhaite d^ailleiirs d'ap* 
prendre autant d'italien que j'en ai oublié. Je 
savais à peu près aussi bien qu'elle y que l'ar- 
ticle il ne convenait qu'aux noms qui ne cotn- 
Biencent ni par une voyelle y ni par une s sui-^ 
vie d'une autre consonne , et je ne comprends 
pas ^ quoiqu'il faille bien que je le croie sur ta > 
périlleuse. parole^ comment j'ai pu mettre ^/ 
épazio pour losfkizio. Jè %e fais compliment 
sur ton^érudition etpa«$e condamnation} mais 
dis-tu bien vrai ? 

Tiens y Sophie^ je te battrais si je pouvais ^ 
çualid tu lâches la bride à ton fol entbou- 
siasyoïe au point de dire de si grosses bêtises. 
As-tu bien lé front de comparer mon style à: 
eeluidé ce Rousseau r un des plus grands écri*^ 
vains qui fut jamais^ dont l'éloquence ton- 
jpnn entraînante y toujours appuyée de la 
plus mgénieuse dialectique^ est guidée par 
ùn goût si .exquis^ et n'exclut jamais la cor** 
rectîon la plus sévère y si oè ti'eit dms son 
Ilélojise où il a affecté des négligences 2. Q: 
Sophie ! Sophie ! où est ta . maison 9 ton tact- 
et fa^fustices? a d^s choses e&içellfinieè^ 

dan^ son Emil^^ dis-iu, fih: quoi dope ^'y 

pas^ejjçdlpnjli ? orflonnancç sublioîp; ^ 



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D I M I R A B E AU. 407 

iêà\$ .admirables; style magique ; raison pr(V 

foude ; vérités neuves } observations parfaites. 
Sais-tu bien que tu parles d'un des clicf- 
d'œuvres de ce siècle ? Sais«tu que cinq ou 
six tragédies de Voltaire , une partie de sa 
Henriade , l'Esprit des Lois,PHistoîre natu- 
relle deBuffon , celle des deux Indes de Ray-» 
nal ^ et Emile ^ sont les titres dout nous nous 
enorgueillirons envers la postérité ?• . • . Et 
tu compares un enfant à un tel homme ^ k 
UB iionime aussi grand par ses vertus que 
par son génie ! il eut la sagesse admirable de . 
joe se montrer qu'après trente ans d'étude ; 
aussi chacun de ses écrits fut un grand pas 
vers la gloire. Et moi, moi qui à vingt ans 
ai osé me faire imprimer^ qu^ai-je fait? Une 
mauvaise brochure où se trouvent quelques 
y éri tés , des tableaux fortement 'Coloriés peut* 
0txe^ qui décèlent une an^ haute et noble ^ 
et du feu dans Ja téte ; mais encore une fois 
ce livre est détestable : oui , Sopliie 9 détesta- 
ble; par les djétails ne font ppint un livre ; 
c'est un tissu xle lambeaiix unis sans ordre • 
empreint de %ous les jdéfauts de l'âge auquel 
j'écrivais j ij n'a ni plan , ni forme^ ni cor- 
rection , ni méthode. Voilà mon titre unique j 
le reste est dans mon port effeuille 9 et n'jen 
sortira peut-être jamais. Je sais^ Sophie bieiji 
bonne, ce que j'aurais pu valoir ; je le sais, 
l^arce que chacun a la conscience de son ta* 
lient ^ sHT-'tOut parce çu'gn a cherçhé 4 



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4o8 LETTRES ORI^nf ALES 

m'aviKr. Salis doute f ai un cœur droit , unt 

ame forte , peut-être aussi de la verve , des 
vues et assez de connaissances pour un homme 
qtui 9 très-exactement , n'eut jamais de inattre. 
Mais, bon dieu ! quelle distance de là au génie 
mâle, profond , créateur et sublime de Kous- 
seau ! O Sophie ! Sophie ! tu* me fais hontè 
de moi-même. Non, mon style n'a rien de 
Commun avec le sien, quoique d'autres què 
foi Paient prétendu aussi. Mon style est pas^ 
sable , parce qu'il est à moi } parce que com- 
munément j'ai le ton de la chose que je dis 
bu que j'écris , àttendu que je ne dis- et qué 
je n'écris que ce que je pense : c'est-là , jé 
crois , le grand secret. Suivre son caractère 
propre , la tournure naturelle de son esprit 
et les inspirations du sentiment. Ah ! oui , 
Sophie, sur-tout sentir. Mais mon corps et 
ma tête crotilent sotfè les cÀtips téitérés d'ailé 
infortune trop longue. Mes fleurs sont fanées ; 
ines fruits avortés avant d'être mûrs. Il faut 

rerser une lame sur les courdUneir que fau- 
rais pu obtenir, et qu'un tyran envieux et 

impitoyable m'enlève , avant que j'aie pu les 
âtteindre ; mais il faut âussi y i^eiioncer , 
puisqu'elles sont hors de ma portée. Ah t 
j'en conviens, tendi"e et aimable Sophie, les 
louanges sont un délicieux plaisir pour G a* 
briel , lorsqu'elles sortent de la bouche de 
Sôn amante ; mais ne les exagère pas jusqu'à 
me faire rougir:} 4âche de me tromper ett 

cela 



^cela seul. Je suis^ je serai toujours bien lom 
de croire les mériter toutes ; mais il m'est si 
doux de me voir bien dans l'opinion de celle 
qu'entre tous les êtres de mon espèce j'aime 
et j'estime plus que tous les autres! Peut-être 
€n tirerais je encore un autre fruit^. ma chère 
vie. Ce charmant «hommage^ dont j^ene me 
crois pas digne , m'encourage et me presse 
d'acquérir ce qui me manque , de dompter 
mes défauts, plus peut-être pour justifier ton 
^ choix et conserver ton estime, que pour m'ho- 
- norer à mes propres yeux. Hélas ! les infor* 
tunés sont toujours dans le doute : toutes 
leurs conjectures leur semblent des réalités ; 
tous les possibles leur paraissent probables^ 
et ils sout trop portés à changer les événemeus 
qu'ils ne peuvent s'expliquer, en froideur ou 

^ en négligence , sur-tout de la part de ceux 
dont l'estime et l'amour sont tout leur bien 

. et toute leur ressource. D'ailleurs, tout sûr 

. que je suis que mon incomparable Sophie ne 
variera j^ms^i^ dans ses sentimens et sesprin- 

' cipes , sa tendresse mW si nécessaire , qu'il 
m%st bien peraiis de douter du moins si je 
mérite les sacrifices qu'elle m^a faits, ceux 
qu'elle m'a promis , et d'examinerisévèrement 
mes sentimens , mes. pensées , mes conje^^ 
tures, mes projets, mes occvipations , et le 
, fiMible.prix que je vaux. 

Je j;'abandonne Jï^/o&a « pourvu ^ que tu 

; conviennes que cçt ouvrage irrégulier , inCCff* 
Tome II. . ^ S 

- — ^ 



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4It> LET'TUfiS ORIGINAL JE S 

rect 9 peut-être mal conçu et souvent négligé ^ 
^étincelle pourtant de beautés ; qu'il arrache 
•des transpèfia d^admiration , et fait couler de 
douces larmes. Cent fois j^ai voulu critiquer 
VEâloise ; et cent fols, j'ai pleuré, admiré^ 
lu y telw^ et j'ai plaint eeut qui pouvaient éttt 
plus sévères qi^e moi. Voltaire , ce Voltaire 
que son propre génie mettait si au-des3us de 

Fenvie , œmme il à btrtrag^ le plus vertueiâc 
des hommes, dont il n'avait reçu que des 
éloges , qui était malheureux , pauvre , persé- 
cuté, qui ne travaillait point dans son genrè, et 
qui, osons le dire , lui était supérieur dans 
le sien ! Voltaire, immortalisé à tant de titres , 
Voltaire qui , plus que tout autre peut-être , 
mérita l'admiration et le mépris de ses sem- 
blables , fut au théâtre un génie du premier 
ordre , dans tous ses vers «un grand poète, 
• dans rhistoire de Thomme un phénomène; 
mais dans les ouvrages hlstonq^es et philo- 
"sophiques , il n^a été le plus souvent qu'Un 
^ bel-esprit , tandis que fiousseau , digne de 
tous ,nôs respects par ses moeurs , son noble 
et inflexible courage^ et la natui^e deseftm- 
vaux , est le dieu de l'éloquence , l'apôtre 4e 
la vertu , nous l'a toujours fait adorer , et 'ne 
proeftitua jamais ses italenstsublimes la 
-satire , ni à ja flatterie» . ' ^ . • « 

Quoi , grosse béte>! tu ti'âr^ais -pas trouvé 
à toi toute sejule que c'était uni^r absiurdilé de 
^ire lire jqu appriendre par coeur des fables 

\ 



I) £ M I R A'B"£^A UT. * 4li 

à. des etïtmn l Mon amie ^ quand j'ai médité 
quelques heures sur Bacon ou sur Newton ^ 
j'ouvre La Fontaine que je sais par cœur ^ et 
j'y découTre des beautés nouvelles que |e n'y 
avais pas aperçues, Yoibà l'homme que tu 
croyais rinslituleur des enfans. 
. Le philosophe économiste que tu^traitessè 
lestement ^ disait un jour devant moi au roi 
de Suède , qui le comparait je ne sais pour^ . 
Cfuoi k Montesquieu t £m têperies surannées' 
^ cet homma tanl^ vanlé j ne sont plus e^sti'- 
Wées que dans le Nord. Cela est modeste e<^ 
galant 9 comme tu ¥ois^ Certainement je né 
suis pas partisan fanatique deVEsprit des Lois»^ 
Le plus grand nombre des principes de C0 
bel ouwage me paraît ou faux , ou hasardén 
" te courage.de l'auteur n^st suspect, et M 
prudence ressemble -à delà pusillanimité ; et 
il a souvent ou méconnu ou trahi les droits 
ommç. Enfin son style si brillant^ si 
ferme et si pur , n'est pas toujours exempt 
de recherche et d'afiectatiun , et Ton voit 
avec peine un si grand homme courir après 
l'épigramme^ B'un autre- coté, ce que mon 
père a fait de bon et écrit- dQ vrai^ m'est 
aussi bien connu que les platitudes ofocalyp^ 
tiques qu'il entasse depuis lô à* i6.aM, et que 
l'ai eu la patience de lire d'un bout à Tai^tre^ 
ee qui est méritoire. Mais en vérité , l'A. D, 
H. et ses. ouvrages sercmt oubliés long-tempft^ 
avant que llEsprit d^s Lois cesse d'être r^ 

Sij 



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419k LETTRES ORie^HAlES 

gardé commie un des chef^d^ceuTrM de l'es** 
prit liumaiii. 

Je crois ton anecdot e de Poinsinet au moins 
très -hasardée , et probablement tu confonds* 

Le nûen est le traducteur de Pline le natu- 
raliste, dont on iniprlme maintenant le der- 
ttier volume. Cette traduction n'est assuré- 
ment pas digne de l'original ^ mais c'est une 
des plus yastes entreprises littéraires que je- 
connaisse ; et eiécutée comme elle l'est , elle 
suppose encore beaucoup de mérite et dé 
eonoaistonces; Poinsinet a donné aussi une> 
traduction d'Anacréon en viers , dans laquelle 
j.e tipouVe Anacréon beaucoup moins que dans 
Ion bonnet; tnaisil y a de la facilité , de la 
pureté et de l'élégance* U me semble qu'au 
nombre de tes célèbres Dijonnob tu aurais 
nussi bien fait de com(>tér Pimmortiel Bu^n^ 
et même Piron ^ que Rameau , qui ( soit dit 
entre nous et^ bien bas) , ne me paraît pas un 
génie transcendant même dans son art que je 
connais un peu , comme tu sais,. Au reste ^ 
tu trailti trop mal les académiciens d*aujour- 
* d'hui : Morveau , qui a beaucoup de connais- 
sances et d'esprit en tout genre , est de plus un 
de nps meilleurs ehiniisles , et le premier, 
après Macquer ^ qui ait dkigné faire parler un 
français intelligible à cette science. Maret et 
Durande , qui peut-être seraient mieux dans 
une faculté que dans une académie ^ sont des 
'gens de mérite } mais j 'avoue ^u'il est ridi-r 



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DE MIKABEAV. 4l3 

cuTe q^e Maret , qui n'a point de style , soit le 
secrétaire d'une société littéraire. De Brosse , 
aussi, était un sujet très-académîque,<luoi-' 
quMI valût beaucoup moins qu'il ne.croyaitr 
Son ouvrage sur ]es langues suppose beau- 
coup de réflexion et de science j et son h^Sp* 
toire des navigations aux terres australes est 
un bon ouvrage , quoiqu'il affirme assez ridi- 
eulepient Pexistence des Patàgons^que sa très- 
petite personne devait croire moins aisément 
qu'un autre. Quant à son Salluste , que )'aî 
persiflé un tantinet ^ il prouve du moins plus 
d'érudition que de goû^: J'en trouverois peut- 
^tre d'^iutres ; mais je te livre le confesseur 
de M'"*, de R. , le débonnaire, et tendre et 
poli M. de R. qui disait à Morveau iJ^oini de 
irou tilles dans nos mémoires: mes ouvrages 
et Uuvôtres, finalement. . . .finalement, voilà 
tout ce qu^il y a de bon dans eette cohue; enfin 
tous les subdélégués y etc* de l'univers . • • • 
Grâces , grâces te soieiit rendues , li foi , à tous 
ceux qui nous servent si bien . • • Ma fille se 
porte bien : j'ai tes cheveux , ta bague char- 
mante : ) e les baise , je les suce Je les mange.«v 
îlpQ amante ^ mon bonheur , ma vie , mon 
tout ! quand donc est-ce que je cesserai de 
t'aimer chaque jour davantage ? C'est à Pins^ 
tant que je reçois ce précieux envoi : ah I 
comme il fait battre mon cœur 1 Je comptais 
t'écrire encore un peu..*, mais laisse-moi 
WYOurer mon bien, Addw, mio dolcesç^tegno^ 



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414 LETTRES D-E MI&ABEAIT. 

Addio y sposa amata, chea me solapar^onna^ 
Cçmertfatijedelem Mia vita , ben mio , addio^ ' 

r 

Gabriel. 

SopLie, donande tes étrennes ; car pour 
moi j'ai tant demamiév 9^^]^ a'ose plus, 
peur de fâcher le bon ange à qui nous don* 
nons des volumes à lire» YoiS| méchante 
Sophie, ^e pour te rassurer, j'ai obtenu 
qu^on te remît tout de suite, mâ. dernière ; 
et moi j^ai attendu, vingt-quatre jours la 
tienne» O ingrate ! que de dettes il te faudra 
tee payer 1 

Tes bagues sentent Tambre. Cela est détes- 
table poui les nerfs , et d^ailleurs très-superflu 
jf&m une veuw. te l'interdis absolument* 
âoigne bien ta santé ^ et dis - moi tout % 
tout. ... Tais^toi , .quç je baise me^ bagjaes % 
ton billet^ etmafiUei^ 



Vin du Tfima ê^concL 



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